"\ l\ 35 f ' ACTES DE r r LA SOCIETE LIMEEME DE BORDEAUX 1; . 00 -/3-* ra 3- £ nummulites, elc 200 Lacune de 800 mètres , sables , galets et dunes de la plage (c'est celle de la côte du Moulin) pour mémoire. Calcaire marneux et sableux du Phare , avec Spatangus omaius , nummulites , Pecten , Chaîna 200 Calcaire marneux et sableux à fossiles de la Chambre- d'Amour 320 Calcaires à Lenticulina complanata de Bayonne 200 Total 2,080 m L'ensemble de la formation aurait donc, d'après M. Thorent, et sans tenir compte de la lacune produite par la côte du Moulin , une puissance de 2,080 mètres. Mais ce résultat est, suivant nous, empreint d'une exagération notoire qui provient de ce que les assises de la falaise de Biarritz ont été représentées comme se relevant, du côté du Sud, sous des angles considérables qu'elles n'atteignent dans aucun cas. En tenant compte de toutes les circonstances du gisement de ces assi- ses , nous avons été conduit, par des calculs dont nous donnons les éléments, aux évaluations suivantes, qui diffèrent notablement de celles de M. Thorent. Le groupe de couches qui comprend les grès à Nummulites crassa, et les calcaires gréseux à cchinodermes et à crabes de Ilandia , de Mouligna et du Goulet, n'occupe pas sur la plage une étendue de plus de 30 mètres, ( 55) mesurée normalement à la direction des strates; l'inclinaison moyenne est de 35° C. ; son épaisseur est par suite, en nombre rond, de. 20 m Les marnes bleues superposées aux calcaires du Goulet se montrent, dans la falaise, sur une longueur de 1,800 mètres ; l'inclinaison moyenne des couches est de 22° l / ;i C. ; on en déduit leur épaisseur, qui est de 730 L'étage des grès à Eupalagus ornatus s'étend , entre le Port-Vieux et la Villa-Eugénie , sur une distance linéaire de 950 mètres, en y comprenant la lacune de la côte du Moulin qui correspond à une dénudation ; le plongement moyen des assises est de 16° C; la puissance de l'étage, par conséquent, est de 260 Quant aux calcaires à operculines, leur épaisseur, comme on peut s'en assurer sur notre coupe , ne saurait être évaluée au-delà de 40 mètres , ci 40 Total l,050 m Ainsi réduite, la puissance de la formation nummulitique , dans les environs de Bayonne , serait de 4,000 à 1,100 mètres, chiffre encore énorme, et qui est atteint par bien peu de terrains. Résumé et conclusions. — En résumant ce qu'il y a d'essentiel dans notre Mémoire , on arrive aux conclusions suivantes : I. Deux terrains constituent la partie rocheuse des falaises comprises entre Saint-Jean-de-Luz et Biarritz : le terrain crétacé et le terrain nummulitique. Le premier s'avance jusqu'à l'extrémité septentrionale de la falaise de Caseville; le second se termine, du côté du Sud, à la pointe de celle de Handia. Ces terrains ne sont point superposés dans les falaises ; mais simplement juxtà-posés ; ils offrent d'ailleurs une dis- cordance de stratification des plus nettes. Dans l'intervalle qui les sépare, on observe une grande faille. A cette faille correspond , dans la côte, une lacune qui a permis aux dunes de sable de se développer sur une assez grande échelle. II. Le terrain crétacé comprend deux étages : le premier, composé de calcaires siliceux , se montre principalement aux environs de Saint- Jean-de-Luz ; il appartient à la partie inférieure de la formation , et se ( 56 ) range dans la division des grès verts supérieurs ou de la craie lufau ; il paraît n'être d'ailleurs que l'équivalent des grès schisteux, impression- nés , si développés dans la partie centrale de la chaîne des Pyrénées ; au second étage appartiennent les marnes et les calcaires de la côte Sainte-Madeleine à Bidart , qui dépendent de la craie blanche, et sont assimilables aux assises de Rivière et à certaines couches de la grande Roque de Tercis. III. Ces assises sont bien loin de représenter intégralement le terrain crétacé, pyrénéen , lequel descend , d'une part, beaucoup au-dessous des calcaires siliceux ; et de l'autre , renferme, sur certains points , vers son sommet , toute une série de couches qui n'est point représentée dans la falaise de Bidart. La disparulion de ces dernières paraît n'être qu'une des conséquences de la faille de Caseville. IV. Les assises crétacées inférieures des falaises de Saint-Jean-de-Luz et de Guétary, se trouvent fortement redressées suivant une direction qui s'écarte sensiblement de celle suivant laquelle les Pyrénées ont été sou- levées , et qui se rapproche au contraire beaucoup de celle qu'affecte la Sierra de Pancorbo , dans la Vieille-Castille. Les côtes qui limitent le golfe de Gascogne, vers le Sud-Est, sont toutes alignées suivant cette direction. V. Dans la falaise de Biarritz, les couches du terrain nummulitique se déploient en forme d'éventail ; dirigées presque Nord-Sud , entre Handia et le Goulet ; elles se rapprochent de plus en plus de l'orientation Est- Ouest, qui est celle qu'elles possèdent à la Chambre-d'Amour, point près duquel elles se perdent définitivement sous le sable des dunes. On observe, en même temps, que l'inclinaison, qui est assez forte dans le Sud, va constamment en diminuant, à mesure que l'on s'avance vers ce point. VI. La formation nummulitique de Biarritz comprend trois étages bien définis. Le premier, de beaucoup le plus puissant , commence à se montrer à Handia , et vient se terminer dans le promontoire qui sépare le port des Basques du Port-Vieux. Le Serpula spimlœa et le Terebratula tennis- ( 57 ) triata se rencontrent, dans cet étage, à tous les niveaux , et paraissent propres à le distinguer des suivants. Le second se développe dans l'intérieur de la ville de Biarritz ; il est caractérisé par VEupatagus ornalus. Le troisième enfin , est le gisement de VQperculina ammonea; il constitue la falaise du Phare et de la Chambre-d'Amour. VIL On peut établir , dans le premier étage , plusieurs divisions, qui sont fondées sur la présence, dans certaines assises , d'un ou de plu- sieur fossiles qui ne se rencontrent point ailleurs. Parmi elles , il faut surtout remarquer celle qui correspond aux cou- ches à crabes, et celle qui reproduit la faune de Bos-d'Arros , près Pau; la première placée vers la base de l'étage, la seconde à son sommet. Entre les deux viennent s'intercaler les assises à Penlacrinites didactylus. Ces couches se prolongent sur de vastes espaces, occupant toujours le même niveau dans l'ensemble de la formation ; ce sont de véritables horizons, qui permettent de rattacher, entre eux, les membres épars de la formation nummulilique étendue sur le versant septentrional des Pyrénées. VIII. La puissance de celte formation , calculée d'après l'épaisseur des assises mises à jour par la falaise de Biarritz , peut être estimée à 1,000 ou 1,100 mètres. IX. Il y a un gisement d'ophite sur la plage entre les vallons de Mou- ligna et de Ghabiague. Dans son voisinage, on observe des roches anor- males telles que des brèches, des dolomies et des glaises bigarrées avec gypse et fer oligiste, qui paraissent être dans sa dépendance. Les couches du terrain nummulilique sont redressées dans le voisinage de l'ophite; le sable des Landes est, au contraire, disposé horizontale- ment dans la falaise plaeée en regard du gîte. La roche ignée est, par conséquent, tertiaire; son apparition a eu lieu entre la période éocène et la période pliocène. Bien que l'ophite ne paraisse pas dans la pointe septentrionale de la falaise de Caseville, tout annonce son existence sur ce point à une faible profondeur. X. Indépendamment des terrains dont il vient d'êlrc question , et qui constituent la partie rocheuse des falaises comprises entre Saint-Jean- ( 58 ; de-Luz el la Chambre-d'Amour. celles-ci mettent à jour plusieurs for- raalions composées, pour la plus grande partie, de sable et de gravier, et parmi lesquelles on peut distinguer : 1° Un terrain de sable et gravier avec bancs d'argile qui, sous Bidarl et dans l'intérieur de Biarritz , renferme des ligniles, et que nous rap- portons au sable des Landes, c'est-à-dire à la partie la plus élevée de la formation tertiaire , telle qu'elle est constituée dans le Sud-Ouest; 2° Un dépôt diluvien formé de gros gravier et d'argile sableuse jaune maculée de gris ; 3° Enfin , une formation d'origine moderne, mais non contemporaine, caractérisée par la présence de nombreux détritus végétaux , et dont on aperçoit quelques vestiges aux débouchés des vallons de Mouligna et de Chabiague, sur la plage du golfe de Gascogne- (\v Lui Falaise fcoee E.23°M 0.23° S Costa Ahlia Guétarv -Ma fhare .r.'.mui, Coupe des falaises do Biarritz, Bidart, Guétary et S Jean de Lu/. IbuiJlGl- rtp.la .Jaune (le &AF tt'Ajvoz ■""'" r Tort /;<•„, BMAri***^»* „ „ . »«««""''« *H*« h'orJii-j-fi/i ûoutet Grave. <-/tr . Ii'ti/ / ' /nt/> ffiuwatti t/'i/u/r h'ur Mon "(hrvtrfirr fiu-i.t LICHENES ÎN /EGYPTO A CEL. EHRENBERG COLLECTI. Exponit W. NYLANDER, D'-M. Gel. Alex. Braun bénigne examini meo subjecit Lichenes collectos in /Egypto anno 1820 a cel. Ehrenberg(l). Videatur hic quasea colleclanea continent species. Quanto magis ex /Egypto desunt cognitiones circa hsecce vegetabilia, eo majus pretinm offerunt pauca, quse in collectione Ehrenbergiana exstant; symbolas haud spernendas prsebeantad lichenographiam africa- nam hucusque nimis inexploratam. Tantum insulse Canarienses et Alge- ria diligenlia quadam hoc respectu perquisitee fuerunt. Minus innotue- rtint Lichenes Abyssiniee, Promontorii Bonœ Spei et insulse Madagascar, atque etiam longe minus partium ceterarum Africse, quarum quidem plurimse omnino sunt ignotee (2). Collectio Lichenum Ehrenbergiana, de qua agitur, inMuseo Berolinensi asservatur. E planitie /Egypti vel desertis ibi provenit, ubi certe numerus specierum solum valde parcus occurrit. Trib. I. — COLLEMEL t - COLLEMA Ach., Nyl. 1. Collema pulposulum Nyl. — Vix nisi varietas minor Collemaiis pulposi thallo lobatulo , passim quasi granuloso-lobatulo , sub- effuso, apolheciis margine thallino inlegro cinctis; sporse longit. 0,018-21 ràillim., crassit. 0,008-9 millim. (1) De itinere ejus legatur : Ehrenberg, Reisen in Mgypten, Libyen, Nubien und Dongala, 1 Band, Berlin, 1828 (cum tabula geographica), et Beilrag zur Cha- racteristik der nordafrikanischen Wuslen ( in Aclis Acaclemiœ Scientiarum Bero- linensis, 1827). (2) Collectionem Lichenum a cl Welwitsch ex Africa asquinoctiali-occidentali reportatam videre adhuc non licuit. Lichenes a Mann in montibus Guineensibus Came» ' roon (regionis Bénin) lectos memoravi in Flora, 1862, pp. 474-475, et 1863, p. 265. (60 ) Supra terrain montis Sinai cum Endocarpo rufescenle sociatim crescens. F. pulvinatulum Nyl. thallum habet granuloso-lobatulum et apothecia mar- gine lliallino granuloso-crenato cincta. — Bir Hamam (et alibi) supra ter- rain sabulosam nudam (vivum et humectum, ex adnotatione celeberrimi Ehrenberg, pulvinaria formans parvula). II. — OMPHALARIA DR. et Mont. 1. Omphalaria pulvinata (Schaer.) Nyl. L. P., 103, Syn. I, p. 99. « Ad rupem fonticulum obtegentem in medio montis Sinai. » Ehrenberg. Trib. II. — RAMALINEI. I. — RAMALINA Ach. 1. Ramalina calicaris Ach., Nyl. Syn. I, p. 293. Ex adnotatione Ehrenbergii , « Alexandrie^ et Cahirce venalis nomine Scliaebe (1), cujus dimidiam partem efficit » (mixta cum Evernia furfuracea et E. prwiaslri). 2. Ramalina pollinaria Ach., Nyl., 1. c, p. 296 (meridionalis). Ad ramulos. Djebel Achnar. 3. Ramalina maciformis (Delil. FI. de l'Egypte, XIX, p. 388, t. 52, f. 2) Nyl., 1. c, p. 297 (R. evemioides Nyl. Prodr., p. 47. R. rosacea Schser., Hepp. Flecht. , 356). In desertis ad terram hinc inde frequens, lapidibus adnata. Inter Bir Lebuk et Bir Hamam. II. — EVERNIA Ach. 1. Evernia prunastri Ach., Nyl., 1. c, p. 285. Alexandrie et Cahirae venalis Scliaebe vocatur. 2. Evernia furfuracea Mann., Nyl., 1. c, p. 284. Venalis, mixta cum prœcedente. nomine Scliaebe; verisimiliter vero hi lichenes e regione montana apportantur. (1) Delile (FI. de l'Egypte, \). 112), adnotavit de Evernia prunastri Ach. : « Decoc- tum hujus lichenis cum farina miscent /Egyplii ut sapov panis fiât inde jucundior. > ( 61 ) Trié. III. — PARMELIEI. I. — PHYSCIA (DC.) Nyl. 1. Physcia yillosa (Àch.) Dub., Nyl. , 1. c. , p. 407 (forma brevior, quEe indicatur ibidem, p. 408). In Lycio afro prope Bir Krer et alibi passim frequens. 2. Physcia parietina (L.) DN., Nyl., 1. c, p. 410. Ad ramulos. Djebel Achnar. Var. eclanea (Àch.) Nyl., 1. c, p. 411. — Supra lapides caleareos ad colum- nam Pompeji, etc. Sterilis. Trib. IV. — LECANOREI. I. — SQUAMARIA DC. 1. Squamaria lentigera DC. f. deserli (Ehrnb.). — Est Squ. lentigera major (accedens ad f. Dufourei Fr.), thallo albato Yel subalbato. « Pabulum Gazellis. DirHamam usque Kasreschdaebi, déserta vestiens, co- pia sua nivem recenter lapsam simulans » (notavit Ehrenberg in collectione sua). Sterilis. II. - PLACODIUM DC, Nyl. 1. Placodium fulgens DC. Nyl., Lich. Scandin., p. 137. — Spora? sim- plices longit. 0,010-11 millim., crassit. 0,005-6 millim. Supra terram prope Bir Hamam. 2. Placodium murorum DC, Nyl., 1. c, p. 136. — Sporse placodinee (h. e. typi Placodiorum, utroque apice loculum exhibentes, tubulo in axi inter utrumque loculum ducto), longit. 0,010-12 millim., crassit. 0,006 millim. Ad lapides, etc. In silice inter Kasreschdaebi et Sivam in deserto. 3. Placodium citrinum (Ach.) Nyl., 1. c. Ad lapides in ruderibus prope Alexandriam , etc., socium Lecanorœ erysi- bes , ctlbariellœ, etc. 4. Placodium callopismum (Ach.) Nyl. L. P., 36. — Sporae placodinas, longit. 0,009-0,10 millim., crassit. 0,008-0,011 millim. Ad lapides oolithicos variis locis. (62 ) III. - LECANORA Ach., Nyl. 1. Lecanora epixantha (Ach. L. U., p. 208, sub Lecidea). — Vix est nisi varietas thecis octosporis Lecanorœ vilellinœ Ach., thallo (maxime evolulo) areolato-granuloso flavescente (nigro-maculato in forma segyptiaca) , apolheciis vitellinis vel subaurantiacis (latit. 0,5-0,7 millim.), margine thallino pallidiore flavo cinctis; sporse 8 nae ellipsoidese vel oblongo-ellipsoidese simplices , longit. 0,011-15 millim., crassit. 0,005-6 millim. Supra lapides oolithicos prope Abusir. Obs. — Ad muros et ad ssepes vetustas ligneas in planitiebus Galliee l're- quenter occurit epixantha, haud differens a vileUiha nisi thecis 8-spoiïs (est Callopisma vilellinellum Mudd. Br. Licli., p. 135), nec considerari possit aliter ac niera varietas. 2. Lecanora ferruginella Nyl. — Thallus macula pallida indicatns; . apothecia ferruginea vel obscure ferruginea, sat parva (latit. circiter 0,5 millim.), convexiuscula(rarius planiuscula, margine in junioribus obtuso ) ; sporse oblongo-ellipsoidese , medio crasse ^ septatse (lubulo axeos plerumque obsoleto vel nullo) , longit. 0,011-18 millim., crassit. 0,007-8 millim. Ad lapides oolithicos prope Alexandriam. Obs. — Fere varietas Lecanorœ ferrugineœ (Huds. ), sed apotheciis minoiï- bus convexulis, sporis septo minus crasso (crassitiei circiter 0,003 millim., quum in L. ferruginea loculi earum magis invicem distant). 3. Lecanora aurantiaca var. erythrella (Ach.), Nyl. Lich. Scandinav., p. 142, Ad lapides prope Alexandriam. 4. Lecanora pyracea f. pyrilhroma (Ach. I. U., p. 206) Nyl. I, c, p. 145. - Spora longit. 0,009-0,013 millim., crassit. 0,005- 7 millim. Ad lapides oolithicos prope Alexandriam et Pyramidis Gyzensis primœ. 5. Lecanora sophodes var. exigua (Ach.) Nyl. Lich. Scandinav., p. 150. — Sporse longit. 0,014-18, crassit. 0,007-9 millim. in Lycio afro. 6. Lecanora. erysibe (Ach.) Nyl. 1. c, p. 167, thallo albido, areolato- rimuloso macro vel evanescente, apotheciis fuscis vel fusco- ( 63 ) rufescentibus, sporis 1-septatis, longit. 0,011-1 4 millim., crassit. 0,005 millim. Ad lapides in ruderibus ad Alexandriam prope columnam Pompeji. 7. Lecanora albariella Nyl. ecrustacea. — Apothecia fusca vel fusco- nigra parva aut fere mediocria, paraphyses discrets? (apice clavula obscurata), sporse ovoideœ l-septata3, longit. 0,012-16 millim., crassit. 0,005-6 millim. Gelatina hymenea iodo violacée rube- scens, preecedente cœrulescentia. Ad lapides oolithicos frecmens variis locis (ad Alexandriam, Abusir, Djeilel- achterie, etc.) Forma subcœsia Nyl., ecrustacea, apotiieciis passim alboceesio-suffusis, gelatina hymenea iodo cœrulescenle. Prope Abusir. 8. Lecanora pjnguiuscula Del. in hb. Ehrnb. — Thallus obscure sub- cervinus vel badio-fuscescens opacus , tenuiter csesio-suffusus , verrucoso-granulatus , turgidulus; apothecia fusca mediocria, margine lhallino integro cincta; sporœ 8 nœ ellipsoidese 1-seplalse, longit. 0,012-16 millim., crassit. 0,005-6 millim., paraphyses médiocres rarescentes. Gelatina hymenea iodo cœrulesceiis, dein obscurata. In Pyramidis Gyzensis primœ lapidibus. Obs. — Accedit ad Lecanoram erysibem, sed thallus omnino alius. 9. Lecanora calcarea (Ach, ) f. farinosa (FIL). Kasreschdaebi ad lapides. 10. Lecanora schleicherii * dealbata DR. ( f . radicans). — Differt a dealbata Algeriensi (Oranensi ) thallo magis continuo et evidentius rhizophoro (radiées agens fréquentes albidas varie divisas). « Supra lerram sabulosam prope Bir Hamam et alibi interdum in descrlo. » Notavit Ehrenberg. 11. Lecanora fuscata (Schrad. )? — Slerilis. Ad saxa montis Sinai. 12. Lecanora simplex (Dav.) f. slrepsodina(kch.). Ibidem est obvia , nec rara videtur. J3. Lecanora interrupta Ehrnb. mscr. — Thallus albidus opacus vel pallide luridus albo-suffusus squamulosus, squamulis firmis adnatis rhagadiose rimosis (vel haud raro substellatim rimosis); (64) apolhecia fusco-nigra parva impressa, saBpius nonnulla in sin- gulis squamulis thallinis ; thecœ myriosporœ , spone ellipsoidese (longit. 0,004-5 millim. , crassit. 0,003 millim.), paraphyses médiocres vel crassiusculse. Ad rupes granilicas friabiles montis Sinai. Specie diffère videtur a Lecanora cervina notis in definitione allatis. 14. Lecanora placenta Ehrnb. in hb. — Thallus rafescens vel hepa- tico-rufescens squamosns, squamis adnatis crassiusculis (crassit. circiter 0,5 millim., latit. 1-3 millim.), contiguis , planiusculis (margine ssepe tenuissime albido); apothecia fuscescentia parva impressa; thecse myriosporee, sporse subglobulosse (vel ssepe brevi- ter ellipsoiciese), longit. 0,004-5 millim., crassit. 0,004 millim., paraphyses médiocres. Ad rupes Sinaiticas (granitosas, friabiles). Plagulas latit. semipollicaris et ultra (interdum medio usque crassitiei 2 mil- lim. format. Sporis globulosis simul notabilis. IV. - URCE0LARIA (Ach.). 1. Urceolaria scruposa var. gypsacea (Ach.). — Sporse 4-8 n£B fuseau , longit. 0,033-57, crassit. 0,016-24 millim. ; raro 2 nœ in thecis. Ad lapides calcareos prope Bir Hamam. Trib. V. — LECIDEEI. I. — LECÏDEA Ach., Nyl. 1. Lecidea canescens Ach. — Sterilis. Supra saxa silacea et ad lapides simul cum aliis Lichenibus. 2. Lecidea decipiens Ach. (1). Supra terram variis locis. (1) Sicut animadverti in Flora 1860, p. 546, ad stirpem Lecideœ decipienlis per- tinet Endocarpon reliculalum Duf., Fr. L. E , p. 410, Schser. Enum., p. 235, Nyl. Pyrenoc, p. 17, Sagunti in Hispania lectum a cel. L. Dufour. Habet Lecidea reti- culala (Duf.) apothecia nigra sat parva (latit. circiter 0,3 millim.) innata planiuscula, margine haud distincto , intus pallescentia ; sporaî 8 nfe incolores ellipsoïdes sim- plices, longit. 0,015-15 millim., crassit. 0,006-8 millim., paraphyses médiocres, epithecium (lamina tenui visum) rufo-fuscescens, hypothecium incolor. Gelatina hymeoea prsesertim thecarum iodo cœrulescens , dein violacée tincta. ( 65 ) 3. Lecidea geoleuca Nyl. — Thallus albus opacus grosse granulatus vel granulato-subareolatus, effusus ; apolhecia nigra mediocria plana vel planiuscula , obtuse marginata , intus concoloria ; sporaî oblongae 1-septatae, longit. 0,014-23 millim., crassil. 0,005- 6 millim., paraphyses distinctae (apice nigricanti-clavalaî), hypo- thecium crasse nigricans. Gelatina hymenea iodo cœrulescens. In /Egypto inter Bir Hamam et Abusir. Prope Lecideam vesicitlarem Ach. locum habeat, et notis datis facile di- stinguitur. 4. Lecidea disciformis * albula Nyl. Enum., p. 126 (Buellia maritima Bagl.) — Thallus albus opacus subfarinosus ; apolhecia parvula; sporee long. 0,011-15 millim. , crassit. 0,005-7 millim. , hypo- thecium fuscum. Ad lignum petrefactum prope Bir Lebuk. 5. Lecidea alboatra Hffm. var. epipolia (Ach.). Ad lapides oolithicos pluribus locis. Tiub. Vï. — PYRENOCARPEI. I. — END0CARP0N Hedw., Nyl. 1. Endocarpon rtjfescens Ach. Supra terram in Sinai. 2. Endocarpon hepaticum Ach.? — Stérile , inde speciminulis visis haud certe determinandum. Prope Alexandriam supra terram. II. — VERRUCARIA Pers., Nyl. 1. Verrucaria integra f. limitons Nyl. — Thallus linea obscura limi- tatus (lineis decussantibus ); apothecia immersa , perithecio (1) sat tetiui nigricante; sporse longit. 0,023-26 millim., crassit. 0,011-14 millim. (1) Terminum perilhecium optime sensu generali Achariano (Ach. Syn,, p. VI) restituendum videtur, scilicet sicut synonymon conceptaculi cujusvis , apothecii aul pyrenocarpei aut discocarpei. Cum hypoihecio plus minus confluit. Optime etiam convenire videntur lermini ejusdem originis etymologicœ Ihecium vel mesothecium f id est hymenium) et epithecium. ( 66 ) Ad lapides Pyramidis Gyzensis primœ. Etiam prope Kasreschdaebi, sed ibi lhalli limite indistincte Obs. — Occasione liacce definitiones Verrucariarum duarum in Hodna meri- dionali Algerise a cl. A. Letourneux, anno 1862, detectarum hic afferre liceat : \)Verrucaria scolinopsara Nyl. tliallo obscure cinereo vel cinereo-fuscescente ineequali areolato-diffracto vel verrucuso-areolato (crassit. circiter 0,5 millim.) ; apothecia innata, perithecio intègre nigro satis tenui, supra (parte supera) convexule prominulo; sporœ incolores ellipsoidea? simplices, longit. 0,011-15, crassit, 0,007-0,010 millim., gelatina hymenea iodo vinose rubens. Gomparari possit V. fuscula Nyl. Collect. Gall. mer. Pyren., p. 12, sed hsec thallum habet brunneo-fuscum lœviorem , apothecia ostiolo vix vel pauxillum promi- nulo, nigricante (perithecio ceteroquin pallido, haud raro infra tenuiter infu- scato), sporas globosas vel globoso-ellipsoideas (longit. 0,009-0,014 millim., crassit. 0,009-0,011 millim.); textura thalli etiam alia (vid. Nyl. Lich. Alger., p. 340). — 2) Verrucaria spodopsara Nyl. thallo cinereo vel obscure cinereo ino3- quali subareolato-diffracto, mediocris crassitiei (circiter 0,6 millim.); apotheciis innatis roseo-pallidis, perithecio incolore, ostiolo nigro parum convexule prominulo; sporis incoloribus ellipsoideis, longit. 0,010-14 millim., crassit. 0,008 millim., gelatina hymenea iodo vinose rubente. Cum V. scotinopsara sociatim crescens, ad lapides calcareos in Hodna Algerise; differt thallo cinereo (saltem magis cinereo), apotheciis perithecio incolore, etc. !•' Juillet I804. LE BASSIN HYDROGRAPHIQUE COUZEAU DANS SES RAPPORTS AVEC LA VALLEE DE LA DORDOGNE LA QUESTION D1LUVIALE ET LES SILEX OUVRÉS Par M. Oh. Des Mioulins, président Je n'ai point l'intention de donner , dans ce travail , une géologie ou une géognosie méthodiques du territoire qui en fait le sujet ; — une géologie, parée que mon cadre est trop restreint pour un si pompeux appareil, — une géognosie , parce que le savoir chimique et minéralogique me fait trop défaut. Je veux pourtant faire connaître , autant que je le puis, le pays que j'étudie depuis si longtemps. Je veux aussi toucher à des questions d'une haute importance , — questions dont l'une , assez récemment introduite dans la science , a été comme une proie sur laquelle se sont abattus à la fois , avec une avidité extraordinaire, les hommes d'imagination, les hommes de science et les hommes de parti. Je ne partage pas, en ce qui la concerne, tontes les idées de deux savants qui s'en sont occupés spécialement, et à qui j'ai voué une affection réelle , — l'un depuis mon enfance , et l'autre depuis la sienne. Vis-à-vis d'eux, j'appuierai mes assertions de nombreux détails dont je prie d'avance mes lecteurs d'excuser la longueur et la minutie ; elles me sont nécessaires , car je vais avoir affaire à deux hommes d'une grande habileté de discussion, et qui ne seraient nullement obligés de me faire grâce pour des omissions où des négligences que j'aurais laissé se glisser dans mon travail. Tome XXV. (3 d Série : T. V. — 2* et 3 e Livraison). 6 (68) Voici mon plan : Je ferai connaître , en tant que v allée à plusieurs étages , la consti- tution géologique du terrain que traverse la Dordogne , dans l'espace parcouru par son canal latéral (13 kilom. à vol d'oiseau) ; Je ferai connaître le bassin hydrographique de son affluent, le Gouzeau ; Je donnerai la coupe géologique à' ensemble de cette petite région, et la légende développée de cette coupe ; J'indiquerai les origines des terres arables du bassin du Couzeau ; J'aborderai enfin , pour ce territoire , les questions diluviale et alluviale , et celle des silex taillés de main d'homme , que la géologie moderne s'est annexée. Ces cinq études , connexes mais distinctes , feront l'objet d'autant de chapitres. Malgré l'exiguité de la région dont j'entreprends l'étude , je ne sais pas le moyen d'être bref dans sa description. La science est arrivée à une époque où le besoin des observations multiples et détaillées se fait vivement sentir : il faut une analyse minutieuse pour fondements d'une synthèse future et indiscutable. Aussi, de toutes parts, on pousse à la confection de monographies locales, quelque restreint que soit leur cadre, — et j'ose espérer que là sera mon excuse. IV. B. — A moins d'indication contraire , toutes les altitudes cotées dans ce mémoire sont empruntées à la carte de l'Etat- Major, publiée depuis peu de temps seulement pour le département de la Dordogne. Lorsque je les déduis de celles qui avoisinent le lieu dont je parle et qui n'a pas de cote sur la carte, j'ajoute au chiffre le signe approximï. Mais, malheureusement, celle belle carie ne donne que très-rarement des altitudes d'éliage, et le point de départ de tout mon travail de déduction et d'évaluation est par conséquent un peu arbitraire. La Dordogne, à l'embouchure du Codeau en aval de Bergerac, est cotée à 29 mètres. La ville de Lalinde est cotée à 39 mètres, desquels je retire approximativement 6 mètres pour la hauteur de la petite falaise qui la porte. La Dordogne, à Lalinde, serait donc à 33 mètres. Le cours, presque recliligne, du fleuve, depuis l'embouchure du Codeau jusqu'à Lalinde, mesure à-peu-près 23 kilomètres (supposons 24 à cause des sinuosités.) Le port de Lanquais est à 18 kilomètres , distance égale aux trois-quarls du total. Je crois donc pouvoir coter à 32 mètres le fond du lit de la Dordogne au port de Lan quais. | CHAPITRE I" LA VALLÉE DE LA DORDOGNE La vallée de la Dordogne , considérée du moins dans la partie de son cours qui traverse le département auquel ce fleuve a donné son nom , est une vallée à plusieurs étages. J'entends ce mot dans le sens que lui a donné feu Nérée Boubée, auteur, si je ne me trompe, de cette excellente dénomination (N. Boubée, Tableau figuratif de la structure du Globe, 1839, à l'extrême gauche du tableau). Les étages sont entaillés dans l'ossature des berges , tandis qu'une vallée à terrasses n'offrirait celles-ci que sous forme de déblaie- ments opérés dans les dépôts meubles qui peuvent recouvrir l'ossature pierreuse. Dans l'un comme dans l'autre cas, la vallée peut être de fracture ou de creusement, mais c'est toujours au cours d'eau dont les restes en occupent le thalweg, qu'elle doit les façonnements (1) successifs qui l'ont amenée à son état actuel. Je ne connais aucun fait qui établisse que la vallée de la Dordogne soit originairement de fracture , dans la partie du moins de ce départe- ment qui fait l'objet spécial de mon travail , et les divers points de vue sous lesquels je l'ai étudiée m'ont amené à la décrire comme simplement due au creusement, c'est-à-dire à l'approfondissement et à l'élargissement opérés par les eaux , dans une dépression dont le dessin serait primiti- vement dû à une ride du dépôt crétacé. M. le vicomte d'Archiac en a jugé de même, sous une forme implicite il est vrai, mais parfaitement claire, puisqu'en parlant du relèvement des deux premiers étages de la (1) Cet excellent mot , dont l'emploi doit être fréquemment utile dans le langage scientifique et technologique, a été admis, en 1862, pour la première fois, dans le Supplément du grand Dictionnaire de Bescherelle , et étayé d'un exemple pris dans les écrits du célèbre médecin Fodéré. wmmt — wm 1 ( 70) craie « sur les bords des grandes fractures que représentent les vallées » actuelles.... » il dit que « .... les couches exploitées au niveau même » de la Dordogne, à 1 kilomètre au-dessous de Couze » — (ce sont précisément nos belles carrières du port de Lena) — se trouvent, près de l'Osérodon en Quercy « à 80 mètres environ au-dessus de ce niveau » (Eludes sur la formation crétacée > l re partie , 1843 , p. 4 , M , 12. ) Donc, au port de Lena, la couche exploitable est à son niveau primitif, et rien n'a été dérangé à ce niveau normal dans les vallées latérales de la Couze et du Couzeau , puisqu'on y retrouve la même couche exploitable et exploitée, à un niveau un peu supérieur sans doute , mais parfaite- ment ordonné au plongement général des couches crétacées vers l'Ouest. Ce plongement est constant, mais si faible que M. de Collegno , le constatant en ma présence dans le lit actuel de la Dordogne, au port de Lena (1 er étage de M. d'Archiac), trouvait que son existence serait suffisamment indiquée et ses droits suffisamment réservés si l'on décri- vait les couches crayeuses comme sensiblement horizontales (sic). M, d'Archiac me semble aussi reconnaître cette pente comme normale , lorsque , parlant des remarquables dénudalions qu'a subies la craie du Sud-Ouest, il dit : « Ce phénomène, par suite de l'inclinaison très-faible d des couches et de la plus grande surface qu'elles occupaient , s'est » particulièrement exercé sur les étages supérieurs » (Etud. s. laform. crétacée, 2 e part., in Mém. Soc. géol. de Fr., 2 e sér.,, t. II, p. 5; 4846.) — Je crois donc n'avoir point à rechercher , dans la petite région que j'étudie , s'il y existe quelques indices de dérangements , analogues à ceux que ce géologue a cru remarquer sur les deux flancs de la vallée de la Couze : il n'y a rien là qui puisse modifier réellement la constitution orographique de notre petit pays. Les vallées à plusieurs étages sont , comme les autres , soumises à la loi constatée par Buffon , et en vertu de laquelle le courant se porte toujours vers le pied du plus grand escarpement de leurs deux bords, et s'éloigne des pentes plus ou moins doucement déclives qui constituent le côté opposé. Il suit de là que le thalweg court constamment d'un bord à l'autre du val , quand les escarpements sont alternants sur les deux rives. Il s'ensuit aussi qu'un même étage de la vallée passe successive- ment d'un bord à l'autre, et que la même loi préside aux dimensions proportionnelles des étages. Là où le bord du val est abrupt, l'étage est étroit et parfois s'efface entièrement; là où la pente générale du bord est douce , l'étage s'étend en largeur. ( 71 ) Lorsque les reliefs orographiques qui déterminent le cours du val viennent à s'écarter beaucoup l'un de l'autre (à 4 kilomètres et plus, par exemple), l'action de cette loi s'affaiblit et s'efface enfin : le régime de la plaine remplace alors celui de la montagne. L'exactitude de ces notions générales est pleinement confirmée par l'observation de ce qui se passe dans la partie de la vallée de la Dordogne qui a fait le sujet de mon étude : on s'en convaincra par les résultats que je vais exposer pour une longueur de 26 kilomètr. E.-O., de Mauzac à Bergerac (à vol d'oiseau.) Dans ce trajet (chose rare pour la Dordogne) le cours de la rivière est à peu près rectiligne; mais tout près de Mauzac d'où part le canal latéral , on voit cesser les sinuosités profondes et multipliées que commandait la région montagneuse où le fleuve coule depuis son entrée dans le département. Le lit actuel de la Dordogne, dans les dimensions de largeur et de profondeur que nous le voyons aujourd'hui remplir pendant les fortes eaux, répond à la période quaternaire, dans laquelle nous vivons; et ce lit est. le troisième de ceux que s'est creusés successivement l'énorme masse liquide qui s'est peu à peu amoindrie pendant les diverses époques géologiques qui ont suivi le dépôt de la craie, et s'est finalement réduite à ce mince vestige des courants anciens, — vestige que nous appelons encore et avec raison l'une des principales et des plus belles rivières de la France. Le diluvium — et j'entends par là celui des géologues de l'école de Cuvier et cle M. Etie de Beaumont, antérieur par conséquent à Pappari- tion de l'homme , antérieur aussi, paraît-il maintenant, à la disparition définitive des grands mammifères que nous avions toujours cru éteints par l'action même de ce cataclysme, — le diluvium, dis-je, est un dépôt de cailloux et de sables provenant des formations anciennes et secondaires, et où domine l'élément quartzeux , dépôt qui a clos l'a période tertiaire ou inauguré la quaternaire (état actuel de la terre (\).) Il est par conséquent postérieur à tous les creusements successifs qui ont eu lieu pendant les époques géologiques proprement dites, — anté- rieur seulement à ceux qui , sur une échelle comparativement bien (1) La position normale de ce qui subsiste , en place , du dépôt diluvien , est par- faitement indiquée par M. le vicomte d'Archiac dans la l re partie de ses Éludes sur la formation crétacée (1845), 2 e planche (pi. XII.), fig. 4, coupe de Gourdon à Grolejac, sous les mots cailloux roulés , à droite de la figure. ! m ( 72) minime, ont eu lieu à diverses périodes de l'époque actuelle, el dont celui que son propre écoulement a opéré est le premier. Je vais énoncer , aussi sommairement que possible, les traits prin- cipaux de la série des faits gèogéniques du pays que nous allons étudier, tels qu'ils ressortent des faits aujourd'hui subsistants qui déterminent son relief orographique actuel. Les preuves seront exposées par les détails de notre étude. Avant le dépôt des terrains tertiaires, et sauf les reliefs abruptes pro- duits par de grands soulèvements , les parties émergées de la croûte terrestre offraient des ondulations plus ou moins marquées; mais, en somme, des surfaces peu énergiquement accidentées. Sauf une étroite lisière appuyée aux pentes du plateau central et au département de la Corrèze , le département actuel de la Dordogne n'exis- tait pas, comme surface continentale , lorsque commença l'époque cré- tacée. Période de croissance ou de formation. La masse énorme de terrains crétacés qui constitue l'ossature du Péri- gord , est déposée dans la profondeur ( à nous inconnue) des abîmes d'un golfe jurassique dont les bords sont en Sainlonge, en Angoumois, sur la lisière du Limousin, en Quercy, et se perdent enfin sous les dépôts plus récents qui , au nord des Pyrénées , relient l'Océan tertiaire à la Méditerranée tertiaire. I. La mer crétacée a terminé son rôle, et en se retirant dans le bassin océanique, elle exonde la craie après l'avoir creusée de sillons larges et peu profonds , et aussi après l'avoir complètement dénudée. Ces sillons larges et peu profonds , rigoles d'écoulement de la mer crétacée, sont l'origine, au moins secondaire , de toutes nos vallées ; on en retrouve des vestiges dans les hauts vallons de nos massifs montagneux el dans les pentes supérieures de la grande vallée de la Dordogne; c'est le premier lit de ce fleuve (1). (1) D'après M. Élie de Beaumont, le soulèvement des Pyrénées a eu lieu à la fin de l'époque crétacée ; il coïnciderait donc avec la fin du creusement du premier lit de nos grandes vallées , et aurait pour première suite la dénudation de leur craie. La dénudation de la craie a été suivie à son tour (sans interposition d'aucun autre dépôt) par le dépôt de la molasse qui , trouvant des noyaux siliceux épars à la surface de la craie, les a repris et englobés parmi ses propres matériaux. Ce dernier fait scia étudié plus loin [Silex de la craie à Favjasia). ( 73 ) La profondeur de ce 1 er lit doit être estimée à partir des sommets ou plateaux à diluvium jusqu'au bord supérieur de la berge ou falaise qui les sépare du 2 e lit. On obtient cette estimation, 1° en prenant la moyenne de ces altitudes culminantes qui bordent la vallée. C'est ainsi qu'opérant sur 15 cotes de 113 à 203 m , prises entre l'embouchure de la Yézère et l'expansion du val de la Dordogne en aval de Creysse , j'ai trouvé pour moyenne 136 m 2° En soustrayant de cette moyenne : l'altitude du lit actuel du fleuve 32 m j l'épaisseur moyenne de la falaise du 3 e lit. ... 12 \ 53 idem, idem, idem du 2 e lit 9 \ la profondeur du 1 er lit demeure évaluée à 83" Le fond du 1 er lit est une sorte de plaine ordinairement très-ondulée et fortement déclive vers le thalweg de la vallée. Celte plaine est parfois très-étroite, mais ce cas est rare (en amont de Couze, rive gauche). Le plus souvent, sa largeur varie de 100 à 600 mètres; et, depuis Couze jusqu'au débouché de la vallée dans le bassin de Bergerac, elle offre presque partout une surface unie, formée de bonnes terres arables argilo- sableuses, tantôt légères (boulbènes) , tantôt beaucoup plus fortes et plus colorées (surtout aux approches de la berge du 1 er lit), à cause de la prédominance de l'argile et des débris calcaires. Dans ce cas , et si la molasse ne s'y montre pas à nu , ces terres se mêlent aux cailloux ébou- lés du diluvium, et l'on peut, en somme, considérer comme essentiel- lement diluvial le sol de ce 1 er lit. Il arrive parfois, lorsque la plaine du 1 er lit est très-large, et que la culture n'a pas trop modifié les profils de sa berge (pentes nord des coteaux qui dominent Lanquais à l'E. et à l'O. , au Pech-Nadal et chez Jean Jogne), que cette berge est coupée en deux par un diminutif de falaise ou par un mouvement brusque du terrain , qui semble enrichir la vallée d'un vestige d'étage de plus; mais il est plus sage de regarder cet accident comme purement local. IL Plus tard, les eaux tertiaires envahissent la craie exondée et nue. Marines, après y avoir déposé les sables de Roy an et le calcaire grossier du Médoc , elles y déposent encore le calcaire de Bourg , tandis que, douces , elles exhaussent le sol crayeux du Périgord , en étendant sur lui l'épais manteau de molasse lacustre à laquelle le Fronsadais a ( M ) donné son nom et que, dans le département actuel de la Dordogne , aucun dépôt marin régulier ne devra plus recouvrir (1). Sur le bord méridional du bassin hydrographique de la Dordogne, les formations d'eau douce du bassin de la Garonne (meulières., calcaire blanc du Périgord , molasses et calcaires gris de l'A gênais), viennent successivement recouvrir la molasse éocène et se recouvrir entre elles; mais je n'ai point à m'en occuper ici , puisque ces dépôts n'ont pas influencé directement la division en étages de la vallée au fond de la- quelle coule la Dordogne actuelle. Période de décroissance ou de façonnement. III. P!;us tard encore, les eaux molassiques s'écoulent en ravinant leurs propres dépôts , et pendant le reste de la période tertiaire , le cours d'eau dont la Dordogne est le reste, devenu insuffisant pour battre les deux rives du premier lit , se réduit à une largeur beaucoup moindre et se creuse, en entamant l,a craie, une rigole d'écoulement, immense encore et dont une falaise crayeuse, coupée à pic , épaisse parfois de 45 m , mais dont la moyenne peut être évaluée à 9 mètres, mesure la pro- fondeur. C'est le second lit, où désormais il ne subsistera plus un atome de molasse en place; celle-ci est emportée partout au-dessous du niveau, supérieur de ce second lit, ou., ce qui revient au, même, de la falaise qui le borde (2), La plaine qui forme le 2? lit, depuis Creysse en remontant jusqu'aux, abords de Couze, a une largeur moyenne de 1,000 à 1,500 mètres. Sa largeur est très-grande sur la rive gauche, et réduite presque à rien sur la rive droite. Vers Couze, l'étage élargi saute sur la rive droite et, par suite , la rive gauche se réduit subitement à un très-petit nombre de, mètres de largeur jusqu'à Saint-Front-de-Coulory , où le 1 er et le 2 e lit cessent à la fois d'exister, car la pente nord du coteau de Saint-Front. (1) Raulin , Nouvel Essai de classification des terrains tertiaires de. l'Aqui- taine, 1848 (tableau des 10 assises). (2) Pour ne pas interrompre cette exposition des faits actuellement subsistants et qui me paraissent résulter indubitablement de ceux qui les ont précédés, je m'abs- tiens d'introduire ici la discussion d'une objection dont on trouvera le développement k la fin du présent chapitre (pa<*e 77). ( 75 ) (90 m ) descend presque à pic et sans ressauts dans la rivière, d'une hau- teur qui varie , sur cette portion du rideau , de 56 à 60 mètres (1). La craie qui forme le fond du 2 e lit est complètement dénudée à son tour; les formations tertiaires, solides et régulières, ont pris, fin : l'épo- que quaternaire va bientôt commencer. IV. Vient alors le dihwium (des géologues), qui sépare l'époque tertiaire de la suivante , et recouvre le pays tout entier d'une nappe de cailloux tous roulés, tous quartz eux , et de sables et terres de même nature. Ces cailloux, sables et terres ne peuvent s'arrêter dans le second lit; ils ne peuvent se déposer, à mesure que les eaux s'y retirent, que sur les sommets, les plateaux et les parties du I er lit qu'a respectées le creusement du 2 e , et là nous les voyons encore : ils disparaissent totale- ment en contre-bas du même niveau que la molasse : ils ont été entraînés vers l'Océan. V. L'époque quaternaire (actuelle) est commencée : notre vallée a déjà deux étages bien marqués , et le fond de son second' lit est formé de craie absolument dénudée. Un nouveau cataclysme survient; c'est celui auquel appartient le nom géologique d'alluvion ancienne. Les volcans d'Auvergne ont surgi et ont commencé déjà à se démanteler depuis le dépôt du dihwium des géolo- gues, qui n'en avait charrié aucun débris. Aussi cette alluvion ancienne dépose-t-elle dans son lit (2 e étage de la vallée) des sables formant des terrains à seigle et parfois à blé très-légers, des cailloux tous roulés ou aplatis (galets des rivières actuelles) de toutes les époques et de toutes les formations antérieures, y compris des roches éruptives (granités, gneiss, trapps , trachytes, basaltes à péridot, etc.), mais je répète qu'on n'y trouve pas de laves. Il existe à Varennes , faisant l'office de chasse-roues d'un portail (maison Ricaud) deux blocs magnifiques de basalte noir, roulés , et d'un poli parfait. L'un d'eux a plus de 60 centi- mètres de haut, et certes le propriétaire n'est pas allé les chercher en Auvergne : ils doivent provenir- des vastes champs du 2 e lit, en contre-bas du village, lequel est situé dans le 1 er lit (53 m approxim 1 ). VI. La force intrinsèque d'un courant s'accroît à mesure qu'il perd (1) Le deuxième rang de coteaux est bien plus élevé que Saint-Front (120 mètres à la Côle-Périe) , qui est tout près au sud-ouest de Saint-Front, et M. d'Arcbiac {Élud. form. crèl. l' e part., p. 9§), porte à 80 mètres la saillie des berges sur le fond de la vallée de Couze. ( 76 ) en largeur et que sa profondeur augmente, parce que sa pente croît avec la profondeur. La rigole d'écoulement de Yalluvion ancienne se creuse peu à peu dans le vif de la craie et forme le troisième lit du fleuve, le lit que ses eaux remplissent encore aujourd'hui et où les matières que déposait cette alluvion ancienne n'ont jamais pu séjourner : elles remplissent le fond du 2 e lit, sur une épaisseur qui dépasse parfois dix mètres; mais leur extension est limitée par la coupure que forme la falaise crayeuse qui sert d'encaissement au 3 e lit. La vallée actuelle de la Dordogne a donc trois étages. Le 2 e lit est séparé du 3 e par une falaise abrupte de 10 à 15 mètres de haut (12 mètres en moyenne), souvent en surplomb. Depuis le Haut-Pays jusqu'au Saut de la Gratusse, cette falaise est formée par la craie du 2 e étage de M. d'Archiac ; du Saut de la Gratusse à Creysse, par la craie de son 1 er étage ; de Creysse à Castillon-sur-Dordogne (Gi- ronde), elle est au contraire tertiaire, argileuse. VII. Mais la continuité des mêmes causes engendre inévitablement la continuation d'effets semblables, ou , si ces causes sont diminuées dans leur puissance, des effets du moins analogues; et c'est ainsi que le creusement d'un quatrième lit est déjà commencé au fond et sous les eaux du 3 e étage. Il ne se montre que sur quelques points (rapides de la Gratusse et du Pescairou) ; mais, dans les basses eaux, quand la Dor- dogne ne peut plus même couvrir le fond de ce 3 e lit, tout ce qu'elle conserve d'eau coule avec furie dans ces rigoles étroites, dans ces fentes à pic et tellement resserrées qu'un sauteur hardi et bien lancé pourrait, assure-t-on, les franchir d'un bond, et que la violence du courant , assure-t-on encore , emporte tous les plombs de sonde. Les bateaux plats du pays y passent , faute de mieux et non sans un danger réel, qu'on a efficacement conjuré en établissant le canal latéral. L'observation du creusement de ce 4 e lit n'est pas sans avoir une conséquence importante dans l'histoire géologique du pays. Elle montre que, pendant qu'un cours d'eau remplit encore la capacité de son lit et y fonctionne avec toute sa puissance , il s'emploie déjà à préparer le lit plus étroit qui le remplacera quand il aura diminué de volume; et il en résulte que les creusements successifs dont je viens d'exposer la série ont été commencés, chacun, par les eaux de l'étage qui l'a précédé, et si l'on veut me permettre cette expression peut-être trop familière , du vivant de son prédécesseur ; cette réflexion aide à comprendre l'énorme ( " ) puissance d'action qui a opéré ces déblaiements successifs. Ce 4 e lit, du reste, n'a qu'une réalité théorique et pour ainsi dire virtuelle : il ne saurait assurer à la vallée de la Dordogne la qualité de vallée à quatre étages . Avant de passer à la description particulière du bassin hydrographique qui fait l'objet spécial de mon travail, je vais tâcher de résoudre une difficulté qui pourrait s'élever sur la manière dont j'entends la double action des eaux tertiaires dans la vallée de la Dordogne et dans le bassin lacustre du versant garonnais, où nous voyons aujourd'hui les meu- lières et le calcaire d'eau douce blanc du Périgord. — J'ai annoncé cette petite discussion incidente dans la note infrapaginale n° 2 de l'article III du présent chapitre (p. 74). La voici : On pourra faire une objection à la théorie que j'ai exposée pour le creusement du 2 9 lit. On dira : Comment expliquer les altitudes du bassin de calcaire d'eau douce blanc, altitudes qui dépassent souvent celles des bords du bassin crayeux dans lequel celui-ci a dû se déposer? Comment concilier l'existence du lac calcarifère qui s'étend vers Agen , avec l'existence, dans la vallée actuelle de la Dordogne, d'un cours d'eau qui aurait continué le creusement de cette vallée, et qui devait se trouver sous la même nappe d'eau que le lac , puisqu'il n'y a pas de crête crayeuse culminante qui puisse former point départage entre ce lac et la vallée de la Dordogne? Je répondrai, en premier lieu, que le pays blanc et peu boisé qui, sur une longueur de 18 kilomètres, s'étend de Rampieux à Saint- Aubin de Lanquais, dans la direction du S.-E. au N.-O. et sous la forme d'une bande ou plutôt d'une ellipse fort allongée, large à peu près de 8 kilo- mètres (N.E.-S.O. de Monsac à Boisse; N.E.-S.O. de Verdon à Saint- Sernin, N.-S.S.O. de Beaumont à Sainte-Sabine), constitue une véri- table croupe qui n'est traversée par aucun cours d'eau, mais seulement entamée au N.-E. et au S.-O. par des sources de cours d'eau qui se rendent, les premiers dans la Dordogne, les autres dans la Garonne. Cette croupe est donc un point de partage des eaux , et on trouve à son extrémité S.-S.O. ce qu'on appelle d'habitude le bassin gypseux de Sainte-Sabine, nom peu heureusement choisi (bien qu'il faille descendre pour arriver à ce bassin en venant de Rampieux et de Gleysedal, comme l'a fait M. Gosselet) , car l'inspection de la carte (celle de Cassini par exemple) montre que ce prétendu bassin est un massif tout autour du- quel apparaissent huit ou dix petits ruisselets affluents du Drol et de la Couze. ( 78 ) Ces considérations orographiques , combinées avec le fait de la sulfa- tisalion de la chaux dans cette localité privilégiée qu'on nomme Sainte- Sabine , ne permettraient-elles pas de supposer qu'une sorte de souf- flure d'origine ignée a pu donner naissance à la longue croupe qui s'é- tend de Rampieux et Sainte-Sabine à Saint-Aubin ? Cette soufflure pour- rait s'être produite depuis le dépôt du lac calcarifère , — pourrait avoir donné lieu à ces différences de niveau si fréquentes qu'on rencontre en- tre les couches du calcaire d'eau douce blanc , — pourrait avoir fait surgir ces îles ou buttes calcaires blanches du fond noirâtre des dépôts du lac, — et en définitive , pourrait avoir élevé le calcaire blanc à l'al- titude qu'il occupe sur plusieurs points, au-dessus du niveau du point de partage crayeux qui avait suffi à séparer le bassin du lac de la vallée proprement dite de la Dordogne. Cette explication hypothétique ne me paraît pas déraisonnable; mais elle est née, je l'avoue, du travail de cabinet, et je ne suis pas en mesure d'en aller constater, sur les lieux, la probabilité ou l'improba- bilité réelles. J'aime donc mieux, tout en la soumettant à l'examen des géologues, la tenir pour ce qu'elle est en effet , — pour une pure hypo- thèse, — et la laisser de côté pour proposer une seconde explication , basée cette fois sur les faits généralement admis, et sur les altitudes régulièrement constatées. Voici cette seconde explication : Au dépôt immense de la craie a succédé celui de la molasse éocène , -. — formation moins puissante sans doute en épaisseur, mais bien puis- sante, cependant, au point de vue de son étendue. Partout, ou presque partout, elle a recouvert, comme d'un manteau , non-seulement le 1 er étage de la craie de M. d'Archiac , mais encore une bonne partie du 2 e étage. On peut donc considérer, en gros , les terrains jurassiques qui , aux abords du plateau central , forment les bords du bassin cré- tacé, comme ayant aussi , plus tard , formé ceux du bassin molassique. Or, si je ne me trompe — et abstraction faite des accumulations qui se sont produites dans les dépressions de la craie — on accorde au dépôt de la molasse une puissance de 80 mètres environ. J'ai relevé sur la carte de l'Élat-major-, et pour les besoins de ma description du bassin du Couzeau — de la partie de la vallée de la Dor- dogne dont j'avais à parler dans ce Mémoire, — de la bordure du bassin d'eau douce (y compris la grande croupe de Rampieux à Saint-Aubin) -- et enfin pour le plateau molassique de la Bessède, — j'ai relevé, djs-j,e, 104 cotes d'altitudes supérieures à 110 mètres, dont 53 pour la ( 79 ) craie et 51 pour le calcaire d'eau douce. Ce grand nombre de cotes me semble une garantie contre les erreurs d'attribution que je pourrais avoir commises, puisque je n'ai pas vu toutes les localités (1). La somme des 53 altitudes de la craie est 9,131 m La somme des 51 altitudes du calcaire est 7,603 La moyenne des 53 al titudes delà craie est, en nombre ronds 1 72 J'en retranche une moyenne de dix mètres (et, certes, c'est caver au plus fort) pour ce qui reste de la molasse sur les sommités et plateaux crayeux. . . . . ; 40 Reste (au plus bas) , pour la craie nue 162 La moyenne des 51 altitudes du calcaire d'eau douce est de 149 Reste, à l'avantage de la moyenne crayeuse. . . . 13 m ce qui suffit déjà pour obtenir, en masse idéale, un rebord bien suffi- samment saillant pour contenir le bassin d'eau douce. Mais tout ceci n'est que de la théorie; il me faut prouver mon dire, non contre la moyenne d'altitude de la masse, mais contre la plus élevée des altitudes réelles; c'est celle du moulin de Bouchoux à Rampieux, 235 m (2). C'est ici que j'appelle à mon secours l'épaisseur généralement admise pour la molasse ; . * 80 m et je l'ajoute à la moyenne de la craie nue< ; . . . . 162 J'obtiens 242 m c'est-à-dire , sept mètres de plus que le maximum trouvé à Rampieux. Mais, dira-t-on , M. Raulin a coté Rampieux à 253 mètres. — Oui mais ses altitudes , prises au baromètre , ne peuvent pas être constam- ment exactes comme les mensurations trigonométriques ; et d'ailleurs la preuve est là, donnée par toutes les altitudes environnantes, dans un pays où il n'y a pas de pics, et l'Etat-Major cote à 196 mètres le village de Rampieux, que M. Raulin n'a pas coté : il suffît d'avoir traversé le pays pour être assuré qu'il n'y a pas 57 mètres de différence de niveau entre le village et le moulin à vent. (1) Bien entendu, je n'ai compté dans ces 104 altitudes aucune de celles qui for- ment les points culminants des routes de Bergerac à Mussidan et de Bergerac à Périgueux. Tout cela est trop loin du val de la Dordogne. (2) Parmi les 51 altitudes du bassin d'eau douce, six seulement dépassent 200 m , et, abstraction faite de Rampieux, aucune des cinq autres ne dépasse 2i4m : Rampieux est lout-à-fait exceptionnel. ( 80 ) L'altitude de 235 mètres pour le moulin de Bouchoux , déjà culminante et même hors ligne pour le pays , est donc, pour moi, la véritable,. Gela étant, toutes les conséquences se déroulent sans peine. Il n'y a pas d'hiatus, de changement de régime brusquement accentué entre le dépôt molassique et celui du calcaire d'eau douce. La molasse se dépose sous des eaux dont le bord s'appuie aux abords du plateau central. Dans ces eaux molassiques , et par une cause que nous ne connaissons pas, il se fait une irruption d'eaux calcarifères. Une sorte de lutte semble s'établir entre les deux éléments siliceux et calcaire : il en résulte parfois un mélange intime (calcaire siliceux) parfois un départ (calcaire marneux d'une part, meulières de l'autre); — en somme, différences locales , mélange quant à V ensemble de la masse. Le niveau des eaux commence à diminuer ; les parties les plus saillan- tes deviennent émergées; dès-lors, des courants s'établissent, et à mesure qu'ils prennent plus de profondeur et partant plus de force, ils commencent à démanteler ces parties saillantes. Supposez seulement exondées les plus fortes altitudes (celles qui dépassent 200 mètres), et vous jugerez de l'action des courants qui les séparent et qui portent leur action désagrégeante, ici sur les calcaires marneux, là sur les argiles qui enveloppent les meulières , là enfin sur cette masse gigantesque d'élé- ments meubles (sables et argiles) qui constituent la molasse elle-même. Il n'est pas besoin qu'un pareil régime dure bien longtemps pour que le cours d'eau qui descend nécessairement du plateau central , — cours d'eau que la masse de celui-ci , d'accord avec sa pente propre , lance vers les régions océaniques, — pour que ce courant, dis-je , laboure avec plus de vigueur la molasse accumulée dans la dépression préexis- tante qui constitue la vallée de la Dordogne ; et dès-lors, bien avant que le fond du lac calcarifère du pays blanc soit totalement exondé, la ligne de faîte qui le sépare de la vallée de la Dordogne aura eu le temps de s'exonder elle-même, tout en restant dominée par les sommités de cal- caire d'eau douce que l'écoulement des courants ambiants aura res- pectées. CHAPITRE II LE BASSIN HYDROGRAPHIQUE DU COUZEAU De même que la plupart des petits cours d'eau qui s'épanchent dans le lit actuel de la Dordogne , le ruisseau qui parcourt le vallon de Lan- quais n'a pas de nom sur les cartes de Cassini, de Belleyme et de l'État- major : c'est dans la tradition locale ou dans les vieux papiers terriers qu'il faut aller chercher ce nom , — le Couzeau. Distant de 4 7a à ^ kilomètres , à vol d'oiseau , de la Couze , et bien moins volumineux que cette très-petite mais très-jolie rivière, le Couzeau est, hydrographiquement parlant, de même rang qu'elle. Il est affluent direct de la Dordogne, et le tribut des eaux que quelques val- lons latéraux lui apportent, en fait le centre titulaire d'un véritable bassin hydrographique. Son cours, comme celui de la Couze, n'est jamais tari, même par les sécheresses les plus longues, et comme elle aussi, il ne gèle jamais, même quand la Garonne et la Dordogne sont prises, ainsi qu'il advint dans le grand hiver de 4829-1830. Son cours, très-peu sinueux, est, à vol d'oiseau, de près de 4 2 kilo- mètres du S. au N., et dans ce trajet il fait tourner huit moulins à farine , auxquels on peut ajouter une petite usine située au bord du ruisseau dans la commune deVarennes. Le nom de pièce du Martinet a seul conservé , à l'extérieur, le souvenir de cette usine depuis très- longtemps détruite ; on en a trouvé les fondations cachées sous la terre arable et renfermant les vestiges certains de la fabrication de liards du règne de Louis XIII. On a parfois recueilli des poignées de ces liards dans des gourgues (trous, gouffres, gurges en latin) du lit actuel de la Dordogne, ou bien épars dans les terres. A deux ou trois cents mètres plus loin, le ruisseau aboutit à angle droit dans la Dordogne, par une cascade qui se précipite (sans s'en détacher) le long des parois peu à peu dégradées, mais originairement ( 82 ) ïiaulès de 10 à 12 mèlrés , de la falaise crayeuse qui encaisse à pic le lit actuel du fleuve et le sépare du 2 e . Sur un versant de cette brèche est assise, suspendue pour ainsi dire entre la terre et l'eau, la très- solide construction du moulin du Port de Lanquais (Cassini, Belleyme, État-major). La petite plaine qui forme le fond du vallon de Lanquais (ou, plus correctement, du vallon du Couzeau) est d'une largeur moyenne de 250 à 500 mètres. Je fixe approximativement à 50 mètres l'altitude du bourg de Lanquais (seuil de la porte de l'église , parce qu'il est à peu près à la même hau- teur que la plaine qui forme le fond du 1 er lit de la Dordogne). Or, d'a- près la carte de l'Etat-major, le chemin de Laussine au Brel (commune de Varennes) chemine sur cette plaine et est coté à 50 mètres. J'estime que le château de Lanquais peut être coté à 10 mètres plus haut, soit 60 mètres. Ce vallon offre, en petit, la reproduction exacte des formes de la vallée de la Dordogne (1 er et 2 e lits), car il a, lui aussi, ses petites falaises crayeuses -, de plus en plus souvent conservées à mesure qu'on remonte son cours. A la Font-de-Loyou, ou Roc de Rabier et dans le vallon de Font-Grand sur la rive droite, aux abords de Combe-Malesse , et plus loin en allant vers la Genèbre sur la rive gauche , ces falaises, à pic ou en surplomb, creusées de rudiments de cavernes et surmon- tées invariablement de minces feuillets de craie en retrait (que les car- riers appellent lèves), offrent une coupure verticale qui varie de 5 à 8 mètres. Dans le bas du vallon, ces falaises sont beaucoup plus rares , parce qu'elles s'enfoncent graduellement sous l'alluvion argileuse qu'a formée le lit primitif du Couzeau. Je n'en vois qu'une seule qui, sur la rive gauche, soit restée digne de ce nom entre le bourg de Lanquais et le débouché du vallon dans la plaine du 2 e lit du fleuve : c'est celle qui supporte le joli petit château de La Roque (XVI e siècle). A 5 ou 600 mètres en amont de la cascade du port de Lanquais, le vallon du Couzeau, qui s'est graduellement élargi depuis son origine, cesse complètement d'exister puisqu'il se confond avec la plaine où il s'est creusé un canal réduit actuellement à une très-faible dimension. Mais il n'en a pas toujours été ainsi : cessant d'être contenu par les berges de son ancien encaissement, il s'est étendu dans la plaine du 2 e lit en dépassant même un peu les limites de cet encaissement, il a fait pour son usage une percée dans le terrain meuble de la vallée, auquel ( 83 ) il a substitué sa propre alluvion sur une largeur qui peut aller à 500 mètres, en y laissant un dépôt de terre végétale argileuse, tenace, noire (terreforl) qui tranche visiblement et à angle droit sur Y allu- vion ancienne (sablonneuse) dont le 2 e lit du fleuve est tapissé. Le lit argileux du Couzeau y forme donc une dépression assez sensible et où la terre est excellente à tel point que le blé y verse souvent ; ce lit actuel, faible ruisseau hors ses heures passagères de débordement, serpente le long du flanc ouest de son cours ancien : il n'est plus rien sans doute, mais il a eu son importance, et même une importance notable, car il vient du pays blanc, de ce vaste plateau de calcaire d'eau douce, supé- rieur à la molasse, dont la petite ville d'Issigeac est l'une des capitales, et dont les pentes se prolongent à travers l'Agenais jusqu'à la Garonne. En moyenne, j'évalue à 100 mètres au-dessus de l'embouchure du Cou- zeau dans le fond du 3 e lit de la Dordogne, la bordure régulière de ce plateau qui court de l'E. à l'O. et forme la limite méridionale du bassin hydrographique spécial du Couzeau. Sa limite orientale est la crête de partage des eaux de la chaîne de coteaux, large de 2,000 à 2,500 mètres et haute approximativement de 130 mètres (moyenne de 7 cotes) qui sépare, dans la partie inférieure de leur étendue , la vallée du Couzeau de celle de la Couze. Sa limite occidentale, moins haute en moyenne , mais qui atteint 130 mètres (approximativement) à la Peyrugue (Per- ruque de Cassini) s'abaisse assez promptement dans la direction de l'O. où le dépôt molassique est très-puissant, jusqu'à ce qu'elle rencontre, à l'entrée de la plaine de Bergerac, le calcaire d'eau douce qui y est descendu des hauteurs du plateau d'Issigeac, et dont elle a longé le bord septentrional depuis qu'elle s'est éloignée du vallon de Lanquais. On voit déjà, par cette esquisse très-sommaire, que le bassin hydro- graphique spécial du Couzeau n'est pas tout-à-fait à dédaigner. Le Cou- zeau, qui sort de la tranche du calcaire d'eau douce à l'est de Monsac et de Faux (153"), et au S.-S.-E. de la Micalie (121 m ), a près de 12 kilom. de cours , en ligne presque directe, depuis sa source la plus reculée au Grand-Ayral, près et au N. de Bardou (175 m ) (1) dans le pays blanc; et (1) Bardon de la carte de Cassini , Laydou de celle de Belleyme. — En évaluant à i60 mètres (fontaine au pied de la butte de Bardou [175 m ] ) l'altitude de sa source la plus élevée, le cours du Couzeau aurait à descendre 118 mètres, pendant un trajet de plus de 1 1 kilomètres, pour arriver au point de départ de sa cascade dans la Dor- dogne, ce qui, en nombres ronds, lui attribue une pente de un centimètre par mètre. Tome XXV. 7 ( 84) sans compter les nombreux ravins qui lui portent le tribut des eaux du versant nord de ce pays et celui de ses autres pentes plus ou moins éloi- gnées , il reçoit celui de sept vallons principaux et de leurs petits affluents dont il faut tenir compte approximatif (en partant de son embouchure), savoir : Sur la rive gauche : Vallon de Monsagou aux Mazades 2,200 — des Berris (où les eaux du haut de la Forêt de Lanquais se perdent, sans doute pour re- paraître plus bas, dans une sorte d'entonnoir boueux qu'on nomme le Cul-de-Sac. . . . 1,800 — de Faux, divisé en deux ou trois branches. . 3,000 — du Bourdil et de la Micalie (les Grises de Cassini) divisé en 3 ou 4 branches courtes 2,000 Sur la rive droite : Vallon des Oliviers, avec 2 branches principales. . . . 5,600 — du Bourut (178 m ), avec plus, branches courtes. 2,800 — de Monsac, id. id. 3,000 20,400" lesquels ajoutés à la longueur du cours principal, ci. . 42,000 donnent au Couzeau une somme totale de thalwegs (pres- que tous à débit continu en hiver du moins) approxima- tivement égale à. . . 32,400 m Il n'est donc nullement surprenant qu'accru, en sus de tout cela, d'une vingtaine de ravins qui ne donnent rien du tout quand il fait beau, mais qui deviennent des torrents quand il pleut, le Couzeau ail pu suc- cessivement creuser et combler jusqu'au niveau de la plaine du 2° lit de la Dordogne un vallon des dimensions que les renseignements ci-dessus font supposer. Il y a donc eu un temps où, avant d'avoir rongé jusqu'au niveau du 2 e lit de la Dordogne, la berge ou falaise crayeuse de celui-ci, il a coulé à 10 mètres plus haut que son cours actuel et a ainsi balayé, à mesure qu'il les creusait , les bancs de craie qui forment aujourd'hui à Varennes et à Laussine (à l'E. et à l'O.), les coins de rue de sa jonction avec la vallée de la Dordogne. Son cours était alors établi sur et à tra- vers le premier lit de ce fleuve : donc, le vallon du Couzeau est lui aussi une vallée à plusieurs étages (à deux seulement, avec le rudiment d'un troisième, formé par le lit actuel du ruisseau). (85 ) Bien que le vallon de Lanquais tout entier soit creusé dans la craie vive , le Couzeau ne charrie qu'une assez faible quantité des matériaux que fournit cette formation : son charriage en ce genre se réduit à ce que les égoûts de ses pentes crayeuses lui apportent directement dans les deux tiers inférieurs de son cours. Ses sources principales (Monsac, Bardou, La Micalie et Faux) sont dans \epays blanc, comme en fait foi la terre végétale, argileuse-calcaire et noire, mêlée de grains nombreux de calcaire blanc, qui constitue ses limons. Ces deux origines différentes se distinguent parfaitement lors des orages et des crues d'eaux qui les sui- vent : si ic'est des vallons ou ravins crayeux de la rive droite que viennent ces crues, leurs eaux sont jaunes (craie) ou rouges (argiles ferrifères de la molasse et du diluvium); si au contraire elles nous arrivent de Mon- sac ou des autres sources de la rive gauche, les eaux sont blanches. Aussi, plus on remonte le cours du Couzeau, plus on y trouve de cail- loux de calcaire d'eau douce; tandis qu'ow rien trouve pas un seul dans Yalhwion ancienne de la vallée de la Dordogne, où il n'arrive que des restes de craie adhérente à des rognons de silex noir ou gris prove- nant du 2 e étage de M. d'Archiac. Après avoir décrit la physionomie hydrographique du bassin du Cou- zeau , je dois faire connaître sa physionomie orographique et géognosti- que. Sous le premier rapport elle est fort simple, et elle l'est peut-être plus encore sous le second. 1. Un rideau de coteaux borde au Sud, comme au Nord , la vallée de la Dordogne. Ce double rideau (abstraction faite de la vallée qu'il borde, — ce double rideau , dis-je , fait partie du massif de craie qui constitue le noyau central du Périgord et qui, s'appuyant au Nord et à l'Est contre les terrains jurassiques, va s'abaissant à l'Ouest et au Sud pour s'enfon- cer sous les terrains tertiaires. La section particulière de ce massif à laquelle appartient notre petit pays est le versant Sud et Ouest de la crête qui sépare le bassin de l'Isle de celui de la Dordogne , et elle offre cette particularité, qu'elle est coupée en deux, de l'Est à l'Ouest, par la vallée de ce dernier fleuve, au-delà de laquelle elle s'étend encore à 3,500 mètres vers le Sud. La crête dont il s'agit court, au nord de la vallée, du N.-E. au S.-O. et a pour égout central le bassin hydrographique du Codeau (Caudou de Cassini et de l'État-Major) qui tombe dans la Dordogne à 4,200 m en aval de Bergerac et à l'altitude de 29 m ). Tout ce pays, formé exclusivement de craie et de la molasse qui recouvre celle^ ci, est fortement naontueux, non-seulement au nord de la Dordogne., - (86) mais encore , quoique moins , au sud de cette rivière , jusqu'au point où la craie y est remplacée par le pays blanc, beaucoup moins mon- lueux. La sous-section en forme de parallélogramme très-allongé, qui cons- titue le bassin hydrographique du Couzeau a, du Sud au Nord , ainsi que je l'ai déjà dit, près de 12,000 mètres, et sa largeur moyenne, com- pensée sur la carte à vue d'œil, peut être évaluée à 2,000 mètres; donc, sa superficie totale , en plan , est de 24 kilomètres carrés. Les points culminants (pris au 1 er ou au 2 e rang de coteaux) des rideaux qui bordent la vallée de la Dordogne vis-à-vis le bassin du Couzeau sont : Sur la rive droite de la Dordogne : Bel-Air (125 m ); Baneuil (130 m ); La Boissière (134 m ), et le niveau du sommet de ce rideau se maintient sensiblement le même, vers l'Ouest, jusqu'à Mouleydier. Sur la rive gauche id. : Bidou (Bidère de l'Etat-major) , manifeste- ment dominé par des hauteurs non cotées (120 m ); Le Monge, au S.-S-E. de Lanquais (130 m ) ; La Lèbre , sans nom sur la carte, au S. du château de Lanquais (14-0 m ); La Peyrugue (130 m approxim*); plateau àl'Ë.-S.-E. des Pailloles (Praillotes de l'État-major, Pognoles de Cassini), entre le Pelain et le Tour (152 ffi ); la Gaillardie (88 m ) ; hauteur au-dessus de Monbrun, à l'Ouest (105 m ); id. à l'E. de Verdon (120 m ); village de Verdon (117 m ). Les points culminants du bassin du Couzeau et de la bordure du pays blanc d'où descendent ses sources sont : A l'Est : Le Vignoble (Belleyme), entre Lanquais et Couze (125 m ap- proxim 1 ); Bidou; La Lèbre; Le Monge; Les Granges, au nord de Mon- sac(446 m ); Le Bouyssou, au nord de Boyer et au sud des Hautes- Roques , commune de Lanquais (174 m ) Au Sud : Le Coualong, au S.-E. du Haut-Bourut (178 m ); Laydou , principale source du Couzeau (127 m ); Bardou (175 m ); un point situé au centre de quatre buttes blanches de calcaire , dont trois nommées Char- lat, la Maladarie et Suquet (120 m ); le Grand-Ayral , autre source du Couzeau (120 m ); hauteur entre Faux (153"), et la Genèbre (157 m ) ; la Micalie, autre source id. (121 m ). A rOuest : Point culminant de la forêt de Lanquais , près des Paillo- les, déjà cité (152 ra ) ; La Peyrugue (Perruque de Cassini), déjà citée (130 m approxim 1 ). ( 87 ) II. Sous le rapport géognostique , le bassin hydrographique du Cou- zeau repose entièrement et exclusivement sur la craie du 1 er étage de M. d'Archiac. Je n'ai pas de documents nouveaux à fournir sur l'épaisseur totale de la formation crétacée dans notre petit bassin , et je me borne à trans- crire une phrase du rapport qui fut présenté à l'Institut , en août 18-43 , sur les Eludes du terrain crétacé de M. d'Archiac , l re partie. M. Dufré- noy, rapporteur, dit (p. X) que l'ensemble des divers étages de la craie du Midi devrait avoir une épaisseur de 350 mètres, mais qu'en réalité , « dans les points de sa plus grande épaisseur, dans la partie méridionale » du déparlement de la Dordogne , elle atteint au plus 250 mètres. » Or, M. d'Archiac dit positivement, dans son mémoire, que cette puissance maxima se rencontre précisément dans les massifs qui dominent la vallée de la Couze , et je viens de relever quelques cotes du massif qui sépare cette vallée de celle du Couzeau. Voici maintenant quelques altitudes du massif, également crayeux, dont le relief sépare la vallée de Couze de celle du Bellingou qui vient après elle à l'Est : Côte-Périe près Saint-Front de Coulory, déjà citée (126 m ) ; Mas de Bonnet, au sud de Bayac (141 m ); hauteur au sud de Bannes (144 m ); Caillade, commune de Bayac (169 m ); Rolland, au nord du vallon de Peyroux(157); hauteurs qui dominent le château deLuzier entre Peyroux et Beaumont (147, 128, 129 m ), Belpech de Beaumont (130); Beaumont (136»); Sainte-Croix deMontferrand(156 m ); Les Granges, au N.-E. id. (166 m ); Saint-Avit-Sénieur (164 m ); Le Robert, au N.-E. id. (169 m ); Hauteurs de Feugère et de la Trappe, entre Bannes et le vallon de Romaguet (159 m ). L'ossature crayeuse du bassin du Couzeau a été entièrement recou- verte par le manteau de molasse , qui a disparu dans les dépressions profondes , et a été recouvert lui-même par le diluvium qui subsiste encore sur les sommités et les plateaux. — Au S. seulement, la craie est remplacée par le calcaire blanc d'eau douce et les meulières du pays blanc, qui séparent le versant du bassin de la Dordogne du versant de celui de la Garonne. Cet aperçu est suffisant pour faire apprécier l'ensemble géologique de notre bassin : le chapitre suivant sera consacré aux détails descriptifs , ordonnés de bas en haut suivant la superposition successive des terrains. ( 88 ) Nous y joindrons quelques coupes figurées (1), qui ont le double avantage de permettre au texte un peu plus de laconisme, et de lui com- muniquer beaucoup plus de clarté. (1) Les coupes géologiques, généralement parlant, sont de trois sortes, savoir: 1° Les coupes locales, qui représentent les superpositions que l'observateur voit réellement dans le lieu qu'il décrit; 2° Les coupes itinéraires , qui représentent, en série continue de gauche à droite du dessin , les accidents de terrain et les superpositions que l'observateur rencontre en se rendant d'un lieu à un autre ; 5° Les diagrammes (vulgairement nommés coupes idéales ou coupes théoriques) , qui ne donnent aucune idée de la forme orographique des lieux , et qui ne sont que Yargumenl synoptique de ce qu'on va dire, ou le résumé synoptique de ce qu'on vient de dire , relativement à la description géologique d'un espace quelconque de terrain . Ces trois sortes de coupes peuvent être : Ou purement mnémoniques, c'est-à-dire abstraction faite de toute comparaison entre ou avec leurs dimensions réelles , Ou proportionnelles , lorsquelles sont rapportées, quant à leur développement en longueur ou en épaisseur, à une échelle quelconque , ne fût-elle qu'approximative. CHAPITRE III COUPE GEOLOGIQUE DE LA REGION ETUDIEE DANS CE MÉMOIRE , ET DÉVE- LOPPEMENTS DE LA LÉGENDE DE CETTE COUPE. Observations préliminaires. Après avoir esquissé sommairement la constitution physique du bassin du Couzeau, je dois exposer sa coupe géologique, en faisant entrer dans celle-ci la bordure formée par les terrains divers qui entourent immé- diatement ce bassin , — adjonction indispensable pour compléter la description de cette région et lui donner l'intérêt dont elle est sus- ceptible. J'ai dit en commençant, que je ne me proposais d'écrire ni une géologie , ni même une géognosie méthodiques du petit pays que j'aspire pourtant à faire connaître de mon mieux; et pour ne pas donner, sans profil pour la science, une extension immodérée à mon travail, je mets de côté l'examen intrinsèque et approfondi du massif crayeux qui forme son ossature. L'étude des terrains crétacés a été poussée très-loin par un grand nombre de géologues éminents , et leurs beaux travaux en ont fait connaître tous les éléments constituants , bien que ces savants soient encore très-loin de s'être mis d'accord sur les divisions qu'il convient d'y établir. Dans cet état de choses, on peut dire avec une égale vérité, d'une part , qu'aucune formation n'est mieux connue que ne Test la formation crétacée, sous ses rapports pétrographiqucs et paléontologi- ques , — mais aussi , d'autre part, qu'il n'en est point de plus litigieuse sous le rapport taxonomique. Ce second point de vue est du ressort des chefs de la science , et si je désire apporter à la cause en litige quelques détails d'observation qui puissent être mis en œuvre pour l'élucider, je n'ai nullement la prétention ( oo ) malséante de me faufiler parmi les juges du procès. Le but principal de mon mémoire, — les questions dans lesquelles de longues observa- tions semblent m'autoriser à intervenir, — l'intérêt spécial, enfin , que m'inspire cet ensemble d'études , — tout cela est en dehors du massif normal de nos craies, et je serai très-bref et très-sommaire en ce qui les concerne. Bien connues en elles-mêmes , je le répèle, il faudrait écrire tout un livre , si l'on voulait examiner et discuter les questions multiples auxquelles donne lieu leur distribution systématique en grou- pes d'un ordre inférieur. En conséquence, et dans le signalement sommaire des caractères généraux, comme dans l'exposé des particularités intéressantes qu'of- frent nos terrains crayeux, je me bornerai à suivre, pour la classifica- tion de leurs étages, le guide le plus élémentaire, par cela même le plus large dans ses vues , et en même temps le plus sûr pour l'obtention de résultats acceptables par tous les géologues. Je me placerai ainsi à un point de vue plus élevé que la région où se manifestent les dissen- lions scientifiques de détail, et cela suffit amplement au but que je me propose. Ce guide, ce point de départ, ce sera pour moi le célèbre et beau travail de M. le V te d'Archiac, intitulé : Eludes sur la formation crétacée des versants S.-O. et N.-O. du plateau central delà France, l re partie, in-8°, 1843. — Deux des étages admis par ce savant géo- logue, — le premier (craie supérieure), et le deuxième (craie lufau), — entrent seuls dans la composition de l'ossature de la région dont je m'occupe. Mais il n'en pourra plus être ainsi quand j'aborderai l'examen des terrains qui font plus spécialement l'objet de mon travail. Ce sont : 1° Ceux qui, dans notre petite région ou sur sa bordure, n'ont pas été étudiés en détail (la molasse éocène, les meulières) ; 2° Ceux qui n'y ont pas du tout été étudiés (le diluvium et les alluvions, soit anciennes , soit modernes) ; 3° Ceux qui y ont donné lieu à des questions encore en litige (le cal- caire blanc d'eau douce, les silex crétacés que j'ai assimilés, en 184-7 , à la craie de Maastricht ) ; 4° Enfin , je traiterai, sous une de ses faces , la question des silex travaillés de main d'homme, cette annexe récente de la géologie. Pour tout cela, je ne suivrai pas un guide unique; j'étudierai directe- ment et. de mon mieux les objets et les questions , et , pour chercher les moyens de résoudre celles-ci, je frapperai à toutes les portes. ( 91 ) Voici d'abord , comme argument synoptique , le diagramme ou coupe théorique de l'ensemble de nos terrains , dans l'ordre renversé de leur description. Terrains meubles, superficiels. 7, 8, 9, 10. . [ 5, 6 M 3 Craie. . .1 ' 2 ( 2. e étage. ..... 1 Terrain tertiaire d'eau douce 1 1 er étage. . . Lkcilnde. — $ 7, 8, 9, 4 0. Diluviuni et alluvions diverses. 5, 6 Meulières et calcaire d'eau douce blanc. 4 Molasse éocène ( argiles panachées, sables, grès et minerai de fer. 3 Appendice du 1 er étage (Craie à Faujasia). 2 1 er étage de la craie de M. d'Archiac. 1 2 e étage, id. Voici, en second lieu, pour aider graphiquement à l'intelligence des dix paragraphes dont se composera ce chapitre , le résumé théorique de la coupe itinéraire du Pescairou à Faux, que j'ai adressée à M. Joseph Delbos en décembre 1845 , après en avoir parcouru avec lui tout le développement. Il a reproduit dans son beau travail de 1847, intitulé : Recherches sur l'âge de la formation d'eau douce de la partie orientale du bassin de la Gironde (Mémoires de la Société géologique de France , 2 e série, t. II, 2 e partie, pag. 241 à 289, pi. XII, fig. 7). Celte coupe s'étend du N. au S. sur une longueur de 14,350 mètres en ligne presque directe, avec quelques légères inflexions de détail , et dont la série des lieux dits fera apprécier le peu d'importance , si l'on prend la peine de suivre (sur les cartes de Cassini , de Belleyme ou de l'Etal-major) le développement que j'en donnerai dans les paragraphes consacrés à l'étude de la molasse et du diluvium. Je donne à peu près à ce résumé les dimensions de mon croquis ori- ginal , pour faciliter la netteté des signes , et ceux-ci ne sont pas les mêmes que ceux employés par M. Delbos. ( 92 ) Résumé de la coupe. Légende. — a. Alluvion ancienne (2 e lit de la Dordogne). 11 y a dans la figure de M. Delbos, une légère erreur dont je suis la cause. Dans mon croquis ori- ginal, j'avais porté trop haut cette alluvion, en sorte qu'elle empiétait sur le 1« r lit où se trouve réellement située la métairie de Monsagou; il en résultait que la falaise crayeuse qui sépare le 1 er lit du 2 e était trop avancée vers le thalweg actuel, et que cette falaise présentait un ressaut (celui de gauche) qu'elle n'a pas en réalité.^Cette erreur est corrigée dans le cliché que je publie aujourd'hui. b. Troisième lit (lit actuel) de la Dordogne, au centre duquel une petite entaille montre l'ébauche du quatrième ( rapide du Pescairou), séparé du deuxième lit par une falaise de 7 mètres (32 m approxim 1 ). c. Craie du premier étage de M. d'Archiac. d. Diluvium [gris, ou rouge, et terres diluviales et molassiques, qui' for- ment le sol du premier lit de la Dordogne); épaisseur moyenne, 5 mètres. e. Métairie de Monsagou (53 ra approxim*), au bord du premier lit. f. Métairie de la Graule (58 m approxim'), sur la molasse. g. Molasse. h. Meulières. i. Calcaire d'eau douce blanc. j. Métairie des Pailloles ( 1 50 m approxim 1 ) , sur l'argile des meulières. k. Bourg de Faux, le moulin à vent ( 1 53 m ), sur le calcaire blanc. /. Silex de la craie à Faujasia. — 11 faut remarquer que leur position à la superficie de la molasse et du diluvium n'est pas leur position normale (puis- qu'ils font partie de la formation crétacée) : je les ai représentés ainsi, comme on les rencontre de fait, lorsqu'ils ont été laissés à nu par la destruc- lion de la molasse qui les avait primitivement repris, ou parmi les cailloux du diluvium qui en avait, à son tour, repris un certain nombre. FORMATION CRÉTACÉE § 1. — £ e Étage de II. «TArcbiac. Il ne se montre nulle part au jour dans les limites du bassin hydro- graphique du Couzeau; mais au Saut de la Gralasse , à 4 kilomètres E. du Porl de Lanquais en remontant le cours de la Dordogne (33 m ap- proxim 1 ) , on le rencontre formant le fond monolithe (lu 3" lit de ( 03 ) ce fleuve et les basses falaises (hautes de 6 m ) qui encaissent sa rive droite aux abords de la ville de Lalinde (39 m ). Sur la rive gauche , il s'enfonce sous la falaise énorme que constitue le 1 er étage de M. d'Ar- chiac , presque à pic sur la rivière vis-à-vis Lalinde et surmonté de la petite et antique chapelle de Saint-Front-de-Coulory (90 m ) (Sanctus Fronto de Colubro ). Ce n'est qu'à la base (peut-être pas plus d'un mètre) de la muraille en surplomb que forme la falaise , qu'on peut le distin- guer du 1 er étage qui lui est immédiatement superposé en stratification discordante, et sans le plus mince dépôt intermédiaire. Son inclinaison, dans le sens du cours du fleuve , est à peine sensible à l'œil , et bientôt il disparaît totalement sous le 1 er étage qui occupe à la fois la totalité du fond monolithe du fleuve et la totalité de la hauteur de ses deux falaises-, les bancs de ce 1 er étage sont plus sensiblement horizontaux (1). Voici la coupe du point de jonction des deux étages , prise dans le lit même de la Dordogne, sous la papeterie de Piotersack, en août 1846 , après une sécheresse continuée pendant trois mois entiers, ce qui per- mettait de se rendre, en marchant à pied sec sur le fond monolithe du 3 e lit, du port de Saint-Capraise (rive gauche), au port de Lanquais , du port de Lanquais au port de Couze , du port de Couze enfin au Saut de la Gratusse et bien au-delà. Rotersack est sur la rive droite , à l'extré- mité inférieure du long rapide de la Gratusse, à distances à peu près égales entre le port de Couze et Lalinde. (1) A ce propos, je regarde comme un devoir de m'associer aux regrets qu'expri- ment deux savants géologues (MM. Arnaud, maintenant procureur impérial à Bazas , et Gust. Cotteau) sur la complication d'étages que M. Coquand a cru devoir introduire dans la description de notre craie du Sud-Ouest. Cette puissante formation, constituée sur un plan tr es- simple , s'y divise évidemment en un petit nombre d"élages éminem- ment distincts, mais qui, selon la très-juste remarque de M. Arnaud {Terr. crél. de la Dordogne , in Bull. Soc. géol. de Fr., 2 e sër., t. 19, p. 48o) offrent à l'observateur qui les étudie de près, tous les caractères de la continuité de dépôt. Aussi est-ce de grand cœur que je me joins à M. Delanoùe (Bull. Soc. géol. 2 e sér , t. 4, \>. 423) pour dire : «M. d'Archiac a établi dans la craie du S.-O. quatre grandes divisions; elles » sont tout-à-fait naturelles », et elles suffisent pour rendre l'étude méthodique et les descriptions claires. Alcide d'Orbigny, ce travailleur énergique , avait cru , lui aussi , arriver à plus de précision et de clarté par la localisation des espèces dans ses divers étages, et les faits étudiés sur une échelle plus large, sont loin — on le sait mainte- nant — d'avoir constamment répondu à son attente. Il y a longtemps déjà que M. Cot- teau a examiné, en ce qui concerne les subdivisions multipliées de M. Coquand, le regret qu'il rappelle dans son Rapport de 1863 sur les progrès de la Géologie (Voir VAnnuaire 1861 àe Y Institut, des Provinces , p. 216, 217. ( 94 ) Coupe de la rive droite. Légende. — a. Craie marneuse, blanc-grisâlre, à rognons de silex gris- noirâtre (2° étage de M. d'Archiac), dont les lits plongent visiblement sous le 1er étage (épais-seur 3-4 mètres). b. Craie jaune (pierre de taille exploitée dans une petite carrière de la fa- laise près du réservoir à poissons) homogène et sans silex (1 er étage id.), dont les lits sont sensiblement horizontaux (épaisseur 4-5 mètres). c. Alluvion ancienne, sablonneuse (terres arables) formant le sol du 2 e lit de la Dordogne (épaisseur, 2-3 mètres). d. Sables et cailloux roulés, galets, descendus d'Auvergne et du haut pays de la Dordogne, formant Palluvion actuelle du 3<= lit du fleuve, et déposés par lui dans la solution de continuité de la falaise, entre l'extrémité visible et dé- mantelée des lits de craie du 2 e étage et les lits horizontaux du 1 er étage. L'extrémité de ces lits est également démantelée, soit par l'effet des courant?, soit par quelque exploitation ancienne. e. Lit actuel (3*) de la Dordogne, qui bat le pied de cette petite falaise haute de 6 mètres environ. /! Cascade de la fontaine qui fait aller l'usine. g. Usine de Rotersack. J'ai omis de mesurer la longueur de la solution de continuité ; mais je crois qu'elle atteint à peine 40 à 50 mètres. Coupe de la rive gauche {à peu près vis-à-vis de la précédente). «."«* Légende. — a. Craie à silex (2 e étage) à lits plongeants. b. Craie sans silex (1 er étage) à lits horizontaux. c. Rognon isolé de silex, égaré dans un lit du 1 er étage. cl. Lit de lu Dordogne et fond monolithe id: {d'). ( y5 ) La falaise, haute en cet endroit de 10 à 15 mètres, forme la tranche inférieure du coteau de Saint-Front-de-Coulory, qui s'élève presque à pic au bord de la Dordogne , en sorte que le 2 e lit du fleuve n'y est pas , ou presque pas marqué. Elle est si constamment humide parce qu'elle fait face au N., qu'il est impossible de reconnaître la superposition des deux étages, le long de sa paroi verticale ou surplombante, envahie sou- vent par les cryptogames, — il est, dis-je, impossible de la reconnaître autrement que par l'absence ou la présence des rognons de silex. Mais , à l'aide de ces silex, il devient évident que les lits du 1 er étage sont sensiblement horizontaux , et que ceux du 2 e étage plongent très-sensi- blement vers l'O. La superposition est rigoureusement immédiate, sans le moindre dépôt intermédiaire aux deux étages : seulement j'ai observé un silex isolé, égaré dans le lit inférieur du 1 er étage (d'). En aval du point où la falaise verticale ne montre plus de silex , on en trouve encore empâtés dans la craie qui forme le fond de la rivière. C'est donc le 2 e étage qui en constitue le plancher monolithe dans la moitié , à peu près , de sa largeur , mais là , les lits continuant à plonger sont remplacés par ceux du 1 er étage , et on coupe de la pierre à bâtir jaune, dans ce plancher, à très-peu de distance en aval du point de jonc- tion des deux craies. De plus, on rencontre encore le 2 e étage de M. d'Archiac dans la vallée de Couze , parallèle à celle du Couzeau , à 6 kilomètres sud-est du Port de Lanquais ; et là , il se montre bien plus près de la limite du bassin hydrographique du Couzeau (à 2,200 environ). Cet affleurement, plus épais , comme de juste , que celui du Saut de la Gratusse , se voit à la base des hauts coteaux qui bordent le flanc droit de la vallée de la Couze , à peu près vis-à-vis le château de Bayac , entre un coude formé par le promontoire qui renferme les riches carrières (très-bonne pierre du 1 er étage) du Colombier, et le château de Bannes. Toute la rive gauche de la Couze , jusqu'à la vallée du Couzeau , appartient au 1 er étage, tan- dis que l'affleurement du 2 e étage continue à être visible sur la droite, en s'élevant même peu à peu , mais il est toujours couronné par la masse du premier. Je reprends, pour les détails de ces deux localités d'affleurement du 2 e étage. Ils ne contiennent point de carrières , et en effet ils ne sauraient en fournir, car la structure feuilletée et souvent très-mince qu'ils offrent , est on ne peut plus désavantageuse, non-seulement pour le débit en ( 96 ) quartiers (pierre de taille) , mais même pour la solidité du moellon. A Périgueux, où les Romains et le moyen âge n'ont connu que des car- rières du 2 e étage , où la structure n'est pas feuilletée , mais où la craie est criblée de rognons de silex blonds, bruns et noirâtres, les monu- ments ont pris un air de vieillesse , bien plus tôt qu'ils ne l'eussent fait sans la détérioration constante que cause aux quartiers et aux moellons la ségrégation incessante et la chute des rognons; le fini et la conser- vation des sculptures en ont surtout souffert , et ce n'est que depuis la découverte des carrières de Chancelade à Radiolites lumbricalis d'Orb. (trente ans au plus), que Périgueux jouit d'une pierre de taille aussi pure, aussi magnifique que celle d'Angoulême. Au Saut de la Gratusse, le feuilletage de la craie du 2 e étage n'est pas d'une minceur extrême, et ce n'est que par suite de son exposition à l'air qu'il se dessine sur la pierre du fond de la rivière et sur celle de la rive gauche , qui sont toujours saturées d'humidité. Sur la rive droite , exposée au midi , la falaise est plus finement feuilletée parce qu'elle n'est pas en surplomb, et qu'elle est desséchée par les plus vives ardeurs du soleil. La craie de cette localité est grisâtre, d'une teinte même assez pro- noncée, mais elle blanchit à l'air et au soleil. Son grain est rude et grossier, et ses feuillets desséchés prennent une sonorité remarquable et quasi-métallique. Elle renferme un nombre, non pas immense mais assez considérable, de rognons de silex gris-noirâtre, aplatis ou plus souvent sub-sphériques, le plus souvent moins que pugillaires, mais assez souvent céphalaires et au-delà. Ces rognons ont fréquemment (toujours peut-être?) pour centre d'agrégation, un corps organisé mais très-mal conservé (pince de crabe, polypier rameux , Siphonia). Du reste, on n'y trouve que très-peu de fossiles caractérisés : Pleurotomaria Lahayesi d'Orb. Trigonia scabra Lam. (et encore l'individu que j'y ai recueilli pour- rait-il provenir d'un éboulement du 1 er étage). Jnoceramus Goldfussianus d'Orb. Oslrea vesicularis Lam. (un nombre considérable d'individus de l'une des petites formes de celle espèce). Rhynchonella alala (tel que l'entend M. d'Archiac) et ses var. ves- pertilio et difformis. Traijos pisiformis Goldf. ( 91 ) Mais ce qu'on y trouve de plus caractéristique, ce sont des tronçons de corps vermiformes, très-comprimés et prenant alors une largeur d'un centimètre au moins sur un millimètre au moins d'épaisseur, longs parfois d'une dixaine de centimètres, et sensiblement arqués. J'ignore s'ils ont été décrits; mais il est impossible de n'être pas frappé de leur extrême ressemblance morphologique avec le Serpula problemalica Munst.; Goldf. Petref., p. 235, n° 48, pi. LXIX, fig. 13, du calcaire lithographique de la Bavière, et qui, presque assurément, n'appartient pas au genre Ser- pule. Je ne connais pas les extrémités de notre fossile, qui se retrouve peut-être, mais plus rarement, dans le 1 er étage. Les sources qui, dans cette belle localité, suintent des parois de la falaise, sur les deux rives, sont éminemment incrustantes. Quand elles tombent verticalement dans la rivière, elles encroûtent d'un enduit cal- caréo-terreux de fortes masses A'Hypnum commutation, filicimim et au- tres mousses. Quand elles sourdent du bord du fleuve et au niveau du fond , elles élèvent peu à peu un monticule de tuf qui acquiert à la longue une solidité quasi-pierreuse; puis une rigole saillante, en forme de jetée , part de ce monticule et conduit directement leur eau dans le lit du courant habituel du fleuve. Dans les excavations (profondes de plus de sept mètres) creusées, il y a quarante ans environ , sur la rive droite pour emprisonner et utiliser la magnifique source qui fait fonctionner l'usine de Rotersack, il se forme des stalactites considérables. J'ajoute que sur ce point, le nombre et la grosseur des rognons de silex noir du 2 e étage, disposés en cordons épais, et peut-être le jeu de la mine , ont produit des fissures si fréquentes et si spacieuses que, malgré trente ou quarante mille francs de dépense, on n'a pas réussi à capter la source de manière à la forcer de s'élever jusqu'au niveau dont on avait besoin pour la chute. Je parle de tous ces tufs et stalactites dans le paragraphe consacré au 2 e étage; mais une grande partie, si ce n'est la totalité des eaux de ces sources incrustantes , provient de la surface ou de la masse de la craie du 1 er étage. Il n'est donc pas étonnant que j'aie retrouvé de semblables incrustations de mousses sur le premier étage lui-même; elles y for- ment des protubérances de tuf ou travertin calcaire qui ne sont pas sans importance , car elles atteignent au moins cinq à six mètres d'épaisseur dans le thalweg de la vallée du Bellingou, sur sa rive droite, entre Cadouin et les ruines du prieuré d'Ailhas. Les sources qui ont déposé ces lufs ne viennent pas de loin , mais seulement des parties élevées des berges du vallon, ( »8 ) Le Saul de la Gratusse est un immense rapide, hérissé d'écueils sur une longueur de 1,753 mètres environ (De Verneilh, Histoire d'Aqui- taine), — rapide redoutable, dans la partie supérieure duquel est creusé le couloir dangereux qui a fait bien des victimes parmi les bate- liers forcés d'y passer dans les basses-eaux, quand tout le reste du large lit monolithe du fleuve est absolument à sec : il faut un hallage très-énergique pour y passer en remontant, et ce doit être moins dan- gereux encore que la descente; ce danger, du reste, n'existe plus depuis la construction du canal latéral, sur la rive droite , de Mauzac à Tuillière , commune de Mouleydier(à peu près 16 kilomètres), lequei fait éviter en même temps le second rapide, nommé le Pescairou. Ainsi que je l'ai dit dans le chapitre premier, les couloirs de la Gra- tusse et du Pescairou sont la première ébauche d'un ¥ lit de la Dor- dogne. Au résumé, la localité du Saul de la Gratusse, pauvre pour le paléon- tologiste , meilleure pour le zoologiste, excellente et instructive pour le géologue, très-riche pour le botaniste et pour ainsi dire inépuisable sous le rapport cryplogamique, est d'un prix inestimable pour le paysagiste. Il y a quelque chose aussi , tout autour, pour l'archéologue. La Dordo- gne elle-même, et ce désert de pierre qu'elle parcourt et qu'elle scie, — ces falaises menaçantes , — Lalinde , Saint-Front , le canal , les montagnes du Haut-Pays, l'épanouissement de la vallée vers le cou- chant... Cet ensemble est magnifique ! L'affleurement du 2" étage, à Bayac, est cité, ainsi que le précédent, par M. d'Archiac (Étud. form. crél., l re part., p. 26; 1843). Il est privé de presque tous ces attraits scientifiques et pittoresques : il vient au jour, là précisément où finit, avec les derniers arbres du parc du château de Bayac , tout ce que la vallée de la Couze offre de gracieux , de frais, de fertile même, et surtout de coquettement groupé. Le paysage gagne en grandeur, en sévérité , mais aussi en monotonie et en sécheresse : on n'y voit plus qu'une chose, l'importante forteresse de Bannes, fièrement campée sur un promontoire escarpé et se dessinant sur la toile de fond. Le géologue lui-même aura sa part dans- le désenchantement du paysagiste en deuil de la verdure. Au lieu de la falaise énergique et sombre de la rive gauche du fleuve , il ne trouvera plus, dans l'affleu- rement qui borde la route de Couze à Beaumont (rive droite de la Couze) qu'une craie marneuse et finement feuilletée, blanche ou faible- ( yy ) ment grisâtre, ne renfermant que peu ou point de fossiles, et au lieu de rognons de silex, de simples petites boules de craie plus dure, divi- sées souvent en couehes concentriques, parfois aplaties, rarement pugillaires et disséminées entre les feuillets de la roche. Je n'ai rien à dire , pour notre circonscription si restreinte , relative- ment à la terre arable du 2 e étage, que j'ai d'ailleurs à décrire dans le quatrième chapitre de ce mémoire, en ce qui concerne les plateaux arides de la route de Périgueux à Angoulême. Le coteau très-escarpé dont la base laisse apercevoir l'affleurement de Bayac, n'est qu'une pente rocailleuse, presque dépourvue de terre végétale et occupée en entier par un maigre taillis de chênes. Fossiles principaux du 2 e Étage. Mon intention, dans ce mémoire, n'est point de faire un travail paléontologique, et si je fais un choix de quelques fossiles pour donner une idée sommaire de la faune de nos étages, ce ne sont ni les plus rares, ni les plus communs, ni les plus nouveaux que je veux inscrire ici : nous avons déjà plusieurs catalogues, et pour les enrichir autant qu'ils doivent l'être, il faudrait un travail tout spécial. Je ferai pourtant excep- tion pour la craie à Faajasia (mon ancienne craie de Maëstricht), parce que cette couche a été depuis longtemps litigieuse, et que sa faune, que je possède tout entière avec les déterminations autographes d'Al- cide d'Orbigny, n'a jamais été publiée à part. Je me borne donc à citer, pour notre 2 e étage : Pleurolomaria Galliennei d'Orb. — Lahayesi d'Orb. Trigonia scabra Lam. Inoceramus Goldfussianus d'Orb. Janira substrialo-costata d'Orb. — quadricostata Goldf. Ostrea santonensis d'Orb. — carinala Lam. — veskularis Lam. (petite forme). Rhynchonella alala et plus, de ses variétés (d'Archiae). Corps vermiformes , rappelant le Serpula problematica Miinst. Tragos pisiformis Goldf. Tome XXV. 8 ( 100 ) | II. _ fer Étage de M. d'Archiac Le 2 e étage de cet éminent géologue constitue donc la base la plus inférieure qui se montre au jour pour les terrains dont je m'occupe dans ce travail. Hormis les deux affleurements que je viens de mentionner, la base unique de cette circonscription, l'ossature unique de sa masse, c'est le 1 er étage de M. d'Archiac, et au-dessus de lui, il n'y a plus au- cune roche solide qui appartienne aux terrains marins. A Cr'eysse, con- servant toujours sa pente douce et presque insensible de stratification , cet étage s'enfonce sous les argiles tertiaires de la plaine de Bergerac et se prolonge jusqu'à l'Océan sans discontinuité, puisqu'il fournit quel- ques pointements à Villagrains , dans les landes de Bordeaux, et à Saint-Justin, dans celles de Dax , et puisqu'il offre , à Royan , un des deux promontoires chefs-de-baie de ce vaste golfe de la mer tertiaire. La plus forte altitude qu'atteigne le 3 e étage dans notre circonscrip- tion ne dépasse pas 178 mètres à l'extrémité S.-E., près le Haut-Bourut (métairie dite Coulon de Cassini , Conalong de l'Etat-major). L'altitude moyenne de ses sommets, prise sur huit cotes, est de 153 mètres. Sa plus grande épaisseur totale, dans la partie au sud de la Linde où sa puissance est le plus développée, n'est pas moindre de 80 à 85 mètres, d'après M. d'Archiac (Etud. form. crét., l re part., p. 19), et je suis très-porté à croire cette évaluation trop faible. La craie n'y contient jamais de rognons de silex ; elle offre ( à Monsac par exemple, 6 kilomètres S. -S.-E. de Lanquais) de la pierre propre à la fabrication de la chaux ; nulle part elle n'est sensiblement argileuse. Elle n'est jamais grise, mais quelquefois blanche, presque toujours jaunâtre, jaune ou d'un jaune très-foncé, tirant sur le brun ou le rouge. Sa dureté est très-variable , et elle fournit de vastes carrières de pierre tendre (jaune ou très-jaune), semi-dure (jaunâtre et quelquefois blan- che), mais jamais véritablement dure (propre aux marches d'escalier). Cette dernière qualité de pierre ne se trouve , si je ne me trompe , que dans le lit de la Dordogne , où l'imbibition constante produit dans la roche une sorte de cémentation dont s'accroît sa puissance de cohésion; mais aussi, elle y devient parfois fort gélive. Les carrières, souvent très-vastes , y sont à plafond plat, soutenu par des piliers réservés , carrés , énormes , ce qui y rend les accidents ( 101 ) fort rares. Elles sont ouvertes dans des masses homogènes , presque dé- pourvues de tout fossile un peu volumineux , divisées par lits à peu près horizontaux d'épaisseur variable , et traversées parfois par des veines d'un jaune plus foncé, où la contexture est plus lâche et le grain plus gros et moins cohérent; ces veines sont dues à des infiltrations ferrugi- neuses plus abondantes que celles du bain général d'où résulte la colo- ration de la masse. M. d'Archiac (Etud. forni. crél., l re part., p. 11) a fort justement signalé ces massifs exploitables comme placés vers la base de son 1 er étage (Bannes, Bayac, etc.), c'est-à-dire que les car- rières sont uniformément ouvertes à 10 ou 12 mètres au-dessus des affleurements du 2 e étage. Au-dessus de la masse exploitable en pierres de taille, la roche passe à des bancs plus ou moins épais et littéralement lardés de moules de fossiles; la craie y est plus dure, disposée en lits plus minces (les lèves dont j'ai parlé dans le § I er ) et généralement plus blancs que le corps de la masse. Cette espèce de nougat de fossiles, qui cependant est sou- vent moins riche en corps organisés, mais souvent alors caverneux, est la partie supérieure de l'étage; c'est en général à la surface ou près de la surface du sol qu'il se montre ; les ouvriers le nomment décharge , parce que, dans les carrières qu'on entame à ciel ouvert, il faut tou- jours s'en débarrasser avant d'attaquer la roche exploitable en quartiers. L'ancien quartier de bonne pierre tendre ou semi-dure ( 2 pieds ou 6G centimètres de long sur un pied ou 33 cent, de large et autant d'épais- seur) valait -40 centimes ; mais depuis que les moyens de communica- tion se sont multipliés et que nos grandes carrières du Roc de Rabier, du Port de Lena, de Couze et. du Colombier envoient leurs produits non- seulement à Bergerac et dans l'arrondissement, mais encore jusqu'à Bordeaux où on les emploie dans des constructions monumentales, les vieux prix ont suivi la loi du progrès (60 à 70 centimes). La physionomie paléontologïque de notre 1 er étage peut être esquissée à l'aide de l'aperçu suivant de ses fossiles les plus remarquables par leur taille, leur conservation habituelle ou la facilité de leur détermi- nation générique. Naulilus Dekayi Morton. — Il devient parfois énorme; c'est de feu Aie. d'Orbigny que j'ai reçu sa détermination. Ammonites Gollevillensis d'Orb. — C'est l'une des deux espèces qui proviennent du dédoublement du leivesiensis Sow. Elle ( 102 ) est rare, très-rare même, et son diamètre varie de 20 à 60 centimètres. — J'en connais une autre espèce, plus rare et plus grande en- core, mais toujours mal conservée. Ammonites Mayoriamis d'Orb., qui appartient bien certainement à deux différents étages de d'Orbigny. Nerinea Aunisiana "d'Orb. — Du moins, n'ai pas trouvé de des- cription qui lui convînt mieux. Avellana Royana d'Orb. Acteonella crussa d'Orb. Globiconcha Marrotiana d'Orb. — ovula d'Orb. — rolundata d'Orb. Turbo Roy anus d'Orb. Phasianella supracrelacea d'Orb., Pleur olomaria Marrotiana d'Orb. — Autre espèce , énorme; diam. de la base, 13 centimètres; elle est rare. Crassatella Marrotiana d'Orb. Cyprina Ligeriensis d'Orb. — D'après les descriptions, le C. Genei de M. Goquand ne paraît pas en différer. Trigonia scabra Lam. — Elle est toujours à l'état de moule inté- rieur, sans vestige de lest; je l'ai trouvée, très-grande, une seule fois , dans la masse exploitée de la carrière du Roc de Rabier, à Lanquais. Cardium Faujasii Ch. Des M. in d'Orb. (C. productum d'Arch.).— Moules intérieurs , et contre-empreintes extérieures, avec les trous des épines. Arca crelacea d'Orb. (Cucullœa lumida d'Arch.) Pinna restilula Hœningh. Myoconcha supracrelacea d'Orb. Prodr. (M. crelacea d'Orb. Terr. crét.). Mytilus Dufresnoyi d'Orb. (Modiola d'Arch.). Lima maxima d'Arch. — Toujours pourvu de son lest. Inoceramus Guvieri d'Orb. — Lamarckii Rœmer. — regularis d'Orb. hntira subslrialo-costala d'Orb. (avec son test). ( 103 ) Ostrea vesicularis Lam. (plusieurs formes, grandes et petites). Oslrea Santon ensis d'Orb. Hippurites radiosus Ch. Des M. — Lamarckii Bayle. Radioliles craleriformis — Jouannetii — cylindracea ) d'Orb. — Hœninghausii — Bournonii Micr aster bufo Agass. Conoclypus acutus Agass. Rhynchopygus Marmini d'Orb. Terr. crét. (Cassidulus d'Orb Prodr. Pal. stratigr.). Cyclolites cancellata d'Orb i — elliptica Lam. — gigantea? d'Orb. (Diamètre, °20 centimètres). Astrea (ou genre voisin)... En masses considérables. Orbitoides média d'Orb. (Orbiloliles d'Arch.). Orbitolites..*.... Complètement aplatie et ressemblant beaucoup à YO-. complanata Lam. des terrains tertiaires, cette espèce, très-mince et qu'on n'obtient jamais entière et isolée, se trouve un peu partout dans les bancs dits de décharge : elle existe en nombre incalculable au port de Lena. Si , comme je le présume, elle n'est pas décrite, sa minceur pourrait lui faire donner le nom d'O. chartacea. Tragos pisiformis Goldf. On remarque peut-être que cette liste de 46 fossiles , choisis pour spécimen de la faune du 1 er étage , est bien peu de chose si on la com- pare au nombre immense d'espèces du terrain sénonien que M. d'Or- bigny signale dans son Prodrome. On pourra même me reprocher de n'avoir pas du moins relevé dans cet ouvrage les noms dés espèces qu'il signale à Lanquais. Je n'ai pas voulu agir ainsi, parce que ma liste est dressée ail point de vue non paléontologique, mais géologique, et j'ai écarté à dessein de cet elenchus toutes les espèces que je n'ai rencontrées qu'à l'état siliceux (parce qu'il est douteux pour moi qu'on les ait trou- vées dans le 1 er étage [Conoclypus obtnsus et Pyrina pelrbcoriensis ( 104 ) par exemple]), — toutes celles qui font partie de la faune des silex à Faujasia (parce que le paragraphe suivant sera consacré à l'étude et à l'appréciation de cette faune), — presque toutes celles enfin qui appar- tiennent soit aux Polypiers (sensu latiori) ou aux Foraminifères (parce que je ne les connais pas assez pour les déterminer avec certitude). J'ai voulu ne faire entrer dans ma liste que des espèces recueillies , à l'état crayeux, dans le 1 er étage incontesté, de notre localité. La plus remarquable de nos carrières, tant par son étendue sous la plaine du 2 e lit de la Dordogne , que par la bonne qualité dé ses pro- duits et l'épaisseur non moins que la richesse paléontologique de son assise de décharge, est sans contredit celle du Port de Lena, briève- ment mentionnée par M. d'Archiac (loc. cit.) à la première ligne de la page 12. Elle s'ouvre par plusieurs bouches, au niveau de la Dordogne qui. y entre parfois, dans la falaise (actuellement démantelée par de si longs et de si considérables travaux) du 3 e lit du fleuve, à distance à peu près égale (1 kilomètre) du Port de Lanquais et de celui de Couze , et à la limite des communes de Couze et de Yarennes. Je l'ai vue pendant plus de vingt-cinq ans conserver la même apparence extérieure ; mais on a fini par la pousser trop loin dans la plaine, et par s'endormir dans une sécurité déjà si longue, au point de réserver des piliers trop rares pour une surcharge de 6 à 8 mètres d'alluvion sablonneuse et caillou- teuse. Dans la nuit de Noël de l'année 1858, cette surcharge s'effondra sur un espace considérable, comme elle l'avait déjà fait partiellement et successivement, aidée par la main de l'homme, au front de quelques- unes des entrées de la carrière; mais elle n'engloutit heureusement que les quartiers débités et les outils que les carriers y avaient laissés en se retirant. Un second effondrement, — et ce dernier fut énorme — se produisit, en plein jour, le 21 avril 1859, et n'occasionna non plus au- cun malheur, mais força à de grands travaux de déblaiement. Les pein- tres d'intérieur, de rochers et d'eaux ont perdu là une des plus belles études d' effets qu'ils pussent faire. En été, quand les rayons du soleil couchant enfilent directement le long canal rectiligne et encaissé qui forme le lit actuel du fleuve, il fallait se placer dans la carrière , en arrière du premier rang de piliers qui l'ornaient comme d'un portique cyclopéen. Formes, couleurs, tout était magique dans ce grand aspect que j'ai eu le bonheur de faire contempler à mon savant maître , à mon ami toujours regretté, le général Hyacinthe de Collegno , alors doyen de la Faculté des Sciences de Bordeaux : il en jouissait en artiste autan! ( 105 ) qu'en homme de science!.. Les géologues me pardonneront sans peine d'avoir consigné dans ces pages un souvenir si plein à la fois de douceur el d'amertume. La veine d'excellente pierre qui constitue les carrières ou caves du Port de Lena traverse la rivière, dans laquelle on en a extrait beaucoup pendant les basses eaux , et se continue sur la rive droite où se trouvent aussi des exploitations semblables, mais moins considérables (vis-à-vis et au même niveau). Une tradition locale prétend que l'usage de ces carrières remonte aux Romains , mais j'ignore laquelle des deux rives ils auraient attaquée. Les belles carrières du Roc de Rabier, à 2 kilomètres S. de Lanquais et sur la rive droite du Couzeau , fournissent une pierre tendre d'abord et à grain plus grossier, et d'un jaune plus foncé qu'au Port de Lena , mais qui durcissent à l'air. C'est elles qui ont servi, au XVI e siècle , pour la construction de la partie renaissance du château de Lanquais, — partie tellement remarquable par l'ampleur et le style du bâtiment comme par l'habileté pratique de l'architecte, qu'un archéologue émi- nent , M. Félix de Verneilh , ne serait pas éloigné de l'attribuer au célè- bre André Ducerceau , dont il croit y retrouver la manière. Les carrières du Roc de Rabier sont d'un aspect imposant, hautes de cerveau , au niveau du vallon et à la base d'un promontoire qui domine la jonction du Couzeau et d'un de ses affluents ; leurs entrées forment des portails élevés , ouverts dans le roc vif. La décharge qui les surmonte est d'une épaisseur médiocre, plus dure et moins riche en fossiles que celle du Port de Lena. Les carrières du Colombier, de 8 mètres d'épaisseur sans fissures (vallée de la Couze), remarquées avec éloge par M. d'Archiac (loc. cit., p. 11), et celles de Couze, n'ont pris une grande activité que depuis l'établissement de la route départementale de Couze à Beaumont. Le nombre des petites exploitations est considérable dans les vallées de la Couze et du Couzeau; il en est résulté, dès une époque fort ancienne, une grande facilité pour y pratiquer des habitations. La rive gauche de la Couze, près de la sorte de cascade élargie qui amène ses eaux dans le lit de la Dordogne, contient un bon nombre de ces nids de troglodytes , qui donnent au paysage un caractère éminemment pittoresque. Sans doute , il doit y avoir eu là plusieurs de ces lieux de refuge si fréquem- ment habités dans l'antiquité et probablement dans le haut moyen âge. On voit l'entrée probable d'un de ces refuges dans le vallon du Couzeau, ( 10G ) rive gauche, entre le vallon de Combe-Malesse et le moulin de la Genèbre, à 3 mètres au-dessus du sol du vallon ; mais on n'a pas pu y pénétrer. Il existe aussi beaucoup de grottes peu profondes et basses de cer- veau, à la base des falaises de nos divers vallons. Une seule, qui est en dehors du bassin hydrographique du Couzeau , mais peu éloignée de la rive droite de la Dordogne, mérite une mention particulière. C'est la grotte de Lamonzie-Monlaslrnc , commune de ce nom, au lieu dit le Gué de la Roque, dans la vallée du Codeau, à 40 kilomètres N.-O. de Lanquais. Elle s'ouvre à mi-côte et s'enfonce assez profondément dans le coteau, sous la forme d'un boyau tortueux en pente ascendante très- rapide et très-irrégulière. L'accès en est singulièrement difficile et sur- tout malpropre, parce qu'il n'y a pas de sol continu : on s'élève gra- duellement sur le dos des blocs éboulés, en employant, en guise de grapins , les deux mains qu'on enfonce alternativement dans une couche épaisse de limon très-tenace. Sans cette précaution , on roulerait dans les profondeurs du couloir où l'on entend gronder un ruisseau qui par- fois le remplit presque en entier, puisque le limon demeure mou et plastique comme une glaise. Tandis que les membres thoraciques rem- plissent ces fonctions peu attrayantes , le reste du touriste s'avance non sur ses pieds mais sur ses genoux , pour préserver sa tête des myriades d'aiguilles creuses de stalactite qui la déchireraient. Cette description doit donner à penser que je n'ai pu y voir de stalagmites , et moins en- core de limons ossifères., et je m'engage volontiers à n'y retourner jamais dans le but de m' assurer s'il y en a ! — Le ruisseau de la grotte vient au jour au bas de la côte. Je n'aurais rien à dire de Mouleydier, sur la rive droite de la Dordo- gne , où le 3 e étage fournit encore de la craie bonne pour la taille, si l'on n'arrivait, là précisément, aux abords du rivage oriental du golfe crayeux qui constitue le bassin tertiaire de Bordeaux. Ce rivage, — falaise telée et percée à sa base par le lit de la Dordogne — n'offre plus qu'une démancraie très-souillée de veines colorées par l'oxide de fer et surtout extraordinairement caverneuse : un tronc d'arbre, miné par les larves de Scolyte, n'est pas criblé de- plus de millions de trous; c'est une vraie craie de rivage qui va s' abaissant jusqu'à Creysse (2 kilomètres en aval) et disparaît là sous les argiles et les sables de la plaine de Bergerac qui reposent sur elle en stratification transgressive. De ce fond de golfe à l'Océan actuel , il y a encore 1 50 kilomètres à vol d'oiseau. ( 101 ) § II!. — liât sup^ficwr de la craie, e«i Péi'igoi'tt ( Craie à Faujasia Nob. 186i. ' — Craie de Maastricht Nob. olim. ) Cet appendice n'existe plus : il a été fondu et entraîné, ce qui fait juger avec toute apparence de raison — j'oserais dire même de certi- tude, qu'il était ou sablonneux comme à Uchaux et au Mans , ou argilo- marneux comme en Normandie. Autrement , s'il eût été formé de strates plus ou moins épaisses de pierre, comme les étages que je viens de décrire, il en serait assurément resté quelque chose de plus que les rognons de silex parfois métriques et au-delà , qui sont aujourd'hui les seuls , mais aussi les irrécusables témoins de son antique existence. Il me sera permis de faire remarquer que MM. d'Archiac et de Ver- neuil ont observé un fait analogue, mais dans des conditions géologiques très-différentes (Coupe du Mont Pagnolte à Creil , in Bull. Soc. géol., 2 e sér. , t. II, p. 343; 1845). « Ces silex des plateaux, » disent-ils, » brisés mais nullement roulés, sont alors parfaitement distincts de ceux » du diluvium des vallées. Leur état et leur position semblent témoigner » à la fois et de l'action dissolvante des eaux qui les ont dégagés de » leur gangue crayeuse, et du faible pouvoir de transport de ces mêmes » eaux. » Donc, puis-je dire à mon tour, c'est ici même que cet appendice de la craie a existé; car, si ces rognons y eussent été apportés d'ailleurs, on aurait retrouvé ailleurs, en Aquitaine, soit les rognons eux-mêmes, soit leurs fossiles caractéristiques , et c'est , que je sache, ce qui n'a jamais été constaté pour les rognons siliceux, et ne l'a été pour l'espèce essentiellement dominante de leur faune (Faujasia Faujasii) qu'à Bar- bezieux (Charente) , où M. Coquand signale sa présence dans son étage campanien, qui représente pour lui la craie de Meudon, Maè'slricht et Ciply (Statisl. Charenl., I, p. 538 [1858); Synopsis, etc., p. 137 et 145 [1860]). Jamais non plus — et c'est ici ma longue pratique du pays qui l'at- teste , — jamais celte nature de rognons de silex n'a été retrouvée dans les assises des l 8 ' ou 2 e étages de M. d'Archiac; jamais non plus les fossiles caractéristiques de cette couche disparue ne se retrouvent, roulés , dans notre diluvium. Donc , la masse de ce lit supérieur a été dissoute et entraînée, et les noyaux de silex qu'elle contenait sont restés sur place, où ils ont été ( 108 ) repris par la molasse, formation d'eau douce tertiaire, éocène , immé- diatement superposée théoriquement , à ce dernier et supérieur dépôt de notre craie du S.-O. , mais de fait actuel, immédiatement superposée, dans notre Périgord méridional du moins, au 1 er étage de la craie de M d'Archiac. Quant au nom de craie de Maëstrichl, c'est moi qui l'ai timidement proposé à M. de Collegno, qui le leur a donné quand je lui ai fait voir ces beaux silex expatriés dans la molasse et parmi les résidus du dilu- vium, et quand je les lui ai montrés parfois parsemés., quelquefois même pétris de moules siliceux admirablement conservés, ou de fragments de mon Echinolampas Faujasii , qui n'était connu que dans la craie supé- rieure de Maëstricht et qui, depuis lors, a reçu successivement les noms génériques de Pygurus Des. et de Faujasiad 'Orb. En 1847, et après avoir parcouru avec moi toute la série des terrains crayeux et tertiaires qui se trouvent aux alentours de Lanquais, M. Jos. Delbos adopta complètement la dénomination proposée, en inscrivant la note infrà-paginale que voici, au bas de la note finale de ses Recherches sur la formation d'eau douce de la Gironde, in Bull. Soc. géolog., 2 e série , t. II, 2 e part., p. 289 : « Ces silex, non décrits par M. d'Archiac, se » présentent en blocs abondamment répandus au-dessus de la craie. Ils » paraissent résulter de la destruction d'une couche de craie qui recou- » vrait primitivement les assises décrites par M. d'Archiac, même les » plus supérieures. Ils renferment des Oursins assez nombreux (Echùio- » lampas Faujasii, Spatangus Bucklandi, des Pholadomijes , et quelques » autres fossiles. M. Ch. Des Moulins, qui a le premier observé ce dépôt , » l'assimile à l'étage de la craie de Maëstricht. Ce rapprochement inté- » ressant paraît parfaitement d'accord avec les données fournies par la » géologie, » On ne saurait me reprocher la reproduction de ce document : il est imprimé, il appartient à l'histoire de la science, et le titre de ce para- graphe doit m'absoudre de l'accusation d'entêtement. Quant aux fossiles de ces silex, — fossiles dont les espèces dominan- tes étaient alors inconnues dans les 1 er et 2 e étages de M. d'Archiac et n'y ont été, aujourd'hui même, que très-rarement retrouvées ou même ne l'ont pas encore été , — ils sont peu nombreux , et j'en aurai donné 'a liste presque complète, quand j'aurai transcrit celle des corps orga- nisés (Échinodermes pour la plupart) qu'un coup unique d'un puissant marteau d'acier m'a permis de compter dans les deux moitiés d'un Actes delà S oc. lirai, de Bord. T.XXV. PL. 2, .?=--■ " - t éÊ JF 71 T 7' 7vl F.Lackeroauer Jim. 2 Faujasia Fauiasii d'Orb. ( duPérigord.) { 109 ) rognon céphalaire trouvé pour ainsi dire en ma présence, à 100 ou 150 mètres du château de Lanquais , en creusant un petit fossé clans la molasse : -26 Faujasia Faujasii d'Orb. (Echinolampas id. Nob. olim; Pygurns id. Agass.). 5 Hemiaster Moulinsanus d'Orb. (H. Bucardium Des.; Spalangus Bucklandii Nob. olim , non Goldf. ). •4 Avicula pecliniformis Gein. 1 Penletagonasler Moulimii d'Orb. (individu unique). 36 individus (voir ma Lettre du 8 juin 1847 au Président de la Société géologique de France; Bulletin, 2 e série, i. IV, 2 e part., p. 1144-1156). Les deux Échinides mentionnés dans cette liste sont à l'état de noyaux d'un blanc bleuâtre, couverts d'une couche de très-petits cris- taux qui les font ressembler à certains produits de l'art du confiseur. Ils sont détachés de partout, si ce n'est à l'orifice buccal où il existe un pédicule de communication entre la gangue qui a rempli le test et la gangue qui l'enveloppe. Ce test, qui a disparu complètement, est rem- placé le plus souvent par une pellicule siliceuse papyracée , unie, qui se brise entre les doigts comme un mince enduit de sucre fondu. — Le pédicule de l'orifice buccal se brise presque toujours sous le coup du marteau, et il en résulte que le moule de l'échinide reste libre et mo- bile dans sa niche, comme une dent déchaussée qui branle dans son alvéole : c'est là le cas pour 8 ou 10 des 31 échinides renfermés dans le bloc dont je parle. Particularité curieuse, et que j'ai observée fréquemment sur les moules internes de diverses coquilles de la craie ou du calcaire grossier, — il est arrivé parfois que la gangue , siliceuse ou calcaire, a enveloppé des individus morts, et les gaz dé la décomposition du corps se sont alors réunis dans un certain espace de l'intérieur du test. Le bain qui a formé la gangue n'a pu expulser ces gaz dont la résistance lui barrait le passage, et il est résulté de là une chambre vide dans la capacité du test, et une troncature parfaitement nette dans la substance du moule. Dans d'autres cas, le moule est en partie parfaitement détaché et offre une contr'empreinte, tandis que, partout ailleurs, il est entièrement fondu dans la pâte de sa gangue. Cette particularité se fait remarquer sur des moules d'échinides , dans le bloc dont'je parle. On l'observe aussi , fréquemment , chez des bival- ves à test épais (Rudistes, Cardium, Venus), mais non sur les Avicula ( no ) de notre bloc, dont le Lest très-mince n'a produit , par sa destruction , aucun intervalle appréciable entre son empreinte et sa contr'empreinle : aussi leurs moules ne sont pas branlants dans leur alvéole. Parmi les autres fossiles de ces rognons , mais qui ne sont pas repré- sentés dans le bloc dont je viens de parler> il faut citer comme assez commune une autre espèce d'Àvicule(/l. Perigordina d'Orb.), unePhola- domyç (P. Moulinsii d'Orb.), et pour sa rareté un échinide spatangoïde, dont j'ai trouvé parmi les éclats d'un lieu de fabrique de haches non polies (à Ligal, dans la Forêt de Lanquais), un moule interne et incom- plet, que M. d'Orbigny a rapporté à Y Hemipneustes radialus de Maas- tricht. — Je n'ignore pas que ce dernier nom , étendu à un échinide de la craie supérieure des Pyrénées par M. Leymerie , en 1851 (Mém. Soc. géol. de Fr., 2 e série, t. IV, p. 201 ) , par MM. Leymerie et Cotteau en 1856 (Catal. Échin. foss. des Pyrén., Bull., Soc. géolog., 2 e sér., t. XIII, p. 351), par M. Cotteau en 1863 et malgré quelques différences dans les caractères du sillon antérieur (Echin. foss. des Pyrén., Congrès Scienlif. de Bord* (1861) ^ t. III , p. 210 , et tirage à part, p. 50) , par M. Leymerie enfin, en 1864- (car il n'y a pas huit jours que j'ai reçu le fascicule qui termine le t. XIX du Bulletin de la Soc. géol. ; Réunion extraordinaire de la Soc. géol. à Saint-Gaudens , en septembre 1862 , p. 1093, 1099, 1101, 1108, etc., et j'inscris cette citation le 13 mai 1864) , — je n'ignore pas, dis-je, que ce nom spécifique est vivement contesté, pour les spécimens pyrénéens , par M. Hébert. Ce savant n'a ■ consenti à donner que le nom générique dans le procès-verbal de cette réunion extraordinaire qu'il a rédigé (ibid. , p. 1112, 1113), et ses doutes spécifiques s'étendent à mon échantillon unique de Lanquais, qu'il a désiré voir : je suis donc forcé de donner quelques explications . à ce sujet. Cet échantillon unique est celui dont il est parlé dans ma Lettre pré- citée à la Société géologique de France, 1847 {Bulletin, 2 e sér., t. IV, p. 1150, n° 13 de mon envoi). On comprend quel prix j'aurais attaché , dans mes idées d'assimilation de nos silex à la craie de Maëslrichl, à constater chez nous la présence de Y Hemipneustes luxembourgeois , et tout d'abord j'espérai bien être en possession de la preuve tant désirée; mais le moule interne incomplet que j'avais recueilli ne me fournissait point cette preuve. Je ne possédais, de Maëstricht, que le test entier, et non le moule siliceux de cette belle espèce, et le sillon antérieur, pré- cisément , m'offrit dans la disposition des pores, des différences telles (.111 ) que je n'osai pas , en conscience , proposer l'assimilation qui m'eût été si précieuse. J'envoyai donc à la Société géologique mon échantillon de Lanquais sous cette simple et vague désignation : Spalangue indéterminé. Peut-être , me disais-je , les pores , qui très-fréquemment chez les Eclii- nides ne traversent pas perpendiculairement le lest, offrent-ils en appa- rence , sur le moule, une disposition différente, et M. d'Orbigny, qui doit avoir test et moule, saura bien reconnaître l'identité spécifique si , par un bonheur que je n'ose plus espérer, elle existe réellement.—: M. d'Orbigny pensa la reconnaître, cette identité, car l'échantillon rne revint avec cette détermination substituée , de sa main , sur mon éti- quette, à la désignation vague que j'y avais inscrite : « Hemipneusles radiatus Agass. » J'ai rapporté depuis peu d'années mes collections de Lanquais à Bor- deaux, et le temps m'ayant manqué jusqu'à présent pour les mettre en ordre, il m'a été impossible de retrouver l'échantillon à l'époque où M. Hébert m'a fait l'honneur d'en désirer la communication ; mais com- prenant à quel point elle pouvait lui paraître importante, je me suis mis à fouiller les caisses non encore déballées , résolu à ne quitter cette ennuyeuse besogne qu'après avoir pu prononcer Vsvprixa, traditionnel Le précieux échantillon sera porté prochainement à Paris , et placé sous les yeux de M. Hébert ; mais , en attendant que ce grand procès soit vidé, je ne puis que faire figurer la détermination commune à feu d'Orbigny et à MM. Leymerie et Cotteau , dans Les listes que contient le présent Mémoire. Je ne dois pourtant pas oublier — et je n'oublierai pas dans la suite de la discussion , — que cette détermination est contestée par un géologue éminent, et que YHemipneustes radiatus de d'Orbigny pourrait bien partager un jour le sort de VHemiasler Bucardium Desor, démembré en deux types distincts par d'Orbigny, ou le sort du Faujasia apicialis (Pygurus Desor), qu'on a voulu réunir au F. Faujasii , et que d'Orbigny (Terr. crét. VI, pi. 922, 923) en a spécifiquement et justement séparé. Il y a quelque intérêt à remarquer que ces trois déterminations contro- versées ont précisément pour objets trois fossiles des rognons de silex périgourdins dont je m'occupe en ce moment : le dernier mot n'est pro- bablement pas dit encore sur l'ensemble de cette discussion ! Les silex de la craie dont il s'agit, et sur la description générale des- quels je ne m'étendrai pas ici, parce que je suis appelé à le faire avec de plus minutieux détails dans le chapitre Y e de ce Mémoire, offrent tantôt ( 112 ) une pâte un peu grossière et grenue , tantôt une pâte excessivement fine , translucide et ressemblant presque à celle des agates. Ils se rapprochent également de cette dernière espèce de quartz, et aussi du quartz-onyx , par la tendance très-prononcée qu'ils laissent voir à une disposition en zones concentriques et diversement colorées , parfois en jaune, en brun ou en gris bleuté , bien plus souvent en rose , en rouge ou en violet ; je regarde ces trois dernières nuances comme dues à Faction des oxides de fer et de manganèse, soit dans le gisement primitif des blocs ou rognons, soit pendant leur exil dans la molasse où cependant, en général , leur croûte , presque toujours épaisse , est demeurée blanche ou seulement jaunie par le fer hydroxidé. Leur cassure est conchoïdale à un haut degré ; mais celle conchoïda- litè, dont j'ai parlé avec quelque détail dans ma lettre de 1847 , s'exerce en sens diamétralement opposé à la concenlricité de colo- ration des rognons. Celle-ci produit des zones dont la concavité regarde l'intérieur du rognon; dans celle-là , la concavité de la cassure regarde le dehors. Rien n'est plus fréquent et n'offre une tentation plus périlleuse aux celtomanes novices , que ces disques très-petits ou atteignant par- fois 10 centimètres et plus, plats d'un côté, convexes de l'autre, fine- ment tranchants sur leurs bords réguliers à merveille, et pour lesquels on chercherait si volontiers un emploi déterminé et un nom technologi- que dans les industries anté-historiques (j'allais dire , pour me confor- mer à la mode , anté-humaines ! ) Ce curieux résultat de la cassure conchoïdale, c'est la percussion forte, vive, sèche, et principalement la percussion perpendiculaire et bien d'aplomb , qui lui donne naissance. On trouve assez fréquemment deux de ces disques emboîtés l'un dans l'autre , comme les poids fractionnaires de certaines balances ; et une fois dessinés en leur contour par une fissure , ils se déjoignent facile- ment. Mais, ce qui est bien plus rare , j'en possède un assortiment em- boîté de trois pièces disjointes. Où rencontre-t-on ces silex? — Presque partout, excepté sur le terrain de meulières et de calcaire d'eau douce, et dans le fond des val- lons , où ils ont été enfouis ou emportés par les courants : telle est la réponse à la fois la plus simple et la plus-vraie , hormis dans les cas d'éboulement ou de transport volontaire. Leur position normale, depuis la destruction de leur gangue crayeuse, est dans la molasse, et subsé- quemment dans le diluvium qui les a repris pendant le lavage qu'il a opéré sur une parlie de la molasse. Hors de là , leur présence n'est .'( *13 ) qu'accidentelle ; mais Y accident se renouvelle de plus en plus fréquem- ment, car ils sont fort gênants pour la pioche et pour la charrue; et de plus, s'ils sont fort justement écartés des travaux de maçonnerie, parce qu'ils prennent mal le mortier, ils sont au contraire fort recherchés poul- ies clôtures en pierres sèches. On trouve ces silex partout , dis-je, sur les plateaux , sur les sommités et sur les pentes, là où la molasse les a enveloppés , et particulièrement dans ses éboulements, qu'on pourrait appeler molasse remaniée ; mais je ne pense pas qu'on en rencontre dans ses parties supérieures et très- pures , car la molasse a été une formation lente, paisible et sans cou- rants capables de charrier des matériaux si lourds et si volumineux. J'en vois du moins la preuve dans une masse molassique énorme et très-pure; toute sablonneuse , appelée le Trou de la terre, près la Graule , com- mune de Lanquais , et je n'y vois point de ces rognons, non plus que dans les autres gisements moins considérables qui entourent Lanquais. >'ous ne possédons , dans notre circonscription , rien qu'on puisse appeler marnes ou argiles crétacées. Je le crois du moins ; car, à l'ex- trémité sud de la forêt de Lanquais, on a creusé un puits de 9 à 10 mètres de profondeur dans le vaste plateau où les argiles des meulières reposent sur la molasse, et j'ai trouvé une seule térébralule {Rhynchonella dif- formis) dans le curage argileux, varié de gris, de jaune et de brun, de cette excavation : je n'oserais asseoir une opinion sur ce fait isolé et im- possible à apprécier sainement au milieu d'un pareil magma. Je ne saurais dire si les silex à Faujasia existent dans toutes les par- lies du Périgord où la molasse repose immédiatement sur le 1 er étage de M. d'Archiac ; mais , en outre du massif de la gauche de la Dordogne qui constitue et avoisine le bassin du Couzeau, on les trouve en égale abondance sur tout le massif qui sépare la Dordogne de l'Isle et que traversent les routes de Bergerac à Périgueux, et de Bergerac à Mussi- dan ; cette dernière portion du massif est la continuation vers le N.-O. du rivage crétacé de notre grand golfe, — rivage qui présente une allure si caractéristique à Mouleydier et à Creysse. Si donc il était vrai que nos silex à Faujasia n'accompagnassent pas partout le 1 er étage, on en pour- rait conclure qu'ils appartiennent en propre aux abords de la mer ter- tiaire , et qu'ils formeraient ainsi une sorte de passage à la fois géologi- que et zoologique entre les deux époques franchement crétacée et fran- chement tertiaire. Leur faune a semblé un instant ambiguë à M. Des- hayes, à M. d'Archiac; M. Coquand crée un étage pour la partie la ( 114 ) plus superficielle de la craie; M. Leymerie en établit un dans une position analogue : tout cela ne montre-t-il pas que la lumière ne s'est pas encore faite complètement sur la limite réelle, absolue, des deux formations? Ce qu'il y a de bien certain, c'est que les silex taillés de main d'homme qu'on trouve dans la grotte de Badegol dans le Sarladais, et à Saint-Just aux environs de Ribérac , appartiennent à deux variétés de silex différentes de la nôtre et différentes entr'elles. Ceux de Saint-Just ressemblent à ceux de Périgueux, et ceux de Badegol à ceux d'Aurignac (Hautes-Pyrénées), par la matière comme par la forme. Ne pouvant donc apporter dans le débat des documents complets et précis sur l'aire de diffusion des silex dont il s'agit, je ne saurais m'em- pêcher d'insister de nouveau sur ce que leur classement est toujours resté litigieux aux yeux de M. d'Archiac. En 1843 (Eludes form. crét., l re part., p. 15), ce célèbre géologue en parle en ces termes : « Tous » les grès quarlzeux que nous avons rencontrés depuis Peyrac , sur la » route de Cahors jusqu'ici , nous paraissent appartenir au terrain ler- » tiaire inférieur, ou du moins être plus anciens que la molasse. » Or, ces grès, il les a décrits plus haut (p. 13 et 14) au Touron, entre Campsegret et Saint-Mamest, et il assimile à ceux-ci (p. 15), ceux qu'il a rencontrés sur la molasse dans le massif qui sépare Bergerac de Mus- sidan. Dans ma lettre à la Société géologique (8 juin 1847, Bull. , 2 e sér., t. IV, p. 1145), je crois avoir montré que ces grès passant à de vérita- bles silex, ainsi que s'exprime M. d'Archiac , ces grès que leur position sur la molasse lui fait regarder comme tertiaires, ne sont autre chose que mes rognons de silex. Je ne pouvais pas, alors, l'affirmer; mais je le puis aujourd'hui, car depuis lors, j'ai pratiqué dix ou douze fois cette route de Bergerac à Mussidan, où M. d'Archiac les signale, et je la connais assez pour être assuré que tout malentendu est impossible. Donc, M. d'Archiac, d'après leur position géologique seulement (car au- cun de leurs fossiles ne lui était connu spécifiquement), les regarde alors comme tertiaires (1). Mais lorsqu'ils sont connus par leur faune pour (1) Je suis fortement porté à reconnaître nos mêmes rognons de silex dans les grès observés par M. d'Archiac dans une position stratigraphiqne absolument analogue, entre Saint-Georges-de-Didône et Royan, où les couches crayeuses sont « surmon- » tées par un dépôt de sable ferrugineux avec cailloux roulés de silex et de roches ( H5 ) être décidément crétacés, M. d'Archiac, en 1851 (Hist. des progrès de la géologie, t. IV, l re part., p. 461 et 462) revient à la première opinion qu'il avait opposée à la mienne en 1847 (Bull. Soc. géoh, 2 e sér., t. IV, p. 424), et ne pouvant plus leur reconnaître la qualité tertiaire, il ne leur accorde même plus une place supérieure dans l'é- chelle crétacée, et les refoule dans le sein du 1 er ou même du 2 e étage ! Certes, je n'ai pas la pensée de trouver une occasion de critique dans ce changement d'appréciation : c'est la faune qui l'a commandé, et le célèbre géologue ne devait ni ne pouvait s'y soustraire. Je n'y puise qu'un seul argument, et le voici : La faune de ces silex est crétacée , et son ensemble la place dans le 1 er étage : comme M. d'Archiac, j'obéirai à ses prescriptions , et je ne demanderai plus à séparer lesdits silex de cet étage. Mais leurs caractères intrinsèques et stratigraphiques avaient porté M. d'Archiac à les regarder comme tertiaires, c'est-à-dire supérieurs à toutes nos craies périgourdines. Ils en sont donc parfaitement distincts à un degré quelconque, et je dois insister pour que cette distinction soit reconnue et consacrée par une désignation spéciale , par une appellation particulière. J'ai dit, en commençant ce paragraphe, que nos silex doivent avoir été renfermés dans une gangue (crétacée) sablonneuse ou argilo- marneuse , et que si cette gangue eût été calcaire , il en subsisterait en- core aujourd'hui quelque chose. La preuve de la vérité de cette pré- somption existe pour moi dans la lecture de tout ce qui a été écrit (je crois du moins avoir consulté toutes les sources) au sujet de cette frac- tion supérieure de la formation crayeuse. Les auteurs que j'ai pu con- sulter parlent de craie jaune ou blanche, tendre ou dure, assimilable par ses fossiles à la craie de Maëstricht , et personne ne parle des rognons siliceux, si éminemment remarquables, qui caractérisent notre » arénacées. On y observe également des grès durs, siliceux, grisâtres, en rognons » très-aplatis , dont le gisement paraît être la base de cette couche de sable , et » qui appartiendraient à l'époque tertiaire » (Élud. form. crêt., 2 e part , 1846, in Mém. Soc. géol., 2 e sér., t. II, p. 14i (notes relatives à la première partie). Cette assimilation présumée est, à mes yeux, d'une vérité probable au plus haut degré, par analogie avec les jugements semblables, eu pareil cas, de M. d'Archiac; mais je ne puis rien affirmer, n'ayant jamais quitté la falaise de Saint-Georges pour m'en- foncer clans l'intérieur du pays. Tome XXV. 9 ( 116 ) dépôt périgourdin. M. Coquand qui, dans le tome premier de sa Statis- tique géologique de la Charente (p. 508 à 533), donne des descriptions géognostiques si détaillées et si soigneusement étudiées, accuse bien , dans son étage campanien, où il place plusieurs de mes fossiles carac- téristiques des silex, une immense quantité de rognons siliceux blan- châtres et recherchés pour les empierrements; mais, si ces rognons eussent le moins du monde ressemblé à nos blocs périgourdins , il n'eût certainement pas manqué de signaler et leur volume souvent énorme, et leur richesse paléontologique , et surtout le nom des espèces de fos- siles qu'il y aurait recueillies dans la Charente. Dès-lors, il n'aurait pas été réduit à mentionner en Périgord seulement, ou en Périgord et ail- leurs que dans la Charente, des espèces aussi remarquables que le sont, par exemple, les Hemiasler Moulinsanus (Royan et Lanquais), Avicula pectiniformis , cœrulescens et Perigordina (Lanquais), Pholadomya Moulinsii (Lanquais), Mytilus Moulinsii, dont le vrai nom est concen- trions Mùnst. (Lanquais), Nucleoliles crucifera, qui est maintenant Trematupygus analis (Couze), Hemipneusles radiatus (Lanquais). On peut, à la rigueur, supposer que ces huit espèces existent, mais sans y avoir été reconnues, dans la Charente ; cependant, il me semble plus juste^de croire que, jointes aux caractères intrinsèques des silex qui les renferment, elles communiquent une physionomie et une valeur purement locales il est vrai, mais toutes particulières, à nos gros rognons périgourdins ; et de plus , le fait est là : notre craie périgour- dine du sénonien de M. d'Orbigny, du campanien de M. Coquand, ne contient jamais de silex , soit gros, soit petits ( ! ). Donc, le dépôt qui a contenu nos silex n'était pas le même que nos craies sans silex (séno- niennes ou campaniennes); la conclusion me semble rigoureuse. Je veux dire tout ce qui est contre moi, comme tout ce qui est en ma faveur. Ainsi que M. d'Archiac en admettait dès 1846 (Etudes sur la formation crétacée, 2 e part., in Bull. Soc. géolog. de Fr., 2 e sér., t. II. p. 134), M. Coquand admet de fréquentes dénudations par dissolution, dans la craie en général, et spécialement pour son étage dordonien qui, dit-il, ne laisse plus de traces de son existence, dans la Charente, que sur trois points très-limités (Stalist., t. I er -, p. 534). II n'attribue aucun de mes fossiles caractéristiques à cet étage; et comme son campanien en contient plusieurs , il est certain qu'à priori, mes silex sont pour lui du campanien dont la gangue est fondue , ou bien qu'ils sont équivalents à son étage dordonien qu'il donne ailleurs, plus explicitement, pour ( HT ) « correspondant aux bancs supérieurs des carrières de Maëstricht » (Note de M. Coquand sur son Synopsis , etc., in Bull. Soc. gêol. de Fr., 2 e sér., t. XVI, p. 952; séance supplémentaire du 4 Juillet 1859). — D'un autre côté, je ne connais qu'une seule localité, — et c'est précisé- ment Maëstricht — où l'on trouve, dans la craie, des moules intérieurs siliceux et très-analogues à ceux de nos rognons, tant sous le rapport de la pâte que sous celui de la couleur du silex dont ils sont formés (Natica rugosa Hceningh., qui se retrouve dans la craie de Royan , — Crassalella Bosqueliana d'Orb,, voisin mais bien distinct du C. Marro- tiana d'Orb., de la craie du Périgord, — Voluta deperdita Goldf. , que nous n'avons pas retrouvé dans le S.-O., etc.) Cette similitude de pâte et de couleur, observée par moi-même sur des moules ou rognons luxem- bourgeois encore enveloppés de leur gangue de craie tendre , est donc contraire à mon hypothèse , et je n'ai plus en ma faveur que la non- existence , en Périgord, de moules ou de rognons dans notre craie campanienne. Mais puisque parmi nos éminenls géologues, les uns se refusent aujourd'hui à admettre l'assimilation de la craie du nord à la craie du sud de la France, tandis que d'autres regardent cette assimi- lation comme incontestable, — puisque d'autres encore ne veulent plus considérer la craie de Maëstricht comme constituant un étage distinct, — puisque quelques-uns, loin de la regarder comme l'assise la plus supérieure de la formation crétacée, la refoulent pour ainsi dire à titre de simple lit , dans un puissant -dépôt qui renfermerait presque toutes les Ananchytes connues (en les réduisant à un même type spécifique) et qui ayant sa base dans la craie de Villedieu (sanlonien) , embrasserait encore les deux étages supérieurs du Synopsis de M. Coquand , — puis- qu'enfin M. Hébert (Bull Soc. géol., 2 e sér., t. XX [1862], p. 90-101.) reprend Meudon et Maëstricht pour les retirer de cette masse énorme et les replacer tous deux ensemble au sommet de la pyramide crétacée, — il me sera bien permis , je l'espère , de bénéficier de ces dissentiments si profonds et si éloignés, paraît-il, de s'effacer dans un consentement unanime , pour rappeler aux illustres champions des grands combats géologiqnes, qu'il faut une place , si humble qu'elle soit, à ce singulier et petit dépôt de nos silex périgourdins ; car, — je crois l'avoir montré — ce dépôt n'est ni précisément ceci, ni précisément cela , et par cela même il a droit à une mention spéciale, en qualité de dépôt local. Certes, les prétentions que j'ai longtemps nourries à son sujet se sont réduites à de bien humbles proportions ! De concert avec M. de Collegno, ( 118 ) j'en faisais un étage — celui de la craie de Maastricht, puis ensuite, d'après les idées mises en circulation par M. Desor , celui de la craie la plus supérieure du nord de l'Europe (étage danien). Seize années se sont écoulées depuis lors , et les étages (nominatifs ou réels) ont été multipliés comme les genres et les espèces en botanique; la Paléontologie française des terrains crétacés de d'Orbigny s'est accrue pendant dix ans jusqu'cà sa mort ; son Prodrome de Paléontologie staligraphique a été mis entre les mains des géologues; M. d'Archiac a continué ses magni- fiques et fortes études ; MM. Coquand , Triger , Hébert , Leymerie , Cotleau , ont introduit dans le domaine public leurs beaux et savants travaux. Maintenant donc, les déterminations spécifiques de fossiles se sont immensément multipliées , et la paléontologie a rendu son verdict : mes silex périgourdins n'offrent pas une faune nettement spéciale ; je ne dois donc plus réclamer pour eux la dignité d'étage; ils ne peuvent que se ranger modestement dans celui auquel leur faune et leur position strati- graphique les assimilera de plus près. Cet, étage, la majorité bien prononcée de leurs espèces l'a déterminé; c'est le 1 er étage de M. d'Archiac , lequel 1 er étage , en 1843 (Élud. sur laform. crét., l' e part., p. 100), est à ses yeux parallèle à la Craie blanche du Nord, — et, en 1846 (ici., 2 e part., Appendice ; in Mém. Soc. géol., 2 e sér., t. II, p. 137), est pour lui comme pour MM. Élie de Beaumont, Dufrénoy et Hébert (Bull. Soc. géol., 2 e sér., t. XX, p. 97 et 100), parallèle, non plus à la craie blanche du Nord , qui n'existerait point dans le S.-O., mais bien à la craie jaune de Touraine qui, dans l'échelle d'ensemble des terrains crétacés , est infrà-posée à la craie blanche. Si l'on veut entrer plus avant dans le détail des démembrements qu'a subis le 1 er étage de M. d'Archiac , c'est le sénonien et aussi le luronien de d'Orbigny ; — c'est la craie blanche et le campanien de M. Coquand , et en même temps, de préférence même sous le rapport stratigraphique, son dordonien, — enfin, sous le l'apport paléontologique, il n'est pas sans avoir à faire quelques reprises légitimes sur son santonien ; — c'est l'ancien épicrélacé de M. Leymerie, ^dans celles de ses parties du moins qui ont été restituées à la craie, car je ne pense pas qu'en pré- sence des deux espèces incontestables de Rudisles qui s'y trouvent, on puisse conserver une pensée née d'une comparaison d'ensemble physio- nomiquc proposée verbalement par M, Deshayes — celle de les confon- (119 ) fondre avec le terrain tertiaire ; — c'est actuellement , en 1862 , la cri'c de Maëstrichl de M. Leymerie (Bull. Soc. géol., 2 e sér. t. XIX, p. 1108); — c'est un étage inférieur à la craie blanche de Meudon et à celle de Maëslrichl de M. Hébert (Id., t. XX, p. 99), étage qu'il nomme craie de Villedieu et qui peut bien contenir quelques-uns de leurs fossiles, mais qui répond normalement au santonien , au campanien et au dordonien de M. Coquand. Oui, c'est bien tout cela ! mais précisément parce que c'est tout cela , ou pour mieux dire quelque chose à choisir et à préciser dans tout cela, il est évident que c'est la chose la plus indéterminée, la plus obscure , la plus litigieuse qui soit au monde. Je n'ai point qualité pour me mêler à ces débats de science transcen- dante en géologie : Non licel tanlas componere, et je ne veux pas m'at- tirer le reproche que M. Hébert adresse à M. Coquand qui , dit-il (ibid. p. 100), « après avoir divisé un même tout en quatre parties » très-reconnaissables dans la contrée qu'il a étudiée spécialement , » a eu le grand tort d'élever ces parties à une dignité à laquelle elles » n'avaient aucun droit. » Le mot étage étant justement écarté comme expression d'autonomie , emploierai-je celui d'assise? Non, car M. Raulin , dans ses beaux tra- vaux sur l'Aquitaine , a coté ce mot dans l'échelle des valeurs hiérarchi- ques, en lui assignant la signification d'un groupe de fractions moins importantes que lui-même. Restent les mots couche, banc, strate, lit, grades infimes dans la hiérarchie, et qui expriment Y individualité , je veux dire l'uniformité de composition minéralogique et à' annualisation du membre qu'ils dési- gnent. Ils sont tous quatre impropres , en ce sens qu'ils impliquent l'idée d'une continuité, d'une cohésion qui n'existent plus pour nos silex; mais , du moins, ils peuvent être employés par toutes les opinions sans en compromettre aucune, et je crois qu'on peut, en sous-entendant la dissolution de la gangue, employer le mol lit, le moins ambitieux, le plus vague de tous, et en même temps le plus approprié par l'usage, puisque tout le monde dit : « Un lit de cailloux » Mais, à ce lit , sur lequel je cherche à attirer l'attention et le juge- ment définitif des maîtres de la science , il faut un nom spécial qui n'en- gage aucune opinion , un nom indifférent à toutes les fluctuations de classement auxquelles on voudra le soumettre. Je propose celui-ci : Silex a Faujasia, et par suite, Craie à Fauja- ( 120 ) sia, comme on dit Craie à Bélemnites. Il a l'avantage , 1° de ramener la pensée sur le fossile évidemment dominant et presque exclusivement caractéristique de ces silex ; 2° de rappeler que Faujasia est un nom générique qui consacre l'identité de l'espèce périgourdine avec pelle de Maëstricht , identité que les planches du 6 e volume de la Paléontologie crétacée, et surtout les dernières pages de texte écrites par d'Orbigny dans cet ouvrage, mettent hors de doute en distinguant définitivement le F. Faujasii du F. apicialis ; — 3° enfin, de rappeler aussi que la nature des silex , leur position constamment supérieure au 1 er étage de M. d'Ar- chiac , dans l'épaisseur duquel on ne les rencontre jamais , et leur faune qui défend de chercher leur origine dans le 2 e étage ( comme M. d'Archiac avait cru pouvoir le supposer en 1 847 ) , se réunissent pour rendre indis- pensable leur classement dans le voisinage théorique de la Craie de Maëstricht , soit qu'on les place dans un étage qui serait son représentant dans le Midi de la France, soit que, dans une échelle générale des lits, assises , étages et formations de la croûte du globe terrestre , on les fasse entrer dans un des étages infrà-posés à cette craie. Il me reste à mettre sous les yeux du lecteur, comme pièce essentielle du procès, les déterminations spécifiques que feu d'Orbigny a appliquées aux 22 fossiles de nos Silex à Faujasia, que j'adressai à la Société géo- logique, en 1847, et qui existent dans ma collection , avec les étiquettes autographes de ce savant justement célèbre et justement regretté, FAUNE SILEX DE LA CRAIE A FAUJASIA Cii. Des M. 1864 SYNONYMIE SPÉCIALE Silex de la Craie de Maëstricht. H. de Collegno, vers 1843, inéd. — Ch.DesM., Lettre à la Soc. géol. de Fr., m Bulletin id., 1847, 2° sér., t. IV, p. 423. — A. Leymerie, Compte-rendu de l'excur- sion à travers le massif d'Ausseing, m Bull. Soc. géol. de Fr., 1863, 2 e sér., t. XIX, pp. 1096-1108. Silex id. (terrain danien Desor). Ch. Des M., ibid., t. IV, pp. 1144-1156. Silex de la partie supérieure du 2 e étage de la Craie du Sud-Ouest (Craie tufau de Périgueux). D'Archiac, Bull. Soc. géol., 2 e sér., ( 121 ) t. IV, p. 424. ( Celle attribution ne pouvant subsister en présence des déterminations de fossiles acquises depuis lors, il faut substi- tuer le 1 er étage au 2 e .) 22 e étage (sénonien) de la Craie, d'Orbigny, Prodrom. de Paléont. stratigraph., t. II (1850). Craie, C. étage campanien. Coquand , Synops. des foss. secondaires des Deux-Charentes et de la Dordogne (1860). DÉTERMINATIONS (sou.s forme d'étiquettes autograplies ) DE FEU Alcide d'ORBIGNY Reçues de lui en 1854 avec le retour des fossiles desdits silex, que j'avais soumis au jugement de la Société Géologique, par lettre du 8 juin 1847 (Bulletin id., 2« sér., t. IV, pp. 1144-1156). N. B. — Les n°9 1 et 2 manquent d'étiquettes autographes de M. d'Orbigny, parce que les échantillons adressés par moi étant destinés à sa propre collec- tion, il ne me les a pas retournés. Pour ceux-là, comme pour les autres Échi- nodermes, j'ai emprunté le nom que j'adopte à sa Paléontologie française {Terrains crétacés), dont la publication est plus récente que celle du Pro- drome de Paléontologie slraligraphique. 1. Faujasia Faujasij d'Orb., 1855; Terr. crét., t. VI, 1855, p. 317, pi. 923 (à Maëstricht et à Lanquais). — Coquand, Synopsis, etc., 1860, p. 133 (à Barbezieux et à Lanquais). Pygurus Faujasii Agass. , 184-7, Catal., p. 104. — D'Orb., Pro- drom., t. II, 1850, p. 270, n° 1182 (à Lanquais seulement). Echinolampas Faujasii Ch. Des M., Tabl. syn. d'Échinid., 1837, p. 346 (1). 2. Hemiaster Moulinsanus d'Orb., 1854; Terr. crét. , t. VI, 1855, p. 247, pi. 883 (Lanquais , Royan). (1) Je rappelle ici que le riche bloc de siiex trouvé par moi dans la molasse , près du château de Lanquais, le 8 juillet 1856, et dont je donne aujourd'hui la figure, contenait 26 Faujasia Faujasii (n° 1) , 3 Hemiaster Moulinsanus (n° 2), 4 Avicula pectiniformis (n°3), et 1 Penlelagonasler Moulinsii (n° 5); en tout, trente-six individus de fossiles. ( 122 ) Hemiaster Moulinsi (d'Orb.) Coquand, Syn., p. 134 (Royan, Lanquais). Hemiaster Bucardium Desor; Agass., 1847, Catal. , p. 123. — D'Orb. Prodrom. , t. II, p. 270, n° 1174 (Lanquais), pro parte tantùm ; exclud. loc. Aix-la-Chapelle. Spalangus Bucklandii Ch. Des M., Tabl. syn. d'Échinid., 1837, p. 396, non Goldfuss ! 3. Avicula pectiniformis Geinilz, 1842. — D'Orb., Prodrom., t. II, p. 249, n° 803 (Etiquette autographe). — Coquand, Synops. , p. 111 (Lanquais). — M. d'Orbigny la signale au plan d'Aups (B.-du-Rhône); à Lanquais; en Bohême, Luschùtz, Nacht. Il lui donne pour synonyme A. pulchella, Matheron, 1843. Je l'avais confondue avec une autre espèce de nos silex, assez com- mune et presque toujours plus petite , que M. d'Orbigny juge très- voisine mais nouvelle, et qu'il nomme, dans le Prodrome, en la signa- lant à Lanquais seulement : 3 bis . Avicula Perigordina (vox barbara ! rejicienda) (1)- d'Orb., 1847; Prodrom., t. II, p. 249, n° 796 (Lanquais). — Coquand, Synops., p. 110 (Lanquais). — En me renvoyant, en 1854, ma boîte de fossiles, M. d'Orbigny n'y a placé ni échantillons, ni étiquette de cette dernière espèce. Y aurait-il renoncé depuis la publication du Prodrome, et réunirait-il les deux formes sous le nom de pectiniformis, comme je les avais réunies en 1846, comme ayant de la ressemblance, quant à la forme, avec VA. subradiata Desh., mais s'en distinguant par le manque de rayons? Je ne verrais pas, je l'avoue, un grand inconvénient à celte réu- nion : il est bien rare de trouver des échantillons dont les bords soient assez intacts pour permettre de reconnaître avec sûreté des nuances de forme si peu marquées. 4. Avicula cœrulescens Nilss. — D'Orb. Prodr., t. II, p. 249, n° 801 (Etiquette autographe). — Coquand, Synops., p. 110 (Lanquais). (1) Feu d'Orbigny a maintes fois, par inadvertance, employé ce nom spéciGque qui n'est point latin et ne saurait indiquer légitimement que la dédicace d'une espèce à un membre de la maison de Talleyrand-Périgord. L'adjectif périgourdin est repré- senté en latin par plusieurs formes entre lesquelles on peut choisir : petrocorievsis, pelrocorensis , pelracorensis , pelragorensis, etc. ( 123 ) J'avais marqué le nom générique d'un point de doute, et signalé quelque ressemblance entre cette espèce et VA. unomala Sow. — L'é- chantillon est unique. — M. d'Orbigny indique l'espèce à Lanquais et à Lemforde (Hanovre). 5. Pentetagonaster Moulinsii d'Orb., 1847; Prodrom., t. II, p. 274, n° 1262 (Lanquais) [Étiquette autographe (1)]. — Coquand , Synops., p. 134 (Lanquais). — Celte élégante Astérie n'est connue que par un individu unique, mais qui a fourni, par sa cassure heureusement horizontale, deux échantillons pareils et fort beaux. 6. Pholadomya Moulinsii d'Orb., 1848; Prodrom., t. II, p. 234, n° 479. — Coquand, Synops., p. 108 (à Lanquais seulement pour ces deux auteurs); et, chose rare dans le Prodrome, d'Or- bigny en donne une courte description en ajoutant, comme pour quelques autres espèces de ce même envoi : « Bans les silex. » 7. Mytilus concentricus Munster; Goldfuss; d'Orb., Prodrom., t. II, p. 246, n° 735 (Haldem, Lemforde); espèce non mentionnée par M. Coquand dans son Synopsis. Cette étiquette autographe, reçue par moi en 1854, est une sur- charge placée de la main de M. d'Orbigny sur sa détermination primi- tive et également autographe , laquelle portait : « Mytilus Moulinsii » d'O. » — D'Orb. , 1847; Prodrom. , t. II, p. 246, n° 731, avec cette observation : « Espèce voisine du M. semiornalus , mais plus large sur » la région anale » (Lanquais). — Coquand, Synops., p. 109 (Lan- quais). J'avais soumis à M. d'Orbigny mon échantillon sous le nom (accom- pagné d'un signe de doute) de Mytilus semi- or natus? d' Orb. , Terr. crét., t. III, p. 279, pi. 341, fig. 9-10, et je regrette qu'au lieu de rap- porter le fossile à cette espèce à la figure de laquelle il ressemble (i) D'Orbigny a eu l'intention de retirer cette espèce du genre Penlelagonaster, car son étiquette autographe de 1854 porte : « Complonia Moulinsii d'Orb » Ce nom générique a été introduit dans la série animale par un célèbre zoologiste anglais, M. Gray, et le Prodrome de d'Orbigny mentionne une espèce de ce genre dans l'étage cénomanien d'Angleterre. Quant au nom Complonia , il ne devrait pas être conservé dans la nomenclature zoologique , parce qu'il a été consacré par Gaërtner, bien des années avant M. Gray, à un arbuste de la famille des Myricées , et qu'il a déjà donué naissance à un dérivé (Comptoniles) admis par la Paléontologie végétale. ( 124 ) beaucoup , le célèbre paléontologiste ait cru devoir la rapporter à l'es- pèce du comte de Munster, car la figure que Goldfuss donne de celte dernière (pi. 138, fig. 5), est beaucoup plus haute et moins allongée transversalement que mon fossile auquel elle ne ressemble réellement point. Peut-être cette figure a-t-elle été reconnue mauvaise, et malgré la beauté habituelle des planches du Pelrefacla, il n'est pas impossible qu'il en soit ainsi; mais il est plus vraisemblable que d'Orbigny a profité d'un très-mince élargissement de la coquille au côté postérieur pour en faire une espèce à part, afin que le M. semi-omatus assigné à l'étage cénomanien , ne reparût pas dans le sénonien. On ne ferait plus aujour- d'hui de ces sortes d'espèces qu'on pourrait dire nées de la prévention : le progrès des études géologiques, et le juste progrès de la rigueur des déterminations zoologiques s'y opposeraient également. 8. Ostrea vesicularis : Telle est la détermination autographe que M. d'Orbigny a inscrite sur l'étiquette d'un échantillon unique, au sujet duquel on ne peut supposer aucune erreur, puisqu'il est distingué par les « grosses côtes longitudinales » dont je parlais dans ma lettre à la Société géologique, sous le nom de « Modiola » , dont la forme rappellerait, en petit, le Lilhodomus in- » termedias d'Orb. » — Cette détermination me surprend bien plus encore que la précédente ; car, sur 9 figures que contient, pour YO. vesicularis , la pi. -487 du 3 e vol. des Terr. crétacés , aucune ne laisse voir des côtes longitudinales ; et d'ailleurs , un moule siliceux d' Ostrea, engagé dans la roche au point de dé- montrer la disparition absolue du test , me semblerait un fait complètement insolite dans le mode de fossilisation des coquilles de ce genre. Enfin, j'aperçois sur ce moule une trace d'impres- sion musculaire placée au côté opposé à celui où elle existe ordi- nairement chez les Huîtres. — Toute synonymie est inutile pour cette espèce, que M. Coquand indique partout dans son campa- nien, et que M. d'Orbigny indique à Maëstricht. 9. PInna Moulinsii d'Orb., 1847; Prodrom., p. 246, n° 722' (Lan- quais). — Coquand, Synops., p. 109 ( Aubeterre , Lanquais). — Cet échantillon ne se retrouve pas dans la boîte renvoyée en 4854 par M. d'Orbigny, en sorte que je n'ai pas d'étiquette auto- graphe ; mais j'avais heureusement conservé l'un des deux seuls échantillons que j'aie jamais récoltés, et l'espèce est ainsi repré- sentée authentiquement dans ma collection. — M. d'Orbigny ( 125 ) reconnaît qu'elle est voisine du P. restilula, mais qu'elle est plus étroite et ornée seulement de cinq côtes. 40. Inoceramus regularis d'Orb. , 1845; Prodrom., t. II, p. 250, n° 814 (Saintonge, Touraine, Périgord [plusieurs localités], Westphalie, Haldem).— Coquand , Synops., p. 111 (Aubeterre, Royan , Neuvic). Ma détermination a été rendue authentique par le mot « bon, » suivi d'un paraphe et inscrit par M. d'Orbigny sur l'étiquette, après avoir souligné le nom que je proposais. 11. Inoceramus Lamarckii Rcemer, 1841; d'Orb., Prodrom., t. II, p. 250, n° 816 (dans 7 déparlements fort éloignés les uns des autres; Lanquais y est nommé). Etiquette autographe ; j'avais envoyé, sans nom spécifique, cet échantillon unique pour nos silex. — Coquand , Synops., p. 111 (Juillac-le-Coq , Montmoreau, Lan- quais ). 12. Coquilles turriculées (Cerïthiumtf). — M. d'Orbigny, comme je l'en priais, a gardé l'échantillon, et m'a seulement renvoyé l'éti- quette avec ces mots autographes : « Genre indéterminable. » 13. Contre-empreinte de Venus?. — Réponse autographe: « Genre indéterminable. » 14. Un petit fragment, unique, d'Ammonite, auquel j'avais donné, avec le signe du doute, le nom à' A. Mantellil Sow. — M. d'Orbigny a écrit « (non). Voisin de VA. Pailleteanus d'Orb. » L'espèce, par conséquent , n'est signalée à Lanquais ni par le Prodrome , ni par M. Coquand. « Très-rares fragments de Sphéruliles indéterminables. » Telle était ma détermination générale pour cinq fragments de Rudistes que j'avais trouvés dans nos silex de Maëslricht , et que j'ai jugé inutile de sou- mettre à M. d'Orbigny. Cependant , j'en avais récolté deux autres qui valaient la peine d'être examinés, quelque peu d'espoir que j'eusse de les voir sûrement déterminés. Ce sont les n os : 15. Qui a reçu cette étiquette autographe : « L'espèce ne me paraît pas » déterminable d'une manière positive ; peut-être Hœninghau- » su? » C'est un birostre de 6 centimètres de long, avec une partie de son test engagé dans une pâte très-dure ; ( 126 ) 15 bis ' Une valve supérieure , de 0,015 millim. de diamètre, el dont l'in- térieur seulement est visible. M. d'Orbigny l'a étiquetée : a Radio- xi lites Lapeirousii d'O. » — D'Orb. , 1847; Prodrom. , l. II, p. 260, n° 1003 (Lanquais, Maëstricht). - M. Coquand (Synopsis) ne mentionne pas celte espèce dans son campanien , mais uni- quement (et sans l'indiquer à Lanquais) dans son dordonien où , par un rapprochement que la vue de l'échantillon lui aurait cer- tainement fait juger inadmissible pour mon fossile, il la place au nombre des synonymes de Y Hippuriles radiosus qu'il considère comme caractéristique de cet étage. Les Échinodermes appartenant à l'ancien genre Nucléolite de La- marck, étaient au nombre de trois dans mon envoi : ils ne m'ont pas été retournés , soit par oubli soit par toute autre raison ignorée de moi ; je suis donc obligé de prendre les déterminations dans les Terrains cré- tacés de d'Orbigny, et je n'ai plus même, en ce moment, sous mes yeux les échantillons que j'avais conservés dans ma collection : je les ai prêtés,, en 1861, à M. Cotteau , pour la continuation de son grand ouvrage sur les Echinides du S.-O. Yoici leurs noms : 16. Echinobrissus Moulinsii d'Orb. Terr. crétac, t. VI, 1855, p. 394 (sans description , le texte de ce volume s'arrêtant à la page 400), pi. ,961, fig. 1-5 (Lanquais). — Coquand, Synops., p. 132 (Charente ). — J'avais envoyé cet échantillon sous le nom de Nucleolites lacunosa Goldf. ( ou très-voisin de cette espèce), 17. Trematopygus analis d'Orb. , 1855; Terr. crétac, t. VI, p. 383, n° 2259 , pi. 952 ( environs de Lanquais, Villedieu , Tours, Saint- Christophe , Ciply). Nucleolites crucifera ( Morton ) Desor in schedul. specimini meo adfixâ, non verô Mortoniana species , ex d'Orbigny, loc. cit., p. 385. — Coquand , Synops, p. 132 ( Couze [4 kilom. de Lan- quais] ). M. Coquand a conservé celte assimilation de noire fossile à l'espèce de l'auteur américain, faute de s'être aperçu que d'Or- bigny déduit, aux pages 385 et 388, les raisons qui le déterminent à considérer l'échinide européen comme distinct de l'autre. 18. Echinobrissus Collegnei d'Orb. 1855; Terr. crétac, t. VI, 1855, p. 394 (sans description , comme le n° 16), pi. 960, fig. 1-5 (Lanquais). — Coquand, Synops., p. 132 (Aubeterre, Couze). ( 127 ) 19. Hemipneustes radiatus Agass. — D'Orb., Prodrom., t. II, p. 268, n° 1146 (Lanquais, Maëstricht). — Coquand, Synops. p. 134 (Lanquais). Hemipneustes strialo-radialus d'Orb., 1853; Terr. crétac. , t. VI (atlas), pi. 802, 803. Holasier slriato-radiatus d'Orb., 1853; ibid (texte), p. 113., n°2122. L'étiquette adressée par moi à la Société géologique portait seule- ment ces mots : « Spalangus , échantillon unique, en trois frag- » ments. » Elle m'est revenue avec ceux-ci : « Hemipneustes radiatus » Agass. , » écrits de la main de d'Orbigny, et le développement que ces mots reçoivent à la p. 115 des Terr. crétac, montrent que l'auteur y trouvait l'occasion d'une sorte de profession de foi géologique : « Loca- » lité. Dans le 22 e étage sénonien , ou de la craie blanche : des envi- » rons de Lanquais (Dordogne), M. Des Moulins; de Maëstricht. » Mais on croirait, à la lire , que cette espèce se rencontre dans nos craies du 22 e étage, tandis que je dtclare bien formellement ne l'avoir jamais trouvée dans les calcaires de notre formation crétacée ! Je répète que ces trois fragments du moule et de la contr'empreinte d'un individu unique ont été obtenus par moi en brisant un des blocs du silex qui fait l'objet de la présente étude, et qui gisent sur le sol molassique de la forêt de Lanquais, derrière la métairie que les cartes nomment Ligal, et qui est connue aujourd'hui sous le nom de la Maison Blanche, le nom de Ligal ayant été transporté à une autre métairie située plus bas et au Nord. J'ai donné plus haut (dans les généralités du présent article , p. 109), quelques détails de plus sur ce précieux échantillon ; je ne les répé- terai pas ici. Les trois fossiles ci-après, au lieu de se trouver, comme le précé- dent, uniquement dans les blocs de silex , se rencontrent au contraire également, et même bien plus fréquemment, dans les calcaires de notre craie sénonienne ou campanienne , comme on voudra (1 er étage de M. d'Archiac). 20. Phasianella supracretacea d'Orb., 1842; Terr. crétac, t. II, p. 234, pi. 187, fig. 4; Prodrom., t. II, p. 224, n° 267 (Royan, Villedieu, Lanquais dans les silex). — Coquand, Synops., p. 105 (Barbezieux, Salles, Lavalette, Criteuil , Royan). ( 128 ) Cetle étiquette autographe , à laquelle d'Orbigny a ajouté de sa main les mots « de Royan , » remplace le nom Nalica lyrata? Sow. , que je proposais pour cet échantillon unique de la partie moyenne du moule de la spire. 20 bis . Natica Royana d'Orb., 4842; Terr. crétac, t. Il (1842), p. 165, n u 352, pi. 174, fig, 6; Prodrom., t. 2, p. 224, n° 268 (Royan). — Coquand, Synops., p. 105 (Royan). — Étiquette autographe d'un échantillon unique de moule, très-jeune, de Natica , envoyé par moi sous le même numéro que le précédent. — Dans le Prodrome , d'Orbigny indique cette espèce à Royan , Tours, Le Beausset, Lanquais et Maëstrichl. M. Coquand (Synops. ) l'in- dique à Aubeterre, Barbezieux et Royan. 21. Voluta Lahayesi d'Orb. 1843; Terr. crétac, t. II, p. 327, n° 490, pi. 221, fig. 4 (Saint-Christophe [Indre-et-Loire] ); Prodrom.. t. II, p. 226, n° 301 (Saint-Christophe, Lanquais, « dans les silex»). — Coquand, Synops., p. 108 (Lavalette, Lanquais). — Cette dernière étiquette autographe s'applique à un moule in- térieur en silex, incomplet, ainsi que sa contr'empreinte, et aussi (mais avec moins de certitude peut-être, puisque le Prodrome dit « dans les silex » ) à deux fragments fort mal conservés de moules intérieurs en craie. Je n'ai jamais trouvé, soit clans le silex, soit dans le calcaire, que ces quatre fragments, et je n'osais affirmer, dans l'étiquette de mon envoi , qu'ils appartins- sent à une seule et même espèce. 22. Cardium et traces de Turbo ou Phasianella -- Etiquette autogra- phe : a Espèces indéterminables. » 22 bis . Trochus ou Pleurolomaria , deux espèces, trouvées à Lalinde ; échantillons uniques. — Retournés par M. d'Orbigny, sans réponse. 22 ter . AptychusV.I. — Retourné avec ces mots : «inconnu, d'O. » 22quater_ Arcopagia rotumdata d'O.?— D'Orb., 1844, Terr. crétac, t. III, p. 115, pi. 379, fig. 6, 7; Prodrom., t. II , p. 235, n° 500 (Royan , Lanquais, et cette fois sans le signe du doute). — Co- quand , Synops., p. 109 (Royan). — L'étiquette autographe ci- dessus remplace la simple indication «Os/rm???, échantillon unique,» que j'avais jointe à un intérieur de valve fort bien conservé et complètement adhérent au silex par sa face extérieure. 22 plus nombreux , puis de blocs de plus en plus nombreux aussi de meulières, sont celles qui couvrent tout le plateau des Pailloles (Praillotes de l'État-Maj. . 1 50 m approxim 1 ; Pognoles de ( 150 ) Cassini) , jusqu'à la rencontre du calcaire d'eau douce siliceux ou non siliceux qui constilue le bassin d'Issigeac et de Sainte-Sabine. Voici la coupe de ce terrain ; je l'ai prise le long d'une section du chemin de grande communication ouvert, vers 4 845, entre Lanquais et Faux, dans la forêt de Lanquais. Cette section, longue d'environ 80 mètres, s'étend horizontalement à 30 mètres au-dessus du fond du vallon (entonnoir du Cnl-de-Sac , où se perdent les eaux de pluie qui descendent du plateau), sur une croupe ou promontoire couvert de bois , où les meulières étaient amoncelées en blocs énormes et fort nombreux, tant à la surface du sol qu'un peu au-dessous de cette surface, et cela précisément à l'endroit où le chemin devait être ouvert. Il a fallu briser ces blocs (plutôt tabulaires que cuboïdes) et, les remblais une fois faits, il est resté au jour, pour border le chemin en contre-haut, une berge d'un mètre à un mètre et demi , dont voici la figure : Légende. — a. Sol argilo-sablenx , micacé, blanchâtre (molasse remaniée et mêlée aux argiles de la meulière, qui ont aidé probablement au glisse- ment des blocs sur la pente extérieure à la bordure normale du bassin de Faux, Issigeac et Sainte-Sabine). Ce sol tient une innombrable quantité de très-petits fragments à angles vifs de meulière blanche ou grisâtre, ou colo- rée par le fer, et un nombre très-grand aussi de blocs métriques ou bimétri- ques de la même meulière. Les fragments colorés tendent parfois à revêtir l'aspect résinoïde. b. Molasse vierge, parfaitement caractérisée et atteignant au plus m 90 e d'épaisseur visible dans la berge. Elle est argilo-sableuse, d'un blanc gri- sâtre panaché de jaune et quelquefois de rougeâtre. Dans cette molasse non remaniée, il n'existe plus un seul bloc ou fragment de meulière II , mais seu- lement quelques petits rognons de grès ferrugineux semblables à celui du Bois-Redon, et quelques rognons de minerai de fer. Cette coupe a de l'intérêt, parce que l'absence complète de la meu- lière dans la molasse b montre combien cette dernière, nécessairement lacustre , est essentiellement distincte du 2 e terrain lacustre qui lui est pourtant immédiatement superposé. ( 151 ) Selon M. Jos. Delbos {Recherches sur la formation d'eau douce dît bassin de la Gironde, in Mém. Soc. géoi de France, 2 e sér., t. II (1846), p. 267; p. 29 du tirage à part) , « ces argiles à meulières » appartien- nent sans aucun doute « à la période actuelle. » Je ne saurais , pas plus que M. J. Gosselet (Act. Soc. Linn. de Bordeaux, 1863, t. XXIV, p. 178, 179; et Bull. Soc. géol. de France, 1863, 2 e sér., t. XX, p. 194), partager cette manière de voir. Notre diluvium, qui ne se montre nullement ici , a de tout autres caractères , et la puissance de ces argiles 3 telle qu'elle s'est manifestée dans le forage du puits des Pailloles ( dont je vais donner la coupe ), est trop grande pour que leur dépôt puisse être attribué , ailleurs que dans les vallées actuelles des grands fleuves, à une alluvion quelconque : or, au grand Ormeau de la Grange-Neuve (168 m ), point culminant entre les Pailloles et Faux, nous sommes à 136 mètres au-dessus du lit de la Dordogne actuelle. Je crois donc que ces argiles , supérieures à la mola'sse et se mêlant avec elle au point de contact, forment avec les meulières qu'elles contiennent, comme ailleurs ces mêmes meulières avec le calcaire d'eau douce qui les renferme, un membre autonome de notre formation d'eau douce supérieure à la molasse éocène ; et c'est ainsi que M. Gosselet, dans le premier des deux mémoires que je viens de citer, place ces meulières « enveloppées d'argiles » entre les deux assises qu'il a pour but de faire distinguer dans nos calcaires d'eau douce. COUPE DU PUITS-PARAMELLE DES PAILLOLES ( Partie supérieure de la formation b d'eau douce de Vêlage moyen. Dufrénoy , Mémoire sur les terrains tertiaires du midi de la France, Annal, des Mines, 3 e sér., t. VII, p. 511, 1834). Commencé le 8 août 1835, et poussé à 10 mètres 65 centimètres sans rencontrer de source, ce puits a néanmoins été bâti. Le 9 septembre, et par un temps depuis longtemps pluvieux, il s'y est montré un peu d'eau provenanl des orifices réservés dans la maçonnerie. A la fin du même jour, il y en avait déjà mètre 50 centimètres. Elle s'y est aug- mentée assez rapidement et maintenue depuis plus de vingt-huit ans , bien que suffisant aux besoins de la métairie. Neuf couches distinctes ont été mises au jour par le forage , savoir : ( 152 ) 1) Terre végétale (argilo-sableuse) environ O 33 e 2) Argile brun-noirâtre, dure et tenace, empâtant de nombreux et gros blocs de meulière 1 » 3) Argile brun-jaunâtre, mêlée de rares et petits fragments de meulière. . 83 Ici finissent les argiles concomitantes des meulières et appar- tenant par conséquent au bassin d'eau douce du versant garon- nais. Ce qui suit appartient à la formation de la molasse, dont l'épaisseur n'a pas été complètement traversée. 4) Argile gris-verdâtre, plus ou moins mélangée de sable quart- zeux blanc. . 1 » 5) Argile de même couleur, avec sable et gros grains de quartz, devenant de plus en plus pure à mesure qu'on creuse plus bas, traversée alors par de nombreuses malices (racines qui produisent des fissures verticales, noires), puis enfin d'une pureté parfaite (excellente terre à tuiles), un peu humide et luisante sur les parois des fissures où elle offre un aspect gras. 1 86 6) Argile de même couleur et semblable au n° 5, mais plus ou moins pétrie de gros sable , de gros grains , et même de petits cailloux plus ou moins souillés d'oxide rouge de fer en certains endroits et surtout vers le bas de la couche. — Les cailloux sont presque tous de quartz hya- lin , le reste de silex pyromaque. On en trouve quelques- uns de silex de la craie passant au quartz nectique. Deux de ces derniers m'ont offert des empreintes et un moule interne (en quartz hyalin?) d'une Térébratule striée, probablement T. diffor mis Lam., bien voisine du t. pli- catilis Sow. Enfin , on y trouve un nombre assez notable de grains et petits cailloux de feldspath blanc. — Vers le bas de cette couche , le sable et les cailloux sont moins mêlés d'argile 1 80 7) Argile gris-clair, mélangée de plus ou moins de sable fin , sans gros grains de quartz. .... ." 1 22 8) Argile gris-jaunâtre , très-douce au toucher, avec des taches rouges çà et là , mélangée de sable quarlzeux très-fin et A reporter 8'" 10 e ( 153 ) Report 8 m 10 e de très-petits grains d'apparence calcaire (?) , formant un ensemble assez dur à creuser. Cette couche est tra- versée par de grandes fissures horizontales à parois lis- ses , lustrées et comme graisseuses, sur lesquels on aperçoit, par places, de petits dépôts d'une argile blan- che excessivement pure et qui, entamée par l'ongle, a la consistance et l'aspect que prendrait, dans le même cas, la bousie. 2 55 10 n '65 c 9) Le sable argileux devenait de plus en plus tassé et dur à pio- cher : ne trouvant point d'eau , on s'est arrêté là , le 28 août, sans pouvoir évaluer la profondeur de cette couche. On pourrait se demander si réellement, comme la plupart des géolo- gues le pensent et comme je l'ai vu et figuré moi-même, en 1845, dans l'esquisse primitive de la coupe que M. Delbos a reproduite en abrégé avec un extrait de ma description manuscrite (loc. cit., p. 267 et p. 29, pi. 12, fig. 7), — si réellement, dis-je, nos meulières sont au même niveau géologique que l'ensemble de nos calcaires d'eau douce blancs dont elles seraient ainsi contemporaines, — ou si elles sont antérieures, du moins théoriquement , à ces derniers qui leur seraient dès-lors supé- rieurs au même litre. J'exposerai, plus loin^ les doutes qui peuvent surgir à cet égard, et les considérations sur lesquelles ces doutes s'ap- puient; mais je veux d'abord donner quelques détails sur ces meulières elles-mêmes et sur le rôle qu'elles jouent dans nos environs. Je ne crois pas , je le répète, qu'en creusant le puits des Pailloles, on ait percé dans toute leur épaisseur les argiles qui contiennent ces meu- lières et la molasse qui les supporte : je ne crois pas, par conséquent, qu'on ait atteint des argiles dépendantes de la formation crayeuse, où figurerait dans son gisement légitime, la Térébralule unique que j'y ai rencontrée. Je ne connais, en effet, dans nos contrées rien d'analogue à un pareil faciès du terrain crayeux, et je trouve moins surprenant — quoique ce fait soit pour moi complètement isolé, — que ce débris de la faune de nos craies eût été repris par la molasse. Nos argiles des meulières ne sont point, que je sache, exploitées pour les tuileries. Les meulières s'y rencontrent en blocs isolés et irréguliers, ( 154 ) superficiels ou enfouis à des profondeurs diverses, — ou bien en gîtes irréguliers (plutôt qu'en couches proprement dites), qui semblent for- més de bancs brisés, surtout sur les bords du plateau , où ils figurent comme une sorte (['ourlet près de la surface actuelle. Pour aller de cet ourlet au point culminant du plateau , marqué tout près de la roule de Lanquais à Faux (à la métairie dite la Grange-Neuve [168 m ]) par un ormeau gigantesque qu'on aperçoit, pour le moins, de 25 kilomètres de distance à vol d'oiseau (notamment , au N. , du point culminant de la route de Bergerac à Périgueux, vers Saint-Mamest, et au S. , des hau- teurs qui sont dans le Lot-et-Garonne, au-delà de Caslillonnès [11 9 m ]), il faut s'élever encore de 15 à 18 mètres. C'est pourtant à l'ourlet que se trouve le bord réel de ce bassin partiel d'eau douce qui appartient orographiquement et géologiquement au hassin hydrographique de la Garonne; mais les lavages successifs ont démantelé et abaissé les bords de ce bassin, en sorte qu'une partie de ses eaux de pluie (et par consé- quent de source) se déverse dans le bassin hydrographique de la Dor- dogne. Nous retrouvons la même irrégularité dans l'écoulement des eaux (et je l'ai déjà indiquée, en passant, dans le deuxième chapitre de ce mémoire), — nous la retrouvons , dis-je, lorsqu'au fond du vallon de Lanquais, nous allons heurter de front une muraille de calcaire d'eau douce, là où le terrain de meulières manque (car il ne se montre pas partout, de l'aveu de tous les auteurs ), — là où la molasse qui couvre les coteaux crayeux de Lanquais à Monsac, s'enfonce sous l'alluvion moderne du thalweg du Couzeau , — là, en un mot, où, par un coude du vallon qui descend de l'E. , le Couzeau arrive de Monsac , encaissé à sa droite par le 1 er étage de la craie jaune , et à sa gauche par le cal- caire d'eau douce du pays-blanc. Cet effet, charmant aux yeux du géologue et du peintre, se représente à chaque instant lorsqu'on suit cette bordure de l'O. à l'E., depuis les bords de la plaine de Bergerac jusqu'à Beaumont, et de là en suivant une brusque flexion de la courbe, dans la direction du N., jusqu'à Ponlour, sur les hauteurs qui dominent les bords de la Dordogne. J'en veux citer, en passant, d'après mes notes d'octobre 1829, un des exemples les plus remarquables qui me soient connus. Il n'appartient pas à notre bassin hydrographique, mais il est sur ses marches, et on l'ob- serve à l'instant même où on le quille pour entrer dans celui de la Couze. A 7 kilomètres S.-E. de Lanquais, en allant de ce bourg à Beau- mont par la vieille route charretière qui passe à Cailhule, et après ( 4 55 ) avoir traversé trois pelits vallons qui coupent cette roule entre Caillade et Beaumont, on arrive sur la crête delà berge d'un 4 e vallon plus con- sidérable, — celui du Peyrou. De ce point élevé (Rolland, 157 m ), la vue s'étend sur tout le pays-blanc, dont la ville de Beaumont (136 m ) , pittoresquement perchée sur l'escarpement d'une colline , forme le pre- mier plan , à la distance de 3,600 mètres dans la direction de l'E.-S.-E. Le calcaire d'eau douce blanc, siliceux sans fossiles, ou plus terreux et pétri de Limnées, forme çà et là des petites buttes qui , par la cou- leur blanche de leurs terres et de leurs cailloux, tranchent sur les terres rougeâlres dont la roche crétacée est recouverte et dont la base de ces monticules est entourée. Le vallon du Peyrou court à peu près du N.-E. au S.O., et comme il est assez profond , on comprend qu'il n'y reste pas vestige de molasse en place. Son flanc nord-ouest (côté de Lanquais) est tout crayeux et pétri, à la lettre, de grandes Hippurites, souvent sou- dées en bouquets, comme le dit M. Coquand pour qui cette station est du pur dordonien. Pour ce géologue comme pour M. d'Orbigny, ces Hippurites sont VH. radioms ; mais je ne saurais acquiescer à une ( elle détermination : l'espèce dominante est, pour moi, très-différente (bien que le radiosus s'y trouve également). Je complais la dédier à mon vénérable ami le docteur de Grateloup ; mais je n'ai point donné de sup- plément à mon Essai sur les Sphérulites : elle me semble répondre à la fig. 2 de Y H. costulata Godf. Petref. , pi. CLXV; mais je crois com- prendre que c'est elle dont M. Bayle a fait son H. Lamarckii (Bull. Soc. géol., 1857, 2 e sér., t. XIV, p. 697). Il dit son espèce absolument nou- velle , et ne lui rapporte aucune figure. A ces deux espèces d'Hippuriles sont mêlées quelques petites Sphérulites et de nombreux fragments d'es- pèces plus grandes (Radiolites Hœninghausii et ingens?). Le flanc S.-E. du vallon contient plus de Sphérulites et moins d'Hippuriles : on y par- vient après avoir traversé le petit ruisseau qui descend dans la direction de Beaumont, et en remontant à travers le taillis de chênes qui le borde. On arrive ainsi à un haut vallon sans eaux , qui n'a pas plus de cinq mètres de fond dans sa partie la plus resserrée, et qui descend du N. au S. Ce petit vallon est fort curieux en ce que son flanc ouest est complè- tement rouge par sa terre, à ossature crétacée, marine; le flanc est, au contraire , est formé par une butte rocheuse et terminée en plate-forme, de calcaire d'eau douce blanc (siliceux en haut, chargé de Limnées en bas). Le thalweg est occupé par une terre labourée, où la couleur blanche et la couleur rouge sont en contact immédiat, sans se mêler et ( 156 ) sans que le plus petit fossé les sépare. On observe des exemples analo- gues au confluent de certains cours d'eau diversement colorés. Je reviens à nos meulières des Pailloles : elles ont été assez longue- ment exploitées sur la lisière sud de la forêt de Lanquais; mais cette exploitation a cessé d'être fructueuse depuis quarante ou cinquante ans , soit par l'épuisement des blocs de grandeur ou de qualité suffisantes, soit par suite de la difficulté réelle des transports par des chemins si boueux et de la découverte d'autres gîtes qui jouissent d'aboutissants directs (Verdon [117 m ], Saint-Aubin-de-Lanquais [412 m : ], etc.). Les meulières du Périgord sont estimées; mais on ne peut guère for- mer les meules que de plusieurs pièces qu'on assemble au moyen de cercles de fer. D'ailleurs, cette roche est extrêmement caverneuse, ce qui cause de la perte, rend difficile l'obtention d'une mouture fine, et compense ainsi, d'une manière fâcheuse, l'avantage d'une solidité pres- que indestructible. Leur couleur est blanche ou blanchâtre dans les parties opaques, d'un gris-brunâtre dans les parties translucides, qui sont bien plus rares. L'exploitation abandonnée des Pailloles importe peu à l'agriculture , cachée qu'elle est dans le taillis de la forêt ; mais ce qui gêne beaucoup pour la préparation des terres arables du plateau, comme pour le fauchage des prés, c'est la présence sur ou dans le sol, de ces énormes blocs ou tables de silex meulière ; qui ferment la voie au soc et ébrèchent les plus durs outils. Mon beau-père a combattu avantageusement, ici, cet inconvénient grave, en faisant culbuter ces blocs dans des trous très- profonds qu'on creusait auprès d'eux dans l'épaisseur des argiles, et j'ai vu, à son imitation, M. le général de Gaja le faire également avec succès dans la vallée de Campan (Hautes-Pyrénées), pour les blocs de la moraine sur laquelle est assis le charmant prieuré de Saint-Paul , dont il s'était rendu locataire à long bail. Tous les défauts que, dans l'article précédent, j'ai reprochés aux terrains arables de la molasse pure, sont au même degré altribuables à celles des argiles de la meulière. On ne saurait guère, à la simple vue , les distinguer les unes des autres qu'à l'aide de leur position stratigra- phique. 11 y a cependant un avantage au prefit de celles de la molasse pure, et c'est qu'elles tiennent plus de sable siliceux; mais il y a aussi un avantage (et celui-là est plus grand) au profit des terres de la meu- lière : c'est que le bassin d'eau douce leur fournit une quantité sensible d'éléments et de fragments calcaires ; tandis que , d'autre part , l'élé~ ment siliceux ne leur fait pas entièrement défaut. ( ^57 ) La commune de Verdon (H7 m ), qui fait suite à celle de Lanquaîs, à l'Ouest, sur la crête des coteaux de la rive gauche de la Dordogne , et celle de Saint- Aubin-de-Lanquais, à l'O. de Faux, ont aussi beaucoup de meulières. Je n'en connais pas dans celle de Monsac ; mais il en existe dans diverses branches du bassin hydrographique de la Couze (auquel Monsac appartient en partie), qui apportent leurs produits fabriqués jusqu'à la Dordogne , au port du bourg qui porte ce dernier nom. Au-delà de la vallée de la Couze, je retrouve la meulière repo- sant également sur la molasse, mais d'une pâte plus agréable à l'œil, d'une belle couleur ambrée-rougeâtre, d'une transparence plus grande, d'un aspect tel, enfin, qu'elle me semble fournir la matière de nos beaux silex résinoïdes du diluvium de Lanquais , — je la retrouve , dis-je, sur le massif crayeux qui sépare le Bellingou de la Couze (che- mins de Cadouin à Saint- Avil-Sénieur [164 ra ], et de Cadouin à Molières). Avant de passer à l'étude du calcaire d'eau douce blanc du Pèrigord , je dois dire pourquoi je place avant lui les meulières dans ma coupe théorique ascendante, ainsi que l'a fait M. Gosselet dans les deux mé- moires cités, et en particulier dans le tableau qui en présente le résumé (Bull. Soc. géol., loc. cit.), tandis que presque tous les géologues s'ac- cordent à considérer ces meulières comme étant absolument subordon- nées et conséquemment contemporaines à ce calcaire, tantôt intercalées et tantôt juxtà-posées. Il semblerait en effet qu'en décrivant un membre de formation géologique , on devrait en nommer d'abord la partie prin- cipale, et introduire ensuite, comme accessoires, la mention des par- ties moins constantes ou moins puissantes. Ce sont pourtant les meu- lières que je présente, les premières , au lecteur : 4° Au point de vue descriptif, parce qu'elles se montrent plus souvent et en plus grande abondance sur les bords du bassin d'eau douce de l'Agenais que dans ses parties plus rapprocbées du centre. Les bords d'un bassin constituent un excipient et doivent être décrits avant son contenu, ce dernier présupposant l'existence antérieure du premier. Dans le cas qui nous occupe, on admet généralement la contempora- néité de fait du calcaire et des meulières ; mais une antériorité à' origine n'entraînerait-elle pas une priorité de droit à occuper théoriquement le premier rang dans la série ascendante? C'est par ces deux motifs réunis que j'ai donné, dans ma description, le pas aux meulières; 2° Au point de vue théorique, parce qu'elles semblent plus étroite- ment liées, par leur nature, à l'état de choses précédent qu'à celui-là ( 158 ) même dont, stratigraphiquement, elles font partie. Je m'explique. — On observe des lavages généraux, des dénudalions absolues lorsqu'il y a succession d'une formation géologique à une autre; ce sont alors des causes générales, ou du moins très-étendues, puissantes et brusques , qui ont agi. Telle a été — tout semble du moins nous le dire — la dé- nudation des surfaces crayeuses. Mais a-t-il dû en être de même lors de la succession d'un simple étage, d'une simple assise d'une même for- mation à un autre étage, à une autre assise de la même formation ? Il est bien permis d'en douter et de croire à moins de brusquerie dans la substitution d'un état de choses à un autre, quand ces deux états se sont succédé au moyen d'une sédimentation si peu éloignée de l'horizontalité des plans. Lors de cette sédimentation du bassin de l'Agenais et du Périgord, l'élément calcaire avait depuis longtemps cessé de jouer un rôle impor- tant dans cette partie du S.-O. Depuis le grand lavage de la craie, la silice , et l'alumine qui est sa compagne bien plus fidèle encore qu'elle ne l'est de l'élément calcaire, avaient régné seules pendant le dépôt de ce membre puissant des terrains tertiaires que nous appelons la molasse éocène. Mais voici le calcaire qui revient, le calcaire plus utile à la vie que ne le sont la silice et l'alumine, le calcaire sans lequel il n'y a pres- que que des déserts sur la face du globe. J'ignore qu'elles étaient les qualités chimiques de cette dissolution calcifère à laquelle nous devons les calcaires d'eau douce du Périgord ; mais nous les trouvons souvent sans mélange sensible de silice — et cela surtout dans les parties cen- trales du bassin, tandis que vers les bords de celui-ci, ils en sont, le plus souvent, abondamment saturés. Souvent même on y trouve, sous forme de meulières, la silice pure. N'en peut-on pas conclure avec quelque probabililé que, lors du dépôt des sédiments calcaires, les restes superficiels des éléments siliceux et alumineux de la molasse ont été — ici, saisis et enveloppés par la sédimentation calcaire, — là, dé- placés , refoulés vers les bords, soit à l'état de pureté plus ou moins grande , soit avec "mélange intime qui aurait formé les calcaires très- siliceux ? Dans cette hypothèse , il en aurait été de même , sur certains points , des restes alumineux de la molasse; ici, ils se seraient unis au calcaire et nous donneraient les calcaires marneux du bassin; là, ils seraient demeurés sans mélange sensible et se seraient conservés purs de calcaire comme les meulières qu'ils enveloppent sur certains points (argiles des meulières des Pailloles et autres localités citées par les auteurs). ( 159 ) De celte façon, la conlemporanéité de dépôt dans le bassin d'eau douce existerait toujours ; mais l'antériorité d'origine appartiendrait aux meulières et à leurs argiles, et on ne se trouverait plus dans la né- cessité de supposer, pour les localités où l'on rencontre les meulières sans argiles et sans calcaire (1), une dissolution complète du calcaire qui aurait enveloppé lesdites meulières. C'est, je crois, M. Delbos qui a, le premier, émis l'idée de celte dissolution sporadique , lorsqu'il a dit (loc. cit., p. 262 des Mèm. de la Soc. géol. , p. 24 du tirage à part) : « Les meulières se montrent dans les couches les plus dures du calcaire. » Elles y sont intercalées en masses irrégulières, aplaties, sans paraître » alterner avec lui. Elles semblent être rangées, au contraire, en une » couche horizontale placée au milieu de la formation du calcaire » Elles paraissent avoir été presque partout isolées par la destruction du » calcaire qui les enveloppait. » Chacun, après M. Delbos, a reproduit son hypothèse sans y faire d'objections ; mais ne permetlra-t-il pas à ma vieille amitié de lui avouer que je ne vois, pour ce calcaire, aucun fait qui rende probable une telle dissolution ? Dans d'autres cas, au contraire, l'hypothèse d'une dissolution de ce genre me semble justifiée, prouvée même par des faits de comparaison géoguostique ou paléontologique; et telle est, à mon sens, la disparition complète chez nous, proposée par notre maître et ami commun H. de Collegno, du lit supérieur de craie qui contenait nos silex à Faujasia Faujasii. Je pense donc que l'absence des meulières sur quelques points de la bordure du bassin , ou seulement l'absence du calcaire auquel elles sont souvent associées , doivent tenir, soit à des dégradations et lavages pure- ment mécaniques opérés par les eaux sur les bords, ainsi que je l'ai dit dans le chapitre précédent, au sujet du mélange des eaux du pays-blanc avec celles du bassin du Couzeau , — soit au départ primitif des maté- riaux constitutifs du bassin d'eau douce de l'Agenais, comme je l'ai dit tout-à-1'heure. C'est par suite de leur disposition essentiellement sporadique que nos meulières, malgré leur abondance, ne se trouvent pas nommément signalées par M. Raulin dans son Nouvel Essai d'une classification des (1) Entr'autres sur la bordure du plateau de la Haute-Ventouline, près de Domine (Raulin : Âge des sables de la Sainlonge et du Périgord , in Act. Acad. Bord , iSaO, p. 47; tirage à part, p 27 ; Not. géolog., p. 185). ( 160 ) terrains tertiaires de l'Aquitaine (1848; p. 329 des Actes de l'Acadé- mie, p. 129 du tirage à part) : elles manquaient de puissance dans les localités dont le cadre de ce beau travail appelait l'auteur à faire men- tion ; mais il dit, en général, dans ses diverses Notes sur l'Aquitaine, qu'elles sont quelquefois « réduites à de simples rognons épars dans l'ar- gile », et c'est ainsi qu'elles figurent dans sa coupe de Sainte-Sabine à Rampieux (p. 329 des Actes; p. 129 du tirage), dans son assise n° 4 (Calcaire d'eau douce tendre ou dur, avec lits de gros rognons de silex blond, exploité sur 2 mètres (1). § VI. — Calcaire d'eau douée. Ainsi que je l'ai constaté plus haut , le terrain de meulières ne borde pas d'une manière continue le bassin d'eau douce d'Issigeac; «t de même que, la molasse venant à disparaître, on voit des vallons dont un des flancs est formé de craie et l'autre de calcaire d'eau douce, de même aussi l'on rencontre des pentes où l'on peut, à la lettre , se tenir debout, un pied posé sur l'argile sang-de-bœuf de la molasse, et l'autre sur le calcaire d'eau douce du pays blanc. Lorsque M. J. Delbos contrôla ma coupe générale reproduite dans son grand travail de 1847, j'eus bien soin de le faire passer par une localité de ce genre, et M. Gosselel en a, depuis lors, observé de semblables. Il en est une que je veux rappeler ici, parce qu'elle a été citée par M. Delbos, et qu'elle offre une parti- cularité intéressante : elle est synoptique , sans pourtant offrir un cas de superposition immédiate. Le Tour, à l'E. du plateau des Pailloles (lequel a environ 2,000 ra de diamètre) est une maison placée à la partie supérieure d'un vallon dont (1) On sait que , clans son Nouvel Essai de classification des Terrains tertiaires de l'Aquitaine (p. 522 des Actes de l'Académie, année 1848; p. 122 du tirage à part), M. Raulin admet, pour l'ensemble de l'Aquitaine, dix assises distinctes , à partir des sables de Royan qui recouvrent la craie, jusqu'au sable des Landes qui forme la couche la plus supérieure de nos terrains tertiaires. Le calcaire d'eau douce blanc du Pêrigord constitue, en allant de bas en haut, la quatrième de ces dix as- sises, laquelle repose sur la troisième formée de la molasse du Fronsadais , des sables du Pêrigord et du calcaire de Bourg (calcaire à Astéries de M de Collegno). Cette quatrième assise est surmontée par la cinquième (calcaire grossier de Saint- Macaire) qui ne dépasse guère, à l'Est (dans la direction du Pêrigord) la route de Sainle-Fov-Ia-Grande à Marmande. ( 161 ) la hauteur culminante est cotée 152 mètres. Le plateau des Pailloles (150 m approxim 1 ) est incliné vers ce vallon , et les meulières affleurent sur sa pente qui regarde le Sud; elles ne vont pas plus loin. Sur la pente opposée et qui fait face au Nord, deux écorchements blanchâtres et absolument semblables quand on les voit de loin , mettent à nu deux assises différentes du grand ensemble de nos terrains d'eau douce. L'é- corchernent le plus bas, situé vers l'Est, montre la molasse sableuse blanche, pareille à celle du trou de la terre à Lanquais; le plus élevé (à l'Ouest), est constitué par la tranche de la nappe de calcaire d'eau douce avec Limnea longiscata, Planorbis rolundalus (rare), et Palu- dinal... (très-grosse et très-rare). Le calcaire d'eau douce se montre sous deux formes, qui passent fré- quemment l'une à l'autre. Celle qu'on rencontre la première en allant des Pailloles (130 m ) à Faux (153 m ), est la forme siliceuse , très-blanche ou à peine bleuâtre , opaque — tellement siliceuse qu'elle mérite plutôt le titre de quasi-silex que celui de calcaire siliceux. De gros blocs, extraits des champs voisins, forment la haie le long de la route qui est ferrée de leurs débris. Ils offrent une sorte de passage des meulières proprement dites aux calcaires blancs marneux , dont les parties plus basses du bassin d'eau douce sont formées; mais ils sont plus pauvres en fossiles (si toutefois ils en contiennent) qu'il ne l'est lui-même. Ils ressemblent si extraordinairement aux silex d'eau douce et calcaires sili- ceux de la Beauce, que j'ai fait de longues et fréquentes recherches pour y trouver des gyrogoniles , dont ces derniers fourmillent, et je n'ai pu y réussir. Investigateur plus heureux, ou mieux, plus actif que moi, M. Raulin en a trouvé dans les meulières de Domme (Age dessables, etc., p. 47). A mesure qu'on avance , la silice fait de plus en plus place au calcaire qui devient tantôt compacte et dur (propre au débit en moellons et même en quartiers d'aspect argileux et peu agréable), tantôt marneux , feuilleté et tendre ( propre à donner des moellons de qualité inférieure). A Faux (un kilomètre après qu'on a quitté les meulières des Pailloles), on est en plein bassin d'eau douce et sur le versant garonnais ou ame- nais , bien que la source qui arrose , au pied nord du bourg , des prairies magnifiques où le regain fleurit , envoie ses eaux dans le vallon du Cou- zeau. Ce sont là les dégradations partielles des bords du bassin que j'ai mentionnées plus haut. Les terres du bassin d'eau douce sont d'une fertilité remarquable. ( 162 ) quand elles ne sont pas trop exclusivement calcaires. Dans ce dernier cas, elles sont blanches, peu boisées et portent de la vigne qu'on dit alors plantée dans la pierre et dont les produits ne sont point célèbres , mais se vendent avantageusement. Ce sont alors des pentes raides , en- tourant souvent des mamelons isolés > dont le sommet est tranché hori- zontalement en forme de plateau (Saint-Léon (147 m ) , Monlet (114 m ), Montmadalès (113 m et 136 m ) , Bardou (1 75 m ) , Saint-Amand-de-Boisse (168 m ), Montaut-d'Issigeac (170 m ), Boisse (209 m ); ce dernier coteau est surmonté de deux moulins à vent, dont on voit tourner les ailes des hauteurs de Lanquais, à plus de 11 kilomètres à vol d'oiseau, etc., etc.) : la molasse du Fronsadais et la chaîne des Puys, en Auvergne, offrent souvent des formes analogues. Mais c'est tout autre chose quand, de ces mamelons blancs et cal- caires, on descend dans la plaine qui les environne et qui, comparati- vement au sol des larges vallées de la Garonne et de laDordogne, cons- titue un véritable plateau, car la route de Bardou à Issigeac , qui y che- mine , a pour cotes 130, 136, 139 mètres, et Issigeac est entouré de hauteurs cotées 95, 114, 119 et 128 mètres. Là, la terre arable, souvent épaisse, est en général noire et parfois rougeâtre, très-tenace, marneuse et même glaiseuse : les chemins non ferrés y sont très-mauvais l'été, effroyables en hiver; mais, en fin de compte, ce sont d'admirables terres à blé, malgré la grande quantité de fragments anguleux de calcaire blanc qui s'y trouvent mêlés. En un mot, c'est un fond de lac, et par conséquent, en dépit du tribut considérable que le sous-sol calcaire, soit blanc (Faux, etc.), soit gris ou noirâtre (Agenais) , apporte nécessairement au sol arable , la masse de celui-ci est nécessairement due aux apports mélangés avec les produits végétaux et animaux du lac lui-même. En effet, en ce qui con- cerne nos marches du Périgord, la couleur noire des terres ne leur vient pas du calcaire blanc , dont les fragments anguleux qui y sont ensevelis restent toujours très-blancs. Je sais bien que les surfaces (exposées à l'air) de ces roches calcaires prennent volontiers une couleur noirâtre, quanti leur situation leur permet d'être envahies par des anamorphoses de li- chens; mais cette situation est exceptionnelle et ne constitue pas la règle. Sans être abondants, les fossiles ne sont pas absolument rares dans le calcaire d'eau douce blanc et moins siliceux de ces marches. J'y ai trouvé des fragments d'une Paludine (ou Mélanie?) grosse et rare, que je n'ai pu parvenir à déterminer; mais les espèces dominantes sont : ( 163 ) Limnea longiscata Al. Brongn.; Deshayes , Foss. Paris (non Lyell et Murchis.). Planorbis rotundala Al. Brongn. (celui-ci est rare. Ces trois espèces sont à l'état de moules intérieurs, calcaires). Notre calcaire , plus ou moins siliceux , et nos meulières , ont fourni à eux seuls la matière de plusieurs des dolmens de l'alignement ouest- est, dont j'ai parlé dans le deuxième chapitre : l'un des mieux conservés est celui de Gugnac (Cuniac de la carte de Cassini ), situé dans les taillis voisins du château de ce nom , — château maintenant démantelé et à l'état de ruine encore imposante et entièrement construit en calcaire d'eau douce hlanc , fort dur et très-grossièrement appareillé. Le même calcaire se prête aussi bien , mais moins facilement et moins régulièrement sans doute que la craie elle-même, aux travaux d'exca- vation. A mi-côte, vis-à-vis le bourg de Monsac, nous avons visité, M. Léo Drouyn et moi , les premiers compartiments d'une de ces demeu- res souterraines qu'on nomme refuges, et dont l'ouverture est à fleur du sol de la croupe qui le recèle dans ses flancs. Ces compartiments étaient séparés par des portes, étroites et basses il est vrai, mais don' les feuillures sont encore parfaitement distinctes et même assez nettes. Dans une Note présentée en août 1862 à la Société Linnéenne de Bor- deaux , mais qui n'a été livrée à la publicité, dans ses Actes, que le 10 décembre 1863 (t. XXIV, 3 e livr., p. 177-182), — et dans une autre Note plus courte encore, mais qui rend la première beaucoup plus claire et plus précise dans ses résultats (Bull. Soc. géol. de Fr., séance du 12 janvier 1863, 2 e sér. , t.. XX, p. 191-194), M. Jules Gosselet a proposé une détermination nouvelle pour les calcaires du N.-E. de l'A- quitaine (Agenais, Périgord , Blayais). Ce savant distingue, en Périgord , dans les marches de l'Agenais , deux étages différents de calcaire d'eau douce, que M. Delbos a compris tous deux sous le nom commun de calcaire blanc du Périgord. Pour M. Gosselet, le calcaire qu'il appelle de Beaumonî « est superposé à » des grès et à des argiles panachées, avec minerai de fer » (c'est-à-dire à ce que M. Delbos et moi appelons la molasse) , et « correspond par sa » position stratigraphique , inférieure aux molasses du Fronsadais , au » calcaire d'eau douce de Blaye. » Ces molasses, d'après M. Gosselet, séparent ainsi les deux assises de calcaire que M. Delbos appelle, dans leur ensemble, calcaire du Périgord. Tome XXV. 12 ( 164. ) Je suis loin de contredire aucune des observations de mon savant col- lègue qui a maintenant quitté le secrétariat général de la Société Lin- néenne pour professer la géologie à la Faculté de Poitiers; mais, dans l'étroite bordure de calcaire et de meulières qui encadre le bassin hydro- graphique du Couzeau, je crois pouvoir dire avec assurance qu'il n'existe que ce que j'ai décrit, — un seul calcaire. Si M. Gosselet avait visité les localités dont j'ai eu occasion de parler en décrivant cette bordure (Monsac, Faux, Verdon, etc.) , je crois qu'il les placerait dans son assise inférieure (calcaire deBeaumont); mais je ne puis l'affirmer positivement, n'ayant pas assez exploré l'intérieur du pays blanc pour y reconnaître les diverses assises que ce géologue a décrites. Je crois cependant ma supposition fondée, parce qu'il existe, au S. de la bordure, une dépression sensible qui court du S.-E. au N.-O. de Rampieux (235 m ) à Saint-Naissant ou Nexant (32 m ), et cette dépres- sion est bordée au S. par une ride discontinue dont les buttes successives forment une sorte de chaîne ou de chapelet très-flexueux qui pourrait in- diquer la superposition de ce que M. Gosselet regarde comme calcaire du Périgord à ce qu'il nomme calcaire deBeaumont. Les buttes auxquelles je fais allusion sont celles-ci : Rampieux, dont le versant nord appartient au bassin hydrographique de la Couze, et le moulin de Bouchoux qui en est tout près et qui occupe l'altitude culminante (235 m ) de toute la sec- tion comprise entre la Dordogne , la Garonne et le Drot (Raulin , Nivel- lent barom. de l'Aquit., qui cote Rampieux à 253 m , p. 26), — Gleyze- dal (200™ approxim 1 ), — le groupe formé par Saint-Léon , Bardou (dont le versant nord donne naissance à la source principale du Couzeau) et les moulins de Boisse (moyenne, 17 7 m ), — Montaut d'Issigeac (170 m ), — Montmadalès (I36 m ), — Sainte-Luce, — le plateau de Saint-Aubin- de-Lanquais (112 m ), — Saint-Naissant (32 m ). C'est là tout ce que je puis dire sur une contrée dont je ne connais que l'ensemble, mais que je n'ai pas explorée pas-à-pas, le marteau à la main , comme MM. Gosselet et Raulin ont pu le faire chacun sur quel- ques points, et tous deux à Sainte-Sabine même, qui était le but com- mun de leur exploration. A Gleyzedal , qui se trouve entouré d'un demi-cercle de quatre hau- teurs cotées 201 , 143, 202 et 204 m ), à Videpot (1), à Rampieux , M. Gos- (1) Puisque j'ajoute à mon travail la mentio.i de quelques particularités locales qui me semblent offrir de. l'intérêt, je pense qu'on ne rce fera pas un reproche d'y ( 165 ) selet rentre lout-à-fait dans la nomenclature de M. Delbos, que j'ai en- tièrement adoptée, et en cela nous sommes d'accord pour différer d'opi- nion avec M. Raulin qui fait avancer vers le N. le calcaire d'eau douce gris de l'Agenais (supérieur au calcaire blanc du Périgord, et devenu blanc comme lui « par un changement de faciès [Nouvel Essai de clas- sification des terrains tertiaires de l'Aquitaine [1848], p. 341 des Actes de l'Académie de Bordeaux , p. 141 du tirage à part]), jusques à former le tertre du moulin de Rampieux (235 m ), où nous ne voyons , M. Gosselet et moi , que le calcaire d'eau douce blanc du Périgord. Quoi qu'il en soit de la justesse de cette appréciation locale, et ne pouvant, faute d'observations personnellement suivies, au-delà de la bordure , plaider la cause de Vunilé des calcaires inférieurs à celui de l'Agenais , je me borne à dire , en général , que la position de plusieurs lits de sables , d'argiles et de marnes entre plusieurs lits de calcaire que ne distinguent pas entre eux des caractères tranchés, soit minéralogi- ques, soit paléontologiques — et c'est ici le cas, — que cette position intermédiaire, dis-je , ne me paraît pas impliquer nécessairement la multiplicité de membres distincts dans une même formation tertiaire , mais conduirait plutôt à y voir une sorte d'alternance ou de substitution de couches diverses , alternance ou substitution qui permet à plusieurs lits différents de demeurer compris sous une même dénomination d'en- semble. De cette façon , l'intercalation des argiles, marnes et sables de introduire, à propos de ce Videpot , une remarque étymologique , laquelle n'est pas sans rapports avec la constitution géognostique de ce lieu-dit si singulièrement nommé. Videpot [Vieux-de-Pot de Gassini ) est une appellation francisée et traduite d'un dicton populaire exprimé en dialecte périgourdin ; mais ce n'est point , comme le ferait croire l'orthographe adoptée par les auteurs des cartes géographiques , — ce n'est point un équivalent donné, de fantaisie populaire , au substantif familier mais très-légitimement français vide-bouteille. L'honorable famille Foussat, qui possède le lieu-dit Videpot, a recueilli l'étymologie véritable et traditionnelle de ce mot, et ce n'est pas la première fois qu'on a reçu d'elle des notions curieuses sur les anciens usages, proverbes, traditions, chants populaires, etc., du Périgord. Videpot, donc, en patois, se doit écrire viu de po (prononcez :Yiôou dé pô) , c'est-à-dire : Se nourrit de froment; et c'est là le caractère distinctif du domaine ; sorte d'oasis entourée de calcaires arides et non recouverts d'un guéret suffisant , en sorte que la culture du blé y donne des résultats inconnus aux tenanciers du voisi- nage, et que l'innocente jalousie de ceux-ci est en droit d'attacher au propriétaire de Videpot celte naïve désignation : « Celui qui vit de pain de froment, v ( 166 ) M. Gosselet ne romprait pas plus l'utilité du terrain de calcaire d'eau douce du Périgord que ne le fait aux yeux mêmes de M. Gosselet, l'in- tercalalion des meulières et de leurs argiles dans ce même calcaire. C'est ainsi que, d'accord avec M. Delbos, j'ai considéré jusqu'ici ce puissant terrain d'eau douce, et c'est également ainsi que mon savant ami le professeur Raulin l'a considéré dans ses beaux travaux sur l'Aqui- taine, et en particulier dans son mémoire sur Y Age des sables de la Saintonge et du Périgord, etc. , puisqu'il signale expressément, entre Villeneuve-sur-Lot, Montflanquin etPauilhac, plusieurs grandes assises v de calcaire d'eau douce à diverses hauteurs, et de grandes alternances d'argiles et de molasses (p. 30 des Actes de l'Académie [1850]; p. 172 du tirage à part). Ce célèbre géologue — qu'orgueilleusement j'appellerais mon maître si j'avais le bonheur, depuis bien longtemps désiré, de le rendre juge , sur le terrain même, des résultats de mes observations de détail , — ce célèbre géologue étend jusqu'à la Garonne et même au-delà le domaine -du calcaire d'eau douce blanc du Périgord (Valence-d'Agen , Agen , Marmande, V. Age des sables, elc , p. 24 des Actes de l'Académ., p. 160 -du tirage à part; Nouv. ess. de classific. des lerr. tert. d'Aquit., p. 340 tles Actes, p. 140 du tirage); et je suis convaincu qu'il est dans le vrai, car le plongement de ce calcaire sous celui dit de l'Agenais me semble suivre le plan d'une pente générale uniforme et régulière, depuis la bor- dure élevée qui sépare le versant dordonien du versant garonnais , jus- qu'au thalweg du fleuve qui donne son nom à ce dernier. En effet, si l'on considère l'altitude relative de l'étiage des deux gran- des rivières sur lesquelles s'ordonne l'altitude moyenne des massifs oro- graphiques qui les bordent, on trouvera, sous le même méridien, à Bergerac et à Agen : Pour la Dordogne à 160 kilomètres de l'embouchure de la Gironde avec une pente plus rapide et un cours plus sinueux , 29 m ; Pour la Garonne à 200 kilomètres de la dite embouchure avec une pente moins forte, un cours moins sinueux et la qualité de thalweg prin- cipal et central du bassin hydrographique du S.-O. (ce qui comporte nécessairement une situation plus basse), 27 mètres. (Raulin , Age des sables, etc., p. 16; Nivell. barom. de l'Aquitaine , p. 14). Or, ces altitudes sont bien concordantes avec les altitudes relatives des points culminants, au-dessus des éliages ci-dessus mentionnés. Rampieux, je le répète, est le point le plus élevé de toute la section ( 167 ) comprise entre la Dordogne, la Garonne, et le Drot. La carte de l'Elal-Major le place à 235 mètres, c'est-à-dire, à 206 mètres an-dessus de l'étiage de la Dordogne à Bergerac. La colline de Flotis, au N.-E. d'Agen, est au contraire la plus basse des sommités principales qui bordent la Garonne dans le massif de sa rive droite aux environs d'Agen , et M. Raulin lui donne 186 mètres, c'est-à-dire 159 mètres au-dessus du fleuve à Agen ; d'où il suit que, prise dans son ensemble , la pente du versant garonnais du bassin de calcaire du Périgord est uniforme ei régulière. Certes, je n'ai pas le désir de rabaisser le mérite des observations et des descriptions détaillées, très-détaillées même ! Bien loin de là, je suis profondément convaincu que ['analyse est le seul fondement légitime de la bonne et solide science d'observation; mais quand il s'agit de rendre sensibles et facilement saisissables les résultais de ces laborieuses et minutieuses études , il est bon de passer sous le drapeau de la synthèse qui est , après tout , le corps de la science dont l'analyse ne donne que les portions élémentaires. Dans les terrains tertiaires particulièrement, où tout ce qui est de la géologie voit diminuer la constance et la fixité de ses caractères, où tout s'amoindrit , se contracte , se localise , — dans les étages, surtout , dont les assises ne présentent pas de faunes tranchées , et où les alter- nances marines , lacustres et fluviales se montrent avec tant de fréquence et d'évidence incontestée , il me semble à désirer qu'on ne lende pas de préférence à multiplier les divisions auxquelles on est accoutumé à attribuer un rang d'importance que semble consacrer l'application d'une dénomination nouvelle. S'il m'était permis de franchir une fois de plus les limites spéciales imposées à mes recherches , pour étayer d'un exemple ce que je viens de signaler comme une variabilité familière aux formations rapprochées de la période actuelle, j'emprunterais cet exemple à M. Raulin qui , en parlant du « changement de faciès » de son calcaire gris de l'Agenais , ajoute 1° qu'à Castelnau-de-Grattecombe il contient des meulières (ca- ractère nouveau pour lui et qui lui est commun avec le calcaire du Péri- gord , — sorte de refour, peut-être, aux conditions qui constituent son étage et montre qu'ils sont au moins liés par une affinité étroite ) ; 2° qu'ailleurs (Agen, Tonneins, Saucats) il contient des ossements peut- être paléothériens ; 3° qu'ailleurs encore ( Sos , Casteljaloux) il ren- ferme un lit marin avec huîtres et se peuple parfois ( Sauçais , Villan- draut), d'une faune des eaux saumâtres. Ces caractères si variés et si ( 168 ) capricieux , qu'on ne retrouverait pas en remontant l'échelle des âges géologiques, perdent donc de leur importance, pour la classification , dans les terrains tertiaires, et il en est de même des répétitions de cou- ches analogues, à des hauteurs différentes; elles perdent grandement de leur gravité. Au reste — et je ne veux pas terminer ce chapitre sans en faire l'aveu — nous avons , aux environs de notre bassin du Couzeau et dans la bor- dure du bassin d'eau douce de Sainte-Sabine , un cas fort obscur de position du calcaire d'eau douce et des meulières par rapport à la mo- lasse. Il m'a beaucoup embarrassé, et M. Delbos s'en est préoccupé comme moi. Je crois que M. Gosselet y trouverait — et peut-être avec raison — une confirmation de ses idées sur la séparation du calcaire de Beaumont et du calcaire du Périgord ; mais je n'en suis pas encore venu à reconnaître clairement la nécessité de recourir à cette disjonction, car, dans la localité que je vais décrire, je ne vois qu'un banc de calcaire et non pas deux; et en outre , je ne saurais affirmer que ce calcaire soit, pour M. Gosselet, celui de Beaumont, parce qu'il le regarde comme immédiatement supérieur au gypse de Sainte Sabine, et que ni lui ni moi ne connaissons dans ce bassin la position exacte de ce gypse par rapport à la craie. — Voici l'histoire et la description de ce fait local qui est, pour moi, sans analogue connu dans la petite région dont je m'occupe. Au commencement d'octobre 1845, j'adressai à M. Delbos une coupe itinéraire et non proportionnelle, que nous n'avions pas suivie ensemble, mais que j'avais relevée depuis son voyage en Périgord. C'est celle de Bannes à Cadouin par Molières, avec retour de Cadouin à Bannes par Saint-Avit-Sénieur. Je la donne ici, quoique M. Delbos l'ait reproduite en petit dans son mémoire cité plus haut (Formation d 1 eau douce du bassin de la Gironde, pi. XII, fig. 6). Dans le texte, p. 268, il ne dit que quelques mots de cette coupe, à propos des meulières; je crois donc devoir transcrire les développements dont je fis suivre ma com- munication , et j'emploie les mêmes lettres indicatives que lui. ( 169 ) (Xv* é ux*. jrt Légende. — j. Craie du 2 9 étage. i. Craie du 1" étage. ■Car £bwz>&/ / fis. *-su*tu&£ ZjZ&&s ( 170 ) g. 4. Argiles, graviers et sables rouges ou parfois jaunes. f. Calcaire d'eau douce blanc. g. 3. Argiles rouge-de-sang, graviers et sables, argiles brunes. g. 2. Sables, graviers pisolitif'ormes, blocs, ferrugineux. g. <1 . Meulières blondes, translucides. h. Puits pour l'exploitation du minerai de 1er. « Pour aller de Bannes à Cadouin par la route carrossable qu'on a récemment ouverte , on suit pendant quelque temps , en remontant le cours du ruisseau le Courage, le charmant vallon de Romaguet, si élé- gamment décrit par Jouannet; puis on monte par un petit vallon latéral où la craie du 1 er étage de M. d'Archiac (■?') se substitue bientôt à celle du 2 e (j) qui occupe les parties inférieures depuis Bayac (vallée de la Couze). La route est ferrée de craie, et les terres arables sont très^- argileuses , rouges et propres à la culture du maïs. Vers le haut de la montée , on est sur les graviers et argiles rouges g 4 , mais trop mêlées de terre végétale pour être nettement distinguées. On traverse le plateau , puis on descend vers l'église de Bourniquel, sise sur la craie du 1 er étage, et on coupe un petit vallon sans eaux régulières. Dès qu'on en a franchi le thalweg , on retrouve le terrain d'eau douce g k à un niveau bien infé- rieur non-seulement au sommet du versant qu'on vient de quitter, mais même, évidemment inférieur à l'église. Ce terrain (1), mêlé à la terre végétale, comme nous l'avons vu tout-à-l'heure, est presque masqué par les cultures, en sorte qu'on atteint directement un affleurement de calcaire blanc d'eau douce f, où je n'ai pas aperçu de fossiles et qui , comme partout ailleurs dans nos environs , n'a que quelques mètres d'épaisseur. En continuant à monter, on retrouve le faciès de la molasse telle que je l'ai décrite àLanquais (sables plus ou moins colorés, argiles brunes, graviers et surtout argiles rouge- de-sang) g 3. Au-dessus de ces dépôts, on passe au terrain ferrugineux g 2, dépendant de la molasse, formé de sables, graviers et blocs durcis par le ciment de fer et dont les menues parcelles, disséminées dans l'argile rouge, simulent des pisolilhes fer- rugineux désagrégés. C'est dans ce terrain g 2 que s'ouvrent les Irous de (1) Dans la coupe publiée par M. Delbos, le ressaut qui porte l'église est placé un peu trop bas, et tout le coteau est figuré comme appartenant à la craie du 1 er étage. Ces détails auraient trop compliqué une coupe dessinée sur une si petite échelle. J'ai replacé l'église où elle doit être, ( 171 ) mine (dont j'ajoute l'indication h à l'un des coteaux profilés dans la coupe). Il présente ici, et avec des caractères moins tranchés, le même aspect que celui qui sépare Boyer de Caillade (entre Lanquais et Beau- mont). Enfin , sur le plateau , qui est sablonneux et sylvalique , on commence à apercevoir les blocs isolés et les fragments de meulière (g 1) blonde ou rouge, translucide et parfois jaspoïde, qui caractérise les environs de la petite ville de Molières et probablement toute la contrée nommée Forêt de la Bessède, laquelle, vue de la sommité dite la Salvelat de Cadouin, paraît s'étendre vers le S. à 40 ou 50 kilomètres. Avant d'arriver au plateau très-élevé dont je parle , il nous a fallu traverser quelques dépressions peu profondes. Le fond de l'une d'elles (la première en partant de Bourniquel) est formé par la craie du 1 er étage; celui de la deuxième est formé par le calcaire d'eau douce, et les éminences qu'on aperçoit de divers côtés sont blanches sur leurs flancs et parfois jusqu'à leur base, ce qui accuse la présence du man- teau que ce calcaire forme en s'étendant à gauche dans la direction du N. jusqu'à Ponlour, sur la rive gauche de la Dordogne. Le fond de la troisième dépression ne s'abaisse que jusqu'aux argiles rouges superpo- sées audit calcaire. En descendant du plateau à meulières vers la ville de Molières, on passe sur une terre argileuse, glaiseuse, que la pluie change en boues abominables et qui représente nécessairement la couche g 3; puis, tout-à-coup et au bord du versant, on se trouve sur le calcaire d'eau douce dont la pente peu rapide efface l'escarpement, mais qui, comme d'ordinaire dans la bordure du bassin, n'a que quelques mètres d'épaisseur. Là, la descente devient plus rapide et ce calcaire se montre à nu : on fait trois ou quatre pas sur un affleurement d'argile rouge-de- sang (couche g 4 de la coupe), et on pose enfin le pied sur la craie jaune du 1 er étage, semblable à celle du vallon de Peyrou (Radiolites Bournonii, Hippurites radiosus et Lamarckii?), qui forme le fond des deux petits vallons entre lesquels s'élèvent le promontoire de la même craie sur lequel Molières est bâti. Après avoir traversé le second de ces petits vallons pour suivre le chemin de Cadouin (lorsque j'ai relevé cette coupe, la roule carossable de Molières à Cadouin n'était pas encore ouverte; je parle donc du vieux chemin), — on reprend à mi-côte le calcaire d'eau douce /"sans avoir pu distinguer la couche g 4, et l'on atteint de nouveau le grand ( 172 ) plateau syivatique g 1 où, cette fois, je n'ai vu que de menus fragments de meulière, et point de blocs. Enfin, on descend sur Cadouin (vallée du Bellingou) par un vallon latéral, sans trouver visible le manteau de calcaire d'eau douce f. La couche g 3 passe insensiblement, au milieu des bois, à la couche g 4, dont le membre inférieur offre un escarpement de 4 à 5 mètres, formant sablière exploitée (sable rouge et jaune, mêlé d'argile de mêmes cou- leurs), et on atteint la craie du 1 er étage avant le fond du vallon où une fontaine envoie son tribut au Bellingou. Pour se rendre de Cadouin à Saint-Avit-Sénieur, on revient vers le S. S.-O. en remontant la même pente jusqu'au dessus de la sablière g 4, et c'est dans l'épaisseur même de cette couche (graviers et argiles rouges- de-sang) suivie pendant une cinquantaine de mètres , que s'embranche le vieux chemin de Saint-Avit. Immédiatement après ce point de jonction, on voit le calcaire d'eau douce affleurer sous la forme d'un escarpement très-net d'un mètre de haut ; puis aussitôt il disparaît sous les couches meubles que j'ai décrites, et on ne le voit plus sur le plateau ondulé, couvert de bois et de bruyères, qui forme le versant de la forêt de la Bes- sède du côté de Saint-Avit. On descend par petits ressauts où paraissent seuls la terre végétale et les trous de mine (h) ouverts dans la couche g 2, jusques sur la croupe ou promontoire de la craie du 1 er étage, où le bourg de Saint-Avit est bâti. On descend ainsi, sans quitter cet étage, par un vallon très-profond qui rejoint celui de Sainte-Croix et la route, dès- lors carrossable , que M. de Laulanié a établie pour le service de ses belles forges (non mentionnées par Cassini). Au fond du vallon de Sainte- Croix , on retrouve la craie du 2 e étage , et peu d'instants après , on dé- bouche de la vallée de la Couze , à 2,500 mètres en amont du moulin de Bannes. » Le 24 Octobre , M. Delbos me fit part de quelques objections et me demanda quelques éclaircissements nouveaux sur la coupe ci-dessus dé- crite. Je lui répondis, le 10 Novembre, ainsi qu'il suit : « Ce qui vous embarrasse dans ma coupe , c'est 1° le dépôt supérieur au calcaire d'eau douce , dépôt duquel j'ai dit que son faciès ressemble beaucoup à la molasse de Lanquais. On ne peut coiffer des alluvions anciennes au moyen des meulières ; donc , il faut renoncer à voir là un dépôt analogue à ces alluvions. Le fait est là : entre Bourniquel et Mo- lières, on monte du calcaire d'eau douce f à la couche^ 3; 2° qu'en descendant du plateau à meulières dans la direction de Molières , on re- ( 173 ) coupe successivement les couches g 3, f et g A avant de poser le pied sur la craie ; 3° qu'en montant de Cadouin à Saint-Avit , on passe de nouveau de la craie à la couche g A , puis à la couche /", puis aux cou- ches g 3 et g 2 mélangées , sur lesquelles on trouve des fragments de meulières. Je ne puis rien changer à cela : il y a de ce terrain à aspect de molasse plus bas (!) et plus haut (!) que le calcaire d'eau douce. Vous me demandez s'il y a superposition bien évidente. Je réfléchis , et je vois qu'il n'y a pas de coupe verticale d'ensemble, mais seulement des successions observées et inventoriées , le crayon à la main , en sui- vant la pente des coteaux. Voici donc l'explication que je propose. — Il faut considérer que : 1° La localité dont il s'agit appartient aux bords du bassin d'eau douce de Sainte-Sabine, car du calcaire d'eau douce de Bourniquel et de la lisière de la forêt de la Bessède, comme de celui de Fonblanquat, Beau- mont, Monsac , Faux et Verdon , il n'y a , pour atteindre la vallée même de la Dordogne, qu'une demi-heure, une heure ou deux heures de marche assez rapide ; 2° Le calcaire doit être plus mince aux bords que dans l'intérieur de ce bassin; 3° Les bords du bassin sont évidemment plus élevés que son centre , car le clocher de Saint-Avit, qui est^sur la craie et dont la base est cotée à 164 mètres , s'aperçoit de 20 kilomètres tout à l'entour, et domine évi- demment Beaumont et les autres localités que je viens de citer. A partir des Pailloles (commune de Lanquais), le terrain d'eau douce à calcaire et à meulières va s'abaissant vers Faux, Issigeac et Sainte-Sabine; 4° L'arête culminante des bords du bassin ne peut pas être originai- rement formée par le calcaire d'eau douce, car si le lac qui a déposé celui-ci n'eût pas été contenu, il n'aurait pu déposer son sédiment; et en effet, Beaumont, le Peyrou , Bardou, Montaut d'Issigeac, Boisse, etc., où le calcaire forme nappe au sommet des coteaux, sont plus bas que les bords (non détériorés postérieurement) du bassin. Ces bords sont donc formés d'autre chose et de quelque chose de plus ancien que le calcaire d'eau douce. Il suit de là que celui-ci doit avoir sur ses bords une manière d'être différente des allures qu'il présente dans l'intérieur du bassin ; 5° En effet, lorsqu'il forme nappe au-dessus des terrains plus anciens, il arrive, ou qu'il est à nu sur le sommet de coteaux incultivables ou cultivés seulement en vignes (Peyrou, Fonblanquat , etc. ) , — ou qu'il ( 174 ) est recouvert , comme le plateau de la Beauce , par une terre arable ar- gilo-calcaire , épaisse de moins d'un mètre, excellente pour le blé, et mêlée de pierres blanchâtres qui sont des débris du sous-sol. Quant à la terre elle-même , ordinairement noirâtre , c'est la vase du lac calcarifère, qui s'y est amassée après le dépôt du calcaire pur, et le dépari de la si- lice des meulières (Faux, Issigeàc , Bardou , Naussanes , Rampieux , Montpazier. etc., toute la plaine enfin de ce bassin , depuis les Pailloles jusqu'au Drot ) ; 6° Les choses se passent tout différemment sur les bords du bassin , entre Bourniquel , Cadouin et Saint-Avit. Là, point de surfaces planes à terre noire avec pierres blanches , point de sommets incultes recouverts par le calcaire à nu. Lorsque celui-ci se montre, c'est sur le penchant des coteaux et avec une épaisseur minime : point de coupe verticale qui le montre formant nappe sous le terrain ferrugineux ; là où nous voyons la meulière, nous ne voyons pas de calcaire; 7° Remarquons, en outre, que le calcaire d'eau douce manque sur beaucoup de points où l'on passe sans transition du terrain ferrugineux à la craie (Saint-Avit), comme vous l'avez vu vous-même auprès de Lanquais , à l'extérieur de la bordure du bassin de Sainte-Sabine; 8° Remarquons enfin que les grès ferrugineux de la molasse, dans la forêt de Lanquais , sont posés en couronne, autour et un peu au- dessous du mamelon qui les porte. De toutes ces considérations combinées, je crois pouvoir conclure , ajoutais-je dans ma lettre à M. Delbos , qu'il y a lieu de douter que le calcaire d'eau douce s'étende en nappe sous la couche g 3, dont je n'ai marqué la terminaison sur la craie , ainsi que celle des couches g 4- et d, du côté de Saint-Avit, que par des lignes ponctuées, parce que je ne les ai vues que du côté de Cadouin. En conséquence de ce doute, ne pour- rait-on pas suppposer : 1° que le calcaire d'eau douce associé à la meu- lière forme un manteau sur les coteaux de molasse qui forment le bord du bassin de Sainte-Sabine; — 2° qu'il existe un niveau que le calcaire ne dépasse pas , et au-dessus duquel la meulière pourrait encore se substi- tuer à lui ; — 3° enfin, que les parties du calcaire qui jadis occupaient les dépressions, et par conséquent analogues au fond du lac calcarifère, auraient pu être subséquemment disloquées et entraînées par les cou- rants qui se sont établis dans ces dépressions et les ont approfondies? M. Delbos n'accepta pas celte explication, fort hypothétique, je l'a- voue. Il corrigea ma coupe, el étendit uniformément le calcaire feu. ( 175 ) forme de nappe entre les couches g i et g 3 . en se bornant à l'amincir aux deux extrémités du dessin. J'ai dû respecter sa décision et maintenir ma coupe telle qu'il a jugé nécessaire de l'amender. Je renonce donc à l'hypothèse que je viens d'exposer et à une seconde explication, moins probable encore, que cet habile géologue a également repoussée. Puis- qu'il n'admet pas que les bords du calcaire d'eau douce puissent être simplement appuyés à une certaine hauteur contre la molasse qui se montrerait ainsi, indifféremment , au-dessus et au-dessous de ce calcaire, je demeure, comme lui, incapable d'expliquer celte anomalie locale, dont des études nouvelles pourraient seules, peut-être , dissiper l'obs- curité. Je me borne à montrer les faits, et les voici, synopliquement énoncés dans le diagramme suivant : Terre végétale et trous de mine. Calcaire d'eau douce et meulières. 9* 9 ô !• " ' "V Molasse. Si Les études que j'ai faites depuis 1845 m'amènent en effet à considérer comme terrain molassique éocène tout ce qui, dans la région qui fait l'objet de mon travail , sépare la craie du diluvium , lorsque le calcaire d'eau douce et les meulières manquent; et c'est partout qu'ils manquent, dans l'intérieur du bassin hydrographique du Couzeau. Ici, au contraire, je crois reconnaître celle même molasse au-dessus comme au-dessous du calcaire, et je dois par conséquent, sans pouvoir l'expliquer, en con- clure qu'il y existe une sorte de pénétration double et réciproque, du ter- rain de molasse et du terrain de calcaire d'eau douce et meulières. Le mot de cette énigme se trouve-t-il dans les deux ou trois calcaires et les deux ou trois dépôts molassiques de M. Gosselet? — Se trouve-t-il dans les trois ou quatre calcaires et les argiles, molasses et marnes si multipliées de M. Raulin ? On le saura un jour, j'espère; et, pour avoir le droit de me taire là où j'ignore, je suis heureux de rappeler que je ne me suis engagé à décrire que le seul bassin hydrographique du Couzeau , et ses rapports avec la vallée de la Dordosme. ( 176 ) A ce dernier point de vue, j'ai été amené dans le chapitre I er de mon travail (p. 77-80 des Actes, p. 15-18 du tirage à part), à exposer com- ment, a dû se former l'arête qui constitue le partage des eaux entre la vallée où coule la Dordogne et le versant garonnais du bassin de calcaire d'eau douce : je ne puis , en ce qui concerne la détérioration des bords du bassin subséquente à leur dépôt , — je ne puis que m'en référer à cette partie du chapitre I er . TERRAINS POST-PLIOCÈNES % VII. — HàlisviMBii (des géologues de l'école «le Clavier). 4" LIT DE LA DORDOGNE. A. Observations préliminaires; difficultés de la terminologie. « Evidemment, » disait, il y a peu de temps, le savant secrétaire du Comité scientifique des Sociétés savantes, — « évidemment, il reste » beaucoup à faire dans tout ce qui touche à la période quaternaire. » C'est aujourd'hui la partie la plus obscure de la géologie. C'est par de » nombreux travaux entrepris partout à l'aide de patientes observations, » et non par les hypothèses d'une ingénieuse imagination , que l'on peut » espérer d'arriver à jeter quelque lumière dans des questions où les » hommes les plus éminents n'ont encore pu trouver de solution satis- » faisante. (Emile Blanchard : Revue des Sociétés savantes, scienc, » math., phys. et natur. du 25 décembre 1863, t. V, p. 12.) » Aussi , de l'aveu de tous les géologues , leur diluvium est très-poly- morphe, et il ne peut en être autrement. Les grands animaux actuellement éteints ne se retrouvent pas tous et partout ensemble dans ces diluvium divers. N'est-il pas permis, nécessaire même, de conclure de là que ces diluvium divers n'ont pas été déposés par un même cataclysme , et qu'on aurait à y distinguer des époques différentes ? Ce qu'il y a de diffi- cile, c'est de déterminer ces distinctions. Elles ne peuvent reposer que sur des détails de composition, de stratigraphie, de chronologie; hors de là , il est impossible de distinguer théoriquement les phénomènes diluviaux des phénomènes alluviaux. Ces réflexions me sont inspirées par la réponse qu'a faite, sous le nom d'Observations, etc., M. le mar- quis de Vibraye à la communication de M. l'abbé Bourgeois (même ca- hier du Bull de la Soc géol. , 2 U sér. , 1863, t. XX, pp. 238 à 243). ( 177 ) Le savant académicien , qui ne fait nulle difficulté d'avouer combien cette question compliquée exige encore de recherches et d'études avant qu'on arrive à une solution définitive et complète , y parle de dilu- vium solognot , de diluvium gris, d'assise du diluvium rouge dans les grottes d'Arcy-sur-Cure (Yonne), de faunes confondues sous le rapport stratigraphique lorsqu'on explore sans précautions suffisantes les grottes à ossements, etc. Il indique évidemment par là qu'il n'est que trop facile , à ses yeux , de confondre des choses fort différentes , de prendre les apparences de prime-saut pour des réalités, et je me joins sincère- ment à lui pour refuser « de prendre part à cette course rapide qui s'ef- » force de nous entraîner ou plus vraisemblablement peut-être de nous » dépasser » (p. 239). On appelle aussi terrain diluvien ces immenses apports clysmiens qui, descendus des sommités alpines et pyrénéennes , forment des dépôts puissants et horizontalement stratifiés , parfois à plusieurs étages , dans le fond des vallées de ces chaînes , et que l'école glaciaire revendique comme siens (Leymerie : Esquisse géognoslique de la vallée de VAriége, in Bull. Soc. géol. de Fr., 1868, 2 e sér., t. XX, p. 282; etc., etc., etc.). Tout cela ne peut être de la même époque, ni contemporain de tous les autres diluvium, ni dû à un phénomène unique, puisque les restes d'animaux perdus ne s'y rencontrent pas dans le dépôt « qui constitue » le sol de la vallée , » mais à l'embouchure de certains petits vallons latéraux, et que « cette action des eaux diluviennes a dû avoir des » périodes de violence et de calme » (Leymerie : Ibid., p. 289). La confusion des termes va même si loin que, dans une note sur les silex taillés de Pont-Levoy (Bull. Soc, géol. de Fr., 1863, 2 e sér., t. XX, p. 535-542), M. l'abbé Bourgeois, qui paraît rapporter son diluvium au déluge historique (mosaïque), comme M. Boucher de Perthes le fait lui- même lorsqu'il oublie qu'il accorde ailleurs à l'homme des milliers de siècles d'existence avant ce cataclysme , ■ — M. l'abbé Bourgeois , dis-je , parle (p. 537) d'une alluvion probablement antérieure (sic) au dilu- vium ! ! D'un autre côté , dans une Note sur deux silex taillés trouvés dans le terrain quaternaire des environs de Madrid ( Bull. Soc. géol. de Fr. , 1863, 2 e sér., t. XX, p. 698-702), MM. de Verneuil et Lartet traitent d'ALLUViONS quaternaires les dépôts dans lesquels, en France et en An- gleterre comme en Espagne, « on a constaté l'association de produits » de l'industrie humaine avec les restes de plusieurs espèces éteintes de ( 1"8 ) » mammifères et entr'autres ceux de Y E lephas primi génies , d tandis que M. Cassiano de Prado , géologue espagnol , qualifie (Y inférieurs au diluvium général du plateau les dépôts voisins de Madrid où il a ren- contré une hache avec des molaires de YElephas africanus qui vit encore de nos jours dans cette partie du monde. — Inutile de dire avec quelle sympathie nous accueillons la détermination géognostique proclamée par les deux éminents et respectables savants, nos compatriotes ! Somme toute, la nomenclature des matériaux de cette vaste question aurait grand besoin d'être révisée et fixée, pour arriver à un résultat bien désirable, à savoir que tous emploient les mêmes mots pour dési- gner les mêmes choses : peut-être alors on réussirait à s'entendre ! Evidemment, l'ancienne division (diluvium pour tout ce qui est anté- rieur à l'homme, — alluvion pour tout ce qui lui est contemporain ou postérieur) serait bonne à conserver quoiqu'illogique , puisque l'homme vivait lors du dêlugi historique ; mais dans la confusion actuelle des appellations, elle n'a plus un sens suffisamment précis pour tout le monde (1). B. Généralités. Ici cessent les terrains régulièrement déposés; ici cesse aussi, non leur ordre chronologique du dépôt , mais l'ordre apparent , dans une vallée à plusieurs étages, de ce dépôt. La superposition géologique est dès-lors changée, quant à l'altitude, en infrà-posilion chronologique. (1) Mon mémoire était presque achevé lorsque j'ai tu dans le Rapport de M. Cot- teau sur les Progrès de la Géologie en 1865 {Annuaire 1864 de l'Institut des Pro- vinces, p. 227-229) que M. Scipion Gras se refusait encore alors à croire à la con- temporanéité de l'homme et des grands mammifères éteints — et, ce qui est beaucoup plus grave que l'explication proposée par ce géologue pour justifier leur existence simultanée dans des dépôts non remaniés, que M. Eug. Robert, membre de la Société géologique de France, croit reconnaître « à 10 ou 12 mètres au-dessus de la berge » actuelle de la Seine, à Vitry, dans un sable diluvien à ossements quaternaires et à » débris celtiques et gallo-romains , un gisement dont les conditions se trouve- » raient exactement les mêmes que celles du fameux dépôt du Saint- Acheul. » Des débris de l'industrie gallo-romaine constitueraient assurément , à mes jeux , la conquête la plus précieuse que pût faire l'étude de la question , et j'ai toujours la confiance qu'un jour où l'autre ce sera d'une façon semblabble ou analogue que finira la discussion qui a tant ému le monde savant ; mais enfin , ce n'est pas encore un fait constaté , et, fort des documents que me fournissait déjà la science, je n'ai pas voulu faire usage de ce document encore trop vague pour lui donner place clans les discus- sions purement scientifiques qui forment les éléments de mon travail. ( 179 ) En d'au 1res termes, pour aller du dépôt le plus ancien au dépôt le plus récent, dans la coupe d'une telle vallée, il faut non les chercher l'un sur l'autre de bas en haut , mais les rencontrer successivement en allant de haut en bas. Cela se conçoit fort bien : le dépôt le plus ancien a été fait sur une surface peu creusée, sur l'ébauche encore faible d'une vallée, et celte première ébauche a été approfondie par l'écoulement des eaux et des matériaux de ce dépôt. Le thalweg de cette ébauche approfondie est le premier lit des eaux de cette vallée , et son dépôt propre a couvert ce thalweg, ses berges et les plateaux qui dominent celle-ci, puisque le cataclysme avait tout enveloppé avant de creuser ou d'approfondir une vallée déterminée. Dans la vallée de la Dordogne, ces plateaux, ces berges, ce premier Ht, ont été uniformément recouverts par le dépôt du cataclysme nommé le diluvinm (des géologues); et par cela même qu'il se compose d'eaux calaclysmiqucs , il emporte son propre dépôt, partout où la profondeur et l'énergie du courant lui communiquent une force suffisante. Mais, là où la profondeur est moindre (sommités , hautes pentes, plateaux), cette énergie diminue à mesure que le phénomène décroît, et alors les grands courants se forment peu à peu une sorte de bords où ils devien- nent assez faibles pour déposer une alluvion. C'est cette alluvion ter- reuse, sableuse ou caillouteuse qui subsiste encore, et que les géologues nomment aujourd'hui le diluvium. Après lui commence l'époque quaternaire ou époque des alluvion s , nécessairement moins énergiques dans leur ensemble que ne l'avait été le diluvinm proprement dit. C'est donc alors qu'un nouveau cataclysme, une première alluvion pro- prement dite eut lieu. Elle passa partout, et emporta une certaine épais- seur du dépôt diluvial , en emportant aussi les matériaux qu'elle-même avait apportés. Mais à son tour elle a diminué et s'est formé, dans le l or lit, un lit d'écoulement plus étroit. Ce lit, elle l'a nettoyé et balayé par sa propre force jusqu'au roc vif sur lequel elle a laissé enfin se déposer, à mesure que les courants-s'affaiblissaient , son propre apport. Dans la vallée de la Dordogne, ce deuxième lit est l'alluvion sablon- neuse renfermant des produits ignés , qui constitue (dans le district qu'embrasse mon travail) la plaine étendue depuis le pied de la falaise de Yarennes jusqu'au port, de Lanquais, bord de la Dordogne actuelle. Donc, au-dessus de celte falaise de Yarennes, dans le premier lit occupé par les terres du dihivium , on ne peut trouver et on ne trouve Tome XXY. 13 ( 180 ) pas en effet de cailloux provenant de roches volcaniques. C'est à raison de la présence de ceux-ci que je rapporte de préférence celte alluvion qui remplit le 2 e lit, au déluge historique. Dans le 2 e lit s'est creusé en contre-bas un troisième lit plus étroit (le lit actuel) sous l'influence de l'écoulement des eaux qui avaient rempli le 2 e lit. Ce 3 e lit est l'encaissement monolithe, qui s'est appro- fondi depuis le déluge historique jusqu'à nos jours, dans cet espace si nettement caractérisé que j'ai pris pour type de ma description , et dont le fond, au Saut de la Gratusse et au Pescairou, commence à se creuser lui-même d'une rigole bien plus étroite encore, qui est l'ébauche d'un 4 e lit. Tel est l'ensemble de faits matériellement évidents que je me suis efforcé de retracer dans la coupe de détails ci-après , laquelle repré- sente le développement du 7 e étage (diluvium et alluvions) de la coupe générale. Dans cette coupe développée, le n° 7 représente uniquement le dilu- vium des géologues proprement dit, qui, de même que l'avait fait la molasse (n° 4), ne s'est point déposé en couches régulières et horizon- tales, mais s'est moulé sur tous les reliefs et dans toutes les dépressions du pays qu'ils ont tous deux recouvert. Dans cette coupe développée, je ne les représente l'un et l'autre que là où ils subsistent ou peuvent subsister encore : tout le reste de leur masse a été emporté par les cou- rants. Us n'existent plus et ne peuvent plus exister au-dessous du niveau du sommet de la falaise ou berge qui sépare le premier du deuxième lit du fleuve. Le deuxième lit, en contre-bas du premier, porte le n° 8, numéro chronologique. Si , comme j'ai cru pouvoir le déduire de la présence des cailloux d'origine ignée, cette alluvion répond au déluge historique de l'époque par conséquent quaternaire , elle a couvert aussi tout le pays; mais, rapide et violente, elle a emporté elle-même tous les matériaux qu'elle avait apportés, si ce n'est ceux qu'elle a déposés dans le 2 e lit où la force de son écoulement s'est peu à peu amortie et finalement éteinte en creusant le troisième lit. Aussi, l'alluvion du 3 e lit est-elle absolu- ment de même nature (cailloux et sables) que celle du 2 e lit qu'elle continue, en s'affaiblissant graduellement, jusqu'à nos jours. Ce troi- sième lit, en contre-bas du 2 e , porte le n° 0. Enfin, comme il fallait représenter tant bien que mal les alluvions modernes et même actuelles que les affluents de la Dordogne. petits (181 ) ou grands, lui apportent sans cesse, je les ai figurées par une couche sans hachures n° 10, superposée comme elle l'est réellement au 2 e lit n° 8. J'ai donc ainsi, pour une coupe générale théorique et chronologique, dix dépôts successifs, de bas en haut, en allant du 2 e étage de la craie de M. d'Àrchiac jusqu'aux alluvions des affluents qui se déposent encore aujourd'hui. Ces explications de détail n'étaient pas, à vrai dire, nécessaires aux géologues; mais j'ai du me préoccuper de faire bien comprendre, aux lecteurs qui ne le sont pas, l'ensemble et pour ainsi dire le mécanisme des faits dans le pays que j'ai voulu faire connaître. Maintenant je vais me renfermer dans la description particulière de chacun des quatre dépôts dont il me reste à produire les détails; mais je dois faire remarquer que le calcaire d'eau douce et les meulières étant deux formations locales et qui n'existent que sur le versant de l'Agenais, où elles cachent absolument la formation crayeuse du bassin aquitanique, je n'ai point à en tenir compte dans la coupe développée de la vallée de la Dordoçne. Légende. — Toute la base de la figure, laissée en blanc, est formée par la craie du 1 er étage. 4. Molasse. 7. Diluvium (plateaux et 1 er lit de la Dordogne). 8. Alluvion ancienne (2 e lit de la Dordogne). 9. Lit actuel (3e) de la Dordogne, creusé par le rapide dit le Pescairou (rudiment d'un 4e lit). 10. Alluvion moderne des affluents de la Dordogne. ( 182 ) Je viens de dire en passant, et en me bornant à mentionner une seule des raisons qui ont motivé mon choix, que Palluvion qui remplit le 2 e lit de la Dordogne me semble représenter le dépôt laissé par le déluge his- torique. Ce choix, cette préférence est purement hypothétique, et le pré- sent chapitre étant exclusivement consacré à l'exposition des faits , que ne sauraient modifier les interprétations les plus diverses, je réserve le développement de mon opinion sur ce sujet pour le chapitre V e , où je traite la question diluviale en général, dans ses rapports avec celle des silex taillés de main d'homme. C. Description du diluvium proprement dit. Faits généraux , appartenant au diluvium. — De tous nos dépôts clysmiens, c'est le plus malaisé à décrire exactement, parce que c'est le plus remanié, et par conséquent le plus larvé. En effet, nous ne pou- vons savoir positivement si d'autres dépôts alluviaux moins importants ne sont pas venus successivement compliquer sa composition , avant le dépôt de la première des alluvions bien distinctes (celle qui a rempli le 2 e lit du fleuve). Ne pouvant donc nous appuyer sur aucune trace encore existante pour discerner la marche et les agents de ces divers événements géologiques, nous devons partir des faits existants et de l'absence des dépôts que nous savons avoir eu lieu sur chacun des points que nous voulons étudier. I. Quand , sur un plateau, sommet ou pente supérieurs au 2 e lit, nous trouvons le diluvium à découvert, ou ses restes sans mélange de frag- ments calcaires, cela prouve que le déluge historique y a passé en lavage, sans y laisser un dépôt reconnaissable de ses propres cailloux. Quand les terres du diluvium sont mêlées de nombreux fragments anguleux de craie (ce qui arrive fréquemment dans les hauts vallons, mais jamais que je sache sur les sommités ou plateaux dominants), cela prouve qu'un des cataclysmes alluviaux postérieurs au diluvium a été accompagné d'écroulements des roches voisines, — écroulements locaux, très-voisins ou peu éloignés, puisqu'il n'y a pas eu transport suffisant pour changer les fragments anguleux en cailloux roulés. Je ne connais de cailloux roulés de la craie que dans les cours d'eau actuels ou du moins récents. Je viens de dire que ces écroulements doivent être dus à un des cata- clysmes de l'époque alluviale , postérieurs au diluvium, et cela est évi- ( 183 ) dent, parce que, si ces écroulements avaient été contemporains de ce cataclysme (et à plus forte raison antérieurs), il en eût charrié et roulé les débris ( plus légers que les quartz et silex), et cela n'est pas. Tout au plus pourrait-on penser que ces écroulements auraient eu lieu aussitôt après l'écoulement complet des eaux diluviales, et par suite de l'érosion qu'elles auraient fait subir aux roches surplombantes. Evidemment, cela peut être, mais je n'en connais pas de preuve directe. Ces écroulements sont-ils dus à l'action du déluge historique? Evidemment encore, cela pourrait être; mais je n'en connais pas non plus de preuve directe; et comme je ne trouve ailleiirs aucune trace analogue du passage de ce cataclysme, ni aucun fragment de craie, ni aucun caillou roulé de craie, ni aucun caillou d'origine volcanique sur les terrains plus anciens que le diluvium et dénudés postérieurement à son époque, je crois plus rationnel de ne faire aucun choix, même hypo- thétique , entre les diverses alluvions , pour attribuer à l'une d'elles le mélange de ces écroulements avec les terres diluviales. Le fait existe ; mais je ne sais quelle explication précise on peut lui donner. Un fait analogue se reproduit sur des pentes de craie absolument dénu- dées et qui sont couvertes de taillis de chênes; il est même assez fré- quent dans nos hauts vallons. Les arbres croissent pour ainsi dire cà nu dans les fentes de la pierre , et ses anfractuosités ne recèlent que quel- ques traces de caussonal (terre fort analogue et peut-être identique à celle du diluvium) et du terreau de feuilles. Tel est par exemple le ravin de la Vache pendue , entre Molières et le charmant vallon de Romaguet, qui aboutit à Bannes, dans la vallée de la Gouze. C'est ce ravin de la Vache pendue qui, découvert et décrit par Jouannet comme la localité la plus riche en Sphérulites , Radiolites et Hippurites parfaitement déga- gées de leur gangue, mit à la mode, vers 1825, l'étude des Rudistes qui n'avait été antérieurement qu'ébauchée et qui, depuis lors, est devenue si féconde pour la paléontologie et pour la géologie. II. Quand, sur un plateau, sommet ou pente supérieurs au 2 e lit de la Dordogne, nous trouvons la molasse à découvert au ses restes, cela prouve que le diluvium a été emporté en entier, et que le déluge histo- rique n'y a laissé aucun dépôt caillouteux. Je rappelle ici que la molasse a repris les noyaux ou rognons de silex de la craie supérieure, rognons dont la gangue a été dissoute et emportée avant le dépôt de la molasse. III. Quand, sur un plateau, sommet ou pente quelconques, nous ( 184 ) trouvons à découvert la craie du 1 er ou du 2 e étages de M. d'Archiac , cela prouve que le diluvium, la molasse et la craie à Fanjasia ont été emportés en entier, et que le déluge historique n'y a laissé aucun dépôt caillouteux ou résidu quelconque. D. Description particulière du diluvium dans la contrée décrite. Dans l'état de démantellement et de remaniement auquel le diluvium est actuellement réduit , je ne crois pas qu'on puisse attribuer à ce dépôt une épaisseur supérieure, tout au plus, à 3 ou 4 mètres, si ce n'est dans des enfoncements dans lesquels il est allé buter contre un obstacle. Il se compose, soit de sables grossiers mélangés de très-menus gra- viers, à-peu-près purs ou mélangés d'une proportion plus ou moins forte d'argile, et nécessairement (puisqu'il donne de si bonnes terres) d'une certaine proportion d'éléments calcaires tellement atténués que la simple vue ne suffît pas à les apprécier. La couleur rouge appartient en propre à ces sables et à ces argiles, et par conséquent aux terres végé- tales que constituent leurs proportions infiniment variées ; mais cette couleur, par là même, est excessivement variable comme la bonté des terres elles-mêmes : elle oscille du rouge clair et jaunâtre au rouge lie de vin le plus foncé , violâtre ou noirâtre. On rencontre aussi dans cer- tains cas, un diluvium gris ou plutôt blanchâtre. La couleur de ces sables et terres ne s'étend pas aux graviers et cailloux qu'ils contiennent : seulement, ces corps se teignent parfois à l'extérieur en jaune ou en brun , par suite de l'action du fer qui y est abondant. Ce sont ces graviers et cailloux qui font reconnaître le diluvium et permettent de le distinguer de la molasse, qui n'en tient jamais de sem- blables; mais cette propriété distinctive est loin d'appartenir à tous. En effet, la molasse et le diluvium ont nécessairement et naturellement en commun des sables quartzeux qu'on ne saurait distinguer par eux- mêmes, et par conséquent des grains de sables plus gros qu'on nomme gros sable, graviers et petits cailloux roulés. Tout cela, en soi-même, je le répète, ne peut se distinguer dessables, graviers et cailloux de quartz hyalin que roulent les cours d'eau actuels , et dont la couleur est blanche, grise, jaune, rose, rouge, etc. La molasse et le diluvium ont encore en commun les silex de la craie à Faujasia, repris puis délaissés par la première, et repris de nouveau par le second ; mais — et cela est facile à comprendre — ces silex sont ( 185 ) bien plus abondants dans la molasse que dans le diluvium, puisque nous avons encore de vastes masses de molasse qui nous les livrent de première main , tandis que le diluvium ne nous livre que leurs restes, et cela de seconde main. Les silex des craies antérieures à la craie à Faujasia manquent abso- lument, si je ne me trompe, à la molasse ■, et ils abondent dans le dilu- vium, dont ils deviennent ainsi l'élément essentiellement caractéristique. Ce sont des silex parfois noirs, presque toujours bruns, compactes, opaques, roulés. Parmi eux, il y en a beaucoup de pseudomorphiques (Alcyons surtout, et particulièrement les Siphonia pyriformis Golf, et ficus Goldf. ; polypiers branchus; échinides de divers genres, en moules; puis, plus rarement ici, plus fréquemment ailleurs, des tests silicifiés de coquilles de la craie, tels qu'on les trouve dans les graviers du Libournais et du Bordelais (1), car tous les débris de ce qui constitue l'écorce des continents a toujours été et sera toujours, en vertu des lois de la pesanteur et autant que le permettent les obstacles interposés, en marche vers le réceptacle commun, vers l'abîme des mers). Ces cailloux , toujours roulés quand ils viennent réellement du dilu- vium, sont en général d'un brun foncé et leur faciès, sinon leur forme individuelle, est tellement tranché qu'avec une habitude un peu longue on ne s'y trompe que rarement. Ils sont disséminés sans ordre dans les sables purs comme dans les terres; mais on peut dire qu'il n'y a plus, ou presque plus de ces terres qui ne soient remaniées par la culture , et elles en valent bien la peine ! Céréales, vignes, prairies même quand on peut les arroser, elles sont bonnes pour tout. Quand le cultivateur est gêné par ces cailloux diluviaux , il épierre son terrain. Des plus gros et des moyens il fait des murs de clôture ou des meurgers, ou bien il en remplit les chemins creux et les sentiers, où leur accumulation avertit qu'on en retrouvera dans les guérets voisins. C'est ainsi que je suis par- venu à reconnaître, puis à vérifier, d'une manière pour ainsi dire directe, que toutes nos terres supérieures au deuxième lit de la Dordogne sont des terres originairement diluviales (à moins que la molasse n'y soit à découvert) ou remaniées par leur mélange avec les terres molassiques. (1) Voir à ce sujet le Mémoire de feu Billaudel, ingénieur en chef à Bordeaux, dans les Actes de la Société Linnéenne, t. IV, p. 227 (Essai sur le gisement, la nature, l'origine et l'emploi des cailloux roulés qui servent à la construction des routes dans la Gironde; 1830). ( 186 ) De là les divers degrés de bonté de ces terres arables; de là la confusion apparente des éléments pierreux de chacune d'elles. Quant aux hauteurs, vallons, croupes ou plateaux inférieurs dont j'ai parlé plus haut comme renfermant, dans leurs terres arables et origi- nairement diluviales, des fragments anguleux de craie, on ne saurait se faire une idée de l'abondance de ces fragments souvent fort gros. En traversant le massif élevé par où passait l'ancien chemin de Couze à Cadouin (Bourniquel, Cardou), j'ai vu des vallons entiers, où crois- saient de très-beaux maïs, inutilement purgés de masses gigantesques de ces fragments rassemblés en murs de séparation ou en meurgers, et qui en contiennent encore en si grande quantité qu'en suivant à cheval les chemins , on ne voit littéralement pas la terre. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit relativement à la présence du minerai de fer dans le diluvium. Je me borne à rappeler que les sucs ferrugineux y agglomèrent parfois du sable, des graviers , des cailloux et des blocs appartenant aux divers terrains antérieurs, et il en résul!e une sorte à'alios ou poudingue grossier, analogue à celui que, dans la Gironde, M. Jacquot place à la base du diluvium de l'Entre-deux-Mers, mais en le considérant comme partie intégrante des terrains tertiaires et équivalente aux sables des Landes (1). Enfin, c'est, sans aucun doute possible, à notre diluvium sablon- neux, graveleux et rouge qu'appartenait la défense d'éléphant que j'ai vue entière et partiellement enveloppée de sa gangue , mais dont je ne possède plus que les fragments : elle a été retirée en février 184-0, à 20 pieds (6 m 66 c ) de profondeur, du forage d'un puits dans la commune de Monsac. C'est de lui que provenait également la molaire d'éléphant qu'on a donnée (malheureusement trop bien lavée et sans indication précise de localité) à M. de Gourgues. Je n'y ai trouvé moi-même qu'un fragment d'huître du groupe biauriculata , très-roulé et recouvert à'orbieules (Alex. Brongn.). (1) Voir le mémoire de M. Jacquot , intitulé : Noie sur l'existence et la composi- tion du terrain tertiaire supérieur de la Gironde ( Act. Acad. de Bordeaux, 3 e sér., 24 e année, 1862, p. 141-161). C'est à la page 158 que l'auteur formule son opinion . corroborée par les vues d'ensemble de Dufrénoy, mais en opposition avec celle de MM. Billaudel, Raulin et Jos. Delbos, — en opposition également avec celle que je suis force d'adopter pour les poudingues périgourdins , puisque les terrains tertiaires pUocènes manquent totalement dans la région que j'étudie. ( 187 ) Après ces longues généralités, il me reste à décrire , comme exemple, deux bonnes localités diluviennes, deux bonnes coupes où le diluvium soit pur et en place, deux coupes enfin qui fassent reconnaître, sans hésitation possible, ses relations avec la molasse et avec la craie. COUPE DU TROU DE LA TERRE AU BOIS DE GUINOT. Le Trou de la terre, ai-je dit, est à 500 mètres, au plus, au S.-O. de la métairie de la Graille (commune de Lanquais). Il est situé au pied du grand escarpement molassique et au fond d'un étroit carrefour formé par quatre ravins décorés, ici, du nom de chemins. À l'aide de celui qui se dirige à l'Ouest et qu'encaissent, pendant l'espace de 300 à 400 mètres, deux berges à pic , hautes de 4 à 10 mètres , on parvient à s'élever le long du coteau qui surmonte le Trou de la terre, jusqu'au plateau du bois de Guinot. La berge droite de ce ravin constitue, dans toute sa longueur, une très-belle coupe du diluvium rouge , avec tous ses caractères, sauf celui du lit inférieur de cailloux plus gros qu'on voit en d'autres endroits et qui est peut-être à un niveau plus bas que le chemin. Aux trois-quarts de la hauteur de la berge, ce diluvium rouge est remplacé par un diluvium gris , dont je parlerai plus lard et qui forme le sol de la pente du coteau et du plateau qui le termine (1). Ce plateau qu'on traverse sur une longueur de près d'un kilomètre, porte le bois de Guinot, des vignes , de petites landes couvertes d'ajoncs , des terres arables et une vaste prairie humide dans son centre légère- ment déprimé. Lorsqu'on est parvenu à l'extrémité du plateau en mar- chant vers le S.-O., on descend par un ravin-chemin qui passe auprès de la Redoulie (la Redouilhe de Belleyme) et s'ouvre dans un vallon (celui de Saint-Aigne), au vis-à-vis du château de Monbrun (Monbriot de Belleyme). Dans cette descente on retrouve, toujours à droite, mais d'une façon plus nette encore, le diluvium rouge qu'on a suivi depuis le Trou de la terre en montant sur le plateau. C'est un talus de 3 à 4 mètres de haut, exploité en saisonnière d'une qualité excellente. Le sable y est d'un jaune foncé tirant fortement sur le rouge, très-cohérent quoi- que sans ciment argileux (pouvant être complètement désagrégé à l'aide des doigts), contenant, en nombre incalculable, de très-petits cailloux (1) Il est à remarquer que vers le centre et le nord de la France, on décrit le dilu- vium gris comme inférieur au rouge; en Périgord, il lui est supérieur : il est évident que ces caractères de coloration sont sans valeur, (188) roulés quartzeux, des cailloux semblables, mais moins nombreux , de roches quartzeuses micacées , fort altérées , et même de roches schis- teuses micacées (rarement) , et déplus, un petit nombre de cailloux roulés bruns, résinoïdes, caractéristiques de notre diluviam. C'est là que j'ai recueilli le petit fragment d'huître à orbicules siliceux. Malgré l'absence de ciment appréciable, le sable de cette berge est si peu ébouleux que , depuis quarante ans que je le connais , le chemin ne s'est pas sensiblement élargi, et la sablonnière ne s'agrandit qu'à l'aide des exploitations successives. Les hyménoptères fouisseurs y creusent par milliers leurs demeures. Feu M. de Lavalette-Monbrun a utilisé ce versant, dont le sol est à la fois sablonneux et caillouteux, couvert d'un maigre taillis de chênes, en y semant des chênes-lièges qui sont en état de production depuis plus de trente ans et sont devenus de grands et beaux arbres. Diluvium gris. — Je nomme ainsi une couche supérieure au diluviam rouge, plus sablonneuse et plus meuble que lui, de couleur claire (grise ou jaunâtre), contenant absolument les mêmes sortes de cailloux, mais dans des proportions un peu différentes (moins de silex bruns à formes bizarres, et plus de quarlz blanc roulé; moins de graviers fer- rugineux, et plus de roches quartzeuses ou argileuses micacées, les- quelles sont clans un état de décomposition et de friabilité plus avancé). J'y ai rencontré un beau rognon cylindroïde de silex incrusté de débris de corps organisés et entre autres, cerne semble, d'une grosse Téré- bratule lisse, voisine du T. Defrancii. On y trouve même quelques cailloux roulés de roches de cette dernière sorte, presque granitoïdes, d'un volume plus fort et dont la forme, légèrement aplatie, semble se rapprocher de celle des galets. Ces caractères ambigus, dont aucun ne tranche nettement sur ceux du diluvium rouge, me porteraient à attri- buer celui-ci à l'action de quelque circonstance locale , que je n'ai pas le moyen de déterminer. En effet, il ne se trouve pas partout; je ne le vois pas à l'est du Couzeau , et il couvre d'une calotte uniforme, sen- siblement élevée au-dessus du niveau moyen du 1 er lit de la Dordogne , le massif de diluviam rouge qui s'étend de la Graule à Saint-Aigne et à Monbrun. Il s'abaisse sur la Graule où il a une épaisseur considérable et où il se confond avec le diluvium rouge pour reposer sur les molasses du Trou de la terre; enfin , c'est là et dans son épaisseur qu'a été ou- verte la sablonnière aujourd'hui abandonnée, dont l'escarpement est haut de 5 à 6 mètres, et où la friabilité des menus fragments de roches ( 489 ) micacées est telle, que les doigts suffisent à les pulvériser, — circons- tance qui tient peut-être à ce que cette pente extrêmement meuble et sans argile, est plus perméable aux infiltrations pluviales et à l'action des agents atmosphériques. Sur tout le plateau , au contraire , il y a beaucoup d'argile pâle , mêlée au sable diluvial , et il en résulte une terre boulbène gris-blanchâtre, de qualité froide et marécageuse, extrêmement analogue à celle des terres des Paillotes où l'argile est fournie par la formation des meulières. De même qu'aux Pailloles dont le plateau domine de très-haut ( et d'assez loin) celui du bois de Guinot , l'herbe dominante dans la grande prairie et dans la lagune de ce bois est VAgrostis canina L., caractéristique des terres froides et glaiseuses qui retiennent l'eau. Est-ce donc des Pailloles que vient cette argile? Cela ne me paraîtrait pas improbable, d'autant que toutes les terres du I e ' lit de la Dordogne, inférieures, dans la direction du Nord jusqu'à Monsagou à l'Est, et jusque vers Saint-Aigne à l'Ouest, sont aussi des boulbènes froides qui participent plus ou moins aux caractères de celles du plateau du bois de Guinot. Quant à son ver- sant est , qui descend sur la molasse du Trou de la terre, je répète qu'il est si purement sablonneux qu'on y trouve (et c'est la seule localité à moi connue dans tous nos environs) le Teesdalia nudicaulis , petite crucifère éminemment caractéristique des sols meubles qu'on désigne sous le nom commun cVarène. Ce même diluvium gris , interrompu au Sud par la dépression qui forme le vallon du Tay (prononcez Taïe) large de 700 mètres, repa- raît sur la base nord de la Peyrugue , au même niveau où on l'a quitté sur le flanc méridional du coteau de la Graule; mais cette fois, il com- mence à se mélanger de fragments roulés de meulière, de silex et de quartz résinoïde, et il s'élève jusqu'au sommet du coteau. Malgré la simplicité d'ensemble que présentent nos terrains, ces complications de détail et ces petites difficultés d'attribution ne peuvent manquer de se présenter parfois, et je n'ai pas la prétention de tout expliquer. COUPE DE LA PEYRUGUE A COUZE. Le vallon de Couzeau sépare deux massifs de coteaux dont la base visible des deux côtés dans le bourg même de Lanquais sur la rive gau- che, plus dénudée encore sur la rive droite, est formée par la craie du 1 er étage de M. d'Archiac. ( 190 ) Le massif de l'Ouest, qui se lie aux molasses de la forêt de Lanquais sous lesquelles il ue tarde pas à disparaître, est dominé par un gros ma- melon obtus, nommé la Peyrugue (130™ approxim 1 ), — et ce nom est significatif. En montant du bourg de Lanquais au sommet de ce mame- lon , on passe par un vallon où la molasse montre à nu de petits escar- pements de ses argiles les plus sanglantes (j'en ai parlé plus haut); puis des prés, des bois, des cultures et des vignes qui couronnent le sommet. Le revers sud-ouest de ce sommet était, il y a peu d'années encore, la localité la plus riche en cailloux diluviens et surtout en silex résinoï- des, que nous eussions dans les environs. Ces cailloux couvraient entiè- rement le sol, à tel point qu'il n'y pouvait croître qu'un petit nombre de ronces , de bruyères et d'ajoncs. Maintenant on les a enlevés et on a défoncé le sol formé par le diluvium gris qui nourrit de maigres cultures en vigne et en céréales , et rémunère tant bien que mal les travaux péni- bles qu'elles ont coûté. Le reste de ce revers (nord-ouest) est recouvert d'un semis de pins maritimes qui sont devenus de fort beaux arbres et d'un semis d'acacias ( pour écbalas ) ; ceux-ci ont bien prospéré et montrent ainsi la présence des sables de la molasse qui > de là, s'étendent dans la forêt de Campa- gnac et aux abords des châteaux de Verdon (commune de ce nom), de Cussac et de Cireygeol (commune de Saint-Germain-de-Ponlroumieux) où le calcaire d'eau douce vient border la vallée de la Dordogne. La localité de la Peyrugue est assez intéressante pour que je complète sa description par un fragment de l'explication adressée par moi en 18-45 à M. Delbos, de ma coupe itinéraire du Pescairou à Faux : il s'agit de l'ascension de la Peyrugue par son flanc nord. Dans la coupe précédente ( du Trou de la terre au bois de Guinot), je viens de dire qu'on reprend le diluvium gris , sur la base nord de la Peyrugue, après avoir dépassé la métairie et traversé le vallon du Tay. La terre de ce vallon est argilo-sableuse, blanchâtre ou rougeâtre (mo- lasse remaniée et modifiée parles mélanges, comme toutes nos boul- bènes froides, micacées, éminemment propres à la culture du châtai- gnier). En continuant à monter, on remarqua que le diluvium caillouteux du sommet ne s'étend que sur des bosses fortement inclinées qui sui- vent la pente du coteau. Ces bosses sont séparées par de petits ravins très-peu profonds qu'ont creusé les pluies et par où tout le diluvium a été emporté vers la plaine, en sorte que le sol molassique argilo-sableux y est mis à nu. Au pied de la calotte terminale de la Peyrugue, un cbe- ( 191 ) min de charrettes , qui la contourne sous forme de corniche ou de rebord, présente des fragments et même des petits blocs- de meulière (accidentellement venus jusque-là) et de silex à Faujasia qui pourraient être dans le même cas s'ils ne sont pas restés sur place après le lavage diluvial de la molasse. A partir du chemin , le diluvium gris recom- mence et couvre toute la calotte, jusque et compris le sommet où l'on ne voit plus ni meulière, ni silex à Faujasia, mais où l'on trouve les magnifiques silex résinoïdes dont j'ai parlé plus haut. Ceux-ci sont cons- tamment moins gros que le poing, et je suis convaincu que ce sont des fragments brisés de meulière, roulés par les eaux diluviales. Parmi eux, on trouve quelques silex marins (j'en ai recueilli un avec empreinte de Pectcn); d'autres encore sont de structure grenue et passent au quarlz nectique ; ce sont des croûtes de silex à Faujasia. Je n'y ai point vu de cailloux roulés de minerai de fer, et je crois pouvoir affirmer qu'il n'y existe point de cailloux calcaires. Je reviens au diluvium de Lanquais. Traversons le Couzeau en allant vers l'Est, et franchissons le massif de coteaux qui sépare le Couzeau de laCouze(l kilom. et demi) et qui, égalant à-peu-près l'altitude de la Peyrugue, lui fait face. Au lieu d'aller au plus court en gravissant directement et presque à pic une sorte d'escalier de craie qu'on appelle la côte du Mayne (à la Condamine) et où j'ai vu passer des chars à bœufs, nous allons suivre le chemin de moyenne communication de Lanquais à Couze, commencé depuis trente ans, et depuis plusieurs années terminé en ce qui concerne cette dernière commune, mais qui ne sera pas de sitôt carrossable dans celle de Lanquais. Le vallon traversé, nous som- mes aux Bourbons, hameau dépendant encore de la commune de Lan- quais, et en présence d'une berge très-basse, bordant le côté sud du chemin et montant de l'O. à TE., berge récemment tranchée par l'ou- verture de cette portion du nouveau chemin de Lanquais à Couze. Voici celte coupe (page suivante), dont la partie mesurée s'étend sur une lon- gueur de 27 à 28 mètres. Le lit de cailloux du diluvium qui forme une nappe ondulée dans l'épaisseur de la (erre végétale dont est formée l'épais- seur de la coupe, y est figuré sous la forme d'un ruban pointillé : son épaisseur moyenne varie de 20 à 30 centimètres. Quelques gros rognons de silex de la craie à Faujasia, et d'autres silex du diluvium sont figurés par des masses noires; enfin , les affleurements de la craie du 1 er étage, qui forme le sous-sol du chemin, sont désignés par des hachures verti- cales : tout ce qui reste en blanc au-dessus du niveau du chemin repré- sente la terre végétale, épaisse d'un mètre au plus. ( 192 ) ( 193 ) La coupe commence (à la droite de la figure) par la craie du 1 er étage, mise à nu par les travaux du chemin et se délitant en bancs de 40 à 50 centimètres d'épaisseur moyenne, que les carriers du pays nomment lèves. Ces lèves sont, aux Bourbous, le prolongement coudé de la petite falaise crayeuse qui borde la vallée du Couzeau (affluent de la Dordogne) au même niveau que la falaise crayeuse qui borde la vallée de la Dor- dogne et sépare le 1 er lit de ce fleuve du second. En d'autres termes, l'observateur placé au sommet de cette petite falaise se trouve de niveau avec l'église de Varennes et par conséquent avec le sommet de la falaise du 2 e lit de la Dordogne. Dans la partie des lèves ou degrés dont la coupe regarde le vallon du Couzeau, le lit de cailloux a disparu, emporté par les grandes eaux de l'ancien lit de ce vallon, et la terre végétale, mêlée uniquement de fragments anguleux (non roulés !) de craie, repose immédiatement et sans mélange sur la roche crayeuse. Cette terre est excellente, argilo- calcaire et d'un brun très-foncé. Le lit de cailloux que montre celte coupe n'est autre que le dernier vestige , affaibli et privé des caractères les plus saillants, de la nappe diluviale qui recouvre le plateau et les sommités vers lesquels nous nous dirigeons. Yestige affaibli, dis-je, parce que la plupart de ses cailloux , les plus gros surtout, ont roulé sur la pente du vallon du Couzeau ; — privé de ses caractères les plus saillants, dis-je encore, parce que les sables et menus graviers du diluvium ont été délayés et emportés par les courants anciens du vallon du Couzeau , — parce que la terre végétale . originairement diluviale, qui remplace ces sables est descendue du pla- teau et s'est mêlée avec les limons qu'apportaient les crues anciennes de ce vallon , — et enfin parce que la culture la modifie incessamment , par la fumure et par les transports , depuis un temps immémorial ( cinq à six siècles pour le moins, si l'on ne tient compte que de l'existence de l'église actuelle et du village de Varennes; dix, quinze siècles et plus si, ce qui n'offre aucune improbabilité, on fait remonter l'exploitation de ces sols excellents au haut moyen-âge ou à l'époque gallo-romaine). Le lit ondulé de cailloux que je décris ne contient ni galets crayeux roulés, ni roches volcaniques quelconques , ni même roches graniloïdes proprement dites. Les cailloux sont presque tous de faible dimension, gros comme des noisettes, comme des noix, ou tout au plus pugillaires. On y trouve aussi des cailloux peu ou point roulés de silex de la craie à Faujasia ; en un mot, ce sont nos cailloux habituels du diluvium, sauf ( 194 ) que ceux de silex résinoïde y sont plus rares que sur les points les plus élevés du plateau. Celte circonstance a pour effet de donner au lit de cailloux dont il s'agit un aspect plus moderne que celui du diluvium , mais sa composition minéralogique , que je décrirai plus loin , est abso- lument la même. On pourrait supposer (et j'ai hâte de combattre cette objection) que ce mince dépôt n'est pas le produit d'un phénomène naturel et qu'il a été opéré de main d'homme. En effet , l'ancien chemin dont la nouvelle voie suit à-peu-près le tracé était, en cet endroit, une sorte de ravin creusé dans le roc disposé presque en escalier par la présence des lèves crayeuses, et qu'approfondissaient sans cesse les chars à bœufs et les eaux de pluie descendant du 1 er lit de la Dordogne (1). Ces eaux char- riaient des cailloux dont l'étroit passage déjà si peu carrossable était encombré, et l'on pourrait s'imaginer qu'en composant, au moyen de transports de terre, le guérel du pré qui , là, recouvre les lèves, on se sera débarrassé des cailloux en les jetant à la pelle sur une première couche très-mince de terre végétale et en les recouvrant d'une seconde couche plus épaisse, ce qui aurait eu pour effet de faire mouler les res- sauts du lit de cailloux sur les ressauts successifs des lèves, comme on le voit dans la coupe. Cette objection ne saurait tenir contre la continuité du dépôt que nous allons suivre pas à pas depuis les derniers affleurements de la craie sous le diluvium bien caractérisé, jusqu'à ce que nous retrouvions les mêmes affleurements sur l'autre revers du plateau. Du sol le plus bas du 4 er lit de la Dordogne, c'est-à-dire du point qu'occupe le hameau des Bourbous, nous allons monter toujours, avec une pente moyenne de 3 pour cent, jusqu'aux parties les plus basses de ce plateau fortement ondulé. La carte de Belleyme le représente couvert de vignes , occupé par une seule habitation ( le Vignoble) et sans qu'au- cun chemin y soit marqué. Il y en avait trois pourtant, et fort anciens assurément, qui se rejoignaient aux angles d'un petit carrefour triangu- laire situé sur le bas-plateau et cantonné de trois croix paroissiales indi- (1) Il est bon de constater que les campagnards p"érigourdins, fort économes de l'espace et de leur travail , ont méconnu jusqu'à ces derniers temps la véritable signi- fication du mot chemin : ils ont toujours aimé à considérer ces déversoirs rocheux (qu'ils appellent Cavailles) comme, pouvant parfaitement, à la fois, servir aux deux, lins ( 195 ) quant les limites et les chemins de Lanquais , Couze et Varennes (d'où le nom du lieu, Les Trois-Croix; jusqu'au XVIII e siècle , d'après les anciens terriers, ce lieu s'était appelé la Malauderie , parce qu'il y avait là sans doute, ou tout auprès, une maladrerie pour le service des pa- roisses voisines ). Partons donc de l'extrémité non mesurée de la coupe (à la gauche du dessin) : la voie chemine d'abord au niveau du terrain, et les affleure- ments de cailloux se montrent dans la rigole qui borde le chemin et qui est bientôt remplacée par un canal profond, creusé dans le roc vif. A 250 mètres de la dernière maison ( isolée ) des Bourbous , en se di- rigeant à l'Est vers Couze , on quitte la craie du 1 er étage, qui forme et borde le chemin du côté gauche et qui y est immédiatement recouverte par les terres diluviales , sans traces visibles de molasse. La coupe que je décris est la plus simple et en ce moment la meilleure que je puisse indiquer : je dis en ce moment , parce que la berge très-inégale et peu élevée, assez récemment rafraîchie pour l'élargissement de la route, montre encore de nombreuses places où ne se sont pas encore établies les ronces et les touffes de Brachypodium sylvalicum qui empêcheront, dans peu d'années, d'en voir distinctement la coupe. Au moment où cesse la craie, le chemin traverse en remblai une faible dépression de terrain où , par conséquent , il n'y a rien à voir pendant le parcours de 129 mètres ; puis commence la coupe du diluvium propre- ment dit , que je vais décrire comme type. Sa partie la plus instructive a 140 mètres de long ; c'est du dihwium absolument pur et vierge , sur- monté d'un bon guéret de moins d'un mètre de terres diluviales, et la plus grande épaisseur visible de ce diluvium ne dépasse pas 3 mètres. Sa base s'enfonce sous le chemin. Le sable est rougeâtre ou rouge et rendu compacte par la présence d'un léger ciment argileux : les Hyménoptères fouisseurs s'y logent dans la partie la plus pure , la plus escarpée , et qui par conséquent sera en- vahie la dernière par la végétation. Dans ce sable sont nichés les cailloux caractéristiques du diluvium : ils ne s'y trouvent ni en nombre très-con- sidérable ni sous un très-fort volume. De plus, une ou deux veines on- dulées de ces cailloux, mêlés à ceux de quartz hyalin amorphe parfois avcnturiné qui ont l'apparence de cailloux de rivière actuels (mais ja- mais aplatis en galets), traversent l'épaisseur de ce sable sur la cou- leur duquel ils tranchent soit en blanc, soit en jaunâtre ou jaune, en rouge , en violet, en bleuâtre , en brun foncé et quelquefois en rose très- Tome XXV. 14 (190 ) vif. Ces veines, semblables à celles que j'ai figurées dans la coupe des Bourbous, sont d'épaisseur forl inégale, et suivent toutes les ondulations du sous-sol solide (invisible) des sables. Les cailloux des dites veines sont plus gros qu'une noisette et presque tous plus petits que le poing % fortement roulés en général , ovales ou sphériques , tendant rarement à la forme aplatie, souvent brisés. Quelques-uns sont anguleux, à angles émoussés. Les menus graviers, très-abondants, qui les accompagnent , présentent les mêmes caractères et les mêmes accidents. En outre , ce diluvium contient de nombreux fragments, généralement plus gros et peu ou point roulés, de silex de la craie à Faujasia, et des grains très-nombreux et fortement roulés de mine de fer. Ce sont là les restes de la molasse qui , après la dissolution complète de la craie à Fau- jasia, a repris ses noyaux siliceux laissés sur place , et a été imprégnés de l'élément ferrugineux. Délayée à son tour et balayée par les eaux di- luviales, la molasse n'a laissé dans le diluvium que ces témoins recon- naissables de son ancienne et immédiate superposition à la craie du 1 er étage. J'insiste beaucoup sur ce caractère essentiel : dans le diluvium, qui occupe tout le premier lit de la Dordogne quand la molasse ne vient pas au jour, il n'existe ni granité , ni gneiss , ni trapp , ni basalte , ni lave , mais seulement un nombre peu considérable de cailloux appartenant à des roches quarlzeuses pauvrement micacées et d'une désagrégation fa- cile, et aussi des cailloux décomposés qui me semblent avoir appartenu à des schistes micacés. Ces derniers ne se retrouvent guère dans les terres diluviales d'où leur friabilité les a fait disparaître ; quand le diluvium est vierge , ils y existent encore , mais on les réduit en poussière à l'aide des doigts; on ne saurait donc les considérer comme constamment ca- ractéristiques du diluvium, qu'ils n'aident plus à reconnaître quand il a subi le moindre remaniement. Nous voici parvenus sur le bas-plateau (117™ approxim 1 ) , et la berge n'est plus qu'un mince rebord, fréquemment rafraîchi par la pioche, haut de 30 ta 50 centimètres, formé de bonne terre arable diluviale , rougeâlre, brun-rouge ou même lie de vin , ou bien une berge plus éle- vée mais couverte d'herbes ou de ronces, — rebord dans la tranche du- quel on retrouve de distance en distance les affleurements en forme d'ondulations de la veine supérieure des cailloux diluviaux : ces affleu- rements sont très-distincts , surtout en hiver. En suivant ce rebord et à 170 mètres après avoir quitté la partie la ( 197 ) plus nette de la coupe, on arrive à l'angle nord du carrefour triangulaire des Trois-Croix, qui a 85 mètres de côté, et après avoir cheminé l'espace de 220 mètres (ce qui fait 475 m de largeur pour le plateau ,' depuis qu'on a quitté la berge du diluvium pur), on commence à descendre de ce bas- plateau sur Gouze. Depuis les Trois-Croix, le chemin est large (à-peu- près la dimension d'une route départementale) et cela prouve combien il est ancien : il est antérieur à cette époque dont il existe encore des contemporains chaque jour plus rares, — époque à partir de laquelle presque tous les propriétaires ruraux ne trouvèrent pas de meilleur moyen d'affirmer leur propre liberté qu'en volant la propriété de tout le monde, c'est-à-dire en réduisant les chemins à la largeur d'une voie de charrette. Honneur à ceux qui ont laissé subsister jusqu'aujourd'hui ces rares ves- tiges du respect de nos devanciers pour le service public ! A partir du commencement de la descente, on voit, sur une longueur de 86 mètres, la berge bien plus haute , mais complètement cachée par la végétation. Alors commence l'affleurement, dans l'épaisseur de la berge diluviale, du lit inférieur des cailloux caractéristiques du diluvium (lit que nous n'avons pas rencontré de l'autre côté du plateau). Il est formé d'un cordon peu compact de cailloux beaucoup plus gros, blan- châtres (ceux que j'ai cassés appartiennent aux quartz hyalin blanc, blanchâtre ou grisâtre , soyeux ou avenluriné , qui est si commun en Limousin). Sa longeur est de vingt-trois mètres sur le côté gauche , jusqu'à l'endroit où son extrémité inférieure, qui vient d'apparaître également au côté droit, y repose immédiatement sur un pointementde molasse (argile très-blanche et jaune foncé) qui se montre dans la berge de ce côté, sous les terres arables épaisses d'un à deux mètres. Cet affleurement de molasse a 15 mètres de long. A 120 mètres de l'endroit où cesse la molasse, à ce point qui est une tête de vallon sans eaux régulières, la descente sur Couze devient beau- coup plus rapide. Là est un petit carrefour qui marque encore une limite des trois communes (Lanquais, Yarennes et Couze). Là aussi, dans la berge gauche de la route , la craie du 1 er étage affleure de nouveau sous trois à quatre mètres de terre arable diluviale , sans aucune interposition visible de molasse. A partir de ce point jusqu'au fond de la vallée de la Couze, la route (rectification de l'ancien chemin) est creusée dans le vif du rocher crayeux. La route que nous venons de suivre coupe , de l'Ouest à l'Est , la par- tie basse du plateau. Pour couper ce plateau du Nord au Sud, il faudrait ( 198 ) partir du fond du 1 er lil de la Dordogne, monler au Pech-Nadal, mé- tairie à-peu-près égale en altitude à la Peyrugue, et redescendre sur le vallon des Oliviers : partout nous retrouverions la même terre dilu- viale, partout les mêmes cailloux diluviaux, et une énorme quantité de silex de la craie à Faujasia, arrachés à la molasse par les chercheurs de fer, ou antérieurement par le diluvium lui-même. Ce vaste plateau qua- drilatère est riche en ohjets d'étude très-divers, mais inutile à décrire ici avec plus de détails. ROUTE DE BERGERAC A MUSSIDAN. ( Diluvium gris. ) Il ne faut pas croire que le diluvium gris dont j'ai parlé loul-à-1'heure soit un accident purement local et confiné dans les environs de Lanquais. Je crois du moins, sans avoir pu m'arrêter pour constater ses relations, le retrouver sur les points culminants du plateau qui sépare la vallée de la Dordogne de celle de l'Isle (route de Bergerac [35 m ] à Mussidan [42 m ]). Il y a 26 kilomètres de la première de ces villes à la gare de la seconde, qui domine de quelques mètres le cours de l'Isle. Après avoir traversé le Codeau au Pont-Roux (33 m ) à 2 kilomètres de Bergerac, la route s'élève, sans qu'on aperçoive aucun affleurement de craie, sur de hautes collines (98, 135, 128, 148 m ) où la fréquence des semis de pins annonce de loin la molasse qu'accusent en effet les berges de la voie et qui occupe tout ce massif montagneux. Entre les bornes kilométriques 15 et 16, on voit à gauche, dans les bois qui bordent le chemin et qui cou- vrent tout le pays, d'énormes amas des gros cailloux blancs du diluvium gris, extraits pour l'entretien des routes. On se trouve, là, à-peu-près au point le plus élevé de ce chaînon (environ 150 m au Pic) , et les mê- mes cailloux se montrent de nouveau, après qu'on a traversé un ou deux vallons, sur des sommités un peu moins saillantes que la pre- mière. — Entre les bornes kilométriques 17 et 18, on trouve sur le bord droit de la route, la jolie chapelle du XI e siècle, couverte de lierre, d'un prieuré de femmes qui dépendait de l'abbaye de Ligueux. Son nom, au moyen âge, était de tribus sororibus, que le patois périgonrdin a traduit par las 1res seyroux , et par corruption las 1res séroux ; c'est « l'ancienne église de Tresseyroux , » mentionnée par M. Raulin dans son Nivellement barométrique de V Aquitaine , l re sect., C. 17, p. 21, et dont il a déterminé l'altitude (lU m ) à la p. 14 de son mémoire sur ( 199 ) V Age des sables de la Saintonge et du Périgord. Dès que celte chapelle est en vue , soit qu'on vienne de Bergerac , soit qu'on vienne de Mussi- dan , on aperçoit des exploitations ou des affleurements de la craie du 1 er étage. Puis, après le bourg des Lèches (entre les bornes kilométri- ques 19 et 20), voisin d'une hauteur cotée 409 mètres, les carrières, ouvertes dans la craie de plus-en plus puissante, bordent le vallon jus- qu'à Mussidan. Ce massif est donc constitué , en grand , exactement comme ceux qui bordent les deux rives du Couzeau à Lanquais. § VIII. — Allwvion ancienne. '2 e LIT DE LA DORDOGNE. En dehors de tous les détails déjà contenus dans ce mémoire, et de ceux que j'exposerai encore dans le chapitre suivant, en proposant de considérer cette alluvion comme celle du déluge historique , je dois me borner ici à résumer synopliquement ses caractères de toute nature. Elle occupe le thalweg crayeux et parfaitement dénudé du 2 e lit de la Dordogne; elle est donc homogène. Son épaisseur habituelle est de 4 à 5 mètres. Elle est composée de sables jaunâtres , blanchâtres , ou tout au plus rougeâtres, de graviers et cailloux roulés quartzeux , souvent micacés, provenant des roches anciennes du plateau central , ressemblant à ceux des cours d'eau actuels et revêtant souvent la forme aplatie des cailloux de rivière. De plus, elle contient, sous les mêmes formes, divers silex roulés de la craie, des cailloux descendus des berges de la vallée, et enfin de très-nombreux cailloux roulés et parfois des blocs de roches ignées (roches granitiques en abondance, et roches volcaniques d'Auvergne). Ce dernier caractère et la forme en galets d'un grand nombre de ses cailloux la distinguent géologiquement du diluvium qui remplit le 1 er lit du fleuve. Les éboulements et les pluies (abstraction faite des affluents à cours régulier) lui ont apporté une couverte de terres, sables et cailloux du, diluvium, delà molasse et de la craie , qui ont dû modifier inégalement mais très-peu sa constitution, surtout à l'approche de ses berges ; et voilà pourquoi, dans certains endroits, elle ne porte que du seigle, tandis qu'elle porte ailleurs du blé, des cultures diverses, et parfois même du maïs ou de la vigne. Vers sa base, à l'approche du contact de ( 200 ) la craie, elle devient de plus en plus brunâtre et chargée d'argile, et les cailloux roulés y sont généralement plus gros. Je ne puis mieux faire voir la succession des modifications auxquelles cette alluvion est soumise dans l'épaisseur de ses berges et au contact des terres du 1 er lit, qu'en donnant ici la coupe d'une petite carrière de craie dure du 1 er étage, ouverte au bas de la berge du 2 e lit, au-des- sous et près de la métairie de Monsagon (1 er lit) , dans un ravin qui descend de la Peyrugue. Cette carrière n'occupe guère que la moitié de la hauteur moyenne de la berge , à cause des dégradations opérées par le ravin dans les terres du 1 er lit : on peut évaluer cette moyenne à 6 mètres. COUPE DE LA CARRIÈRE DE MONSAGOU. 1) Terre végétale du 1 er lit, sablonneuse et maigre, sans cailloux roulés de rivière; environ m » » 2) Sable quarlzeux du 2 e lit, ferrugineux , mêlé d'une im- mense quantité de cailloux roulés ou galets de ri- vière » 33 à 66 3) Sable quartzeux, ferrugineux mais de teinte plus foncée, avec les mêmes cailloux (mais moins nombreux) qu'au n° 4, très-fin et très-dur. — Dans l'épaisseur et vers le bas de cette couche , se trouve une veine irrégulière (sorte d'amande aplatie) de sable jau- nâtre, fin et presque pur; son épaisseur est de 18 à 24 centimètres. . - » 50 à 66 4) Sable quartzeux , ferrugineux , assez compacte , tenant des grains plus gros et des cailloux 1-3 pugillaires, rarement céphalaires, roulés. — Ces cailloux sont rarement de craie, plus souvent de silex pyroma- que gris , brun ou noir, avec craie adhérente, — de quartz jaspoïde ou passant au quartz nectique , — de quartz hyalin, de gneiss, de granité, de trapp, de trachyte, — enfin de basalte avec cristaux alté- rés de péridot olivine, à croûte devenue terreuse et adhérant à la gangue sablonneuse comme le ferait une boîte vide 1 » » 5) Argile brun-noirâtre, ferrugineuse, happant à la langue, fendillée, presque sans mélange de sable. . . . . » 1 2 à 1 8 2™ 28 à 50 ( 201 ) 6) Craie dure du 1 er étage, blanche, en lits sensiblement horizontaux, et renfermant fort peu de traces de fossiles. Epaisseur inconnue. Au résumé, la craie dénudée et n'ayant conservé qu'un mince enduit (n° 5) argilo-ferrugineux, est recouverte par les sables et cailloux roulés de Valluvium ancienne du 2 e lit, que surmontent des sables et cailloux de rivière déposés par des débordements subséquents, et enfin par des terres légères appartenant au 1 er lit. Un peu plus haut, une autre petite carrière creusée à ciel ouvert dans la même berge, présente 2 mètres de craie jaunâtre, dure aussi, mais de mauvaise qualité et pétrie à'Orbiloides média d'Orb. (Orbitoliles d'Arch.). Lorsque la vallée de la Dordogne s'ouvre , à l'ouest de Creysse, dans le bassin de Bergerac, les caractères de l'alluvion pure se modifient. Ce sont bien toujours des terres boulbènes, mais qui deviennent plus fertiles parce qu'elles sont mélangées de dépôts variés; elles participent alors aux qualités des fonds de lac. La rapidité des courants y a été diminuée; les argiles s'y sont déposées ; la craie s'y est de plus enfoncée pour passer sous les formations calcaires miocènes du Bordelais. Tous les caractères physiques et géologiques sont devenus plus compliqués et , par suite , différents de ce qu'ils étaient dans la région que j'ai choisie pour sujet de cette étude. J'ajoute enfin que ces caractères ne sont pas partout tranchés comme dans la région typique que j'ai spécialement décrite et où V encaissement parfait des deux rives du fleuve rend toute confusion impossible. Ainsi , comme toujours , la vallée n'est pas à plusieurs étages des deux côtés à la fois. Quand la Dordogne passe au pied d'un coteau crayeux , le 2 e lit est presque nul de ce côté (Creysse , Couze), ou tout-à-fait nul (Saint- Front de Coulory), ou absolument nul des deux côtés (Cincles du Bugue, etc., où il n'y a passage entre deux montagnes à pic, que pour la rivière et une roule entaillée dans le roc), ou enfin confondu avec le 3 e lit quand l'encaissement manque et que les inondations actuelles s'é- tendent encore sur le sol du 2 e lit (Trémolat, etc.) § IX. — Alluvion moderne. LIT ACTUEL (3 e ) DE LA DORDOGNE. Je n'ai presque plus rien à dire sur ce canal monolithe où il ne peut rester, en fait d'alluvion, que quelques amas de sable de rivière pur (semblable à celui des dunes océanique^, de vase ou de cailloux dans ( 202 ) les anfractuosilés de la falaise. Lorsque le fond n'est pas monolithe , il s'y forme aussi des bancs de galets ou cailloux de rivière actuels (de toutes les sortes que j'ai précédemment énumérées); et même , lorsque le fond est rocheux, ses aspérités retiennent toujours, çà et là, un certain nombre de ces cailloux qui se renouvellent sans cesse. La Dordogne actuelle apporte peu, et emporte plus qu'elle n'apporte , car elle mine continuellement ses falaises qui forment parfois un surplomb horizontal de 3 et A mètres de portée et d'autant de cerveau. Mais cet effrayant pla- fond s'amincit incessamment de bas en haut, et un jour vient, tôt ou tard, où le quatre-de-chiffre s'effondre sous le poids des terres du 2 e lit Au port de Lanquais , et en amont comme en aval , nous avons des exemples grandioses de ces surplombs et de ces écroulements; le plus remarquable des plus récents a eu lieu vers 1820, vis-à-vis Saint-Capraise-de-Clérans où l'on se crut à la fin du monde , tant le bruit en fut effroyable. Aussitôt que ces blocs , souvent gigantesques , sont écroulés , la Dordogne se met à l'œuvre; elle les ronge, les détruit et finit par les emporter, à moins qu'ils ne soient restés dans un étroit enfoncement hors du fil de l'eau. Le plancher monolithe du 3 e lit est, en certains endroits, fort curieux à parcourir lors des basses-eaux, au Pescairou par exemple où, comme son nom l'indique, les pêcheurs exercent fréquemment leur industrie. Ils ont remarqué sans peine que les fréquentes aspérités du plancher ayant arrêté pour un peu de temps la marche d'un gros caillou roulé , il a fait obstacle à l'eau qui a fini par creuser sous lui et autour de lui une sorte de cuvette où il s'est enfoncé, ne pouvant plus continuer sa marche vers l'Océan. Dès-lors, l'imitation des opérations de la nature leur a offert un moyen économique et sur de parvenir à leurs fins : ils ont creusé de longues files de trous semblables, et y ont établi leurs engins en les fixant au fond de chaque trou à l'aide d'un gros caillou qui fait l'office de peson de filets, ce qui empêche les crues subites de les entraîner. Au Pescairou, le nombre de ceux de ces trous souvent assez grands qui ne sont pas dus à la main de l'homme est immense, et donne au plancher de la rivière l'aspect le plus original. Il est souvent à sec dans les grandes chaleurs, parce que la rigole sans fond connu , ébauche d'un 4 e lit, suffit au passage du courant tout entier. Les trous naturels sont seuls, alors, remplis d'eau, et parfois des poissons y restent emprisonnés : j'y ai pris à la main, par exemple, de petites plies, — Celte dénùdation ( 203 ) du plancher se prolonge fort loin dans les années sèches , el il m'est arrivé souvent d'aller du Pescairou à la Gratusse à pied sec , si ce n'est aux embouchures des deux affluents ( la Couze et le Couzeau). Les cailloux roulés du 3 e lit sont de même nature que ceux du 2 e lit; mais, de plus, le fleuve actuel charrie un nombre considérable de fragments de craie , produits de la dégradation incessante des falaises. SX. — Allitvioiis des affluents de la Dordogne. Ces alluvions sont nécessairement de toutes les époques et sont, néces- sairement aussi, superposées régulièrement dans un ordre ascendant et parfaitement continu. Je ne puis parler que de la partie superficielle qui se continue encore à chaque orage d'où résulte une crue d'eau. L'alluvion du Couzeau vers son embouchure — je l'ai déjà dit — coupe à angle droit l'alluvion moderne du 2 e lit de la Dorclogne , pour aller se jeter dans le fleuve en formant cascade sur les parois de la falaise. Si elle atteignait exactement le niveau supérieur du sol du 2 e lit, elle aurait la même épaisseur que ce sol; mais elle forme nécessairement, par l'ex- tension que lui donnent les crues d'eau , une dépression en forme de berceau ; et ses bords s'amincissent des deux côtés , d'où résulte une modification graduée dans la qualité des terres. Quand elle est encore pure et profonde, elle constitue le riche terrefort de "Varennes , où la végétation acquiert une vigueur remarquable. La Couze n'a point de terrefort distinct du fond de sa vallée , parce que les coteaux qui bordent celle-ci s'avancent jusqu'au bord même de la Dordogne où ils se terminent par des falaises à pic ou en surplomb , qui ne laissent au 2 e lit de la rive gauche qu'une largeur de 2 à 10 mètr., tandis qu'il s'élargit en une riche plaine sur la rive droite. Au conlraire, un autre ruisseau, le Gouyou (Couillou de la carie de l'Etat-Major), qui part des pentes du pays blanc au-dessous de Faux et de Saint- Aubin- de-Lanquais et qui vient se jeter dans la Dordogne à Sainl-Germain-de-Pontroumieux vis-à-vis Mouleydier, — ce ruisseau, dis-je, a un terrefort, parce qu'en cet endroit le 2 e lit du fleuve conserve encore quelque largeur. Je n'en fais mention que pour noter qu'on en extrait, non loin de la falaise du fleuve, une sorte de glaise noirâtre dont on fabrique, sur place, des briques et des tuiles plates d'un rouge extrêmement foncé, ce qui ne fait pas naître de présomptions favorables à leur bonne qualité. CHAPITRE IV LE SOL ARABLE DU BASSIN DU COUZEAU. Le sol des contrées qui bordent notre Dordogne est constamment sylvalique (bois ou broussailles), ou occupé par des cultures. Les bois voilent les détails géologiques, et la culture les modifie, les déplace, les anéantit. Sur les pentes crayeuses, quand elles sont raides , on coupe du rocher et on établit la culture en terrasses, au moyen de murs de soutènement en pierres sèches. Mais raides ou non , elles ne peuvent recevoir celte culture qu'au moyen des transports de terre, car, comme disent nos paysans, « la terre ne remonte jamais. » Donc, partout où il n'est pas couvert de bois , le sol est remanié , refait par la main de l'homme. Et cela depuis bien longtemps! depuis assez longtemps du moins pour que tous les détails du profil des coteaux cultivés soient dénaturés. Les environs de Lanquais étaient-ils habités à l'époque romaine et gallo- romaine? Oui sans doute. La station Diolindum , si elle était Lalinde comme le veut D'Anville , en serait une preuve suffisante; mais, en outre de quelques traditions locales qui manquent d'authenticité , nous avons quelques tronçons de voie romaine aboutissant à Mouleydier ( Trajectus), et par-ci par-là quelques fragments de tuiles à rebord, quelques monnaies, — une entr'autres (un Maxime en or, trouvé à Lanquais même, sur le coteau dit La Peyrugue, qui domine presque immédiatement le bourg). Les autres monnaies sont : Un Tibère (bronze), trouvé à Bannes. Une Antonia- Augusta (argent), trouvé à Lalinde. Un Néron ( or), trouvé à Molières. Un Vespasien (argent), trouvé à Bannes, dans un cimetière gallo- romain d'une étendue assez considérable , ce qui prouve que ce lieu jouissait du titre de vie, puisque le droit de sépulture n'était accordé qu'aux localités de ce rang. ( 205 ) Un Decentïus (petit bronze), trouvé aux environs de Lanquais (1). Nous voici donc rattachés au Haut-Empire , et en possession d'une certaine importance à l'époque gallo-romaine. Puis encore, un peu plus bas dans l'échelle des temps, nous avons les tombes mérovingiennes qui avoisinent le château de Bannes. Presque tout cela, je l'avoue, n'appar- tient pas au vallon même de Lanquais ; mais je n'ai pas besoin de remonter aussi haut pour trouver un espace de temps qui suffise ample- ment à dénaturer les surfaces cultivées. L'église de Lanquais sur le liane ouest du vallon, et l'église de Varennes sur le flanc est, — cette dernière assise près du bord de la falaise qui domine le 2 e lit de la Dordogne et par conséquent sur le sol du 1 er lit, — ces églises, dis-je, sont romanes et accusent le XII e siècle , le XIII e peut-être si l'on en croit les archéo- logues qui rejettent le synchronisme absolu des styles et enseignent qu'on a fait du roman, dans les campagnes du Midi surtout, jusques pendant le XIII e siècle. Voilà donc, pour le moins, cinq cents ans qu'on cultive, c'est-à-dire qu'on remanie les pentes de nos coteaux les moins éloignés de la Dordogne , et ces remaniements modifient d'autant plus le sol arable de ces pentes, qu'à l'exception de quelques points privilégiés , de quelques renfoncements plus abrités des courants ou disposés de façon à recevoir et à conserver des dépôts meubles , ce sol est partout fort peu épais. Evidemment, de tels remaniements ne sauraient être attribués aux puissants dépôts alluviaux qui forment les plaines du 1 er et du 2 e lit de la Dordogne : ces terres sont là absolument telles qu'elles y ont été déposées par l'immense cours d'eau dont elle est le reste , — avec addition d'un imperceptible surcroît dû à la dégradation des berges qui dominent le lit supérieur. J'excepte également le dépôt du fond du vallon du Couzeau , et les autres alluvions d'affluents, analogues à celle-ci : je ne parle que des pentes. Mais, sur ces pentes, on rencontre un sujet d'études bien intéressantes. Les importantes recherches auxquelles s'est livré depuis plusieurs années mon savant collègue M. Eug. J.icquot , sur la composition de la terre végétale, ont excité mon plus sympathique intérêt , en mettant en lumière l'inadmissibilité absolue de l'opinion généralement admise et que je partageais, sans y avoir regardé ou songé, avec tout le monde. Je crois donc de mon devoir d'apporter à cet homme (1) Renseignements fournis par M. le V' Alexis de Gourgues. ( 206 ) de consciencieux labeur, le faible tribut de quelques observations de détail , éclairées par la lumière que ses beaux travaux ont répandue sur cette question si grave aux yeux de tous les agronomes. La terre végétale ou sol arable de tout ce qui n'est pas le 2 e ou le 3 e lit du fleuve, dans la partie du Périgord dont je m'occupe, sera donc le sujet de ce court chapitre. Je ne puis malheureusement, dans mon igno- rance des sciences chimiques , donner à mes assertions le concours si démonstratif que l'analyse des terres a permis à M. Jacquot de prêter aux siennes; mais il me semble que des preuves tirées d'un autre ordre de considérations, des preuves tirées de l'observation directe des faits , et des déductions logiques qui en découlent, peuvent encore recevoir l'honneur d'être admises, à un rang plus modeste, dans le bataillon dont le front de bandière a déjà porté des coups si rudes à la doctrine irréfléchie que M. Jacquot réussira bientôt, je l'espère, à discréditer entièrement. L'opinion ancienne dit : « Le sol arable est, en général , le produit y> de la désagrégation mécanique et des modifications atmosphériques et » chimiques subies en place par le sol primitif et solide, qui est ainsi y> devenu sous-sol ». M. Jacquot dit : « Cela n'est pas !» et il le prouve par ses analyses de terres; « le sol arable vient toujours d'ailleurs ». A mon tour, je vais présenter quelques observations et déductions qui viennent à l'appui des démonstrations de M. Jacquot. Et d'abord , posons quelques bases au point de vue général , en mettant de côté, pour n'y plus revenir, un certain nombre de cas que le regard le plus inaltentif peut seul se permettre de faire entrer dans la question et qui ne lui appartiennent nullement. Tous les points de notre planète ont été , à un moment donné , sous l'eau, hormis le petit nombre de points éruptifs qui ont pu, depuis la dernière inondation , surgir du sein des terres exondées. Toutes les surfaces exondées ont été ou solides (rocheuses) et alors elles se sont lavées en s'émergeant , — ou composées d'éléments plus ou moins meubles , et alors elles ont subi dans ce moment un lavage plus ou moins énergique , — à moins qu'elles ne fussent en forme de bassin presque ou entièrement fermé. Dans le premier cas, pour que l'opinion de nos adversaires fût vraie, il faudrait que le sol meuble fût formé d'une sorte de désagrégation de la surface de la roche , tellement évidente, presque toujours , que per- sonne n'en pourrait disconvenir. ( 207 ) Cela arrive, mais c'est forl rare. En voici un exemple , pris fort loin du pays que nous étudions : Le sol du Sidier-Réis, près des sources de Gourbès (Tunisie) est sablonneux. « Le sable dont il se compose n'est que le délritus d'un sable formant » roche au-dessous, où il constitue la base de la montagne » (Revue des Soc. sav. [Se. physiq. et natur.], du 18 décembre 1863, t. IV, p. 396; Note du docteur Guyon , correspondant de l'Institut). Quelquefois le même fait existe , mais il est masqué par des modifi- cations ultérieures : « La terre végétale peut , il est vrai, résulter pres- » que entièrement de la décomposition du terrain sous-jacent, mais » alors les substances minérales qui le constituent ont généralement subi » des altérations qui modifient beaucoup leurs propriétés physiques ou » chimiques. » Cette phrase montre Vexception , et son auteur (M. De- lesse, Mémoire sur la carte agronomique des environs de Paris, in Annuaire de l'Institut des Provinces pour 1864, p. 38, reproduit, un mois après sa lecture devant le Congrès des Délégués , dans le Bulletin de Société géologique de France, 2 e sér. , t. XX, p. 393, séance du 13 avril 1863), — son auteur, dis-je, venait d'exposer la règle, quand il avait écrit au commencement du même alinéa : « Dans beaucoup d'en- » droits, la terre végétale est complètement indépendante du terrain » géologique sur lequel elle repose. » Plus loin, dans le même cahier de la Société géologique , p. 401, le procès-verbal de la séance contient ce qui suit : «r M. Hébert est disposé, » avec M. Delesse, à considérer la terre végétale comme un dépôt spé- » cial dont l'origine ne saurait, dans beaucoup de cas, s'expliquer par » une simple décomposition sur place du sol Elle présente tous les » caractères d'un dépôt spécial opéré par voie de transport... Elle est le » produit d'un phénomène géologique particulier. » Je suis heureux d'avoir constaté , dès 1862 (Act. Soc. Linn. de Bor- deaux, t. XXIV, p. 102), que les idées de M. Jacquot à ce sujet « font » assez rapidement leur chemin dans le monde savant , » et il ne me reste que le regret de ne pas voir le nom de mon éminent collègue rap- pelé à propos d'une question que ses importants travaux ont si heureu- sement contribué à élucider. Le Périgord , à son tour, offre un exemple analogue à celui dont M. le docteur Guyon a signalé l'existence dans le Sidi-er-Réis. Les pla- teaux formés, entre Périgueux et Angoulème (et sans doute ailleurs dans ces deux pays limitrophes) , par la craie du 2 e étage de M. d'Ar- ( 208 ) chiac , présentent des surfaces immenses, planes ou en croupes, de craie entièrement dénudée, mais de craie tellement friable que, sous l'influence des agents atmosphériques, elle s'est désagrégée et, la pioche aidant, il s'y est formé peu à peu un sol arable affreusement maigre, dont ni M. Jacquot , ni personne ne songera à nier l'origine et la nature purement calcique A mesure que les plantes les plus décidément cal- cicoles, dont les individus multipliés à l'infini couvraient naturellement ce sol (Laclitca père unis L., Helianthemnm appeninum DC, Globularia vulgaris L., Hippocrepis comosa L., etc.) y ont vu leurs générations se succéder, elles ont formé un peu d'humus dont la somme a été accrue de celui que son existence a permis, plus tard, à quelques plantes ubi- quistes d'y produire; et de là est résultée la teinte plus foncée qui fait descendre actuellement à un décimètre au-dessous de la surface, la limite inférieure de cet indigent guérel. — Encore une fois , celte trans- formation mécanique est de toute évidence : nul ne la conteste. Un exemple analogue est encore offert, dans le Limousin, par les ter- rains purement granitiques qui jouissent de la propriété de se désagréger en arène où l'on retrouve leurs éléments — et rien que leurs éléments, — au milieu desquels persistent les noyaux de granité non soluble, qui simulent d'innombrables blocs erratiques, et pourtant n'ont jamais bougé de place. — Cet exemple est aussi évident que le précédent, et les choses s'y passent exactement de même , pourvu toutefois qu'on change les noms des éléments minéralogiques du sol et ceux des plantes qui s'y sont établies les premières. Un dernier exemple enfin, lui aussi parfaitement analogue, pourrait être observé sur un sol de roches dioriliques solides, lesquelles, sous l'influence de l'air et des pluies, jouissent de la propriété de se fondre, au bout de peu d'années, en une boue argileuse dont les éléments miné- ralogiques sont assez nombreux. Hors ces cas, que leur explication évidente empêche de fournir ma- tière à discussion , le sol émergé demeure nu et solide, comme la craie blanche ou jaune du 1 er étage de M. d'Archiac; et si l'on y trouve des matières superposées, elles viennent assurément d'ailleurs, puisqu'elles n'ont pas été produites aux lieux où on les trouve. C'est le premier cas prévu (exondation d'une surface solide). Le deuxième cas (exondation d'un sol meuble) ne peut se présenter que plus rarement. Si les matières étaient très-meubles, elles auront disparu à l'émersion ; si elles sont fortement tassées et cohérentes, elles ( 209 ) se comporteront, du plus au moins, comme des matières solides : la désagrégation et les modifications successives conserveront le même degré d'évidence. Le troisième «as (exondation d'un fond de lac) sera bien moins sujet encore à discussion. Si le récipient du bassin est solide, les dépôts qu'il pourra contenir y auront été laissés par les eaux qui y ont séjourné les dernières — Il en est de même du lit solide d'un fleuve , de là Dordogne par exemple. Son 2 e lit est un canal immense, à parois ondulées , for- mées de craie et de molasse, et son fond était de craie absolument nue. Les roches et les sables du plateau central , les sables et les argiles de la molasse, les sables, argiles et cailloux du diluvhm (des géologues) que n'avaient pas emportés les courants du 1 er lit, s'y sont engloutis suc- cessivement et simultanément. Le départ s'est fait; les cailloux et les sables sont restés sur place, les argiles sont allées plus loin, dans les plaines de Bergerac, de Libourne et dans la Gironde. Ainsi, le sol arable, puissant et parfaitement homogène qui constitue la plaine du 2 e lit a été apporté d'ailleurs, mais déposé là sans discontinuité pendant une longue série de siècles, et il n'a reçu aucune superposition appré- ciable depuis l'encaissement du fleuve dans son 3 e lit. — Il en est abso- lument de même de Palluvion contemporaine à celle-là et dont le dépôt s'est continué jusqu'aux temps tout-à-fait modernes, au moyen de laquelle le Couzeau a formé, comme je l'ai dit, le fond actuel du vallon de Lanquais (terrefort). Cette alluvion argileuse et noire a fait une trouée dans le dépôt continu de l'alluvion sablonneuse qui forme le fond du 2 e lit, et le sol qu'elle forme s'y est déposé dans un encaissement où il est encore et où il donne une terre végétale très-riche, arrachée prin- cipalement au pays blanc. L'observation directe du 3 e lit de la Dordogne fournit, par sa netlelé et sa parfaite dénudation , la démonstration la plus évidente de la vérité des faits que je viens d'affirmer. C'est un canal creusé dans la craie dure, canal à section quadrilatère, canal régulier auquel manque uni- quement une paroi supérieure. Son alluvion se compose exclusivement des matériaux qu'il apporte de la partie supérieure de son cours et de ceux qu'il arrache de ses bords; et tout cela, il l'emporte chaque jour vers la mer. Rien n'est plus simple et plus palpable; donc, rien de tout ce que je viens de rappeler ne peut entrer dans la discussion qui nous occupe, et M. Jacquot n'a jamais entendu résoudre une question qu'en ce qui concerne le sol arable des plateaux ou des pentes dont la char- ( 210 ) pente rocheuse est recouverte d'une matière dissemblable à la sienne. Cetle matière, dit-il, vient d'ailleurs ; il a raison de le dire; je crois l'a- voir prouvé par le raisonnement. Il ne s'agit donc plus que de chercher d'où cette matière vient, et pour cela, il faut des exemples locaux. Privé du secours des analyses et n'ayant d'ailleurs à parler que d'une contrée dont la conslitulion est excessivement simple, je crois n'avoir pas besoin de chercher bien loin dans le temps ou dans l'espace l'origine et le transport de nos terres végétales. Nous avons une limite fixée, puisque nous sommes dans le bassin méridional de l'Aquitaine, formé par la mer crayeuse, ou pour mieux dire, par un golfe de celte mer : nous n'avons pas d'autre sous-sol que la craie, pas d'autres points cul- minants que ceux qu'elle constitue et ceux qui sont de formation posté- rieure à la sienne , — rien , en un mot , à chercher au-delà de la période crayeuse, et je trouve encore la tâche au moins suffisante à atteindre le but que je poursuis. La mer tertiaire n'a point envahi la portion du Périgord dont je m'oc- cupe : la craie finit à Creysse, avec l'encaissement rocheux du 3 e lit de la Dordogne; je n'ai rien à chercher au-delà, qui puisse intéresser la question que j'étudie ; mais si tout le puissant système des calcaires marins tertiaires manque complètement en dehors de cotte anse crayeuse dont les deux chefs-de-baie sont à Tercis et à Royan , et dont le péri- mètre passe à Creysse, nous avons, en amont de la convexité de celte courbe, divers systèmes de dépôts d'eau douce antérieurs, contemporains ou postérieurs aux calcaires marins : molasse èocène , avec ses grès et ses argiles, qui passe, dans le Bordelais , sous les calcaires marins mio- cènes, — calcaires d'eau douce siliceux avec meulières dans leur inté- rieur et sur leurs bords , ou de nalure moins siliceuse et plus friable ; — enfin , le diluvium ( des géologues) , et les alluvions moins anciennes que lui. C'est dans cet ensemble qu'il nous faut chercher et choisir. Je commence cette recherche par l'horizon théorique le plus bas , et pour cela, je me réfère à la coupe géologique du Pescairou à Faux , que j'ai donnée ci-dessus en décrivant le diluvium. (Ch. III, § 7). Sur la craie repose normalement et immédiatement la molasse. Si celle-ci est balayée par les eaux, la craie demeure à nu et toujours solide , soit qu'elle appartienne au 2 e ou au 3 e étage de M. d'Aichiac (hors le cas de friabilité exceptionnelle que j'ai signalé plus haut, car nous n'avons point ici A' argiles ni de sables de la craie, du moins à dé- couvert). Dès-lors, si un dépôt-meuble quelconque, pour si mince qu'il (211 ) soit, recouvre celle craie solide, c'est qu'il y a élé apporté : en voici encore une nouvelle preuve , prise d'un autre ordre de faits. La molasse, ai-je dit, repose immédiatement sur la craie, el normalement aussi sur tous les terrains qui appartiennent à la formation de la craie , mais non pas sur le 3 B étage de M. d'Archiac; car, au-dessus de lui , il existait en Périgord un autre étage qui a été complètement emporté , complètement dissous, à l'exception de ses noyaux de silex kFaujasia. A quelle époque la destruction de cet étage a-t-elle eu lieu? nous l'ignorons , mais c'était certainement avant le dépôt de la molasse, puisque ces rognons siliceux ont élé repris par la molasse , dans laquelle on les trouve maintenant ensevelis. Or, si l'on en juge par analogie avec nos craies de la Dordo- gne, des Deux-Charentes, de la Touraine el même du nord de la France, la pâle de cette craie anéantie devait être blanche, grisâtre ou jaune, et non gris foncé ou noire, comme celle des Pyrénées. Il est donc prouvé par là qu'elle a complètement disparu, ou du moins que nous ne la con- naissons nulle part, et le fait se résume en ce que j'ai dit : « La molasse repose immédiatement sur la craie solide. » Si donc le point qu'on examine offre un sol de molasse:, ce sol meuble y a été déposé et n'appartient pas à l'ossature solide du lieu. — Même réponse si la craie est recouverte par des argiles d'eau douce, comme cela doit nécessairement être , et comme cela est dans le fond du vallon deLanquais, où quelques creusements de fossés et de ruisseaux ont montré des argiles noirâtres venant du pays blanc , mêlées de veines jaunâtres d'argiles et de sables de la molasse , descendues avec les eaux des affluents et des versants du bassin hydrographique du Couzeau. — Enfin, si la craie solide est recouverte par des argiles, sables ou cailloux du diluvium (des géologues) , c'est cette masse d'eau courante qui les y a apportés et délaissés; ils n'ont rien de commun avec leur sous-sol. Il est difficile de distinguer, parmi ces origines diverses mais fort voi- sines et même analogues par l'aspect et souvent par la couleur de leurs dépôts terreux , à laquelle doit appartenir la terre végétale qu'on a sous les yeux. La théorie démontre que cette terre vient d'ailleurs ; on n'en peut guère dire davantage qu'à l'aide des éléments élastiques qui s'y trouvent mêlés, et le langage de ceux-ci n'est plus, partout, très-précis. La seule nature de terrain, en effet, qui actuellement n'ait pas élé remaniée, défigurée par la pioche, adullérée'par les transports de terre, c'est le caussonal, celle pellicule de quelques centimètres de terre argilo-calcaire excellente, couverte de bois ou d'un gazon court dans Tome XXV. 15 ( 212 ) les endroits découverts. Le caussonal est à son état de pureté (et presque toujours d'une minceur extrême) dans les bois où il n'a reçu d'autres modifications que celles que l'addition du terreau de feuilles lui a ap- portées. Sur les points découverts, et qui sont toujours en pentes rapides, il a reçu, comme accroissement, l'humus de son propre gazon, les poussières apportées par les vents, et les parcelles des localités supé- rieures, que les pluies lui apportent sans cesse pour remplacer celles qu'elles lui enlèvent pour les entraîner plus bas. Mais les défrichements des pentes découvertes envahissent si promptement toutes les pentes rocailleuses susceptibles d'un établissement de terrasses ou qui offrent un peu de bonne terre à mêler à celle qu'on y apportera d'ailleurs, que le caussonal pur (1) devient excessivement rare. Je l'ai vu, depuis trente-cinq ans, détruire ou modifier presque partout où , dans les envi- rons immédiats de Lanquais , je pouvais autrefois l'étudier et y recueillir les bonnes plantes calcicoles qu'il nourrit. Je puis dire seulement , en gros, qu'il est toujours d'une teinte plus foncée que la roche qui le sup- porte, ordinairement noirâtre, brun-ferrugineux ou brun-rougeâtre , jamais, si je ne me trompe, d'un rouge décidé (les argiles, sables et graviers rouges sont les plus infertiles que nous offre la molasse, et après eux, ceux qui sont colorés fortement par l'hydrate de fer). Lors- que le caussonal tire davantage sur le jaune clair, on peut présumer que les argiles molassiques de cette couleur jouent un rôle important dans sa composition. Celui qui tire sur le noir peut être attribué , dans les localités favorables , au terrain d'eau douce; celui qui tire sur le brun-ferrugineux foncé, paraît devoir son origine au diluvium ( des géo- logues), qui a dissous les nids ferrugineux de la molasse, ou bien à des inondations postérieures, car on sait qu'en mélangeant toutes les cou- leurs qui se trouvent à la fois sur une palette, c'est une espèce de brun foncé, une teinte voisine de celle du chocolat qu'on obtient. Ce qui ferait croire à cette dernière hypothèse (inondations postérieures) , c'est que le caussonal contient toujours , et le plus souvent à l'exclusion de tous autres si ce n'est de menus graviers quart z eux , — il contient tou- jours, dis-je , de nombreux débris fragmentaires ou roulés de craie, et (1) Le caussonal pur est pour moi, de toute évidence, la terre que M. Jacquot désigne sous la qualification de « dépôt brun, ferrugineux, si étendu en France à la surface de l'oolite et de la craie » {Noie sur le sol arable et les cartes agronomiques, in Annuaire de l'Institut dos Provinces pour 1863, p. 209, ad calcem). ( 213 ) il n'y a jamais de débris de craie dans la molasse, dans le terrain d'eau douce, ni dans le diluvium (des géologues). Quoi qu'il en soit, le caussonal des lieux découverts n'existe jamais que sur les parties absolument dénudées , et par conséquent saillantes , de la craie rocheuse; celui des lieux sylvatiques n'est conservé que dans les bois rocailleux , où il est toujours également mince et qui , par conséquent, n'offraient antérieurement que des surfaces de craie dénu- dée. On a pu remarquer, dans la coupe des Bourbous que j'ai figurée dans le Chapitre III, § 7 de ce Mémoire, une faible épaisseur de terre végétale séparant constamment le lit de cailloux des affleurements crayeux (ressauts des lèves, dont les inférieurs manquent, parce qu'ils ont été extirpés pour l'empierrement de la roule nouvelle). Ce filet inter- calaire de terre \ègèla\e , immédiatement moulé sur la craie, c'était, évidemment, du caussonal. Je n'ai rien à dire de neuf pour les cas où la molasse reposerait immé- diatement sur la craie, — ou le terrain d'eau douce sur la craie , — ou le diluvium sur la craie : toute confusion serait impossible, puisque la craie est purement calcaire, la molasse argilo-siliceuse , le terrain d'eau douce argileux , siliceux, ou caractérisé comme non-marin, le dilu- vium enfin clysmien et sans mélange de calcaire. La transmutation des oxides métalliques n'est pas admise dans la science , et la chaux n'est pas plus une terre que l'argile ou la silice : je crois donc que mes preu- ves sont valables , en ce qui concerne les sols qui reposent sur la craie. Biais, pour en finir avec nos sols arables en général ,. je veux men- tionner brièvement celui du pays blanc, et l'accident, très-rare ici, qui communique à nos sables de la molasse les qualités et l'aspect qui constituent la terre de bruyère. Sur le premier point , je n'ai qu'une défaite et une excuse à présenter. Je n'ai point étudié le terrain d'eau douce de l'Agenais , dont notre pla- teau du pays blanc n'est que la bordure. Cette bordure appartient, à vrai dire , au bassin hydrographique de la Garonne , car elle n'a , sur celui de la Dordogne , qu'un versant très-étroit proportionnellement, et mécaniquement modelé par l'écoulement des eaux. Elle ne fait donc pas partie intégrante de la région que j'ai tenté de décrire; — et pour la décrire à ce point de vue tout spécial , il faudrait une longue série d'observations toutes spéciales aussi; d'autant plus que l'immense bassin hydrographique de la Garonne n'offre pas la simplicité de composition du nôtre, et que la question de l'origine des sols arables doit nécessai- rement y être entourée de nombreuses complications. Je me bornerai ( 214 ) donc à répéter sommairement ici ce que j'ai dit avec plus de détails dans le Chapitre III, §§ 5 et G : le sol de la bordure duranienne du bassin garonnais est un fond de lac où les éléments argileux et calcaire l'em- portent de beaucoup en abondance sur l'élément siliceux. Il en résulte, en général , une terre à blé excellente, forte, tenace, onctueuse, le plus souvent noire, parfois rougeàtre, toujours mêlée de nombreux fragments de calcaire d'eau douce blanc , — terre qui ne contient que peu ou point de sable siliceux , qui n'avait aucun élément calcaire à dérober au sous- sol qui la porte, — terre enfin qui a pu emprunter une certaine quantité d'argiles à la molasse sous-jacente , mais dont les qualités fertiles sont dues principalement aux décompositions végétales et animales auxquelles est due sa couleur dominante, et qui se sont produites pendant la période d'existence du lac calcarifère. Quant au second point, la terre de bruyère est tellement rare dans nos environs , malgré les masses de sables molassiques dont le pays est comme revêtu, qu'on n'en connaît que dans la forêt de Lanquais, et cela sur un seul point de cette forêt qui recouvre pourtant, jusqu'à Ver- don , une surface de 25 à 30 kilomètres carrés. Ce petit gisement occupe une des pentes qui dominent le cul-de-sac, cirque ovale et fermé de toutes parts , au fond duquel est placé un entonnoir boueux où s'ab- sorbent les eaux des parties correspondantes de la forêt. L'ossature crayeuse des pentes de ce cirque est recouverte d'un épais manteau de sables molassiques où croissent les chênes, les bruyères et les ajoncs dont la forêt est peuplée , et l'une de ces pentes est composée de terre de bruyère noire , souple , onctueuse , excellente en un mot. Je ne puis expliquer ce gîte que par analogie. Non loin de là, une dépression légère d'un plateau de la forêt retient toujours quelques cen- timètres d'eau peuplée de joncs et de sphaignes (lac Salissou) ; c'est nécessairement un rudiment de tourbière au petit pied. J'en puis dire autant d'un entonnoir plus petit, profond et régulier, qui se trouve dans une autre partie de la molasse de la forêt (lac Nègre), et d'un autre espace presque plat ressemblant au lac Salissou , qui se trouve dans le bois de Guinot, sur le plateau molassique qui domine La Graule (commune de Lanquais), entre Monsagou et le front nord de la forêt. Le gisement de terre de bruyère du cnl-de-sac me semble avoir été la coupe et le pied (tuyau) d'un entonnoir tourbeux analogue à ceux-là, et dont le bord aura été démantelé par des éboulements anciens dans le cirque du cul-de-sac. CHAPITRE V SILEX TAILLES DE MAIN D HOMME ; QUESTIONS DILUVIALE ET ALLUVIALE. Dans la disposition actuelle des esprits , — au moment où l'attention générale des savants a été si puissamment appelée sur les questions alluviales et sur les silex travaillés de main d'homme, — et surtout dans une province jalouse ajuste titre de compter parmi les pays de renom celtique , comment pourrait-on s'occuper de géologie sans tou- cher à ces questions ? A mon sens , cela ne se peut pas ; mais dans celle étude , j'ai la ferme résolution de réduire l'archéologie à la portion congrue, et de ne lui laisser dire que ce qui est absolument nécessaire à l'examen du côté géologique de ces questions. 1) Gisement des silex ouvrés, en Périgord. Dans la partie du bassin de la Dordogne qui fait l'objet de la présente Etude, nous avons des haches parfaitement -polies (en silex de la craie et d'eau douce, — et aussi en grès, en serpentine, en trapp et autres matières étrangères à notre bassin). De plus, nous en avons aussi de non polies (travaillées par grands ou par petits éclats) ou simplement ébauchées , ou retravaillées par éclats après avoir été polies : toutes celles-là sont en silex de la craie, ou bien plus rarement d'eau douce. Enfin , nous avons des traits, des rabots, des pointes de flèche ovalaires ou en queue d'aronde, enfin des couteaux, le tout en silex de la craie y de différentes pâles et couleurs. Je déclare ici — ce que nous avons déjà déclaré , M. de Gourgues et moi , dans nos correspondances avec M. Lartet (ce savant nous ayant ( 216 ) lait l'honneur de nous questionner tous deux sur ce point), — je dé- clare que, depuis trente-cinq ans que nous recherchons et étudions en commun ces divers silex travaillés de main d'homme , nous n'en avons jamais trouvé un seul en place dans l'épaisseur d'un terrain qui riait pas été remanié de main d'homme. Je ne reviendrai plus sur cette assertion, qui est absolue en ce qui nous concerne personnellement, et en ce qui touche aux instruments périgourdins dont nous connaissons exactement la provenance : elle porte donc sur de nombreuses centaines, sur plus d'un millier de ces instruments. Nous les rencontrons toujours à la surface des divers sols , ou dans l'épaisseur du guéret pratiqué sur ces mêmes sols. Je ne fais d'exception que pour les haches polies , les seules qu'on trouve parfois placées sous les souches d'arbres qu'on déra- cine , — ce qui leur a fait donner par nos paysans comme par ceux de diverses autres provinces, le nom de pierres de tonnerre. La répétition assez fréquente de cette circonstance empêche qu'on considère de telles haches comme reposant en place dans un dépôt géologique non remanié de main d'homme , puisque nous n'en avons jamais trouvé ailleurs dans de tels terrains. Evidemment, la main de l'homme les a placés sous la racine des jeunes arbres qu'elle plantait,, et c'est légitimement que j'é- tends à cette place artificiellement préparée, le nom de guéret. Presque toutes nos haches non polies, travaillées à grands éclats, ou dites ébauchées, un bon nombre de nos traits et nos couteaux , sont en silex de la craie la plus supérieure de toutes, que j'appelle craie à Faujasia , (celle dont l'étage a été entièrement emporté et dont les seuls noyaux subsistent, repris qu'ils ont été par la molasse). Ces silex sont en général d'une pâte blanc-bleuâtre ou grisâtre, mats ou très-légèrement translu- cides sur les bords (j'ai recueilli une hache ébauchée, creusée d'un moule extérieur à.' Hemiaster Moulinsanus d'Orb.); mais ils offrent par- fois, comme leurs semblables non taillés et de même origine, des teintes jaunes, brunes, rougeâtres , violacées, dues aux oxides de fer et de manganèse qui abondent dans la molasse. 2) Leurs couleurs. Ces teintes diverses peuvent sans doute.être (quelques-unes du moins d'entr'elles et les zones concentriques) naturelles aux silex dont il s'agit; mais pour la plupart elles sont accidentelles, c'est-à-dire que Yimbibilion de la couleur a eu lieu après que le rognon de silex a été repris par la ( 217 ) molasse. Les rognons de forte dimension n'offrent guère, dans l'intérieur de leur masse, que la teinte primitive de celte qualité de silex (le blanc bleuâtre ou grisâtre) ou bien la coloration en zones régulières, et ce n'est le plus souvent que vers les bords qu'apparaît la coloration vague répandue dans la pâte du rognon. Celle-ci appartient donc aux temps géologiques, antérieurs par consé- quent à la portée des hypothèses les plus déraisonnables et les plus opposées à tous les enseignements de la tradition et de la saine science, qu'on ait jamais pu imaginer sur l'ancienneté de l'homme ; et cela fait déjà pressentir que plus tard, et même dans les temps modernes, celte faculté A'imbibition dont le silex est doué pourra s'exercer encore, bien qu'avec une intensité probablement moindre (1). 3) La Patine. On a fait beaucoup de bruit, dans ces derniers temps, de ce qu'on a appelé la patine. Laissons subsister ce mot, puisqu'on lui a permis de s'introduire dans la circulation; mais prévenons d'abord qu'il n'est pas d'une application rigoureusement exacte au sujet qui nous occupe. La patine des antiquaires résulte d'une oxidalion plus ou moins épaissis- sante de la surface des monnaies, statuettes, vases, armes, etc., des antiques de métal, en un mot. Si elle est très-pure, elle n'épaissit cette surface que dans une proportion presque inappréciable; si elle est im- pure , elle peut acquérir une épaisseur très-sensible ; si donc la patine s'accroît, c'est de bas en haut. Dans la soi-disant patine des silex au contraire , il n'existe nul épais- sissement; c'est une simple altération de la couleur de la surface, et l'aspect physique de cette surface se trouve ainsi modifié ; — ou bien (1) « La substance des silex taillés de la brèche osseuse de Vallières (Loir-et-Cher) » est si peu altérée qu'on ne remarque à la surface ni dendrites, ni incrustations 5) calcaires, ni la plus légère apparence de cacholoDg. Cette fraîeheur et cette pureté » ont été observées sur quelques exemplaires bien authentiques des sablières de » Saint-Acheul. » (M. l'abbé Bourgeois, note spéciale, dans le Bulletin de la Soc. gèolog. de Fr., 1865, 2a sér., t. XX, p. 207). L'auteur ajoute à cette phrase, sous forme de note infrà-paginale, une réflexion bien concluante en faveur de l'opinion que nous soutenons. « La coexistence , dit-il, daus des conditions parfaitement identiques, » de haches dont la partie superficielle est transformée et d'autres qui sont demeurées » intactes , n'autorise-t-elle pas à penser que l'altération est antérieure à l'enfouis- » sèment ? » ( 218 ) l 'altération s'étend, en outre, à Vinlèrieur jusqu'à une profondeur toujours minime; en général elle n'atteint et surtout ne dépasse guère un demi-millimètre ou un millimètre , à moins qu'on ne l'observe sur un angle plus ou moins vif du silex, car alors la substance y est plus mince et les deux foyers de l'altération l'augmentent par leur convergence et leur réunion. — Ceci, dès à présent, fait voir qu'il y a deux sortes de patine, auxquelles le même nom, en langage rigoureusement descriptif , ne saurait convenir. La seconde sorte étant pénétrante , marche en sens contraire de l'autre, c'est-à-dire de haut en bas. Je donnerai, en son lieu, la description de ces deux sortes de patine (1). 4) L'une des deux espèces de patine. Nous eûmes, au printemps de 1863, M. de Gourgues et moi, le plaisir de voir réunis à Bordeaux M. le M' 5 de Vibraye, membre de l'Institut, et notre jeune ami le C te Alexis de Chasteigner, bien connu par de beaux travaux de numismatique et d'archéologie chrétienne ; ces Messieurs s'étaient donné rendez -vous pour quelques excursions consacrées à l'étude des questions diluviales. M. de Chasteigner (2) nous fit voir comme caractérisés par la présence d'une patine, des instruments en silex dont la cassure montrait une altération pénétrante (de haut en bas) de la surface et de la couleur, puis de la couleur et parfois même de la substance de la pâte. Il opéra, devant nous, plusieurs de ces cassures sur des instruments (couteaux de Monsagou près Lanquais, dans les propriétés mêmes de M. de Gourgues), qui nous montrèrent , sur leur section triangulaire et sous la forme d'un (i) Je ne saurais dire à qui appartient l'introduction du mot patine dans l'étude des silex travaillés. Nous avions cru nous rappeler qu'elle avait été proposée par M. de Perthes ; mais les deux volumes de ses Antiquités celtiques et antédiluviennes ne renferment que le mot vernis, mot excellemment choisi et exactement applicable à l'une des deux sortes de patine, à celle précisément qu'on remarque surtout sur les silex ouvrés. (2; Dans la suite de celte étude , je ne ferai plus intervenir que le nom de M. de Chasteigner , parce qu'il a visité lui-même , à Lanquais où M. de Vibraye n'est jamais venu , la localité qui renferme ces instruments , — parce que c'est lui qui avait convié son savant ami à se réunir à lui pour aller visiter de nouvelles localités par lui récem- ment découvertes, — et enfin parce qu'il fut, sous les yeux de M. de Vibraye qui se borna le plus souvent à l'approuver du geste, le principal acteur dans cette démons- tration et dans la conversation qui s'en suivit. ( 219 ) ruban de teinte différente , la pénétration régulière et égale de cette altération dans l'épaisseur des trois faces de ces silex, depuis que la main de l'homme les a taillés (4). Nous n'avions jamais eu l'idée d'opérer de ces cassures, et nous avons dû nous rendre immédiatement à la parfaite évidence du fait (2); mais , une fois réunis à Lanquais , M. de Gourgues et moi, nous sommes allés ensemble à l'étude dans sa riche collection , à la formation de laquelle j'ai contribué pour une part moindre sans être minime , et nous avons reconnu que tous les couteaux appartenant à la même nuance de pâte et de couleur intérieures que celui qui fut cassé devant nous, présentent le même phénomène. Nous l'avons retrouvé , par une exception que je ne saurais expliquer et qui est probablement fort rare, sur un couteau du même silex, mais dont la pâte, au lieu de tirer sur le bleuâtre , est inégalement et faiblement teintée de larges panachures d'un gris-jaunâtre clair. Enfin , nous l'avons vu même sur une hache polie , pourvue de méplats latéraux , et qui appartient à la même qualité de silex que les couteaux , ainsi que sa cassure fraîche en fait foi. (1) 11 y a quelque obscurité dans la manière dont M. l'abbé Bourgeois (Noie sur les silex taillés de Pont-Levoy, in Bulletin de la Soc. géolng. de France, 1863, 2 e sér. , t. XX , p. 538 ) parle de cette altération qu'il désigne sous ce nom de patine , car il en fait mention à la fois comme étant une sorte de couverte « blanche et plus ou moins épaisse » (ce qui semblerait l'assimiler à la croiile des rognons de silex, chose assurément fort différente, comme on le verra plus loin ! ), et comme étant le résultat d'une « transformation du silex en cachoiong , » transformation qui « n'est pas due au milieu, mais à l'aclion de la lumière. » Cette dernière définition se rapporte évidem- ment à la sorte d'altération que nous montra M. de Chasleigner ; mais quant à la première , je reste dans le doute , et c'est là que je crois apercevoir quelque confusion. (2) Il y a fort longtemps que je connais cette altération de la cassure de nos silex, non a son point de vue archéologique , mais à son point de vue physique. Je m'ex- primais ainsi dans une lettre au président de la Société géologique de France (Bul- letin de ladite Société, 2 e série, t. IV, séance du 21 juin 1847, p. 1153), en décri- vant les trois formes sous lesquelles je rencontre lesdits silex : 1° la forme fragmen- » taire récente , à angles vifs et sans altération de nature à la cassure ; 2° la forme » fragmentaire ancienne (de l'époque géologique ) » — je le croyais du moins alors, parce que je ne l'avais pas remarquée sur des cassures opérées de main d'homme) « à angles moins vifs et avec altérations de nature à la cassure ( sorte de croûte de w couleur différente , sur laquelle un géologue observateur ne peut se tromper. » — A cette époque, il n'était nullement question ^annexer les silex ouvrés aux ques- tions géologiques, et j'avais complètement oublié cette observation, que j*ai retrou- vée en me relisant pour l'étude de la question actuelle, " ( 220 ) Tous les silex taillés, pourvus de cette altération, — et cela nous l'affirmons sans aucune exception , pour ceux de Lanquais du moins, — sont d'un blanc mat à l'extérieur, véritablement blancs lorsqu'ils sont bien lavés : il faut une cassure moderne, ou une cassure actuellement faite exprès, pour que leur couleur intérieure apparaisse. Il est donc évident que cette couleur extérieure blanche , et l'altération chimique de la surface que cette coloration implique, ont eu lieu dans le sol où les instruments ont été ensevelis, et cela depuis que la main de l'homme les a taillés ou polis. Mais , hors de là , — hors de cette qualité et couleur de pâte qui ad- mettent l'altération chimique et la coloration en blanc de la surface naturellement brisée, ou artificiellement taillée ou polie, - — cette alté- ration et cette couleur n'existent jamais (!), soit que les silex soient blonds, noirs, bruns, gris, rouges, violets, jaunes ou incolores (1), à moins qu'elles ne soient dues, comme dans les meulières, à des veines de silex lui-même. — Il s'en faut cependant qu'elles existent invariable- ment sur toutes les cassures qui offrent, ce semble, les mêmes couleur et consistance de pâte : cela doit dépendre, ou d'une qualité essentielle de pâte que je ne sais pas apprécier, ou des circonstances accidentelles du gisement. En un mot, ce phénomène et ses variations sont, en eux- mêmes , du ressort de la minéralogie et de la chimie : je ne suis ni chi- miste, ni minéralogiste, et c'est à ces deux classes de savants, seuls compétents en cette matière , que je dois en renvoyer l'étude et l'appré- ciation intrinsèques; ce n'est qu'au nom de la géologie et de l'archéologie que je puis soutenir le débat. (1) L'incolore et le blanc sont deux choses fort différentes, ainsi que je crois l'avoir montré ailleurs (Actes de V Académie de Bordeaux, 1851 , 2» trimestre, p. 172 et suiv. ). — En ce qui concerne les silex de la craie (les seuls dont il fût question ce jour-là, M. le M is de Vibraye me faisait l'honneur de me dire, à leur sujet : « Je ne connais pas de silex blancs , et je ne crois pas qu'il en existe. » Cette parole me surprit, accoutumé que je suis à en voir un nombre incalculable, même en frag- ments assez gros. Mais en réfléchissant, en me souvenant , en revoyant les lieux et cassant ces silex , je n'ai pas tardé à reconnaîtreJa parfaite vérité de l'opinion du savant académicien. Les silex prennent souvent , jusques dans une épaisseur considé- rable , une blancheur mate qui les fait ressembler à de la faïence ; mais ce sont uni- quement les fî'agmenls qui se montrent revêtus de cette couleur : si l'on brise un rognon de silex dans son état d'intègrilé , on est toujours sûr que le centre du moins aura conservé la coloration primitive propre à la qualité de silex à laquelle appar- tient ce rognon. ( 221 ) J'ai donc à me demander, à ces deux points de vue , quelles sont la signification scientifique et la valeur de ce phénomène , dans la ques- tion qui nous occupe. 5) Croûte naturelle des silex. Et d'abord, si l'on considère nos silex en général, leur surface peut offrir deux sortes d'altérations fort différentes et qu'il faut bien se garder de confondre , car l'une d'elles est absolument étrangère au sujet dont il s'agit. Je veux parler de l'altération primitive , naturelle des surfaces (toujours plus ou moins courbes) des rognons de silex gisant dans leur gangue : les silex noirs de la craie du nord de la France la font voir dans sa puissance la plus grande peut-être. Son degré suprême , c'est le quartz nectique , car alors le silex perd graduellement sa dureté, sa cohésion, et se réduit en une sorte de poudre. Son état moyen, ordi- naire, c'est une croûte dure et blanche, plus ou moins épaisse, se fon- dant plus ou moins, du côté extérieur, dans le calcaire qui constitue la gangue; c'est enfin, s'il m'est permis d'employer ce mot, un cas de métamorphisme au petit pied, ou du moins une imitation des effets du métamorphisme. Le nom d'écorce pourrait lui convenir, mais celui de croûte lui convient bien mieux encore , et ce n'est nullement cela que tM. de Chasteigner appelait patine. Cette croûte se trouve sur toîttes les pâles et toutes les couleurs des silex même pseudomorphiques de toutes les localités delà craie; et lorsque les surfaces qu'elle couvre coïncident avec la forme que l'ouvrier antique a voulu donner à l'instrument non poli qu'il façonnait, il a laissé cette croûte en place, et elle fait mainte- nant partie de la surface de celui-ci (haches, couteaux, traits , etc., du Périgord ; haches en silex d'un noir magnifique , envoyées par MM. Lar- tet et Cbiïsty (1) à M. de Gourgues). — Pour en finir avec cette croûte, je répète qu'elle existe sur tous les silex quelconques de la craie du Périgord, et toujours aussi, si je ne me trompe , sur nos meulières; mais je n'en ai pas vu de traces (et cela me semble fort naturel) sur les quasi-silex (calcaires excessivement siliceux) du terrain d'eau douce auquel ces meulières sont associées. Laissons donc de côté la croûte qui ne nous importe en rien et sur le compte de laquelle tout le monde est d'accord , pour aborder l'étude de (1) Ce savant recommaudable est l'un des membres de la Société géologique de Londres. ( 222 ) cet autre ordre d'altérations qui n'appartient qu'aux cassures des rognons primitifs . et qu'on a nommé patine. Ces cassures peuvent être acciden- telles et fort anciennes (des époques géologiques même), ou artificielles (faites de la main de l'homme, et c'est par ce moyen qu'il opère la taille des silex) , ou enfin perfectionnées par le polissage. Les résultats de l'altération produite par ces diverses cassures sont de deux sortes , savoir : l'altération des surfaces taillées, sans pénétration , et l'altération des surfaces taillées ou non taillées, avec pénétration. 6) Suite de la première sorte de patine. Cette dernière sorte — dont j'achèverai en premier lieu la description, — est celle dont il vient d'être question et à laquelle M. de Chasteigner a appliqué le nom de patine en nous présentant le couteau de Monsagou qui nous a donné , pour la première fois , l'occasion de reconnaître son existence. Je l'ai décrite comme « une pénétration régulière et égale du dehors au dedans, » qui borde la cassure, comme un ourlet sans épais- seur, au moyen d'un ruban teinté autrement que ne l'est la pâle du silex cassé. M. de Perthes a reconnu, treize ans peut-être et cinq ans au moins avant M. de Chasteigner, ce genre d'altération des cassures, car iP écrivait en 1857 (Antiquités cell. et anlédil., II, p. 51) : «Ces objets » portent la couleur du sable dans lequel ils ont été ensevelis , non- » seulement à l'extérieur , mais même dans une certaine épaisseur de » leur pâte, ce qu'on peut vérifier en les entaillant; » — et plus loin (ibid., p. 108) : « Quand on rompt les silex jaunis par le contact des » matières ferrugineuses , on s'aperçoit que la coloration a pénétré à » une certaine profondeur, un millimètre environ, mais que le centre » de la pierre est resté gris ou noirâtre. » Ceci est très-bien observé et très-précis , mais incomplet, car M. de Perthes omet de rapporter à la même altération un phénomène qui accompagne constamment celui-ci et auquel il assigne une autre origine lorsqu'il dit quelques lignes plus haut (ibid., p. 108) : « Les haches » qui ont séjourné dans les terres argileuses~sont devenues blanches, au » point qu'on les croirait passées au feu. » On verra plus bas qu'il y a là quelque confusion, et que M. de Perthes a assimilé à un certain point de vue (celui de la cassure) l'altération à la fois externe et interne à l'altération purement externe qui constitue l'autre sorte de patine (le ( 223 ) vernis des surfaces taillées), tandis qu'à un aulre point de vue (celui du vernis) il n'a point confondu ces deux accidents et accorde , par le fait , une bien plus grande importance au second qu'au premier. Par ces motifs, et pour rendre le débat plus clair, je désignerai la patine qui affecte à la fois la surface et la pâle de la cassure sous le nom de patine pénétrante, et celle qui est purement extérieure (le vernis luisant) sous le nom de patine superficielle ou tout simplement de vernis, puisque c'est le mot que M. de Perlhes a primitivement employé. Ces deux espèces me semblent avoir été véritablement confondues (du moins quant à leur signification) par quelques savants; et comme ils paraissent attacher une haute importance archéologique à la présence de la patine en général , il ne sera pas sans intérêt pour eux et même pour l'élucidation scientifique de la question , de les meltre à même de toucher au doigt et à Vœil (je puis le dire avec une exactitude parfaite- ment rigoureuse) les caractères qui distinguent les deux espèces. Elles n'ont pas été confondues à un certain point de vue, ai-je dit, par M. de Perthes , et nous en trouvons la preuve directe dans l'envoi qu'il a fait à M. de Gourgues de deux haches fort dissemblables d'aspect, mais de même gisement. Or , il dit précisément , dans son grand ouvrage, qu'il en existe de fort dissemblables , par leur apparence extérieure , de celles qui ont une belle patine, et qu'on ne peut les rapprocher de celles-ci que parce qu'on les trouve ensemble, — en d'autres termes, qu'il existe dans son diluvium des haches semblables à celles de l'époque la moins ancienne , et l'on ne peut les distinguer de celles de cette dernière époque que parce qu'on les trouve dans le même gisement que les haches revêtues de la belle patine luisante (lesquelles sont pour lui les plus anciennes). C'est ce qu'il reconnaît très-catégoriquement dans le passage suivant de son tome II, p. 65; — passage qui , pour le dire en passant, ne témoigne guère en faveur de ces caractères intrinsèques de forme et de couleur, dont il parle souvent ailleurs (p. 107 par exemple) et qui font, dit-il (p. HO) « qu'il ne s'y est plus trompé, après un peu » d'étude, quand il a rencontré les silex diluviens dans les tourbières et » les sépultures. » Voici le passage en question : « Avant de finir ce chapitre, je dois relever une erreur que j'ai com- » mise dans un premier exposé. J'y ai attribué aux Celtes , ou aux peu- » pies que j'ai désignés ainsi, plusieurs signes en silex qui appartiennent » réellement à la période antédiluvienne . Cette erreur vient de ce que » j'ai d'abord découvert ces morceaux dans les sépultures et les terrains ( 224 ) » celtiques; mais depuis, des objets absolument identiques, recueillis » dans les bancs diluviens, m'ont démontré que les premiers en prove- » venaient, et que citait dans ces bancs ou sur le sol qu'ils avaient été » trouvés par les Celtes et ramassés pour être déposés dans les lieux où » je les ai rencontrés. » Ce qu'il peut rester d'obscur dans cette citation, aux yeux des per- sonnes à qui la question ne serait pas familière, va être éclairé par une courte digression historique, à laquelle je dois me livrer avant de passer à la description de la deuxième sorte de patine. 7) Historique de la discussion. L'auteur de la nouvelle théorie alluviale , mon savant et bien ancien ami M. J. Boucher de Perthes, nomme historiques ou celtiques (en Picardie et par conséquent partout ailleurs) les instruments taillés qui demeurent privés de patine, — et antédiluviens ceux qui en sont revêtus et qui, recueillis en place à une^profondeur plus grande, proviennent, selon lui, d'une époque très-antérieure. Je n'entre ici dans aucun des détails de ce sujet d'études ; archéologues et géologues, tout le monde les connait aujourd'hui. Selon lui encore, les hommes qui ont taillé ces silex à patine ont vécu contemporains des grands mammifères éteints mainte- nant, et dont il retrouve les restes dans le dépôt qui contient ces silex. De nombreux géologues anglais et français , après une étude attentive et plusieurs fois répétée des gisements picards , ont adopté l'opinion de M. de Perthes , et ont déclaré reconnaître dans ces dépôts : 1° la con- temporanéité d'existence des grands mammifères et de l'homme ; 2° (par conséquent) la fusion en un seul et même dépôt de l'ancien diluvium des géologues (regardé jusqu'alors comme antérieur à l'apparition de l'homme sur la terre), et du déluge historique, dont les Livres saints et les traditions unanimes de tous les peuples ont conservé le souvenir (1). (1) D'autres savants — les savants suisses en particulier — n'ont pas accordé un assentiment aussi explicite, aussi complet, aux conclusions que M. de Perthes lire de ses recherches. M. le professeur Marcet, président de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, présentant;, en 1865, son Rapport sur les travaux de cette célèbre compagnie pendant l'année académique 1862-1863, s'exprime ainsi : « L'authenticité de la mâchoire humaine de Moulin-Quignon étant reconnue » incontestable , il reste à résoudre la question d'antiquité, c'est-à-dire à décider » quelle place devra occuper le dépôt de Moulin-Quignon dans la série des forma- » tions quaternaires et modernes. » ( 225 ) Tel est, je crois, aussi succinct et aussi fidèle que possible, l'histo- rique de la question; et pour le dire en passant, j'ai dû, malgré ma longue résistance et ma répugnance instinctive (partagée d'ailleurs par des savants recommandables) , m'incliner devant des faits ainsi solen- nellement proclamés. Cela renversait presque toutes les idées ancienne- ment accréditées ; une seule — et c'était V essentielle — restait debout : la découverte de M. de Perthes, en bonne logique , ne vieillissait nul- lement l'homme (comme on n'eût pas manqué de le déclarer vieilli si l'on eût trouvé ses ossements dans le calcaire grossier, ou dans le cal- caire jurassique où l'on a rencontré un Didelphe). Elle rapprochait seulement de nous la période d'existence des grands mammifères dont quelques espèces sont encore conservées, poils et chair, sous les glaces de la Sibérie ; elle supprimait ce diluvium anlé-hislorique , si ration- nellement admis par les géologues de l'école de Cuvier et de M. Elie de Beaumont comme transition entre l'époque géologique tertiaire où l'homme n'eût pas trouvé sur la terre les conditions nécessaires à sa vie, et l'époque quaternaire, actuelle, où ces grands mammifères éteints ne trouveraient plus celles qui furent nécessaires à leur existence. Mais un jour, au sein du premier corps scientifique du monde contem- porain , une voix grave et respectée de tous s'est fait entendre. Elle ne commande pas, il est vrai, la soumission absolue des convictions indi- viduelles ; car, pour être la voix du Prince de la géologie, elle n'en est pas moins celle d'un homme, et Dieu n'a point garanti à l'homme la possession assurée de la vérité dans les déductions qu'il croit pouvoir tirer des faits qu'il observe. Mais enfin , cette voix, c'était celle de M. Elie de Beaumont (ce nom dit tout), et ce grand maître déclarait ne reconnaître que des alluvions plus ou moins anciennes, dans les gisements picards qu'il a person- nellement connus lorsqu'il a pris sa part de la confection de la Carte géologique de France. Il déclarait , avec l'accent de ce respect sincère qu'il est si noble et si beau de voir les intelligences les plus hautes se porter mutuellement, — il déclarait s'en tenir à la ligne de démarcation tracée par Cuvier entre l'époque anté-humaine et l'apparition de l'homme sur la terre : « C'est l'œuvre du génie », s'écriait-il, « et il n'y faut pas » y toucher ! » Dès ce moment, les géologues ont pu, sans une outrecuidance mal- séante à tous ceux qui ne sont pas l'illustre auteur de la Chronologie des soulèvements, rentrer dans l'indépendance de leurs appréciations scien- ( 226 ) lifiques, restituer son rang d'ancienneté au diluvium géologique , et le distinguer des allumons contemporaines de l'homme. C'est avec joie et confiance que j'accueille cette sorte d'émancipation scientifique, désirée, attendue, et je dirais presque pressentie par des savants dont je tiens à grand honneur de recueillir avec sympathie les enseignements et de suivre du moins loin que je puis les traces. C'est dans cette voie que, rendu à la liberté de ma manière de voir person- nelle , j'ai conçu le plan de la présente étude , qui est le résumé de mes observations locales de près de quarante années. « La constatation de ce fait, — (la contemporanéité des animaux per- » dus), » disait Marcel de Serres, il y a quatre ans — « ne saurait suffire » pour faire attribuer à l'homme une antiquité plus grande que les faits » historiques ne semblent l'indiquer ; elle prouverait simplement que plu- » sieurs animaux d'espèces perdues sont moins anciens que les géolo- » gués ne l'avaient supposé jusqu'à présent. » (Paul de Rouville, Eloge historique de Marcl de Serres , prononcé à la rentrée des Facultés, en Novembre 1863, page 24). 8) Deuxième sorte de patine. Après cette digression , je me hâte d'en revenir à la description de la vraie patine de M. de Perthes (le vernis) prise sur deux échantillons magnifiques, étiquetés de sa main en qualité à'antédihwiens , et envoyés par lui à M. de Gourgues. — Ce sont des haches (qu'en Périgord nous appellerions plutôt des traits , à cause de leur forme plus aplatie et plus brusquement ramenée à la forme pointue du bout le moins large, que ne le sont nos haches non polies); le travail, c'est-à-dire l'enlèvement de la matière par éclats de moyenne grandeur, est le même que dans nos beaux instruments de même forme et de même taille. L'un de ces silex taillés est un silex d'eau douce analogue à ceux de la Beauce et à ceux de notre terrain d'eau douce du plateau d'Issigeac. II est complètement blanc en dedans comme en dehors , si ce n'est qu'il est sali dejaune, en dehors, par sa gangue sablonneuse, mais sans imbi- bilion ou pénétration quelconque et sans aucune modification de texture ; ' mais il présente à un faible degré, sur ses parties saillantes, le vernis sans épaisseur qui caractérise la belle patine de M. de Perthes II res- semble à tel point et de tout point à nos instruments en silex de la craie à Faujasia, que je l'ai cru de même nature, jusqu'au moment ou j'y ai opéré moi-même une cassure qui m'a fait voir sa pâte. Je ne m'y ( 227 ) arrêterai donc pas , el je prendrai pour type de la patine superficielle ou vernis, l'autre hache envoyée par M. de Perthes; ce type est complet et parfait. Il ne présente point, comme dans la patine pénétrante une modifica- tion de couleur de la surface taillée ou cassée , — modification qui pénètre jusque dans la pâte et va parfois jusqu'à s'étendre à la conlex- lure de la partie altérée de la dite pâle, — modification enfin qui en- toure la cassure naturelle ou artificielle d'une sorte de ruban continu el se distinguant, par sa couleur, du centre de la pâte. Non , encore une fois , ce n'est point cela ! La patine de M. de Perthes est un simple vernis extérieur, transparent , sans épaisseur et sans pé~, nélralion appréciables. Ce vernis, sorte de polissage non prémédité, qui rend la surface miroitante , est presque comparable à l'aspect obtenu en frottant d'huile une pierre à grain fin, ou mieux encore en frottant de cire un bois dur, un parquet par exemple. Ce vernis prend une teinte jaunâtre (due aux sables ferrugineux de la gangue), ou une teinte bleuâtre , selon l'espèce du silex qui en est revêtu. Lorsque la pâte du silex est naturellement blanche ( hache en silex d'eau douce blanc , étiquetée antédiluvienne par M. de Perthes), la teinte jaunâtre sur fond blanc est uniforme, et elle est la même sur les portions à pâte blanche des silex colorés (silex brunâtre translucide que je crois aussi d'eau douce [meulière] , dont sont formées l'autre hache étiquetée antédilu- vienne par M. de Perthes , ainsi que l'une des deux envoyées par M. Christy). Mais ce silex brunâtre de M. de Perthes change de couleur externe sous l'influence du vernis; il devient blanc-bleuâtre, laiteux, et réellement bleu en certains endroits , au point de rappeler la teinte extérieure du silex ménilite de Ménilmontanl. Cet effet ne se produit pas sur la hache envoyée par M. Christy, parce que celle-ci est en silex marin brun-rougeàtre, opaque et non translucide, mêlé de portions de pâte naturellement blanches, comme ses cassures antiques en font foi. Le vernis est aussi visible sur cette hache que sur celle de M. de Perlhes, mais son aspect est moins luisant et frappe moins l'observateur, parce qu'il n'y a pas , dans la pâte , de parties susceptibles de changer de cou- leur. Pour celle-ci comme pour la première, donc, tout le phénomène se réduit à un jeu de lumière dépendant de la qualité du silex sous- jacent : il n'y a nulle modification de la substance du silex, nul change- ment de grain dans la pâte , nulle épaisseur, je le répète, dans la modi- fication ; par conséquent , il n'existe aucune trace de quasi-mélamor- Tome XXV, 10 ( 228 ) phisme. Quand le silex. est opaque, il demeure opaque : c'est le cas des silex rougeâlre el blanc que je viens de citer. Quand il est translucide , le jeu de lumière le fait changer de couleur externe; de gris-brunâtre, par exemple, il devient bleu. 9) Importance contestée de la patine. Est-ce là une chose digne de remarque? Un long séjour soit à l'air, soit dans l'eau , soit dans la tourbe ou dans un sol terreux quelconque , n'aura-t-il pas la puissance de modifier l'apparence purement extérieure d'une substance aussi dure, aussi compacte, aussi fine de pâle que le sont les silex? J'en appelle à tous ceux qui ont plongé une hydrophane opaque (sèche) dans un verre d'eau, et qui, quelques instants après, l'en ont retirée transparente, et qui ont recommencé vingt fois le même manège avec le même résultat. Qu'est-ce, auprès de cela, que la modi- fication dont je viens de faire connaître les seuls résultats appréciables? Il semble qu'ici j'aurais dû reproduire textuellement la description donnée par M. de Perthes de son vernis , afin de ne pas courir la chance de dénaturer, même involontairement, sa pensée au profit de mon opi- nion. On a vu que je ne recule guère devant ce danger; et cependant, je me vois forcé de battre en retraite, en présence d'un passage (t. II, p. 110 et 111) où l'auteur semble réserver le vernis (qu'il décrit avec une admirable exactitude, mais qu'il explique d'une manière qui n'est absolument que brillante et poétique) pour les instruments antédiluviens qui ont séjourné longtemps sur le sol. Et pourtant , il envoie à M. de Gourgues trois pièces qui en sont revêtues à deux degrés différents : La première est la hache blanche en silex d'eau douce; mais, n'ad- mettant guère que des différences de couleur et non de nature entre les divers silex , il a dû ne pas se douter que celui-ci est blanc à l'intérieur, et le rapporter aux haches que leur séjour dam l'argile diluvienne rend blanches à l'extérieur el comme passées au feu (p. 108); son vernis est très-faible, mais elle en a. La deuxième est le magnifique spécimen, fortement vernissé, sur lequel j'ai décrit le type de la belle patine de l'auteur, et il n'est point dit qu'il soit ramassé sur le sol, tandis que cette circonstance est spéci- fiée sur la troisième pièce (silex non taillé) , qui est presque aussi ver- nissée que la précédente, et au moins autant que celle de M. Christy. La forme des trois haches n'est pas absolument identique ; elle est moins épaisse et plus effilée dans la blanche, plus massive et moins finement ( 229 ) profilée dans les deux autres. Nous avons dû croire que les deux haches de M. de Perlhes proviennent des bancs diluviens, argileux pour la blan- che, sablonneux pour la bleue. Autrement, à quoi aurait servi le silex bleu non taillé, s'il n'était pas destiné à montrer que, sorti du même gisement primitif, il avait conservé, à l'air, la même apparence que la hache avait acquise dans ce sable, en vertu d'une des deux explications poétiques dont je parlais tout-à-1'heure? Or, cette explication est décla- rée appartenir aussi au cas particulier de l'enfouissement (fin de la page 111 et commencement de la page 112). Il faut le reconnaître , tout cela est si peu rigoureux , — il y a si peu de concordance constante entre divers passages du vaste ouvrage de M. de Perthes , — entre divers articles de journaux , — et les envois en nature, que j'ai cru devoir, pour traiter la question scientifiquement, m'en tenir non aux mots mais aux objets eux-mêmes , pour décrire deux choses réellement existantes mais réellement différentes : — la patine péné- trante et le vernis superficiel- 10) Conclusions, relativement à la patine. Elles existent, dis-je , donc , elles avaient droit à être décrites : c'est ce que j'ai fait. On leur a attribué une grande importance , d'où naît le droit de dis- cuter cette importance , et c'est ce que j'ai fait aussi pour la première espèce. Je vais achever de le faire pour la seconde , et je fais observer d'abord que toutes deux chemineront côte à côte jusqu'au bout de cette discussion, car nous avons en Périgord le vernis superficiel, tout comme la patine pénétrante. Comme cette dernière , le vernis n'affecte pas tous les silex d'une même qualité; mais quand il existe, son poli cireux égale, non entière- ment mais à peu de chose près , l'éclat reluisant de la plus belle hache envoyée par M. de Perlhes , et dépasse parfois de beaucoup celui de sa hache blanche et celui de la hache rougeâlre de M. Christy. Les teintes blanc- bleuâtre et bleue manquent ou ne se montrent que très-faiblement sur certaines veines, dans les échantillons que nous avons sous les yeux; mais cela n'est pas étonnant, car nos silex fortement colorés sont marins, de la craie , et j'ai dit que la belle hache de M. de Perthes et son silex non taillé — tous deux provenant selon lui , du diluvium , — sont d'eau, douce (je le crois du moins) et par conséquent d'une pâte différente. J'ajoute que nos silex à vernis, sont authentiques en tant que tels , ( 230 ) car M, de Perthes écrivait à M. de Gourgues, le 4- Mai 4858 : « Parmi » ceux que vous m'avez envoyés , il en est un qui provient certainement » du diluvium, bien qu'il ait été longtemps sur le sol; je l'ai reconnu à » la forme et à la couleur ». En présence du nombre et de l'infinie variété de formes que nous rencontrons en Périgord , je ne saurais me rendre compte de ce que M. de Perthes peut trouver de caractéristique dans la forme. Nous ne jouissons pas même du privilège qu'il possède de distinguer les silex par le gisement , comme il est dans l'usage de le faire quand ils ne présentent aucun autre caractère différentiel, puisque les nôtres n'ont d'autre gisement que le sol remanié de main d'homme. « C'est votre faute, » nous dira-t-on ; « cherchez des gisements... » Peut-être en existe-t-il ; nous ne pouvons jurer du contraire ; mais il faut avouer que nous aurions, dans ce cas, vraiment joué de malheur!.... On en jugera peut- être ainsi, en présence des études locales de plus de trente années, dont nous condensons les résultats dans ce travail. « Mais, » dira M. de Perthes, « vos silex du diluvium remanié viennent » se mêler dans le sol à vos silex celtiques ; et puisque M. de Chasteigner » vous montre, lui aussi, une patine dans vos couteaux de Monsagou, » vos couteaux de Monsagou viennent du diluvium ». «Non! » répondra M. de Chasteigner; « ce sont bien certainement » des couteaux celtiques ! » — car M. de Chasteigner les a récoltés lui-même , en tel nombre et avec un tel accompagnement iï éclats obtenus en détachant les couteaux des masses desquelles la percussion les a tirés, et de ces masses elles-mêmes , qu'il n'a pu méconnaître à Monsagou l'existence d'un lieu de fabrique. Et , — chose bien curieuse , inattendue peut-être ! — il y a une autre personne qui répondra non ! comme l'aura fait M. de Chasteigner ; et cette personne n'est autre que M. de Perthes lui-même ! En effet , M. de Perthes ne croit pas , lui , aux lieux de fabrique pour les instruments post diluviens ; il s'en est expliqué fort clairement dans une lettre à M. de Gourgues (1), par laquelle il lui fait connaître comment (i) Dans la lettre déjà citée, du 4 Mai 1858, M. de Perthes s'exprime ainsi, eu parlant des silex qu'il nomme antédiluviens : « Silex taillés, vierges, c'est-à-dire » n'ayant pas été ramassés sur le sol, mais extraits par moi-même du diluvium, des )' sépultures ou des tourbières , et souvent à des profondeurs considérables : il est jj facile de les distinguer de ceux qui ont été exposés à l'air. Tel silex taillé et enfoui ( 231 ) les amas d'instruments et d'éclats se sont formés par le fait des honneurs funéraires rendus aux morts par les passants, qui accroissaient pieuse- ment la masse de leurs tombeaux en y amoncelant des instruments façonnés sur place et sans beaucoup de soin, au moyen des pierres qu'ils ramassaient sur le sol. Celle louchante coutume existait-elle également chez les peuples antédiluviens et postdiluviens? M. de Perthes n'élève pas le plus léger doute à cet égard. Séparés par un nombre de siècles «impossible à calculer, » ou seulement par l'espace « d'une année» (durée assignée par Moïse au déluge historique), ces peuples ont conservé une identité telle dans leurs us et coutumes (à l'exception d'un » immédiatement dans une sépulture , après des milliers d'années parait aussi frais » que s'il avait été ouvré une heure avant. La plupart de ces silex ouvrés qu'on » trouve par centaines autour des vases cinéraires , étaient des ex-volo. Chaque » guerrier ou chaque passant en jetait , dans la fosse ou le champ consacré , un ou » plusieurs qu'il taillait lui-même ou faisait tailler à la hâte. De là le nombre de ces » haches ébauchées , de ces couteaux grossiers et autres formes déterminées par » l'usage. Les chefs seuls consacraient au mort ou au dieu du lieu des haches polies, » mais celles-là étaient enterrées avec cérémonie , perpendiculairement , et ordipai- » remenl trois ensemble. J'en ai plusieurs fois trouvé ainsi réunies au milieu d'une » masse incroyable de silex ébauchés. » On s'étonnerait à bon droit d'entendre M. de Perthes parler de vases cinéraires (qui supposent Vuslion des corps) à propos de silex antédiluviens, lorsqu'on sait que les poteries celtiques , gauloises même si l'on veut , sont déjà si peu communes ! Mais il est évident que les deux époques sont un peu confondues dans cette rédaction épistolaire et peut-être précipitée. Pour dégager la véritable pensée de l'auteur , il est nécessaire de recourir , dans la même lettre , à l'alinéa qui précède celui-ci et qui est ainsi conçu : « J'ai divisé ma collection en deux parts (en outre des échantillons d'origine » douteuse et de ce;;x qui n'ont pas été trouvés dans leur gisement primitif), savoir : » l u ceux qui ont été recueillis dans les toui bières et les sépultures celtiques, à la » place même où ils ont été enterrés ou déposés par les Celtes ; — et 2« , ceux qui , » entraînés par le torrent diluvien avec les cadavres des animaux de l'époque , se » trouvent au milieu de leurs débris et des autres silex ou blocs erratiques roulés par » les eaux. C'est là qu'ils reposent depuis un temps qu'on ne peut calculer ; c'est m dans ces bancs de diluvium , qu'on peut au premier coup-d'œil reconnaître pour le » terrain vierge et mis au jour pour la première fois depuis le cataclysme diluvien. » Au moyen de cette explication , la distinction établie par l'auteur devient parfaite- ment claire entre les deux natures de dépôts. Le rit des ex-voto dont il est question ci-dessus , fait le sujet du dernier tiers d'une page des Antiquités celtiques et anté- diluviennes de M. de Perthes (t. II, page 29; 1857. ) M. le D r Ferd. Keller , premier promoteur des recherches sur les habitations lacus- ( 232 ) peu de progrès dans l'art et de l'invention du polissage des haches [1]), que les Celtes empruntaient à leurs devanciers les signes d'hommage dont ceux-ci avaient honoré leurs dieux ou leurs morts, pour les employer à leur tour à un usage pareil. Je n'ai point à discuter l'authenticité de cette histoire d'un peuple que je ne connais pas ; elle demeure tout entière à la charge de M. de Per- thes. Mais comme le déluge historique, dont il réunit ici l'époque à celle du diluvium, est survenu nécessairement après les hommes antédilu- viens , il s'ensuit invinciblement que ce grand cataclysme n'aurait pas laissé réunis, dans un espace aussi étroitement limité que la vigne de Monsagou , et sans les enfouir dans un dépôt clysmien bien facile à reconnaître comme non remanié, ces masses, ces couteaux taillés bien plus nombreux, ces éclats innombrables.... Tout eût été dispersé! Donc, M. de Perthes répondra nécessairement comme M. de Chasteigner : « Non ! ce sont bien certainement des couteaux celtiques, et ce ne peut » être des couteaux antédiluviens ! » La Géologie viendra en troisième lieu et, d'accord sur ces faits et sur leurs déductions logiques avec M. de Perthes et avec M. de Chasteigner, elle répondra à la fois à M. de Perthes , à M. de Chasteigner et à la ques- tion que je me suis posée en ces termes : « Quelles sont la signification » scientifique et la valeur de la patine, dans le sujet qui nous occupe ?» — La Géologie, dis-je , répondra : «La patine, soit de l'une soit de » l'autre de ses deux espèces , ne suffit pas pour assurer une date anté- ires {Remarques critiques sur l'ouvrage de M. Troyon, in Bull, monumental, 1863, t. XXIX. 8e livr., p. 792), professe une opiuion entièrement analogue à la nôtre sur la non- dis Une lion des races d'hommes auxquelles on doit attribuer les instruments divers et plus ou moins anciens , dus à l'industrie de ces temps reculés : « Relativement au nom et à la détermination ethnographique du peuple qui y s'est d'abord servi d'instruments en pierre et que pour cette raison on considère » comme autochtone, on peut lui refuser toute parenté avec les Celtes ou » bien encore lui reconnaître des rapports avec la race découverte par M. Boucher de » Perthes. Ce qui est hors de doute , c'est que ce peuple primitif ne se distingue de » celui qui plus tard posséda les métaux , ni par ses aptitudes , ni par son genre de » vie , ni par son industrie. Le phénomène tout -entier des habitations lacustres , » depuis son origine jusqu'à sa fin , indique de la mauière la plus évidente un déve- » loppement graduel et paisible. » — Cette opinion du savant zuricois me semble , je le répète, complètement applicable aux phases diverses de l'âge de la pierre. (1) « Les haches diluviennes ne sont jamais polies. » {Anliq. celt. et anlcdilnv* I. II, p. 108.) ( 233 ) » diluvienne à un silex taillé , car elle ne fait pas distinguer, par sa seule » présence, un instrument antédiluvien d'un instrument posldiluvien. » Donc , dans la question dont il s'agit, la signification scientifique et la » valeur de la patine sont nulles. » 11) Résumé. Voilà une discussion longue et compliquée de nombreux détails : je crois devoir la résumer dans une analyse très-contractée et sous une forme pour ainsi dire synoptique, sans suivre l'ordre que j'ai adopté pour l'exposition des matières. En 1847, sous l'initiative de M. de Perthes qui réunit le déluge histo- rique au diluvium géologique, on a essayé de diviser les silex ouvrés en antédiluviens et posldiluviens ou celtiques. Cette distinction ne repose ni sur la forme ni sur le travail , mais principalement sur le gisement des silex dans deux dépôts dont l'un est superposé à l'autre, et secondairement sur l'altération qui se montre à la surface de ces silex : on nomme cette altération patine. Il existe deux sortes d'altérations de ces surfaces : l'une purement ex- térieure (vernis, ou patine superficielle); l'autre à la fois extérieure et intérieure (patine pénétrante). Si la patine avait pour cause son antiquité antédiluvienne, on la re- trouverait identique sur tous les silex dits antédiluviens (sur ceux du moins de même qualité), et on ne la retrouverait pas sur les silex post- diluviens. Or, il n'en est pas ainsi : la patine manque ou existe indiffé- remment sur les deux classes de silex ouvrés , et aussi sur les cassures qui ne sont pas dues à la taille, mais accidentelles , et cela selon que la qualité des silex le permet. Quand bien même on se refuserait à admettre les preuves ci-dessus, tirées des silex en eux-mêmes, il serait impossible d'échapper à celle-ci tirée de Tordre historique, à savoir que la patine pénétrante existe sur une hache polie et par conséquent celtique , postdiluvienne de l'aveu de tous. Toutes les qualités ou natures de silex ne sont pas susceptibles d'être affectées de patine, et, comme M. de Perthes l'a fort bien reconnu lui- même , elle est souvent soumise à l'influence de la gangue qui l'a enve- loppée. Donc, la distinction entre les silex taillés antédiluviens et posldiluviens sous le rapport de la patine, ne repose sur aucun fondement solide. ( 234 ) Il n'est nullement prouvé qu'elle en ait davantage sous le rapport de la superposition des deux dépôts où l'on trouve les silex , puisque ces deux dépôts sont également rapportés à l'époque posldiluvienne ( pure- ment alluviale) par plusieurs géologues, et entr'autres par M. Élie de Beaumont. 12) Le Déluge historique. Après cette étude , trop longue peut-être , de la question des silex ouvrés, j'en voudrais élargir le champ , en la rattachant à l'une des faces de la question diluvialeen elle-même; mais je serai très-sommaire dans l'exposition de mes idées à ce sujet. Je regarde comme démontré par la science, que le diluvium des géo- logues , le vrai diluvium, a mis fin à un ordre de choses trop différent de leur ordre actuel , pour qu'on puisse faire remonter jusques avant lui les conditions actuelles de la vie humaine sur la terre , et par consé- quent l'existence de l'homme Je crois que les phénomènes physiques, chimiques , géologiques d'immense puissance qui ont précédé notre épo- que quaternaire actuelle, ont pris fin depuis un temps plus ou moins voisin de l'apparition de l'homme sur la terre, et sont au repos depuis le diluvium. Cette différence extrême entre les intensités des actions physiques et chimiques , et par conséquent entre les résultats des phénomènes géo- logiques aux diverses époques de l'existence de notre planète , me semble une chose absolument démontrée par les faits, bien que des géologues célèbres (Sir Ch. Lyell entre autres) aient cru pouvoir expliquer ceux- ci par l'action continue des causes actuelles. De nos jours _, il est vrai . il se fait des dépôts plus ou moins pierreux, des soulèvements légers et lents, des éruptions de matières solides, des envahissements de la mer, des écroulements, des ravins, des inondations, des changements dans le cours des rivières , etc. Mais, en tout cela, quoi de comparable aux phénomènes des époques dites géologiques, des dépôts de formations sédimentaires, du métamorphisme des roches, de l'émersion des terrains ignés de toutes sortes? Tout cela peut se montrer de nouveau, sans doute, car le feu central est toujours là; mais toutes ces causes physi- ques et chimiques sont au repos, encore une fois, depuis que l'état de la terre a été approprié aux conditions nécessaires à l'existence de l'homme. Les grands mammifères éteints, nous ne pouvons affirmer, à la seule vue de leurs dépouilles, qu'ils ne pourraient plus exister dans ( 235 ) les conditions actuelles; mais V homme , nous le connaissons, lui ; nous savons qu'il ne pourrait exister sous l'empire d'autres conditions de milieu , car il n'a pas plus changé que les autres animaux n'ont changé pendant leur période d'existence. Ce sont là des faits et des déductions qui ont, à bon droit, cours dans la science. Oserai-je m'appuyer sur eux pour exprimer une opinion — c'est, une pure hypothèse , je le dis bien haut, — qui me semble être un corollaire légitime, ou du moins raisonnable , de ces faits acquis, de ces déductions accréditées? Il y a eu un déluge historique : tous les peuples l'attestent par leurs traditions; donc, au point de vue de la critique historique, c'est un fait I Je ne veux pas laisser échapper une parole irritante, là où j'ai , Dieu merci , assez de faits purement scientifiques pour appuyer mon hypo- thèse , sans appeler à son secours des considérations d'un autre ordre; et d'ailleurs, s'il est des savants qui ne veulent pas entendre parler du déluge sous l'épitbète mosaïque, il en est qui trouvent fort rationnel de s'en occuper, pourvu qu'on le place sous la raison sociale Deucalion , Yao et O Le déluge historique, donc, est pour tous un fait (1) ! mais il n'est pas le seul dans l'histoire géologique du globe. Plusieurs époques ont eu le leur : il est donc d'une saine raison scientiiique de penser qu'il a été marqué par les caractères propres à son époque. Il a été grand , puissant, universel , soit ! mais cela n'empêche pas qu'il n'ait conservé ces carac- tères essentiels. Et d'abord, il est de ['époque actuelle , puisqu'il y avait alors des hommes , et les conditions d'existence étaient les mêmes pour eux que pour nous. Les bouleversements antérieurs à notre époque avaient mis le globe en l'état où nous le voyons, et les grands phéno- mènes géologiques étaient au repos comme aujourd'hui. Les terrains tertiaires étaient complétés ; les volcans d'Auvergne eux-mêmes , les plus jeunes de ceux qui ne brûlent plus à l'extérieur, avaient clos la série de ces grandes convulsions Le diluvium (des géologues de l'école de Cuvier) avait, depuis plus ou moins longtemps, continué le creusement de nos primitives vallées à pentes douces , et le globe avait joui d'un repos qui n'avait pas encore permis la dislocation des volcans d'Auvergne, car nous ne trouvons aucun de leurs produits dans le dépôt que je regarde comme le vrai diluvium. (1) D'après M. Élic de Bcaumont, ce déluge historique aurait eu lieu à l'époque du soulèvement de la Cordillière des Andes- ( 236 ) 13 ) Traces du Déluge historique dans la vallée de la Dordogne Qu'on me pardonne d'introduire ici des désignalions locales! L'unique but que je poursuis dans l'exposition de cette hypothèse , c'est de recher- cher et de distinguer, d'une manière que la science puisse trouver accep- table , les traces que doit avoir laissées , dans la région que j'étudie, le déluge historique. C'est un choix à faire parmi nos terrains clysmiens et élastiques. Dès le début de cette étude, j'ai mis hors de cause le diluvimn des géologues , parce qu'il ne contient pas de débris de roches volcaniques; c'est donc parmi les alluvions qu'il me reste à faire ce choix. Le premier lit de la Dordogne aurait ainsi , selon moi , reçu le dilu- vimn géologique qui subsiste encore sur nos plateaux et sur les parties hautes de leurs pentes. Le deuxième lit de ce fleuve aurait reçu le dépôt du déluge historique ; — alluvion très-ancienne caractérisée par la présence de nombreux dé- bris de roches ignées de l'Auvergne. C'est donc là, selon l'hypothèse que que je présente , qu'on pourrait rencontrer des produits de l'industrie humaine; et si la distinction établie entre le diluvimn géologique et les alluvions est réelle , on ne pourrait trouver dans le deuxième lit , avec ces débris de l'industrie, que des débris d'animaux éteints arrachés au premier lit dans lequel ils auraient eu leur gisement normal, ou des débris d'animaux éteints aujourd'hui , mais qui ont pu coexister avec l'homme. Le troisième lit (actuel) de la Dordogne, aurait eu son creusement commencé par l'écoulement des eaux du déluge historique : son alluvion, je l'ai déjà dit, se fait et se défait chaque jour dans le canal monolithe que le fleuve, successivement et si fortement réduit, creuse et aggrandit sans intermittence depuis quatre à cinq mille ans ; et en vérité, quand je considère les rigoles que creusent, dans nos ravins de craie, des filets d'eau qui ne fonctionnent que pendant les orages, et dont j'observe depuis trente ans les progrès , cet espace de quarante à cinquante siècles me semble bien suffisant , — les éboulements des falaises aidant, — pour amener ce canal monolithe à l'état où rrous le voyons aujourd'hui charrier des roches de toute nature, y compris les roches ignées sembla- bles à celles qui abondent dans le deuxième lit. Il n'y a donc pas eu changement d'époque géologique entre ces deux étages dont l'ensemble forme encore une épaisseur d'une quinzaine ou ( 237 ) d'une vingtaine de mèlres, selon les rétrécissements ou les élargisse- ments locaux. Il y a eu au contraire un changement d'époque géologique lors du dépôt du diluvium géologique, puisque celui-ci a mis fin à tou- tes celles qui l'ont précédé. Aussi , des caractères d'un ordre supérieur le distinguent du déluge historique, et des caractères plus tranchés en- core les distinguent tous deux des cataclysmes qui appartiennent aux époques géologiques antérieures au vrai diluvium. Le diluvium, allié ou non au phénomène glaciaire, n'a pas modifié profondément la forme des continents, puisque son dépôt meuble existe encore , dans son état primitif, à leur surface. C'est lui qui a établi et inauguré le régime actuel , et les modifications les plus importantes qui l'ont accompagné ont dû porter sur la climature , qui a eu pour suites l'extinction de certaines espèces d'animaux et de plantes, la création d'espèces nouvelles, enfin la création de l'homme. Le déluge historique , venu plus tard , a trouvé les choses dans cet état , et les y a laissées. Il n'a donc pas opéré de changements compara- bles aux changements précédents. Il a été universel, les Livres saints et et les traditions universelles des peuples s'accordent à le dire : mais, malgré son étendue et sa violence , il a dû n'opérer qu'un lavage général superficiel, et sa gravité caladysmique, si j'ose employer cette expression, a dû être bien au-dessous de celle des bouleversements géologiques, car Y homme existait avant lui, et l'homme existe encore. « Puisque vous avez osé, » me dira-t-on, « proposer un choix entre » les diverses alluvions pour en rattacher une au déluge historique, pro- » duisez vos preuves : montrez des ossements de mammifères éteints tirés » des dépôts que vous attribuez au diluvium. et des produits de l'industrie » humaine, extraits de ceux que vous attribuez au déluge historique. » Je ne puis , malheureusement, faire ni l'un ni l'autre. J'ai déjà dit que nous n'avons jamais trouvé en place, au-dessous de l'épaisseur du sol arable, des silex taillés. J'ai vu une défense d'éléphant bien com- plète et encore partiellement engagée dans sa gangue de terre rougeàtre et de menus cailloux ; elle a été brisée , et je n'en conserve plus que les fragments; elle a été trouvée à 6 ou 7 mètres de profondeur, en février 1840, dans la commune de Monsac. J'ai vu aussi une molaire d'élé- phant, trouvée en Périgord assurément , mais je ne connais pas sa loca- lité précise. En un mot, la permanence des restes du dépôt sur les sommités, et l'absence des débris de roches ignées ont seuls déterminé mon choix pour l'application du nom de diluvium. ( 238 ) Cependant, quelque affligé que je sois de ne pouvoir corroborer ce choix par les preuves matérielles auxquelles on est dans l'usage d'ac- corder le plus de confiance, je suis heureux du moins de trouver, dans les écrits d'hommes très-autorisés , l'expression d'une opinion absolu- ment identique à la mienne sur l'inanité scientifigue de toute cette fan- tasmagorie d'antiquité dont on s'efforce de parer l'espèce humaine. 14) Témoignage de quelques savants à l'appui des discussions ci-dessus. Le savant auteur des Habitations lacustres , M. Frédéric Troyon , de Lausanne, écrivait en 1860 (page 44) : « Pour éviter toute méprise , il » est donc bien entendu que l'âge de la pierre , dont on retrouve les » restes dans les lacs et dans les tombeaux , est envisagé, dans ce tra- » vail , comme postérieur au déluge mentionné par Moïse. t> — Plus loin (page 85), il rapproche des faits lacustres « quelques-unes des » découvertes remarquables faites par M. Boucher de Perthes . sur les » bords de la Somme. Telle est, dit-il , l'opinion de M. Ch. Petersen , » professeur à Hambourg, qui écrivait , le 27 octobre 4858 : On est sûr » de reconnaître les constructions sur pilotis dans les faits énigmatiques » des environs d'Amiens , où les bardeaux des toits étaient même conser- » vés, ainsi qu'un fragment de planche. » Il est juste d'ajouter que celte dernière partie de la citation se rapporte à l'âge celtique de M. de Perthes , qui n'a jamais annoncé qu'il se trouvât encore des bardeaux et des planches dans ses bancs antédiluviens ; mais pour mettre hors de doute l'opinion de M. Troyon sur la nature également postdiluvienne des deux étages de M. de Perihes, il suffit de transcrire la phrase suivante des Habitalioîis lacustres (p. 4 69) : « On a vu qu'une » partie des découvertes faites le long du lit de la Somme et surtout dans » les environs d'Abbeville, paraissent se rattacher à ce genre d'habitation, » mais on ne peut affirmer si l'usage de vivre sur les bassins d'eau de la » Picardie s'est poursuivi dans la deuxième période » ( l'âge de bronze » de M. Troyon ; l'âge celtique de M. de Perthes). Écoutons maintenant M. Larlet , au nom duquel ses brillantes décou- vertes ont donné, en France, un retentissement plus grand encore. Dans son mémoire sur la grotte d'Aurignac , lu à la Société Philomatique de Paris le 48 Mai 4861 , la contemporancilé « de l'Homme et des Hyènes , » du grand Ours des cavernes, du Rhinocéros, de plusieurs autre? ( 239 ) » espèces éteintes , si souvent qualifiées à' antédiluviennes, » est admise par lui comme résultant certainement des faits les plus évidents; et il n'y a nulle raison d'en douter pour des espèces si voisines des espèces actuellement vivantes, puisque nous savons que le Cervus megaceros , YUrus et tant d'autres quadrupèdes , le Dronle et YEpiornis de Mada- gascar , ont coexisté avec nous , puisqu'enfin le Renne habite encore les régions voisines du pôle. Cette extinction successive d'espèces paraît se continuer encore de nos jours , car il n'y a rien d'impossible à ce que la Genette qui est devenue si rare et les Vipères qui le sont encore trop peu en France , le Lion en Afrique, le Tigre de l'Inde et les Baleines de toutes les mers disparaissent à leur tour dans un petit nombre de siècles. A cette citation du résultat le plus saillant de ses laborieuses investi- gations, j'ajoute deux extraits de lettres écrites par M. Lartet à M. de Gourgues, relativement au sujet que j'ai traité dans ce chapitre : 1° 12 Avril 1862. — « Quant au vernis extérieur , signalé par M. de » Perthes comme caractéristique de l'ancienneté des silex taillés, je crois » qu'il dépend beaucoup de la composition minéralogique des couches » dans lesquelles les silex sont restés enfouis; comme une longue expo- » sition à l'alternance des divers agents atmosphériques donne également » aux silex exposés à la surface du sol , un vernis particulier. M. de » Perthes lui-même vient de trouver dans la craie broyée qui forme la » base des bancs qu'il appelle diluviens d'Abbeville, des silex, suivant » lui les plus anciens, et dont la couleur n'est nullement altérée, non » plus que la vivacité des angles que présentent les facettes de cassure , » à telles enseignes que l'on croirait qu'ils viennent d'être taillés tout » fraîchement « Lorsque je suis allé à Saint-Acheul , il y a trois ans , j'ai cru » m'apercevoir que l'altération et le vernis prétendu caractéristique se » montraient surtout dans les silex provenant d'une assise composée de » g.'aviers et de sables ferrugineux et roussâtres. » Cette dernière observation du célèbre géologue vient parfaitement à l'appui de l'attribution que je crois pouvoir faire à l'action du fer, de l'aspect ( fort différent de celui des silex taillés , mais aussi vernissé et et brillant au soleil ) en quelque sorte gras qu'offrent les silex dits rèsinoïdes, que nous trouvons dans le dépôt clysmien auquel j'applique le nom de vrai diluvium , et qui provenant originairement de nos meu- ( 240 ) lières et de divers étages de la craie, ont passé par la molasse où sont nos gisements ferrifères. 2° 28 Avril 1862. — « Les silex du diluvium d'Angleterre ne s'y sont » trouvés qu'en petit nombre jusqu'à ce jour. C'est à la surface seule- » ment que l'on y recueille des armes en pierre, le plus souvent sous » forme de tête de lance et de flèche « Une hache en silex taillé a été recueillie en 4-797 , par » M. Frère, â Hoxne en Suffolk, dans un gisement où elle était associée » à des débris d'Eléphant et d'autres grands mammifères. » Enfin, je ne puis mieux clore cette série de témoignages imposants , qu'en transcrivant une phrase insérée par M. Hébert dans ses Nouvelles observations relatives à la période quaternaire. {Bull, de la Soc. géolog. de Fr., 2 e sér., t. XXI, p. 481). L'éminent professeur s'exprime ainsi : « Le fait de l'existence d'un dépôt diluvien général (sic) postérieur au » dépôt des vallées à ossements d'Éléphants , ce fait établi par M. d'Ar- » chiac , confirmé par les observations de M. de Sénarmont, de Graves, » de M. Buteux , etc., me paraît conforme à la vérité et tout-à-fait » inattaquable. » SOMMAIRE DES DIVISIONS DU MEMOIRE Avertissement . 67 Chap. I. — La vallée de la Dordogne est une vallée à plusiurs étages. 69 II. — Le bassin hydrographique du Couzeau 81 111. — Descriptions (Observations préliminaires) 89 % 1. — Craie du 2 e étage (d'Arch.) 92 § 2. — Craie du 1« étage (Id.) 100 §3. — Appendice du 1 er étage (craie à Faujasia) 407 Faune des silex de cette craie 120 § 4. — Molasse (éocène'J 133 | 5. — Meulières, 1 £9 § 6. — Calcaire d'eau douce blanc 160 Discussion sur sa division proposée par M. Gosselet. . 163 %1. — Diluvium (1 er lit de la Dordogne) : A. — Observations préliminaires 176 B. — Généralités 178 C. — Description du diluvium proprement dit; faits appartenant au diluvium 182 D. — Description particulière du diluvium dans la con- trée décrite 184- Coupe du Trou de la terre au bois de Guinol 187 Coupe de la Peyrugue à Couze. ; 189 Route de Bergerac à Mussidan (diluvium gris) 198 § 8. — Alluvion ancienne (2 e lit de la Dordogne) 199 § 9. — Alluvion moderne (3c lit, actuel) 201 §10. —Alluvion des affluents 203 ( 242 ) Chai>. IV. — Le sol arable du bassin du Couzeau 204 V. — Silex taillés de main d'homme; questions diluviale etalluviale. 215 espèce indéterminée Grande espèce, hexagonale du côté postérieur. Les six côtes en admet- tent ensuite d'autres dans leur intervalle, et disparaissent vers le côté antérieur qui est lisse. Diastoma costellatum, Lamk.?, var, Bouche incomplète. La forme générale rapproche cependant évidem- ment cette coquille du D. costellatum; mais le dessin est ici plus accen- tué , les côtes sont plus droites et formées par quatre séries transverses de granulations à chaque tour. Pleurotoma Angeloli , Roua. furrilèlla Duvulii, Roua. Ancillaria nana, Roua. ? La marne bleue est surmontée par une roche jaune, sableuse, mi- cacée avec quelques moules de bivalves indéterminables , et Nummuliles planulala, Lamk. — granulosa, D'Arch. Orbitoides radians, D'Arch. qui achève de caractériser le gisement. Cette roche peut avoir une cer- taine épaisseur; car il m'a semblé qu'on la retrouvait encore avec les mêmes caractères, moins les fossiles , dans un chemin creux qui coupe le ruisseau à une certaine distance en amont de ce point. Tel est le faible affleurement qui représenterait ici la puissante for- mation nummulitique, mais qui, même isolé comme il m'a paru l'être et même en l'absence de fossiles plus nombreux , est cependant assez caractérisé par quelques espèces bien connues et spéciales pour qu'on ne puisse pas douter que ce ne soit ici un prolongement des marnes , après tout , assez voisines des environs de Pau. Quant aux terrains qui le recouvrent et qui forment la masse de la colline au pied de laquelle nous nous trouvons, ils appartiennent aux terrains tertiaires supé- rieurs : il y a donc ici une autre lacune géologique. En effet, si l'on remonte le petit vallon, on observe, autant du moins que le permet l'état des lieux, qui sont en nature de bois , tle prés ou de landes, et qui rendent l'observation difficile : ( 246 ) 2° Toujours sur la gauche du petit ruisseau et sur le penchant boisé du coteau, une grande marnière où l'on exploite des marnes panachées, jaunes et bleues, sans fossiles, immédiatement au-dessous des sables et argiles superficiels auxquels elles semblent liées. Ce sont ces marnes bigarrées que l'on exploite généralement pour l'agriculture dans les environs d'Orthez, ainsi que nous l'avons vu jusqu'à Mesplède et sur le versant des coteaux qui regarde la vallée du Luy. 3° En montant, on aperçoit sur le flanc de la colline couverte d'a- joncs des affleurements blanchâtres. Ce sont des calcaires marneux ou argilo-marneux , généralement blanchâtres, quelquefois gris ou zones, assez compactes , avec veinules , où je n'ai pas vu de fossiles et qui ont l'apparence d'un calcaire lacustre. 4° Enfin , au fond d'un petit vallon s-econdaire et d'une sorte de pro- fonde impasse où suintent quelques sources, à 30 ou 40 mètres et peut- être davantage au-dessous de la métairie du Parent, on rencontre les véritables « faluns bleus » signalés depuis longtemps aux environs d'Orihez, et qui se reconnaissent de suite à une foule d'espèces caracté- ristiques, parmi lesquelles je citerai seulement : Venus islandicoides , Agass. — subplicala, D'Orb. Cardium Mans, Brocc. Arca helvelica, May. — nnjliloides , Brocc. Peclen benediclus , Lamk. Ostrea crassissima, Lamk. Nalica olla, Serr. TurrUella vcrmicularis, Brocc. Pleurotoma calcarala, Grat. Cancellaria Westiana, Horn. Conus Mercali , Brocc. — maculosus, Grat., etc., etc. 5° Ce petit affleurement de quelques mitres est lui-même surmonté par la masse des sables et argiles du sommet, à la base desquels il forme un niveau d'eau. D'après ces seules observations qu'il aurait fallu étendre autour d'Or- thez plus que je n'ai pu le faire, on voit qu'il y a lieu de distinguer, ( ^247 ) comme je le disais, plusieurs étages dans les diverses marnières exploi- tées dans la contrée : Les marnes inférieures, très-bleues , très-fines, du bas des coteaux , presque au niveau du Gave , appartiennent incontestablement à l'étage nummulitique à Serpula spindœa et au niveau de Bos-d'Arros; nous avons cité quelques espèces qui ne laissent pas de doute à cet égard, et il y a lieu de soupçonner que quelques-uns des fossiles donnés par Graleloup comme provenant des « faluns bleus soulevés d'Orthez » , par exemple, les beaux Cériles figurés par lui (Allas, pi. 17, fîg. 1 et fig. 30) sous le nom de Cer. spinosiim et Cer. Orlhezianum , dont le faciès rappelle beaucoup les formes éocènes et aucunement celles du miocène supérieur, appartiennent à ce niveau et proviennent de ces marnières. Incontestablement aussi , les marnes du haut des vallons , marnes bleues, très-calcaires, très-coquillières , et celles-là seulement, appar- tiennent aux faluns bleus proprement dits, c'est-à-dire, au groupe du miocène supérieur. Elles paraissent être ici le prolongement extrême de ces dépôts bien connus qui affleurent dans la vallée du Luy, à Narosse, Mimbaste, Clermont , Ozourt, etc., et qui se sont formés sans doute dans un golfe ou bras de mer étroit et sinueux, entre les deux petits massifs crétacé et nummulitique de Saint-Sever d'un côté, et d'Orlhez- Peyrehorade de l'autre (1). Entre ces deux extrêmes, les calcaires blancs marneux qu'on observe à un niveau probablement inférieur à celui des faluns bleus , et qui ont l'apparence de calcaires lacustres , — et sans doute aussi les marnes panachées qu'on trouve plus bas, mais dont j'avoue n'avoir pas vu les relations avec ces calcaires , me semblent appartenir à la grande for- mation lacustre du Gers et de l'Armagnac qui supporte toujours vers l'Est la formation marine des faluns supérieurs et qui a été reconnue déjà par M. Jacquot s'étendre au moins jusqu'à Saint-Sever, sur l'Adour. Cependant, à l'égard de cette détermination géologique, je ne puis m'exprimer qu'avec réserve dans une élude aussi restreinte et aussi circonscrite que celle-ci. (1) Je remarquerai d'ailleurs, en passant , que sous le faciès général gris-bleuâtre de ces dépôts marneux rapportés en masse au miocène supérieur, il y a lieu sans doute aussi de distinguer deux étages , comme je l'ai observé récemment avec M. Ma- theron (Octobre 1863) à Mimbaste, où les marnières d'Arreyert reproduisent non pas la faune de Narosse, mais celle de Saint- Paul de Dax (mollusques et polypiers) qui dépasse par conséquent au Sud la vallée de l'Adour. ( 248 ) Pour en revenir à noire affleurement nummulilique , on voit, par ia situation géographique d'Orthez, que le gisement de Bos-d'Arros, si longtemps isolé et si éloigné de celui du Port-des-Basques récemment reconnu , se rattache déjà à ce dernier par ce point intermédiaire. Et c'est ici le lieu de rappeler qu'à l'orient de Bos-d'Arros, dans la vallée du Gave et même jusque dans celle de l'Adour près de Bagnères-de- Bigorre, M. Larlet a retrouvé et M. d'Archiac a signalé déjà (Bull, Soc. géol., l. XVI, p. 813) des affleurements nummulitiques qui semblent bien appartenir au même niveau (voir notamment les fossiles cités à Pontac, près d'Ossun). Mais il faut ajouter qu'en marchant vers l'Ouest on peut reconnaître encore cet horizon dans d'autres localités, près de Peyrehorade particulièrement. Ici l'affleurement n est pas isolé du reste de la formation nummulitique comme à Orthez; au contraire, c'est dans la masse de celte formation qu'il s'observe. La petite ville de Peyrehorade est en effet dominée par un système de collines fortement accidentées dont l'ensemble appartientàl'étage des calcaires et des marnes kNumm. perforala et Serp. spirulœa, et c'est sur le petit plateau où passe la route de Dax et particulièrement au sud de la croix de Pourlau , que s'observent les marnes fossilifères dont je veux parler et auxquelles j'ai déjà fait allusion dans un travail précédent. Ces marnes offrent d'abord en abondance la Serpula spirulœa el VOr- bitoïdes Forlisii et 0. sella; et avec ces fossiles caractéristiques, des mollusques assez nombreux, à en juger par les débris des coquilles , et parmi lesquels on reconnaît, avec des espèces spéciales, d'autres espèces communes aux divers gisements de la faune que nous poursuivons. Voici ce que j'y ai recueilli : Trochocyathus subundosus , D'Arch.? • Serpula spirulœa, Lamk. Serpula inscripta, D'Arch., var. Orbiloides Forlisii, D'Arch. — sella, D'Arch. Crassatella rugosa, D'Arch.? Petite espèce probablement figurée par M. d'Archiac sous le nom de Cypricardia ? rugosa. Crassatella. Espèce de taille moyenne. Fragments qui se rapportent peut-être à la C. compressa , Lmk. type. ( 249 ) Tellina , espèce indéterminée, fragment. Cytherœa, id. id. id. Corbis , id. id. id. Lucina. ^ Petite espèce plus large que haute, à lamelles concentriques, et cor- selet très-marqué. Cardita Barrandei , d'Arch., var. ? Variété à stries plus saillantes du côté postérieur. ? Pcclunculus. Petite espèce inéquilatérale dont l'extérieur ressemble tout-à-fait au Slalagmium aviculoides, d'Arch , mais dont la charnière ne semble pas offrir les caractères du genre. — Se trouve aussi au Port-des-Basques. Pectunculus , espèce indéterminée. Espèce orbiculaire de taille moyenne, remarquable par l'élégance de son ornementation, composée par environ dix-huit fines côtes principa- les rayonnant du sommet à la circonférence et portant une ou deux gra- nulations ou petites épines à l'intersection de chaque strie concentrique. Indiquée par M. Jacquot, au Port-des-Basques. Spondylus , fragments de deux espèces indéterminées. Pecten , id. Chaîna ruslicula , var. Roua. Dentalium tenuistriatum , Roua. Denlalium Petite espèce arquée, déprimée latéralement, très-finement striée. * Dentalium Belle espèce, à surface treillissée; an D. caslellanensis , d'Orb.? * Gadus An Dental, coarclatum , Roua. ? * Bulla semistriata, var. Desh. * ? Chemnitzia.... Petite espèce, lisse, incomplète. ' Ringicula , espèce indéterminée. Se distingue du R. ringens par un sillon longitudinal constant dans la callosité columellaire, etc. Nalica glaucinoides , Desh. , Roua.? Deux petites espèces. Diastoma costellalum , Desh., Lamk. Fragment qui se rapporte bien au type de l'espèce. ( 250 ) Diastoma coslellatum, var. plus ornée. Cerithium subfragile, Roua. Cerithium...., esp. indét. Belle espèce de taille moyenne, 14 ou 15 tours; chaque tour portant 3 cordons transverses de granulations qui forment dans les premiers tours des séries longitudinales assez régulières, mais qui, dans les derniers, deviennent de plus en plus espacées et transversalement allongées. Elles sont alors séparées par un petit cordon perlé et plusieurs fines stries intersticiales. Le dernier tour porte à l'opposé de la bouche une varice caractéristique. Rappelle un peu le Cer. Barrandei, D'Arch. du terrain crétacé. Delphinula.... , esp. indét. Du groupe des D. marginala, D. Coullhardi , etc., dont elle se dislin- gue par sa surface couverte de sillons. Scalaria mullilamella , Bast.? var. Fususllongœvus, var. Roua. Pleurotoma denticula, Bast., var. Roua. — subcarinala, Roua. Cordieria Pyrenaica , Roua, var. à côtes plus anguleuses. Cancellaria striatula, Desh. ? ( an C. evulsa, var. Roua ?). Triton nodularium , Roua ?. — Fragment. Volula .... , moule incomplet. Ancillaria nana, Roua. Et divers fragments indéterminables d'autres gastéropodes et d'échinides. Ces marnes, que l'on trouve-sur divers points à des niveaux un peu différents (1), prennent évidemment ici leur place dans la série des as- sises de l'étage à Serpula spirtdœa, quoique la disposition accidentée des lieux ne permette pas d'y assigner leur situation avec autant de précision que dans la coupe si favorable de la falaise de Biarritz. Elles reposent, en effet, sur les calcaires de l'étage et elles sont surmontées par des bancs inclinés d'un autre calcaire tendre , jaunâtre , grésiforme où abondent des empreintes à'Orbitoides slellata, D'Arch., — et qui supportent eux- mêmes la masse des sables superficiels et des graviers de la croix de Pourtau. Enfin , c'est un autre affleurement plus septentrional de ces (1) Les cinq espèces marquées d'une astérisque ont été trouvées à un niveau un peu plus bas que les autres, mais si rapproché que je les ai toutes réunies. Les Orb. Fortisii et 0. Sella , etc , sont d'ailleurs communs aux deux gisemens. ( 251 ) marnes que j'ai observé, sur les indications premières de M. Raulin, dans la commune de Caignotte-Cazordite, toujours dans le voisinage des calcaires à Serpula spiriilœa, à Pentacriniles didaclylus, à Orbitoides radians et slellala. Voilà donc plusieurs gisements fossilifères , assez écartés l'un de l'autre et échelonnés sur une longue ligne le long du Gave de Pau, que l'on doit rapporter à l'horizon connu de Bos-d'Arros. Ces divers gise- ments ne répèlent pas tous exactement la même faune; chacun pré- sente déjà des espèces qui lui semblent particulières ou qui y sont en tous cas plus abondantes ; mais l'ensemble est évidemment relié par un grand nombre d'espèces communes constantes et caractéristiques (1) Et dès aujourd'hui et en attendant que l'exploration géologique com- plète du bassin de l'Adour fournisse, comme elle le fera certainement , d'autres indications et des gisements nouveaux , on voit que la faune nummulilique de Bos-d'Arros, signalée à Pau d'abord depuis longtemps, puis à l'Est de Pau et reconnue récemment au Port des Basques sur l'Océan, se retrouve entre ces points extrêmes dans la vallée du Gave de Pau; et que ces divers jalons, Bagnères , Pau, Orthez , Peyrehorade, Biarritz, dessinent une ligne et un horizon dont la continuité est mas- quée seulement par les accidents géologiques de la contrée ou échappe à l'observation grâce à la faible épaisseur de la couche fossilifère. (1) Sur 40 espèces environ , déterminées ou parfaitement délerminables , que nous avons indiquées , les deux tiers au moins sont citées soit de Pau , soit de la falaise du Port-des-Basques; presque toutes les autres semblent spéciales, et à ce titre, nous avons cru utile pour les recherches locales d'en donner des déterminations pro- visoires. Tome XXV, 18 NOTE L'ANIMAL DU SUCCINEA LONGISCATA, Norelet (,) Par M. J.-B. GASSIES § I; Dans la publication si remarquable de M. Arthur Morelet , sur les Mollusques terrestres et fïuviatiles du Portugal, pages 51, 52, nous avions remarqué l'absence de description de l'animal du Succinea lon- giscala , nouvelle espèce de cet auteur. M. l'abbé Dupuy (2) ne l'a pas décrit non plus, et s'est borné à dire que le mollusque lui a paru noir, d'après les individus desséchés qu'il avait reçus de M. Aslier, de Grasse. Feu Moquin-Tandon (3) reproduit presque mot à mot la phrase de M. Dupuy, et ne donne pas plus que lui la description de l'animal. Les renseignemeuts fournis jusqu'ici ne sont donc établis que sur la coquille; nous les réunissons ci-dessous. § H. DIAGNOSE DE M. MORELET (t. V, fig. I). S. Testa elongata, fragili, valde striata, fuloo-rubescenle ; aper- lura symelrica, subangusta oblonga, superne ovata, inferne angulata ; spira acuminata; anfruclibus juxla suluram planulalis. (1) Description des Mollusques terrestres et fïuviatiles du Portugal , par M. Arthur Morelet; grand in-8° de 116 pages, avec 14 planches gravées et coloriées. Paris, JB. Baiilière, 1845. (2) Histoire naturelle des Mollusques terrestres et d'eau douce qui vivent en France, par l'abbé D. Dupuy, professeur d'Histoire naturelle; 2 vol. grand in-4° de 737 pages et 31 planches lithographiées.. Auch, 1847-1830. (3) Histoire naturelle des Mollusques terrestres et fïuviatiles de France, par Moquin-Tandon, membre de l'Institut, etc.; 2 vol grand in-8" de 646 pages, 54 planches gravées et coloriées. Paris, J.-B. Baiilière, 1853. ( 253 ) Anfr. : 3 V-2- — Long. : 17 mill. — Amplit. : 7. Hab. Sur les bords d'un ruisseau à un quart de lieue de Fa.u ( Algarves). DIAGNOSE DE M. DUPUY (t. I, iig. 11). Animal? Testa elongata, fragilis, subopaca, prœcedente (1) solidior, vaille et irregulariter striala; aperlura oblongo-angustata , symelrica, anle- lerius ovata, poslerius angulata ; spira subacuminata ; anfraclibus 2 7 2 » 3 Va minime conlortis , juxla suturant sat super ficialem planulatis ; color succineato-crocalus , ad apicem fusco-rubescens. Haut. : 15-18 mill. — Larg. : 6-8. Hab. La France méditerranéenne, dans la Provence, où elle vil avec la précédente (Suce. Pfeifferi). J'en dois la connaissance à M. Astier, de Grasse , qui m'a prodigué avec la plus bienveillante obligeance pres- que toutes les espèces de cette province. Je n'ai jamais vu l'animal à l'état vivant; mais d'-après des individus morts depuis quelque temps et un peu desséchés , il m'a paru plus noir que celui de l'espèce qui précède (S. Pfeifferi) et de celle qui suit (S. pulris). Moquin-Tandon figure la coquille, t. VII, fig. 6-7. Il signale un épi- phragme mince et transparent. Animal? § III- La regrettable lacune que nous signalons peut être comblée aujour- d'hui grâce à deux excursions que nous avons pu effectuer sur deux points éloignés de l'Aquitaine, et où nous avons eu le bonheur de trou- ver ce mollusque vivant : ce qui nous porte à penser qu'on le rencon- trera également dans d'autres localités. La première excursion fut faite par la Société Linnéenne de Bordeaux, dans les derniers jours de juin 1861, à l'étang d'eau douce de Lacanau. Après avoir traversé le lac sur une petite barque, en compagnie de nos collègues MM. de Kercado . Fischer, Souverbie et Ernest Laporte , nous arrivâmes au lieu nommé le Mountjic , sur le versant duquel est située l'habitation du conducteur chargé de la surveillance des plantations de pins destinés à la fixation des dunes. (1) Suce. Pfeifferi Rossin. ( 254 ) Dans un petit vivier bordé de plantes aquatiques, nous recueillîmes plusieurs espèces de mollusques, et contre ses parois, au milieu des Iris jaunes , deux expèces d'Ambrettes et une petite Limace. Nous pensâmes d'abord que la plus grande espèce d'Ambrelte appar- tenait au Succinea pulris si répandu le long de nos cours d'eau ; mais la présence de la petite espèce à ouverture plus ample et à spire très- courte , éveilla notre attention; car nous l'avions déjà observée prove- nant de l'étang de Cazeau , où elle nous avait été signalée par M. Durieu, et où nous l'avions recueillie nous-même en grand nombre. Aussi, aidé de nos collègues, séparâmes-nous la première du type Linnéen, mais sans qu'il nous fût possible de conserver les animaux pendant la forte chaleur de cette journée. De retour à Bordeaux , il nous fut facile de délerminer notre grande espèce et la rapporter au type S. longiscala de M. Morelet , duquel elle ne différait que par une coloration plus pâle et moins ambrée (pi. 3, B., fig. 1,2). Nous avions donc une espèce de plus à ajouter à notre travail sur les Mollusques terrestres et lacustres de la région interlittorale des dunes, dont le nombre s'accroissait depuis quelque temps par des découvertes successives dues, en partie, à la plus grande facilité des communications. Ainsi, la lète de Piquey, près le cap Ferret, nous avait offert le Verligo antiverligo , le Succinea arenaria et une petite Limnée voisine du truncatula. L'étang de Cazau, à part les espèces déjà signalées dans les ouvrages antérieurs , nous offrait un Succinea nouveau que nous nous proposons de nommer S. stagnalis, et une variété fort élégante du Limnea glabra. A l'étang de Lacanau, nous avions été tout aussi heureux, puisque nous y avions trouvé d'abord les Suce, longiscala et stagnalis, une Limace nouvelle, ainsi qu'une Cyclade qui nous avait paru offrir d'assez notables variations dans la forme des sommets et de la charnière. A Hourtins, même résultat. A Sanguinet , nous trouvâmes une forme singulière de Cyclas cornea, et enfin les étangs voisins du Porge, nous ont révélé la présence , dans leurs eaux, de ce magnifique Unio qui fait le désespoir des classificateurs. Dans le travail complémentaire que nous préparons sur les Mollus- ques de notre zone, nous donnerons de plus grands détails sur les résul- tats obtenus par nous et nos amis : résultats confirmant notre opinion au sujet de certaines analogies des espèces de notre littoral occidental avec celles des côtes d'Espagne et du Portugal. ( 255 Le bul de cette Note n'étant que de combler une lacune au sujet de l'animal du Succinea longiscala, nous remettons à plus tard un travail plus général. § IV. Pendant une visite que nous avons faite , en septembre dernier, à M. Louis de Montesquiou , à son château de Lussac. situé sur la route de Montcassin à Tonneins, dans le Lot-et-Garonne, nous retrouvâmes au bas du chàleau une ancienne connaissance, le joli ruisseau de Lour- bise. Ce ruisseau prend sa source dans l'étang de la Lagûe , qui res- semble à un immense entonnoir, et vient sortir à quelques kilomètres delà sous le château de Saint-Julien-de-Fargues, localité si souvent mentionnée dans notre Tableau des Mollusques terrestres et d'eau douce de l'Agenais, et que nous avons visitée tant de fois avec feu M. le baron de Trenquelléon. Après avoir fouillé les vases sableuses des biefs du moulin de Lussac, et recueilli de très-beaux individus, — des Pisidium amnicum, obtusale et caserlanum ; des Limnea limosa, palustris et slagnalis; du Nerilina fluvialilis var. nigricans, etc. , — M. de Montesquiou nous montra une coquille vide, mais assez fraîche encore , de Succinea longiscala! Nous nous mîmes alors exclusivement à la recherche de l'animal que nous savions inconnu , et après quelques tâtonnements , nous parvînmes à recueillir une quinzaine d'individus parfaitement adultes, très-beaux, plus grands que ceux que nous avions recueillis ailleurs et que ceux dessinés dans les ouvrages de MM. Morelet, Dupuy et Moquin-Tandon. Ils étaient logés sous les feuilles de l'Iris jaune (I . pseudacorus L.), presque rasant l'eau, en compagnie de la petite variété du S. Pfeifferi. DESCRIPTION DE L'ANIMAL. Animal épais, jaunâtre; dessus de la tète et du collier marqué de taches brun-noirâtre, plus épaisses au milieu; tentacules coniques, très-écartés, courts , les supérieurs avec le nerf olfactif assez noir; point oculaire très-noir et placé un peu en arrière; tentacules inférieurs très- courts et obtus; taches sur le mufle, près du front, brun-brûlé; pied épais, très-élevé et capuliforme en arrière. Le corps paraît par transparence d'une couleur fauve-doré, sur la- quelle se détachent les systèmes veineux et nerveux, d'un jaune-d'or brillant ( fig. 3, 4). ( 256 ) La bouche est armée d'une mâchoire supérieure cornée , fortement implantée dans la partie antérieure du mufle par une apophyse allongée et de forme carrée, dont le centre et les côtés sont d'une couleur d'é- caille noir-brun , et les parlies médianes et marginales plus pâles; le peigne dentaire est avancé, arqué fortement et muni au centre d'une dent proéminente avançant beaucoup au-delà de la marge qu'elle dé- passe en forme de bec (fig. 5, 6). Deux autres dents, moindres, se voient de chaque côté à peu de distance, mais suffisamment séparées l'une de l'autre, quoique réunies par six sillons élevés; elles dépassent à peine la marge, et celles qui sont situées en arrière sont obliques et y arrivent à peine. La plaque linguale est oblongue ; séparée par le milieu, elle s'aplatit et montre un réseau assez fin de spinules blanches, cristallines grinçant un peu sous le scalpel (fig. 7). Ces spinules sont assez régulières, de forme presque carrée avec une petite pointe peu acérée sur leur partie la plus convexe (fig. 8). § v. Les coquilles de Lacanau et de Lussac diffèrent pour la coloration. Ces dernières sont d'une belle nuance d'ambre foncé , comme celles du Portugal et de Grasse ; tandis que les premières sont couleur de corne pâle. Les individus de Lourbise sont également plus solides et plus beaux ; mais pris avec l'animal, ils sont presque toujours salis par le limon que dépose sur la coquille la moindre crue occasionnée par l'échappement des pelles du moulin. Bordeaux, 4 5 novembre 1864. \ FAUNE CONGHYLIOLOGIQUE MARINE DU DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE ET DES COTES OU SUD-OUEST DE LA FRANGE Par le D r P. FISCHER, correspondant. AVANT-PROPOS Le travail que nous soumettons à l'examen des naturalistes, est le résultat de recherches poursuivies pendant plusieurs années sur le litto- ral du département de la Gironde; mais notre catalogue eût été de peu d'utilité, si nous nous étions borné à cette région sans la rattacher aux rivages des départements voisins dont l'ensemble constitue une division territoriale naturelle, habitée par une faune spéciale. Nous avons donc mis à profit nos excursions sur les plages de la Charente-Inférieure et des Basses-Pyrénées , pour ajouter en note l'indication des principales espè- ces de toute la côte sud-ouest de la France , depuis l'embouchure de la Loire jusqu'à la Bidassoa. En agissant de la sorte, nous essayons de combler une lacune regrettable dans le beau travail de M. R. Mac-Andrew sur la distribution géographique des mollusques marins des mers d'Europe. Au-dessus de la Loire et vers son embouchure, les recher- ches de M. Cailliaud ont donné des résultats intéressants, qui nous font considérer ce fleuve comme la limite sud de la faune malacologique du massif breton. La comparaison des faunes du sud-ouest et du nord-ouest de la France, permettra de signaler l'extension vers le Nord et la limite extrême des espèces de la zone lusitanienne de Forbes et Mac-Andrew. Nous avons eu recours à la collection de M. Ch. Des Moulins, qui renferme un grand nombre de coquilles de la Gironde, des Landes et des ( 258 ) Basses-Pyrénées. Plusieurs indications de mollusques des côtes de la Charente-Inférieure sont empruntées aux notes et catalogues publiés par les naturalistes de ce département (1) ; enfin, nous avons consulté la riche série de coquilles européennes rassemblées par M. Petit de la Saussaye, qui a eu l'honneur de ranimer en France l'étude des mollus- ques marins indigènes. Notre catalogue est néanmoins très-incomplet; nous n'y avons pas fait figurer les Nudibranches et autres mollusques dépourvus de coquilles dont nous ne possédons que peu d'espèces mal déterminées, et qu'on observerait avec profil sur l'îlot de Cordouan , si le voyage y était plus facile et moins dangereux. Nous attendrons le résultat de nouvelles re- cherches avant d'en dresser une liste. Tous les exemplaires recueillis par nous ont été déposés dans les vitrines du Musée départemental de la Gironde (2). Le même établisse- ment possède aussi la collection complète des coquilles terrestres et fluviatiles de la Gironde, énumérées dans le catalogue de notre collègue M. Gassies. Qu'il nous soit permis, maintenant, de remercier tous ceux qui nous ont aidé dans notre tâche : MM. Des Moulins, Souverbie, Gassies, Serr, Guestier, Mouls , ainsi que les membres des Sociétés Linnéenne de Bor- deaux et Scientifique d'Arcachon (3). (1) Outre les notes de Réaumur, de La Faille , Fleuriau de Bellevue , D'Orbigny père, A. D'Orbigny, qui se rapportent à des mollusques de la Charente-Inférieure , nous citerons : Catalogue des mollusques qui vivent sur le littoral de la Charente- Inférieure , par H. Aucapitaine ; Revue et Magasin de zoologie, 1852, p. 10-21, — Faune de la Charente-Inférieure, par E. Beltrémieux ; Mém. de l'Académie de La Rochelle , 1864. — Catalogue de mollusques marins de lIle-de-Ré , par Le Marié. m$t. Un Musée spécial ( Musée Fleuriau) possède une collection des animaux marins du département. C'est là un exemple qui devrait être suivi dans toutes les villes du littoral. (2) La création de ce Musée spécial est due à l'initiative du Dr Souverbie, conserva- teur actuel des collections de la Ville, savant aussi distingué qne modeste, et com- pagnon assidu de mes excursions zoologiques. (3) La Société scientifique d'Arcachon a fondé un Musée qui renferme déjà une collection locale d'une certaine importance. V 259 ) CHAPITRE I. LITTORAL DE LA GIRONDE. Plusieurs auteurs recommandantes ont publié des catalogues des mol- lusques terrestres et fluviatiles de la Gironde (l); mais, jusqu'à présent, l'étude des coquilles marines du département n'a été l'objet d'aucun tra- vail spécial. La même lacune existe, du reste, pour un certain nombre de départements du littoral , dont les plages sont même plus favorisées par la nature que les nôtres. La côte maritime de la Gironde se développe sur une longueur de 146 kilomètres; elle est dirigée en ligne droite du N. au S. 12° 0. Le rivage des Landes et une partie de celui des Basses-Pyrénées, jusqu'au phare de Biarritz , continuent la même direction , à l'exception d'un angle rentrant au Cap-Breton, au-dessus de l'embouchure de l'Àdour. De la pointe de la Négade , près le Yieux-Soulac , jusqu'àTembouchure de l'Adour, on compte donc environ 220 kilomètres. Sur tout ce long par- cours , la plage est exclusivement sablonneuse, limitée vers les terres par la ceinture des dunes. Les sondages exécutés à une certaine dislance au large, décèlent la présence de sable plus ou moins pur, quelquefois légèrement vaseux près des estuaires, et de bancs coquilliers de peu d'importance; les fonds manquent de profondeur à cause de l'existence d'une terrasse sous-marine, qui se dirige de la Yendée à l'embouchure de laBidassoa. Large de 160 kilomètres vis-à-vis la Vendée, cette terrasse conserve à-peu-près les mêmes dimensions à l'embouchure de la Gironde, puis se rétrécit vers le Sud. Elle n'a plus que 60 kilomètres de largeur sous le parallèle de La Teste, et 30 seulement à partir de Cap-Breton (2). (1) Ch- Des Moulins : Catalogue des espèces et variétés de mollusques terrestres et fluviatiles observés à l'état vivant dans le département de la Gironde ; Bull. Soc. Linn , t. II (Bordeaux, 1827). — Suppléments, même recueil (1829, 1852, 1855). — De Graleloup : Essai sur la distribution géographique , orographique et statistique des mollusques terrestres et fluviatiles vivants du département de la Gironde (Bordeaux , 1858-59). — Gassies : Catalogue raisonné des mollusques terrestres et d'eau douce de la Gironde ( Actes de la Société Linuéenne , t. XXII. Bordeaux , 1859; , — Voyez, en outre , diverses notices dans la collection des Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux. (2) Carie géologique de Fiance , par Dufrénoy et Élie de Beaumont — EauUn : Aperçu des terrains tertiaires de l'Aquitaine occidentale Congrès scientifique do France, t. 111 , p. 49. Bordeaux , 1863). Tome XXV. ( u 200 ) En dehors de ce plateau sous-marin , la profondeur de l'Atlantique devient considérable; en dedans, on ne signale qu'une dépression, la fosse de Cap-Breton , où la sonde descend jusqu'à 377 mètres. La mer brise avec fureur contre la ceinture de sables qui la limite, et rend très-difficiles les conditions d'existence des mollusques côtiers. Malgré l'exlension de son littoral , le département de la Gironde serait donc presque nul au point de vue de la conchyliologie , si la côte n'était interrompue par l'estuaire de la Gironde et l'embouchure du bassin d'Arcachon. Dans l'estuaire de la Gironde , vivent les mollusques qui se plaisent au sein des eaux peu salées et qui s'enfoncent dans les vases charriées par le fleuve; en outre, un îlot de rochers y offre un abri aux espèces saxatiles. Le rocher de Cordouan (4), situé au milieu du golfe de Cordouan ,, à 8 kilomètres de Royan (Charente-Inférieure) , est célèbre par son phare qui émerge seul à haute mer; le plateau sur lequel ce dernier repose est alors recouvert par 2 m 60 d'eau ; à basse mer, le terrain découvert est à-peu-près d'un kilomètre du S. au N. L'îlot de Cordouan semble continuer la ligne de rochers qui se dirige des collines de la Charente-Inférienre vers la Pointe-de-Grave. D'après les traditions locales, Cordouan a été relié à la côte du Médoc (Gironde), à une époque où le cours de la Gironde était peut-être divisé en deux grands bras ; la mer, plus tard , s'est frayé un passage , et n'a laissé sub- sister que quelques rochers, Barbe-Grise et Saint-Nicolas , situés près de la Pointe-de-Grave. Cette catastrophe est-elle historique et faut-il lui attribuer la destruction de la ville de Noviomagus, citée par Plolémée, et qui disparut à la-fin du VI e siècle de notre ère ? De la Pointe-de-Grave (embouchure de la Gironde) jusqu'à la limite du département des Landes, il n'existe aucun port, si ce n'est la Teste; les sables ont successivement comblé ceux dont nous parlent les anciens auteurs, et dont les noms , inscrits sur des cartes géographiques du temps, sont aujourd'hui oubliés ou inconnus. Le Vieux-Soulac , envahi peu-à-peu, a été abandonné, mais des fouilles récentes ont permis de (1) Voyage pittoresque à la tour de Cordouan, par H. Burguel, 2 e édition (Bor- deaux , 18i7). — Reclus : Le Littoral de la France , I. L'Embouchure de la Gironde (Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1862). — Robiquel : Carte de l'embouchure de la Gironde et des Perluis , etc. ( Paris , 1858 ). ( -201 ) retrouver celle ville ensevelie sous des montagnes de sable, comme Herculanum et Pompeï sous la lave du Vésuve. Quant au port Maurice ou d'Anchise (1) , placé sur les bords du canal qui déversait dans la merles eaux du grand étang du Médoc, il est complètement inconnu. Les dunes ont comblé la passe et divisé le grand étang en plusieurs, Hourtin, La Canau , etc., qui ne communiquent plus avec la mer qu'au moyen de canaux artificiels conduisant leurs eaux dans le bassin d'Ar- cachon. Ces étangs ont été déplacés, refoulés vers l'E. et leur niveau est bien supérieur à celui de la mer dont les séparent de hautes dunes. On ignore de même l'emplacement des villages de Lislan, de Lélos; mais les ravages de la mer, sur plusieurs points du littoral , mettent à découvert sous d'énormes couches de sable , des troncs d'arbres , des débris d'in- dustrie humaine, faibles vestiges de l'ancienne lopograpbie de la côte (2). La déviation constante des cours d'eaux des Landes du N. au S., dé- montre que les sables des dunes voyagent du N. au S. Cette direction est-elle due au contre-courant littoral du Rennell , branche du gulf- stream qu'on reconnaît à quelques milles du large, ou bien la constitu- tion du fond de la mer, imprime-t-elle aux vagues un trajet venant du N.-O. quel que soit le vent (3)? Dans l'un et l'autre cas le sable serait poussé du N. au S., et d'ailleurs les vents soufflent de la région du N. 185 jours par an en moyenne. Le circuit du bassin d'Arcachon est de 60 kilomètres environ ; sa superficie totale est de 15,259 hectares à marée haute et de 4,867 hec- tares à basse mer. Les terrains émergés à chaque marée ont donc une importance considérable; ils se composent : 1° D'une grande partie de l'île aux Oiseaux, désignée hydrographi- quement sous le nom d'île de La Teste ( 5 kilomètres de circonfé- rence); 2° de vastes bancs de sable (banc d'Arguin , banc Blanc, banc du Bernet), situés tous à l'ouest de la baie; 3° de graves sablonneuses qui s'allongent du cap Ferret à Ares; 4° de prés salés formant la zone méri- (1) Dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque publique de Bordeaux , on appelle rivière Enchise un cours d'eau situé à 7 lieues nord du bassin d'Arcachon, et déver- sant dans l'Océan les eaux de l'étang de La Canau. Celui-ci était un port. (2) Hameau : Aperçu historique et topographique sur les dunes de La Teste ; (Actes de l'Académie de Bordeaux, p. 82. 1841 ). (5) Descombes: Notice sur le mouvement des sables dans le golfe de Gascogne; (Congr. scient, de France, t. III, p. 20 Bordeaux, 1863). ( 262 ) dionale du bassin ; 5° de crassats (1) qui surgissent à son centre et le long des chenaux. On pénètre dans le bassin par une passe de 3 kilomètres de large, qui ne manque pas de profondeur quoique une lame énorme y brise dans les gros temps, mais que la mobilité des sables et la violence des courants rendent dangereuse. L'intérieur du bassin reçoit les ruisseaux qui viennent des landes , les eaux qui s'écoulent des grands étangs du N. et dont le débit augmentera quand les travaux de dessèchement en voie d'exécution seront plus avancés, eniin une petite rivière, la Leyre. Ces eaux douces entretiennent la profondeur des chenaux et charrient les alluvions qui recouvrent les fonds. Jusqu'à présent l'apport des eaux douces a été insuffisant pour dimi- nuer le degré de salure de la baie d'Arcachon. Les chlorures de sodium et de magnésium y sont beaucoup plus abon- dants qu'à Cordouan et à la Pointe-de-Grave ; les analyses ci-dessous feront apprécier ces différences (2). Le degré de salure du bassin est donc très-convenable pour l'entre- tien de la vie chez les huîtres, quoiqu'il dépasse les chiffres de M. de Baër. Ce savant avance que l'huître ne peut vivre dans les mers où la quantité de sels .dépasse 37 pour 1000, ou est inférieure à 17 pour 1000. (1) Bancs de sable plus ou moins émergents, recouverts d'une couche de limon et d'une végétation marine très-puissante : Zostères , etc. (2) Fauré : Analyse chimique des eaux du déparlement de la Gironde ; Recueil des Actes de l'Acad. des se. belles-lettres et arts de Bordeaux. XV e année (1835). Eau recueillie à haute nier, à : Arcachon. Cordouan. P. -de- Grave. Chlorure de sodium 27,965 27,265 26,550 — magnésium 3,785 2,892 2,725 — calcium 0,325 0,630 0.590 Sulfate de magnésie 5,575 4,210 3,515 — chaux 0,225 0,315 0,290 — de soude . 0,485 0,225 0,202 Carbonate de chaux. j 315 325 332 — magnésie. ; Matière organique animalisée . . . 0,052 0,043 0,046 lodure et bromure Quant, indét. Indét. Indét. Total pour 1000 38,727 35,905 34,250 ( 263 ) La richesse du bassin d'Arcachon est tout entière dans ses crassals. Les Zostères y forment à basse mer un tapis d'un vert foncé, qui dissi- mule la boue noirâtre où le touriste s'enfoncerait profondément s'il n'avait la précaution de se chausser de larges patins. C'est là que vivent en foule des mollusques édules : Ostrea , Tapes, Cardium , Solen, plu- sieurs espèces de poissons (1) entr'autres des Anguilles, des Torpilles, des Paslenagues ; des crustacés très-abondants, particulièrement le Cancer Mœnas , enfin un monde d'êtres inférieurs : Actinies, Botryiles, Ophiu- res, Astéries, Ascidies, Hermelles, Térébelles, Halichondries, etc. Parmi les mollusques gastéropodes, les Troques y sont parqués par milliers, se suspendent à la végétation des crassals ou s'attachent aux pierres, aux coquilles mortes; les Aplysies y viennent couper les longues tiges de Zostères que l'on retrouve dans leur estomac; les Nasses enfoncent leur (rompe dans les débris de poissons et de crustacés qui pourrissent sur les plages; les Rochers enfin se repaissent de proie vivante et font la guerre aux acéphales L'étendue des crassals est très-vaste; la plus grande partie du fond de la baie en est formée ainsi que l'île aux Oiseaux ; quelques crassats isolés se montrent au voisinage des passes, mais ils sont moins riches en boue et plus salés. Le plus intéressant est celui de la pointe du Sud. L'an- cienne baie du Sud a été peu à peu rétrécie par le déplacement de la passe et l'amoncellement des sables ; aujourd'hui on n'y reconnaît qu'une lagune de peu de profondeur, communiquant avec le bassin par une ouverture très-étroite, qui se fermera probablement avant quelques années. La drague promenée sur le fond de la lagune ramène une éton- nante quantité de mollusques : Peignes, Bucardes , Huîtres, Modioles , Pandores, Corbules, Anomies, mêlés à des Oursins, Astéries, Ophiures, Holothuries, Siponcles, Ascidies, Serpules , Vermilies , Hermelles. Le voisinage de l'Océan permet de recueillir dans cette riche localité bon nombre de coquilles qui manquent sur tout autre point du bassin. Les prés salés qui constituent la zone méridionale du bassin ne sont (1) C'est sur les crassats d'Arcachon que M Gerbe a étudié les nids du Crenilabrus massa Risso. Le nid , formé de Cladophores et de Zostères , est consolidé par des fragments de coquilles ■appartenant aux genres Ostrea , Tapes , Trochus , Cardium et des individus entiers du genre Cerilhium (C. scabrum). Dans un seul nid, M. Gerbe a compté 516 Cérites (Rev. et mag. de zool , Septe.m. 1864). La nidification des Crénilabres est donc bien différente de celle des Epinoch.es. ( 204 ) recouverts que dans les hautes marées et pendant très-peu de temps ; ils donnent asile à quelques Lillorina, Cardium et à d'innombrables Paludeslrina qui vivent enfoncées dans la boue et sortent de leurs trous dès que les premières vagues les humectent. La plage ne devient sablonneuse qu'à Arcachon même; elle conserve ce caractère jusqu'à la lagune du Sud. En la suivant à marée basse , on découvre un banc noirâtre, assez consistant, d'une épaisseur de quel- ques décimètres au plus et qui paraît être la couche boueuse d'un ancien crassat solidifié et recouvert de sable. Des coquilles mortes (Ccrilhium , Lucina, Tapes, Rissoa, Fragilia), sont solidement empâ- tées dans ce cordon littoral où l'on rechercherait en vain aujourd'hui leurs représentants à l'état vivant. Ils n'habitent plus que le fond de la baie. Des Pholades, au contraire, y ont élu domicile et s'y multiplient prodigieusement ; tout nous fait penser que nous avons sous les yeux un ancien crassat soulevé ou ensablé , et dans lequel tous les êtres qui y vivaient ont été détruits. Près de la baie du sud, on rencontre des blocs considérables d'une terre argileuse noirâtre ou rougeâlre durcie, quelquefois mêlée à de Valios (1). Les Pholades y reparaissent en compagnie d'autres mollus- ques perforants. A Audenge, à Certes, sur la rive orientale, sont établis des réservoirs à poissons où se conservent principalement des Muges. Les Tarets se logent dans les bois employés aux clôtures des parcs; à Arcachon ils ont détruit deux jetées en bois de pin ; de même à la Pointe-de-Grave ils ont miné les clayonnages des travaux de défense commencés à l'Anse des Huttes. Les bouées des passes du bassin d'Arcachon , les chaînes qui les amarrent sont toujours recouvertes de mollusques byssifères : Saxicava, Mylilus, Modiola, Crenella, et offrent ainsi un certain intérêt aux con- chyliologistes. En dehors de la baie, une récolle plus riche sera obtenue au moyen de la drague ou du filet nommé chalut : les grandes espèces de Cardium, Peclen, Isocardia, Cylherea, Venus, Cassis, Cassidaria, ont été ainsi recueillies. A l'intérieur du bassin , la pêche à la seine permettra de capturer des Pinna , Apïysià, Loligo , Sepia. (1) Roche qui constitue le sous-sol tics landes de l'Aquitaine. (Quartz ârértacé agglutiné par l'oxyde ferrugineux.) ( 265 ) Quant aux plages océaniques, à part les Donax qui y "abondent et courent sur le sable à marée montante , la récolte est très-pauvre. Mais les coquilles roulées par le flot et amoncelées sur les talus indiqueront les richesses qu'on pourrait atteindre par l'emploi de la drague (1). CHAPITRE II, HISTORIQUE DE LA PRODUCTION DES HUITRES DANS LA GIRONDE. — DÉCADENCE des parcs (de l'an 300 à 1854). Après avoir jeté un coup-d'ceil rapide sur !e littoral de la Gironde, on nous permettra de traiter avec quelques développements une question qui rentre dans le cadre de nos études sur les mollusques; nous voulons parler de l'ostréiculture. L'exploitation des parcs à huîtres préoccupe vivement l'attention des habitants de nos côtes; elle a déjà suscité des travaux intéressants (2), et a donné au bassin d'Arcachon une importance qui s'accroîtra de jour en jour. L'huître est indigène sur nos côtes ; telle est sans doute une des raisons qui expliquent les résultats avantageux que produit et produira sa cul- ture; les monuments littéraires les plus anciens constatent sa présence dans la Gironde , en lui accordant des qualités toul-à-fait exception- nelles. (1) Voir pour la géographie de la baie, la carte du bassin d'Arcachon, par Beau- temps-Beaupré (Paris. 1829). — Jouannel : Côtes maritimes de la Gironde, bassin d'Arcachon , etc.; Statistique de la Gironde , t. I , p. 61-75 (1857). (2) Allègre : De la pèche dans le bassin et sur la côte extérieure d'Arcachon (Actes de l'Acad. des Se. de Bordeaux , 1841). — Iioyer-Fonfrède : De la destruction des Huîtres dans le bassin d'Arcachon, des causes qui l'ont amenée, des mojens à em- ployer pour arrêter le mal et arriver au repeuplement. Bordeaux (1847). — Lafon[0.-P.) : Beproduction des Huîtres de gravette dans le beau bassin d'Arcachon , avantage im- mense pour la population maritime de ce bassin, etc. Bordeaux (1855). — Lafon [O.-P.) : Observations sur les Huîtres du bassin d'Arcachon. Bordeaux (1859). — X... : La ques- tion des dépôts permanents d'Huîtres dans le bassin d'Arcachon. Bordeaux (1860). — Coste : Note sur le repeuplement du littoral par la création d'huîtrières .artificielles. (Comptes-rendus de l'Acad. desScienc. Paris, 25 janvier 1861). — Cosle : (même re- cueil, 3 novembre 1862). — Mouls : Les Huîtres (Congrès Scientifique de France, 28e session, t. I, p. 175 Bordeaux. 1862). — Reclus {Elisée): Le littoral delà France , 111. Les plages et le bassin d'Arcachon ( Bévue des Deux-Mondes , n° du 15 novembre 1863.) ( 26(5) Dès le IV 1 ' siècle de noire ère, Ausone (309-394) consacre dans ses épîtres plusieurs vers aux huîtres bordelaises. L'épîlre VII nous le représente remerciant son ami Théon de l'envoi d'un panier d'huîttes : Oslrea Baianis certanlia , quœ Medulorum Dulcibus in slagnis reflui maris œslus opimat Accepi, dilecle Tlieon , numerabile munus (1). Dans l'épître IX (ad Paulum), Ausone fait une curieuse énumération des localités les plus renommées par leurs huîtres. Il n'avait garde d'oublier Bordeaux. Sed mihi prœ cunclis dilissima quœ Medulorum Educal Oceanus, quœ Burdigalentia nomen Usque ad Cœsareas lulit admiralio mensas, Non laudala minus, nostri quant gloria vini. Ilœc inler cunclas palmam meruere priorem Omnibus ex longo cedeniibus ; ista et opimi Visceris et nivei, dulcique tenerrïma succo Miscenl œquoreum, lenui sale lincla, saporem (2). On remarquera, d'après ces deux citations, que les oslrea Burdiga- lenlia et les oslrea Medulorum paraissent synonymes, et s'appliquent à une seule et même espèce. D'après Vinet, savant commentateur et com- patriote d'Ausone (in Anson. 1580), le pays des Médules est situé au- dessus de Bordeaux, et forme une péninsule entre l'Océan et le fleuve Garonne; l'embouchure de la Garonne est très-peuplée d'huîtres que les Bordelais préfèrent à toutes les autres espèces ; ils les appellent huîtres de Soulac, du nom de Soulac , bourg situé à l'extrémité du pays des Médules. En outre, fa mention que fait Ausone d'huîtres engraissées dans des (!) « Ces rivales des huîtres de Baies, ces huîtres que les vagues du flux des mers >' engraissent dans les douces eaux des Médules , je les ai reçues, mon cher Théon, » et le compte en est facile à faire. » (2) « Pour moi , les plus précieuses sont celles que nourrit l'Océan des Médules , v ces » huîtres de Bordeaux , que leur qualité merveilleuse fit admettre à la table des Césars, » qualité non moins vantée que l'excellence de notre vin. Ces huîtres , entre toutes , » ont mérité la première palme. Elles ont de beaucoup le pas sur les autres; leur » chair est grasse, blanche, et à l'exquise douceur de son suc se mêle un goût légè- » rement salé de saveur marine. » ( 267 ) eaux douces mêlées aux vagues de l'Océan , est en faveur de l'existence d'huîtres dans l'estuaire de la Gironde. Mais toutes les huîtres du pays des Médules provenaient-elles de cette source unique? Il est difficile de trancher la question, et l'on peut sup- poser que la baie d'Arcachon en fournissait sa quote-part, d'autant mieux que le pays des Boii (aujourd'hui La Teste) était alors compris dans le Médoc, et que, dans les idées des géographes, de même que sur les caries anciennes, le bassin d'Arcachon était placé à une latitude plus N. que Bordeaux. Cette erreur qui se perpétua longtemps était un écho des idées de Strabon, qui considérait les côtes 0. d'Espagne et de France comme horizontales et se suivant sensiblement sur le même paral- lèle. A mesure que les observations géographiques se multiplièrent, on rectifia le tracé des côtes d'Espagne et celui de notre littoral. La renommée des huîtres des Médules arriva jusqu'aux empereurs romains, dont quelques-uns , Valentinien et Gratien, manifestèrent leur préférence pour les produits de cette localité. Au V e siècle, Sidoine Apollinaire (-430-488), visitant l'Aquitaine et se trouvant à Bordeaux , eut occasion d'apprécier les huîtres girondines. Dans une lettre adressée à Trigetius (epist. XII , lib. VIII) fixé àBazas, il lui fait des reproches sur son peu d'empressement à le venir voir : « Celte ville de Bazas , dit-il, et ce qui l'entoure, te charment-ils donc » au point de ne te laisser attirer à Bordeaux ni par les puissances, ni » par l'amitié, ni par les huîtres engraissées dans nos viviers (opimata y> vivariis ostrea ) ? » Ce passage ferait supposer qu'il existait dans le pays bordelais des parcs d'huilres analogues à ceux de l'Italie , signalés par Pline dans son IX e livre, et dont Sergius Orata fut l'inventeur. De Sidoine Apollinaire, il faut passer à Rondelet (1507-1566) (I) pour trouver la mention des huîtres de l'estuaire de la Garonne; Conrad Gesner ( 4516-1565) (2) les nomme ostrea Medokina, et Vinet (1508- 1587) (3), huîtres de Soulac ; Aldrovande (1527-1605) (4) leur décerne un juste tribut d'éloges : Talia (ostrea nigra) nonnunquam vendunlur Burdigalœ , Medokina suspendu et pendu. » (Pantagruel, liv. IV, chap. VI. 154-7 ) (1). Aucun commentateur ne met en doute que les huylres de Busch ne soient les ostrea Boiorum , ou huîtres de la Teste de Buch (2). Quelques érudits avançaient même que la ville de La Teste devait son appellation aux coquilles d'huîtres (testa) qui couvraient ses rivages; (1) Celte date correspond à la publication des deux premiers chapitres du livre IV de Pantagruel. (2) Voir Rabelais , édition Burgaud des Marcts et Kathcry, t. II , p. 65 Nvte{l8SH.) ( 9M ) cette étymologie circulait à l'époque où vivait l'historien De Tho.u (1553- 1617), qui a pris la peine de la mentionner (1). Puisque le nom de De Thon se présente ici , nous ne saurions passer sous silence son opinion personnelle sur les huîtres de La Teste, qu'il a dégustées durant un voyage entrepris en 1581 , par une députalion de conseillers au Parlement de Paris, au nombre desquels on comptait Pithou, Loysel , Thumeri , etc. a Ces messieurs firent dresser une table pour dîner sur le rivage » On leur apportait des huîtres dans des paniers; ils choisissaient les » meilleures et les avalaient sitôt qu'elles étaient ouvertes ; elles sont » d'un goût si agréable et si relevé , qu'on croit respirer la violette en » les mangeant; d'ailleurs, elles sont si saines, qu'un de leurs laquais en » avala plus d'un cent sans s'en trouver incommodé. » (Loc. cit., p. 60.) Dès le XVI 8 siècle, les huîtres de La Teste défraient la consommation du pays bordelais, concurremment avec les huîtres de Saintonge (Ma- rennes, LaTremblade, etc.). Un seul fait donnera une idée de la richesse du bassin d'Arcachon au milieu du siècle dernier (1756). « L'huître de gravelte, et surtout la moule s'y multiplient avec une telle abondance, qu'elles forment des bancs très-grands et qui vont toujours en croissant. Nous osons même assurer que ces deux espèces de coquillages finiraient par former des îles et encombrer le bassin , sans la pêche continuelle qu'on en fait II arriva quelque chose d'approchant il y a quelques années; nous voulons parler de l'époque (1756) où le Parlement de Bordeaux défendit celte espèce de pêche Pendant les deux années qui suivirent l'interdiction, ces deux bivalves se multipliè- rent tellement , qu'on les voyait par tas dans les ruisseaux et les rigoles et jusque dans les fossés qui environnent le bassin et dans lesquels la marée se faisait sentir. Il arriva même que, privés d'eau d'une lunaison à l'autre, ils périrent, se corrompirent et altérèrent la pureté de l'air par les miasmes qui s'exhalèrent de leurs cadavres putréfiés (2). t> (1) « Quelques-uns prétendent que cette villelte lire son nom d'un rocher qui la » domine, et qui est couvert d'une grande quantité de tests ou d'écaillés d'huitres » que produit le voisinage de la mer ; ce qui ne me parait pas invraisemblable , car le » mot latin testa ne signilie point ce qu'entendent les Gascons dans leur langue par » le mot de leste. » ( Mémoires de la vie de De Thou , etc., liv. II, p. 59. — Rotter- dam , 1711) (2) Thore : Promenade sur les côtes du golfe de Gascogne , p 9-10 (1810). ( 270 ) L'arrêl du Parlement de Cordeaux dénotait une préoccupation sérieuse, celle de conserver au bassin sa richesse compromise par l'avidité des pêcheurs. « Ceux-ci font la même manœuvre (que pour le poisson) sur les huîtres et coquillages qu'ils prennent dans le bassin , quelque petites qu'elles soient, puisque ces huîtres ne sont pas de la grandeur d'une pièce de vingt-quatre sols (1). » Bien plus , les pêcheurs , non contents de dépeupler les crassâts alors couverts d'huîtres de gravette , péchaient les huîtres-mères ou huîtres de drague , qui habitent les chenaux , et fournissent tous les ans les essaims déjeunes huîtres qni vont se fixer sur les plages du bassin. La pêche n'était nullement surveillée; aux mois de juillet et d'août, (temps prohibé) les marins s'établissaient sur les crassâts et, à l'aide de râteaux, formaient des monticules d'huîtres. Les plus avancées étaient consommées sur place ou emportées; on laissait les autres périr, sans avoir la prévoyance de les rejeter à la mer. Enfin , la difficulté des communications augmentait le dégât; il fallait réunir des quantités énormes d'huîtres pour qu'un petit nombre arrivât à bon port. Pour les grosses huîtres, on retirait la chair des écailles , et on l'empilait dans des sacs portés a dos de cheval ; les petites gardaient leurs valves et étaient placées sur des charrettes à bœufs qui les condui- saient soit à Bordeaux, soit dans le Médoc (2). Malgré ces causes de ruine pour le bassin d'Arcachon , la production était si prodigieuse, que les crassâts semblaient inépuisables. Ainsi, au commencement de ce siècle, on vendait, dans les bonnes années, 5,000 charretées d'huîtres. La charretée se composait de 60 pa- niers, chaque panier renfermait 250 huîtres gravetles ; le panier se ven- dait 75 centimes, le produit d'une année était donc 75 millions d'huîtres, payées 225,000 francs. Peu à peu, la production s'abaissa : en 1840 , elle atteignait à-peu- près 70,000 francs; en 1850, elle ne dépassait pas quelques milliers de (1) Résumé d'observations sur la Commission de Sa Majesté ( Louis XVI) décernée à M. le baron de Villers, pour l'examen du projet de former un port au bassin de la Teste-de-Bueli. — P. 28. — Manuscrit conservé à la Bibliothèque de la ville de Bor- deaux. (2) Allègre : De la pèche dans le bassinet sur la côte extérieure d'Arcachon. — Actes de l'Académie des sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux (1841). ( 271 ) francs; en 1858, on vendait tout au plus pour 1,000 francs d'huîtres , dont le prix s'était élevé de 15 ou 20 centimes à 3 francs le 100. Ce résultat déplorable de l'avidité et de l'incurie des riverains, avait été précipité encore par l'arrivée de navires venus de Bretagne . de Normandie et des pays voisins , pour charger des huîtres et ruiner complètement nos bancs (1). A la même époque, les bancs de la Charente-Inférieure n'étaient guère plus prospères : 18 bancs sur 23 étaient épuisés , à Marennes , île de Ré et Oléron. L'autorité s'était alarmée; le Préfet maritime de Rocheforl avait expé- dié, en 1840 , un stationnaire dans le bassin d'Arcachon , pour répri- mer les abus : sa présence fut à-peu-près inutile. En effet , les bancs étant épuisés , l'interdiction de la pêche n'apportait pas un véritable remède au mal ; il fallait quelque chose de plus : repeupler le bassin. CHAPITRE III. REPEUPLEMENT DU BASSIN. — ÉTAT ACTUEL DE L'INDUSTRIE HUITP.IÈRE a arcachon (de 1854 à 1865). Vers 1840, un industriel de Bordeaux (M. Nonlabade), qui s'était fixé pendant une saison à l'île aux Oiseaux , eut la pensée d'y établir des parcs. Après une dizaine d'années de réclamations, il obtint en 1849, au sud de l'île, une concession de quatre hectares environ. Mais des entraves administratives surgirent et arrêtèrent les travaux projetés. En 1854, M. Durand obtint une nouvelle concession au nord de la précédente; en 1857 , on en comptait une vingtaine (2). Néanmoins la pénurie des capitaux, le manque d'une bonne direction rendaient ces tentatives peu profitables. L'arrivée de M. Coste (Octobre 1859), chargé par le Gouvernement d'étudier les moyens de repeupler le littoral de la France , donna l'impulsion la plus vive à la création de bancs artificiels. M. Coste avait exploré quelques années auparavant (3) un département voisin, la Charente-Inférieure où l'ostréiculture est en pleine prospérité; il n'eut pas de peine à reconnaître les qualités excep- 'I) .Uouls : Des Huîtres. Loc. cil. (2) Mouls: Des Huîtres. Loc. cit. (5) Cosle; Voyage d'expluialiun suï le littoral de la France et de l'Italie Paris , 18od ( 272 ) tionnelles de nos plages. Le 9 Novembre 1859 , il signalait la baie d'Arcachon comme « un véritable grenier d'abondance, où l'on pourra » créer quand on le voudra , sur les 800 hectares de terrains émergents » susceptibles d'être mis en exploitation , un revenu annuel de 12 à 15 » millions (1) ». Il fixa son attention sur deux emplacements : la pointe de Germanan, et un espace compris entre l'Estey de Crastorbe et le port de l'île aux Oiseaux. Là, s'établirent deux fermes-écoles de la superficie de 22 hec- tares. Des appareils collecteurs y furent installés ; enfin un aviso à vapeur et des bateaux de garde -pêches surveillèrent attentivement l'exploitation et le repeuplement des parcs. Mais il fallait des huîtres. Aux mois de Mars et Avril 1860", 43 navires entrèrent dans le bassin d'Arcachon. Ils étaient chargés d'huîtres prove- nant du Morbihan , de l'île de Noirmoutiers , de l'île d'Aix, d'Espagne même. D'autres navires partis de la Tremblade remontèrent la Garonne jusqu'à Bordeaux ; leur chargement empilé dans deux wagons fut expédié à La Teste par le chemin de fer. Ces divers moyens de transport amenè- rent dans la baie 10 millions d'huîtres pour le compte des particuliers , et 500,000 destinées aux parcs du Gouvernement, le tout représentant une valeur d'environ 200,000 francs. Les concessions se multiplièrent et les résultats les plus séduisants récompensèrent les efforts des ostréiculteurs. Aussi dès le mois de Jan- vier 1861 , M. Coste pouvait-il dire (2) qu'à Arcachon le bassin tout entier se transformait en champ de production. 112 capitalistes associés à 112 marins exploitent 400 hectares de terrains émergents. Le bassin est sur le point de devenir un des centres les plus actifs de nos appro- visionnements. Les qualités de forme et de goût que le coquillage y acquiert, permettent de le livrer directement à la consommation, sans lui faire subir préalablement les traitements auxquels on le soumet dans les parcs de perfectionnement. En 1860, on avait vendu 3 millions d'huîtres; en 1861 la vente a atteint 8 millions, ce qui représente, à 3 francs le cent, la somme de 240,000 francs; en 1862 le revenu brut des huîtrières s'est élevé à 376,000 francs. Depuis les tentatives sérieuses de repeuplement et durant une période de 5 ans , la production totale a été de 65 millions (1) Rapport au ministre de la Marine, Moniteur universel , 1859. [2] Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, 28 Janvier 1861. ( 273 ) d'huîtres. En prenant pour base le prix moyen de 2 fr 50 c. le cent, le chiffre total de la vente serait donc de 1,625,000 francs. On remarquera que les parcs n'occupent encore que la moitié des terrains émergents du bassin (400 hectares). La mise en valeur des au- tres terrains doublerait les revenus actuels ; mais ceux-ci s'accroîtraient bien plus, si, comme le pense M. Mouls . on parvient à produire un million d'huîtres par hectare et par an. Le bassin verserait alors 800 mil- lions d'huîtres sur les marchés , soit une valeur de 20,à 24 millions , résultat évidemment exagéré et qu'on n'obtiendra jamais, les huîtres n'atteignant des formes et des dimensions marchandes qu'à la condition d'être légèrement espacées dans les parcs. Il est difficile de reconnaître aujourd'hui, parmi les huîtres d'Arca- chon, l'ancienne race qui pullulait sur les crassats avant le repeuple- ment du bassin, et qu'on désignait sous le nom de gravettes ; ces huîtres étaient irrégulières , petites , minces , la valve concave avait une colo- ration bleue, violacée ou purpurine parfois très-intense, et les lamelles transversales de sa surface extérieure se relevaient en festons bien déta- chés; les oreilles étaient larges et redressées; enfin, chaque valve concave retenait un coquillage entier ou en fragments {Cardium edule , Nassa, Trochus ) , sur lequel l'huître s'était fixée après la période embryon- naire. Les gravettes étaient renommées par la légèreté et la délicatesse de leur chair, qui rappelait le goût des huîtres d'Oslende. Aujourd'hui , les huîtres sont régulières , plus ou moins triangulaires ; le têt, assez mince, est d'un fauve corné. La nouvelle race arcachonnaise a pris les caractères extérieurs des huîtres de la Charente-Inférieure (La Tremblade , Marennes); les jeunes huîtres sont très-variables dans leur coloration; un certain nombre sont teintes des rayons bleu-foncé constatés dans la variété d'huître comestible que M. Hanley a nommée Ostrea bicolor. Quant aux vieilles huîtres, elles se rapprochent de VOslreahippopus de Lamarck, ou huître pied-de-cheval de la Manche, mais les crochets et l'area cardinale ont moins de largeur. Leur développement est assez rapide; en un an, elles atteignent 3 à 4 centimètres de diamètre; en deux ans, 6 à 7 centimètres; dans le courant de la troisième année, elles ont les dimensions exigées pour la vente , 8 à 9 centimètres. La durée de l'accroissement est par consé- quent sensiblement la même à Arcachon que sur les plages vaseuses de la Charente-Inférieure. Dans la haie de Cancale, les huîtres acquièrent ( -274 ) 9 centimètres de diamètre en dix-huit mois ; ce résultat se constate quelquefois à Arcachon , mais le têt est mince, fragile, et l'huître est maigre. Sur les bancs rocheux, au contraire, une huître met cinq ans à acquérir cette taille, ainsi qu'on peut s'en assurer à Granville (1). La nature du terrain, à Arcachon , rend inutile l'établissement de parcs spéciaux pour rendre la forme de l'huître plus parfaite. Les bancs et les parcs se confondent ; ceux-ci ne diffèrent de ceux-là que parce que les huîtres y sont espacées , nettoyées, et que la profondeur du sol y est moindre. La spéculation n'a pas tenté de faire verdir nos huîtres comme celles de Marennes. Il n'est pas douteux qu'on y arriverait facilement et qu'on créerait ainsi une concurrence redoutable aux produits de la Charente- Inférieure. Les plages de l'île aux Oiseaux sont admirablement disposées pour établir des claires (2). C'est là , en effet , qu'on a creusé deux fosses à litre d'essai. Des huîtres prises dans les parcs du Gouvernement y ont été apportées, et nous avons pu nous convaincre personnellement 4° qu'elles verdissent rapidement; 2° que leur chair est savoureuse et leur viridilé parfaite. Cet essai , dû à l'initiative du commandant du slationnaire, encouragera, nous l'espérons, les futurs clarayeurs d'Ar- cachon. Nous arrivons à une question pratique d'un haut intérêt. Il est évident pour nous que le bassin d'Arcachon est, avant tout, un lieu d'éducation et de perfectionnement des huîtres, plutôt qu'un lieu de production. On ne saurait , au point de vue de la production, le comparer aux bancs d'Yellette , où , en une saison , les pêcheurs de Granville ont dragué cent millions d'huîtres; aux bancs de la Charente-Inférieure, qui fournissent de la graine d'huître à tous les parcs du littoral S. 0. , etc. Dans ces conditions, quel est l'avantage des appareils collecteurs établis dans le bassin? L'expérience de quelques années apprend qu'il est moins grand qu'on le supposait. Les huîtres se développent très-bien dans les bassins collecteurs, le naissain s'attache facilement aux tuiles, aux fascines, aux planches, aux bâtons goudronnés couverts de coquilles mortes; mais , lorsqu'arrive la délicate opération du délroquage (3) , de 8 à 10 mois (1) Dureau de la -Malle : Comptes-rendns de l'Acad. des Sciences, 19 avril 1852. (2) Les claires sonl des fosses submergées seulement aux nouvelles et pleines lunes, et où les huîtres s'engraissent et verdissent. (5) Le détroquage consiste à séparer les jeunes liuitres des corps sur lesquels elles sont fixées. ( 275 ) après la ponte , ou a de la peine à obtenir des huîtres en bon état pour être placées dans les parcs. Le procédé du D r Kemmerer, qui permet de détroquer d'un seul coup et de porter le naissain dans les claires d'éle- vage , n'a pas été encore expérimenté (1). Toute huître, d'ailleurs, qui, à l'état jeune , s'est fixée sur une vaste surface , reste mince , légère et , déposée dans les parcs , esi emportée par le flot; si elle y résiste, elle acquiert difficilement une bonne forme. Aussi, la plupart des éleveurs ont-ils abandonné l'usage des collecteurs. Quelques-uns ont cherché à créer des bancs factices en jetant des valves d'huîtres, de bucardes et d'autres coquillages sur leurs terrains, mais ces corps étrangers s'en- foncent dans la vase et deviennent inutiles , s'ils ne sont pas emportés par le courant. Le meilleur procédé pour avoir beaucoup d'huîtres (qu'on nous par- donne cette naïveté ) , consiste à en apporter beaucoup dans les parcs et à récoller avec modération , suivant les progrès de leur développement. Les jeunes huîtres vont se déposer là où les courants et leurs instincts les conduisent. Les unes quittent pour toujours leur point de départ : il est inutile, dans ce cas, d'insister et de vouloir y faire un champ de production; les autres restent et augmentent les richesses de leurs parcs; d'autres enfin vont plus loin constituer de nouveaux bancs, en- core peu connus , mais qui , peu à peu , couvriront les parties non exploi- tées des crassats. C'est là un fait dont M. Cosle convient lui-même : « Le » transport du naissain vers le rivage, par le flot ou les courants, qu'en » mars 1861 j'avais signalé dans mon rapport à l'Empereur comme une » des causes d'ensemencement, est un fait connu de tout le monde, car » on a vu souvent les murailles des écluses nouvellement construites se ï couvrir d'huîtres, en très-grande abondance ... Ce phénomène s'est » produit d'une manière saisissante dans les réservoirs a poissons de » M. Boissière. Le naissain de la baie d'Arcachon y a pénétré par l'étroite » tranchée qui y conduit les eaux, et y a recouvert d'une véritable in— » crustation les brindilles immergées des tamarins (2) » La question de l'ostréiculture à Arcachon est , pour le moment , une affaire d'argent : acheter de la graine et en semer beaucoup. Plus tard , le repeuplement sera assez avancé pour que nos parcs suffisent à la pro- duction de la graine. (1) De la yraine d'huître et des collecteurs cimejils — Saint-Jean-d'Angély, 1807). {ij Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, 3 novembre 18G2. Tome XXV. 20 ( 276 ) CHAPITRE IV. ENNEMIS DES HUITRES. — RAVAGES DES CORMAILLOTS OU PERCEURS. Les ennemis des huîtres sont moins nombreux qu'on le pourrait sup- poser. Nous ne parlerons pas ici de l'huître à l.'état embryonnaire , pour- vue d'un vélum cilié et nageant librement dans les flots; il est évident qu'une foule d'êtres la détruisent dans cet état, el que les vagues la transportent sur des plages où elle ne peut se fixer; mais quand elle a dépassé 5-6 centimètres, ses ennemis deviennent plus préjudiciables, à cause du dommage qu'ils causent aux propriétaires des parcs. Les anciens ont accumulé fables sur fables au sujet des prétendus ennemis des huîtres. Ils accusaient spécialement les Crustacés et les As- téries de dévorer le précieux mollusque, et la plupart des auteurs mo- dernes ont reproduit gravement les élucubrations d'Oppien sans les con- trôler par l'observation. Les véritables ennemis des huîtres sont les oiseaux de rivage , qui brisent leur têt quand il est encore mince ; les moules, qui les emprisonnent dans leurs inextricables filaments byssi- fères, et quelques gastéropodes carnivores des genres Murex , Purpura, Nassa, etc. Depuis que le littoral de l'ouest de la France a été repeuplé, une espèce de Murex (M. erinaceus L.) s'est développée sur les bancs huitriers avec une abondance déplorable. Les marins font au Murex une chasse incessante; une grande partie de leur temps est employée à sa destruc- tion ; ils extraient la totalité du pied, y compris l'opercule, avec la pointe de leur couteau , la coupent, et rejettent sur le sol le gastéropode ainsi mutilé; ses restes deviendront la proie d'autres carnivores. Le nom vulgaire du Murex erinaceus est , à Arcachon , Cormaillot ou Perceur. Celte dernière dénomination est, en effet, justifiée par ses habitudes. Si l'on visite un parc , on apercevra çà et là des huîtres vides, mais dont les valves adhèrent encore au ligament; l'examen de la coquille montre sur une des valves , el principalement sur la valve concave , un trou ar- rondi, quelquefois légèrement oblong, coupant le têt très-nettement, n'ayant pas un calibre uniforme , puisque l'ouverture d'entrée (à la sur- face extérieure de la valve) a de 1 */ a à 2 ] / 2 millimètres de diamètre, et l'ouverture intérieure ( à la face interne de la valve) , un demi-milli- mètre de moins. Sur toutes les huîtres mortes que nous avons ramassées, le trou était unique; dans quelques cas très-rares, on voyait un autre ( 8T7 ) Irou à moitié foré , mais le Murex avait sans doute été forcé d'aban- donner son ouvrage. La place du trou est assez constante; elle se remarque vers le centre de la coquille ou entre l'impression musculaire et la charnière. Jamais le Murex ne perce aux bords ou au sommet des valves; dans le premier cas, il n'atteindrait que le bord du manteau; dans le second , il aurait à traverser inutilement plusieurs couches de matière calcaire ou élastique. L'instinct pousse donc le carnassier à choisir une place qui corresponde soit au muscle adducteur, soit aux viscères les plus essentiels de l'huître. Si l'on réfléchit à cette circonstance, que les huîtres mortes ne pré- sentent qu'un seul trou et sur une seule valve , on en conclura que la lésion a dû être mortelle , qu'une seule blessure a suffi, et . 1146 (Ostrea). - B. M., pi 50, fig. 4-5, pi. 51, fig. 7.- Petit, Cal. J. C , t. II, p. 390. Har. Bassin d'Arcachon, dans les crassats , adhérant aux huîtres; Pointe du Sud ; Vieux Soulac ; côtes du Bas-Médoc. — Charente-Inférieure. Ors. Les individus jeunes constituent le Peclen pusio L , et adhèrent ( 313 ) aux corps sous-marins par un byssus d'une finesse exlrême ; à l'état adulte , ils se fixent solidement aux rochers par l'une des valves, et cons- tituent alors VHinnites (Ostrea) sinuosus Gmelin. Quelques naturalistes admettent la présence du Peclen Jacobœus Linné sur nos rivages du sud-ouest de la France, et même dans la Manche; nous croyons qu'on aura confondu quelque variété du Peclen maximus avec celte espèce propre à la Méditerranée. Un exemplaire roulé d'un grand Peigne, voisin par sa forme du Peclen danicus Chemnilz , a été trouvé sur la plage du Bas-Médoc ; M. Cailliaud a recueilli une coquille analogue à l'embouchure de la Loire-Inférieure; il nous est impossible de déterminer spécifiquement notre individu, qui appartient peut-être à une espèce nouvelle. Le genre Lima n'est pas représenté dans notre faune girondine; mais on trouve le Lima hians Gmelin à Saint-Jean-de-Luz, Hendaye (Basses- Pyrénées). La même espèce a été envoyée à M. Ch. Des Moulins, de Saint- Sébastien (Guipuzcoa) et Gijon (Asturies), au nord de l'Espagne. ANOMIA Linné. 86. Aneeaaia eplsippiiasM Linné , Sysl. nal., éd. 12, p. 1150. — B. M., pi. 55, fig. 5. —Petit, Cat. J. C, t. II, p. 391. Hab. Bassin d'Arcachon , dans les crassats , sur les huîtres : baie du Sud , sur les Peignes , les fragments de Bucardes ; Vieux Soulac , elc. Obs. Nous n'insisterons pas sur le polymorphisme des Anomies, qui rend presque impossible leur distinction spécifique, cardiaque corps qui leur sert de base modifie leur ornementation et leur forme; mais nous ferons remarquer seulement que les anomies attachées à un corps sous-marin très-petit prennent un accroissement régulier, sont privées de côtes , gardent une coloration blanche uniforme , acquièrent de l'épais- seur, et par leur taille et leur forme se rapprochent beaucoup des huîtres. C'est ainsi que se montrent les anomies prises à la baie du Sud , sur des plages très-peu agitées par la vague. On reconnaîtrait probablement YAnomia palelliformis Linné parmi les exemplaires de nos côtes de l'Ouest, mais cette dénomination nous paraît contestable, et nous pensons qu'elle n'a pas plus de valeur que les nombreux vocables spécifiques des anomies d'Europe. — La même observation s'applique à VAnomia eleclrica indiqué à l'embouchure de la Gironde et dans la Charente-Inférieure. ( 314 ) OSTREA Linné. 87. Ostrea edulis Linné, Syst. nat. éd. 12, p. 1148.— B. M., pi. 54. — Petit, Cat. J. C, t. II, p. 391. Hab. Bassin d'Arcachon; embouchure de la Gironde. — Charente- Inférieure. ■ — Biarritz (Basses-Pyrénées). Obs. Les exemplaires dragués à de grandes profondeurs se rappro- chent de VOslrea hippopus Lamarck, sans avoir néanmoins l'aréa cardi- nale aussi large. Si les essais de M. Coste réussissent, nous compterons plus tard au nombre des mollusques indigènes VOslrea Virginica Lamarck , importé sur les crassats du parc du Gouvernement. . Les détails que nous avons donnés dans notre introduction , nous dis- pensent de nous étendre sur la culture des huîtres dans le département de la Gironde et dans le département de la Charente-Inférieure. Au-dessous de la baie d'Arcachon, et jusqu'à Biarritz, les huîtres paraissent manquer; on en retrouve dans cette dernière localité, où elles vivent attachées aux rochers. On a établi des claires , malheureusement très-insuffisantes , pour les engraisser et leur donner les qualités qui leur font défaut. GASTEROPODA DENTALIUM Linné. 88. Dentalium tarentimana Lamarck, Anim. s. vert. t. V, p. 345. — B. M., pi. 67, fig. 12. - Petit, Cat. J. C, t. III, p. 77. Hab Bassin d'Arcachon, cap Ferret; embouchure de la Gironde. 89. ». eaitalis Linné , Syst. nat., éd. 12, p. 1263. — B. M., pi. 67, fig. 11. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 77. Hab. Cap Ferret (Ch. Des Moulins). Obs. Lamarck décrit un Denlalium novemcostaium de La Rochelle. Cette espèce est probablement une variété du B. (arentinum. APLYSIA Linné. SO. Aplysia fasviata Poiret . Voy. en Barbar., t. II, p. 2. — Rang. Aplysiens, pi. 6 et 7. ( 315) Hab. Bassin d'Arcachon , dans les crassals. Obs. L'Aplysia fasciata a été découvert par Poiret sur les côtes de Barbarie ; mais il est tellement commun dans le bassin d'Arcachon qu'on doit lui supposer une extension géographique considérable. Le corps est grand , très-bombé, le pied étroit, les lobes très-longs, le manteau lisse d'un noir violacé uniforme avec quelques taches pâles , étoilées; les bords des lobes et des tentacules sont de couleur carmin. La longueur moyenne varie entre 20 et 25 centimètres; quelques individus dépassent de beaucoup ces dimensions. D'après la remarque de Bang , dont nous pouvons affirmer l'exactitude, cette espèce répand plus abondamment que ses congénères la liqueur violette de l'opercule; un seul individu peut teindre en un instant trois à quatre seaux d'eau. Elle exhale une odeur très-forte. On rencontre quelquefois au large des Aplysies nageant avec rapidité ; elles viennent sur les crassals pour manger les longues tiges de Zostera, que l'on retrouve en grande quantité dans leur estomac. Les pêcheurs les nomment pichevin, pissevinaigre. On retrouve la même espèce sur toutes les plages vaseuses de la Charente-Inférieure. 91. A. depilans Linné, Syst. nat. éd. 12, p. 1082 (Laplysia). — Bang. Aplysiens , pi. 16 et 17. Hab. Bassin d'Arcachon , moins commun que l'espèce précédente; mêmes habitudes. Obs. Outre ces espèces, M. Aucapitaine indique, dans la Charente- Inférieure, les Aplysia punclata G uvier, marmorala Bang., et Ferussàci Bang.? BULL/EA Lamarck. 92. Biillsea aperta Linné, Syst. nat. éd. 12, p. 1183 (Bulla^. — B. M., pi. 114 E,fig. 1. —Petit, Cat. J. C, t. III, p. 81. Hab. Bassin d'Arcachon , à la pointe d'Eyrac , Pointe du Sud , dans les crassals. — Boyan, île de Bé , La Bochelle, etc. (Charente-Inférieure). BULLA Linné. 93. Bulla lignaria Linné, Syst. nat. éd. 12, p. 1184. — B. M., pi. 114 F, fig. 3. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 81. Hab. Pointe du Sud (Guestier) — Côtes de la Charente-Inférieure. ( 316 ) 9i. B liydatis Linné, Syst. nat. éd. 12, p. 1183. — B. M., pi. 114D, fig. 7. - Petit, Cal. J. C, t. III, p. 82. HAB.Les crassatsdu bassin d'Arcachon, Eyrac, île aux Oiseaux, Pointe du Sud , etc. — Commun sur toutes les côtes du Sud-Ouest. 95. B. fragilâs Lamarck , Hist. nat. anim. s. vert., t. YI , 2 e partie, p. 36. - B. M., pi. 114 D, fig. 4-6. - Petit, Cat. J. C, t. III, p. 82. Hab. Crassats de la Pointe du Sud (Guestier). 96. B. tmncata Adams , Linn. Trans. 5, t. I , fig. 1-2, 1797. — B. M., pi. 114 B, fig. 7-8. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 82. Hab. Les crassals du bassin d'Arcachon , à Eyrac. 97. B obtiisa Montagu , test. Brit., t. I, p. 223, pi. 7, fig. 3. — B. M., pi 114, fig. 1-3. Hab. Embouchure de la Gironde. — Boyan (Charente-Inférieure). Obs. Celte espèce est très-variable; sa spire est tantôt saillante, tantôt enfoncée et obtuse , mais sa columelle est privée du pli qui caractérise le Bulla Iruncata Ad. — M. S. Wood (Crag Moll.) a figuré le type à sommet mamelonné ( lab. 21, fig. 4 b) , et la variété à spire tronquée ( tab. 21, fig 4 a) , en rapportant les deux formes au Bulla Begulbiensis Adams. M. Mac-Andrew indique sur les côtes du nord de l'Espagne, un certain nombre de Bulléens que nous n'avons pu trouver encore dans nos dépar- tements du Sud-Ouest; tels sont : les Bullœa scabra Miiller, Bulla cylin- dracea Pennant, umbilicala Montagu, etc. TORNATELLA Lamarck. 98. Tornatella fasciata Lamarck, Hist. nat. anim. s. vert., t. VI, 2 e partie, p. 220. - B. M., pi. 114 D, fig. 3. - Petit, Cat. J. C, t. III, p. 94. Hab. Bassin d'Arcachon, à la Pointe du Sud ; embouchure de la Gi- ronde ; Vieux Soulac , etc. — Royan , La Bochelle , île de Ré ( Charente- Inférieure). — Gastes (Landes). — Biarritz (Basses-Pyrénées), etc. AURICULA Lamarck. 99. Aiai*i«»iil;aBHB*ra Montagu, Test. Brit., p. 260 (Murex). — B. M , pi. 113, fig. 3-4. —Petit, Cat. J. C, t. III, p. 186. Hab. Vieux Soulac ( Des Moulins ). 151. M. a-tafa Montagu, Test. Brit., p. 263 (Murex). -B. M., pi. 112, fig. 3-4. — Petit, Cat. J. C, t. VIII, p. 256. Hab. Vieux Soulac, Arcachon (Des Moulins). 152. M. septaBBfgBBlaris Montagu, Test. Brit., p. 268. — B. M. , pi. 112, fig. 6-7. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 187. Hab. Vieux Soulac; bassin d'Arcachon , dans les crassats d'Eyrac et de l'île aux Oiseaux. ( 329 ) io3. M. costata Pennant , Brit. zool., éd. 4, t. IV, p. 125, pi. 79, fig. 1 (Murex). — B. M., pi. 114 a, fig. 3-4. Hab. Vieux Soulac; Pointe du Sud. 154. J?I. bracliystoma Philippi , Enum. moll. Sicil., t. H, p. 169, pi. '26, fig. 10 (Pleurotoma). — B. M., pi. 114 , fig. 5-6. Hab. Arcachon. Obs. Tous les Pleurotomes sont rares sur notre littoral , il est difficile de les recueillir à l'état frais. Ce groupe nous paraît destiné à recevoir plus tard d'importantes additions. CASSIS Lamarck. 155. Cassis satturon Lamarck , Hist. nat. anim. s. vert., t. VII, p. 227 - Kiener sp., pi. 14, fig. 27. —Petit, Cat. J. C, t. III, p. 196. Hab. Baie d'Arcachon à la Pointe du Sud ; Vieux Soulac. C. — Côtes de la Charente-Inférieure. Obs. La présence du Cassis saburon dans nos parages est un fait assez inattendu , cette espèce paraissant rechercher de préférence les mers des pays chauds, puisqu'elle a été d'abord trouvée au Sénégal par Adanson. Elle remonte le long du Portugal et arrive dans le golfe de Gascogne où M. Mac-Andrew l'a draguée à Gijon (Asluries); de là elle se répand sur nos rivages du S.-O. en dépassant au N. l'embouchure de la Gironde. Nous ne croyons pas qu'on l'ait signalée au-dessus de l'em- bouchure de la Loire. CASSIDARIA Lamarck. 156. Cassidaria tbyrrena Chemnitz , Conchyl. cab., t. X, pi. 153, fig. 1461-62 (Buccinmn). — Kiener, Sp., pi. 1 , fig. 1. —Petit, Cat. J. C, t. III, p, 195. Hab. Pointe du Sud en dehors de la baie, dragué vivant (D. Guestier); Musées de Bordeaux et d'Arcachon. — Charente-Inférieure (Beltrémieux). Obs. Cette magnifique espèce est identique aux exemplaires authenti- ques de Sicile que nous avons pu étudier. Encore une coquille qui paraissait propre à la Méditerranée et qui doit probablement suivre tout le littoral du Portugal et de l'Espagne avant d'atteindre le nôtre. Nous ne connaissons comme station intermédiaire que Malaga , d'où nous en ( 330 ) avons reçu trois individus. M. Kiener l'indique sur les côles de Corse et de Sardaigne. M. de Blainville signale à Biarritz et dans le fond du golfe de Gascogne un certain nombre de coquilles qu'on n'y a pas encore retrouvées. Telles sont les Conns méditer raneus Bruguières, Marginella miliacea Lamarck, clandestina Brocchi , Columbella ruslica Linné. M. Mac-Andrew les place au nombre des espèces du Portugal. Il a dragué, en outre, au nord de l'Espagne, les Erato lœvis Donovan , et Ringicula auriculata Mont. NASSA Lamarck. 157. MTassa reïictBlata Linné, Syst. nat, éd. 12, p. 1205 (Buccinum). — B. M., pi. 108, fig. 1-2. - Petit, Cat. J. C, t. III, p. 198. Hab. Toutes nos côles; très-commun dans le bassin d'Arcachon. — Charente-Inférieure. 158. M. iB*ca*assata Muller, Prodr. zool. Danic, p. 244 (Buccinum). — B. M., pi. 108, fig. 3-4. — Petit, Cal. J. C, t. III, p. 199. Hab. Bassin d'Arcachon à Eyrac, à la Pointe du Sud; Vieux Soulac. — Boyan , La Bochelle (Charente-Inférieure). — Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées). 159. ML itygttiœa Lamarck, Hist. nat. an. s. vert., t. VII, p. 154 (Ranella).— B. M., pi. 108, fig. 5-6. -Petit, Cal. J. C, t. VIII , p. 258. Hab. Pointe du Sud. B. Obs. Blainville a décrit celle espèce sous le nom de Buccinum trito- nium (Faune fr., p. 180, pi. 7, fig. 5-6), d'après des échantillons pris à La Bochelle (Charente-Inférieure) par d'Orbigny père. 160. M. Gallaudiaiia Fischer, Journ. conchyl. , t. X, p. 37 (1862) et t. XI, p 82, pi. 2, fig. 6 (1863). Hab. Pointe du Sud. B. Obs. Nous avons décrit celle nouvelle espèce d'après des exemplaires provenant de la baie de Cadix (Espagne) et de la baie de Lagos (Portugal), appartenant à la collection de M. Pelit deJa Saussaye. Nous croyons qu'elle habite également le Sénégal ; mais , jusqu'à présent , rien n'indi- que qu'elle ail pénétré dans la Méditerranée. M. Mabille a rapporté le Nassa cormmlum Olivi , de Saint-Jean-de- Luz (Basses-Pyrénées). ( 331 ) BUCCINUM Linné. 161. ISuccimim ■■■■datiiiti Linné, Syst. nat., éd. 12, p. 1204. — B. M., pi. 109 , fig. 3-5. - Petit, Cat. J. C, t. III , p. 198. Hab. Arcachon ; Vieux Soulac, etc. — Charente-Inférieure. Obs. Nos exemplaires diffèrent de ceux du nord de la France par leur coloration uniforme et leur grande taille. Un individu, dragué par M. Guestier, atteint 11 centimètres de longueur et 7 de largeur. Le Buccinum undalum appartient aux mers du nord de l'Europe et paraît s'éteindre au S. dans le bassin d'Arcachon. FUSUS Lamarck. 162. Fusus propinquiis Alder, Moll. Northumb. and Durh., p. 63. — B M., pi. 103, fig. 2. Hab. Pointe du Sud, cap Ferret ; Vieux Soulac. — Royan, île de Ré (Charente-Inférieure). — Biarritz (Basses-Pyrénées). 163. F. contrarius Linné, Syst. nat. éd. 13, p. 3564 (Murex). — Kiener, Sp., pi. 20, fig. 1. Hab. Arcachon , cap Ferret. R. Obs. Celte coquille vit dans la Méditerranée sur les côtes de Sicile; dans les mers de l'Europe septentrionale , son extinction paraît récente, puisqu'elle abonde dans le crag de Norwich. M. Mac-Andrew l'a obtenue vivante dans la baie de Vigo , province de Pontevedra , au-dessous par conséquent du cap Finisterre. Elle a été retrouvée sur les côtes du Portugal. Blainville en a figuré des individus très-jeunes sous le nom de Pyrula perversa jun. (Faune Fr., pi. 4 a, fig. 5 a-b); ils provenaient de La Rochelle (Charente-Inférieure). 164. F. antiquiis Linné', Syst. nat., éd. 10, p. 754 (Murex). — B M., pi. 104, fig. 1-2. —Petit, Cal. J. C, t. III, p. 189. Hab. Arcachon (Des Moulins). — Charente-Inférieure. Obs. Le seul exemplaire récolté par M. Ch. Des Moulins était mort; mais on en a trouvé plusieurs individus pourvus de leurs mollusques sur les côtes de la Charente-Inférieure. On a rencontré quelquefois, sur le littoral du S.O., le Pyrula melon- ( 332 ) gêna L.; Rang (Manuel , p. 220) en a vu deux individus ramassés à La Teste (bassin d'Arcachon) ; la collection de M. Des Moulins possède un exemplaire de même provenance; M. Aucapitaine (Rev. et mag. zool. 1 852) le cite de La Rochelle ; malgré ces faits, nous ne saurions admettre que cette coquille vive dans nos mers; elle habite le golfe du Mexique, et les courants ont pu l'entraîner jusque sur nos côtes , à moins que les échantillons ramassés sur la plage n'y aient été jetés par des marins , des voyageurs ou des marchands. Quelques exemplaires ont été recueil- lis sur divers points de la Méditerranée, mais toujours morts. RANELLA Lamarck. 165. Ranella gîgantea Lamarck , Hist. nat. anim. s. vert., t. VII, p. 150.-Kiener, Sp., pi. 4, fig. 1. -Petit, Cat. J. C, t. III, p. 193. Hab. Cap Ferret. Obs. Plusieurs exemplaires ont été pris sur notre littoral . Les Ranelles des mers d'Europe vivent toutes dans la Méditerranée, TRITON Lamarck. 166. Triton cutaveus Linné , Syst. nat., éd. 13, p. 3533 {Murex). - Sow., B. S., pi. 18, fig, 1. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 194. Hab. Vieux Soulac ; Arcachon. — Biarritz (Basses-Pyrénées). — Cha- rente-Inférieure. 167. T. nociiferus Lamarck, Hist. nat. anim. s. vert., t. VII, p. 179. - Sow.,B. S., pi. 18, fig. 2. —Petit, Cat. J. C, t. III, p. 194. Hab. Côtes du Bas-Médoc (Des Moulins). — Charente-Inférieure (Aucapitaine). 168. T. corrugatus Lamarck, Hist. nat. anim. s. vert., t. VII, p. 181. - Kiener, Sp., pi. 8, fig. 1. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 194. Hab. Arcachon (Des Moulins). Obs. Les trois Tritons que nous indiquons ici habitent le golfe de Gascogne sur les rivages des Asturies, où M. Mac-Andrew les a recueillis. MUREX Linné. 169. Murex erinateus Linné , Syst. nat. éd. 12, p. 1216. — B. M., pi. 102, fig. 4. — Petit, Cat, J. C, t. III, p. 192. ( 333 ) Hab. Baie d'Arcachon dans les crassats ; Vieux Soulac ; le Verdon.— Commun à Royan , île de Ré, La Rochelle, etc. (Charente-Inférieure). Obs. Le Murex Edivardsii Payr. (Purpura) abonde dans la baie de Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées). M. Mac-Andrew l'a recueilli sur les côtes des Asturies. Nos échantillons sont de petite taille et constituent une variété assez bien caractérisée. PURPURA Bruguiéres. 170. Purpura lapilïus Linné, Syst. nat., éd. 12, p. 1202 (Bucci- num). - B. M., pi. 102, fig. 1-3. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 197. Hab. Rochers de Cordouan ; Vieux Soulac— Royan , La Rochelle , île de Ré , etc. (Charente-Inférieure). — Saint-Jean-de-Luz. Obs. Toutes les principales variétés sont représentées sur nos côtes ; la var. imbricata est commune à Cordouan et à Royan. 171. 1». fiœmastoma Linné, Sysl. nat., éd. 13, p. 3483 (Buc- cinum). — Kiener, Sp. , pi. 32, fig, 78. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 197. Hab. Bassin d'Arcachon près de l'embouchure, cap Ferret; Vieux Soulac , etc. Obs. Cette espèce vit sur toutes les côtes du sud-ouest de la France, mais paraît plus répandue dans les rochers de Saint-Jean-de-Luz et de Biarritz (Basses-Pyrénées) où les pêcheurs l'appellent ouarque. Elle a été trouvée à Gastes (Landes), La Rochelle, île de Ré (Charente- Inférieure). Plus au Nord, on l'a draguée vivante à Brest (Collard des Cherres); au Sud , elle abonde sur le littoral des Asturies. Les nombreux exemplaires que nous avons examinés appartiennent à deux types tranchés (peut-être même à deux espèces). Le premier ressemble aux formes méditerranéennes; le dernier tour est médiocrement renflé , et les rangées tuberculeuses sont très-peu saillantes. Le second est remarquable par sa taille, qui devient quelquefois énorme; sur le dernier tour, on compte deux rangées de tubercules très-proéminents, laissant entre elles et la suture une surface déclive et profonde; les tubercules existent aussi sur les autres tours; la spire ( 334 ) est relativement courte; la forme générale massive et trapue. La bouche est d'un beau rouge. Dimensions d'un exemplaire de nos côtes appartenant à la collection Des Moulins : Longueur : 10 centimètres. — Largeur : 7 centimètres. — Longueur de l'ouverture : 7 centimètres. Cette grande et belle variété se rapproche du Purpura consul Chemnitz. CYPRjEA Linné. 172. Cyprsea europsea Montagu , Test. Brit. suppl., p. 88. — B. M., pi. 114 a, fig. 6-9. — Petit, Cat. J. C, t. III, p. 205. Hab. Vieux Soulac ; Cordouan ; Arcachon , etc. — Royan , île de Ré , La Rochelle, etc. (Charente-Inférieure). — Saint-Jean-de-Luz. CEPHALOPODA OCTOPUS Lamarck. 4 73. Octopus vulgaris Lamarck, Mém. Soc. Hist. nat. Paris, t. I, p. 18 (1799). — B. M., pi. NNN, fig. 2. Hab. Lagune du Sud. — Se retrouve sur toutes les côtes de l'Ouest. SEPIOLA Leach. 174. Sepiola atlantica D'Orbigny, in Férussac, Hist. nat. gén. et part. Céphal., p. 235, pi. 4, fig. 1-12. -B. M., pi. MMM, fig. 2. Hab. Embouchure de la Gironde. — Très-commun dans la Charente- Inférieure. SEPIA Linné. 175. Sepia officinales Linné , Fauna Suecica n° 2106. — B. M. , pi. 000. Hab. Bassin d'Arcachon. CCC. LOLIGO Lamarck. 176. îiolàjjo vulçjai'is Lamarck, Mém. Soc. Hist. nat. de Paris, p. 11 (1799). — B. M., pi. LLL. ( 335 ) Hab. Bassin d'Arcachon. C. ( Vulgairement la Seiche rouge). Obs. Ce Céphalopode a été indiqué sous le nom fautif de L. Pealii Le- sueur, dans quelques catalogues français ; le L. Pealii est propre aux mers d'Amérique. OMMASTREPHES D'Orbigny. 177. Oniniastrcitlies sagittatais Làmàrck, Mém. Soc. Hist. nat. de Paris (1799), p. 13. — VarB. (Loligo). - B. M., pi. RRR, fig. 1. Hab. Bassin d'Arcachon. R. Obs. Outre ces espèces communes, on a recueilli sur les côtes du S.-O., les Octopus tuberculatusB\.; Eledon moschatus Leach.; Sepiola Rondeleti D'Orb. ; Sepia Orbignyana Fer. ; Sepia Rupellaria D'Orb. ; Sepia elon- gata D'Orb. père; Tenthis subulata Lamarck. Quelques-uns de ces mol- lusques sont encore très-imparfaitement connus, en particulier les Sepia. La coquille du Spirula Peronii Lamarck a été trouvée à La Rochelle (D'Orbigny père); on en ramasse parfois de grandes quantités sur les côtes du nord de l'Espagne, dans le golfe de Gascogne. CHAPITRE X. En résumant en peu de mots les caractères généraux de la faune malacologique du sud-ouest de la France, nous remarquerons d'abord ce fait intéressant, qu'elle est complètement mixte, c'est-à-dire, qu'elle se rapproche à la fois de la faune celtique proprement dite (Manche, Bretagne) et de la faune lusitanienne (côtes du Portugal , Méditerranée, Afrique du Nord); sa position géographique devait faire prévoir ce résultat. Nous retrouverions une physionomie semblable à la faune conchylio- logique du nord de l'Espagne; aussi croyons-nous qu'on pourrait très- bien établir une grande subdivision ou région malacologique pour tout le golfe de Gascogne, de l'embouchure de la Loire au cap Finistère (Espagne) , et nous proposerions de l'appeler région aquitanique. Les espèces du sud-ouest de la France peuvent être rangées en cinq groupes : 1° Celles qui sont communes à la fois aux côtes d'Angleterre, à la Manche et à la Méditerranée ou au sud de l'Espagne. Elles constituent la grande majorité; ( 3313 ) 2° Celles qui habitent les rivages du nord de l'Europe et de la Manche, et qui viennent s'éteindre dans le golfe de Gascogne , sans dépasser au sud le cap Finisterre ; 3° Celles qui régnent sur le littoral de la Méditerranée , de l'Afrique septentrionale et occidentale, du sud de l'Espagne et du Portugal , et qui remontent sur les côtes de France pour s'y éteindre, sans dépasser au nord la rade de Brest; ¥ Celles qui n'ont été encore signalées que sur nos côtes du sud-ouest; 5° Enfin, celles qui ont été portées accidentellement sur notre littoral. Nous examinerons successivement chaque groupe d'espèces : 1° Les espèces communes au nord et au sud de l'Europe n'ont, pour nous , qu'un intérêt négatif. Il serait très-intéressant, au contraire, de constater, sur toutes les côtes de l'ouest de la France, l'absence de coquilles signalées a la fois dans la Manche et dans la Méditerranée; on établirait ainsi, sur des documents sérieux, la théorie des centres mul- tiples de création; mais ce caractère négatif n'aura jamais une impor- tance absolue, et on lui opposera cette objection puissante : qu'il ne faut pas déclarer l'absence définitive d'une espèce parce qu'on ne l'a pas encore découverte ; 2° Les espèces du nord que nous avons indiquées sur nos côtes du sud-ouest, et qui ne dépassent pas, au sud, le cap Finistère, sont les suivantes : Limite extrême au Sud. Saxicava rugosa Nord de l'Espagne. Pholas crispala Côtes de la Charente-Inférieure. Mya arenaria Bassin d'Arcachon. — truncata La Rochelle. Thracia dislorta Embouchure de la Gironde. Mactra solida Nord de l'Espagne. — elliptica Bassin d'Arcachon. Tellina solidula Id. Psammobia tellinella Nord de l'Espagne. Arca cardissa. Embouchure de la Gironde. Auricula bidentala Id Trochus crassus. . Nord de l'Espagne. Lacuna pallidula Bassin d*Arcachon. — vincta Embouchure de la Gironde. Liltorina rudis Nord de l'Espagne. Mangelia rufa Bassin d'Arcachon. Buccinum undatum Id. ( 337 ) Fusus anliquus Bassin d'Arcachon. — propinquus Biarritz. Purpura lapillus Nord de l'Espagne. En tout, une vingtaine d'espèces. 3° Les espèces de la faune africaine et lusitano-méditerranéenne qui , au N., ne dépassent pas la pointe du département du Finislerre, sont en nombre à-peu-près égal aux précédentes. Limite extrême au Nord. Litkodomus caudigerus . . . . Guétary (Basses-Pyrénées ). Donax semislriata Loire-Inférieure. Aplysia fasciala Côtes de la Charente-Inférieure. Palella punctala Biarritz. — ccerulea Id. Fissurella gibba Bretagne. — neglecta Embouchure de la Gironde. Turbo rugosus Gastes (Landes). Rissoa violacea Côtes du Finistère. Lillorina miliaris La Rochelle. Scalaria crenata Bassin d'Arcachon. — lamellosa Côtes du Finistère. Cassis saburon La Rochelle. Cassidaria ihyrrena Id. Nassa Gallandiana Bassin d'Arcachon. Nassa corniculum Saint-Jean-de-Luz. Fusus contrarias La Rochelle. Triton corrugalum Côtes de la Gironde. Ranella giganlea Id. Purpura hœmastoma Rade de Brest. Murex Edtvardsii Finistère. Parmi ces vingt-et-une espèces , deux n'ont pas encore été signalées dans la Méditerranée, les Liltorina miliaris et Nassa Gallandiana ; deux autres ne se trouvent que sur le littoral africain de la Méditerranée, les Aplysia fasciata et Lilhodomus caudigerus. 4° Les mollusques propres à nos côtes du sud-ouest sont très-peu nombreux; YOdostomia Moulinsiana est le seul que nous connaissions jusqu'à présent. 5° Les coquilles introduites accidentellement sur nos rivages, et qui ont été prises mortes ou roulées, n'ont d'intérêt qu'au point de vue des courants qui ont pu les conduire ; ce sont : ( 338 ) Patrie. Teredo malleolus . Inconnue. — Épaves. — megotara Id. id. — pennalifera Id. id. Marlesia slriala Existe dans toutes les mers chaudes. Venus mercenaria New-York. Solecurtus tagal Sénégal. Pecten Danicus Mers du Nord de l'Europe. Lucina carnaria Antilles (?). Ostrea Virginica New-York. Pyrula melongena Golfe du Mexique. Sur ces dix espèces, deux , les Ostrea Virginica et Venus mercenaria, sont en voie d'acclimatation et ont été transportées dans ce but; les trois Teredo et le Marlesia pourraient très-bien s'acclimater sur nos côtes; car, sur quelques points du littoral de la France et de l'Angleterre, ils paraissent déjà se multiplier. TABLE DES MATIERES Avant-Propos Pag. 257 Chapitre I. — Littoral de la Gironde 259 Chap. II — Historique de la production des huîtres dans la Gironde. — Déca- dence des parcs ( de l'an 500 à 1854) 265 Chap. III. — Repeuplement du bassin. — État actuel de l'industrie huîtrière à Arcachon(de 1854 à 1865) 271 Chap. IV. — Ennemis des huîtres. — Ravages des cormaillots ou perceurs. . 276 Chap. V. — Ostréiculture dans le département de la Charente-Inférieure. (Marennes. — La Tremblade. — Ile de Ré) 279 Chap. VI. — Les moules du bassin d'Arcachon. — Mytiliculture dans la baie de l'Aiguillon , à Esnandes , Marsilly, Charron (Charente-Infér.). 281 Chap. VII. — Tentatives d'acclimatation de mollusques exotiques dans le bassin d'Arcachon ( 1861 , 1863) 284 Chap. VIII. — Autres espèces de mollusques édules de la Gironde 287 Chap. IX. — Catalogue des mollusques marins du département de la Gironde. 288 Acephala 288 Gasteropoda 314 Cephalopoda -. 334 Chap. X. — Résumé 355 DES PERFORATIONS LA PINTADINE MERE-PERLE ( MELEAGRINA MARGAR1TIFERA Lamk.) Par ~M.. le M> Léopold DE FOLIJST Lieutenant de vaisseau, correspondant. Généralement, on ne soupçonne pas que les valves de la Meleagrina marqaritifera (1) offrent au conchyliologiste un champ varié d'observa- tions, le plus vaste qu'on puisse imaginer sur une aussi petite étendue. Le test de cette bivalve, qui présente deux systèmes de formations , est sillonné dans toute son épaisseur par des perforations de plusieurs sortes. Elles se montrent souvent en si grand nombre, que c'est, pour ainsi dire , côte à côte que les animaux perforants ont accompli leur œuvre. La partie nacrée se trouve tout aussi fouillée que les couches extérieures par lesquelles les excavations ont nécessairement commencé. (Spécimen AA) (2). D'après leur mode de pénétration, il est facile de reconnaître que ces perforations peuvent être rangées au moins en trois catégories : 4° Celles qui appartiennent à certaines espèces de mollusques, bival- ves pour la plupart ; (1) Mytilus margaritiferus Linn. Margarita sinensis Leach. Avicula margarilifera Roiss. — Desh. — meleagrina Blainv. — radiata Leach. v '2) Les spécimens décrits dans le mémoire ont été adressés , en nature , par Tau- leur, à la Société Linnéenne , et déposés au Musée d'Histoire naturelle de Bordeaux. Tome XXV. U ( 340 ) i2 u Celles de forme irrégulière, réunies en groupes et paraissant com- muniquer entre elles; elles correspondent à de petites ouvertures en nombre moindre, pratiquées sur la surface de la Pintadine à l'extérieur; c'est-à-dire que chacune de ces ouvertures paraît être en rapport avec plusieurs des cavités intérieures, lesquelles pénètrent beaucoup moins profondément que les perforations dues aux mollusques. (Voir le spéci- men A"); 3° Enfin, celles poussées presque droit et serpentant dans le test où elles forment des sortes de canaux quelquefois doubles. (Voir le spéci- men A" en b.) Elles sont dues à des Annélides dont nous y avons fré- quemment retrouvé les tubes desséchés ; l'un d'eux a été conservé sur le spécimen E en e, un autre en e . La première catégorie de perforations , celles opérées par des bival- ves , nous a fourni les observations suivantes : Il arrive quelquefois , en raison du nombre multiplié des perforations, que deux perforants doivent se combattre, ou plutôt que l'un d'eux doit continuer sa route en rongeant un voisin qu'il rencontre en travers sur son passage. Ce fait se présente dans toute sa cruelle vérité de concur- rence vitale sur les trois spécimens A, B et C , en a, b, c. En a, la Modiole qui l'a emporté en rencontrait une autre (1 a) à sa droite et une seconde (1 (?) à sa gauche. En b, trois perforations se coupent; une seule Modiole a survécu. En c, la trace du fait est toute aussi évidente. Parfois la perforation a dû parvenir jusqu'au mollusque même de la Pintadine , et celui-ci a dû ajouter aux parois intérieures de sa demeure de nouvelles couches, afin de s'isoler de ce trop incommode visiteur. Le fait est facile à constater sur le spécimen C , à l'intérieur de la valve en c. S'il est possible d'en tirer quelque induction pratique, ne pourrait-on pas y voir une des causes déterminantes de la formation des perles ? La perforation , en effet , se montrant persistante , il fallait au mollusque, pour se garantir, un nouveau moyen, un remède extrême; renonçant donc à un système de défense qu'il aurait eu à renouveler continuellement sans succès, il forme une sorte de bouclier préserva- teur sur le point où son individu est le plus exposé. Par ce travail de défense intérieure, alors que les ouvrages du dehors sont emportés, il oppose au rongeur un obstacle dont la mobilité défie ses attaques, tout en lui permettant de pénétrer chez l'intrus, afin de s'en débarrasser plus aisément. Il ne lui reste plus ensuite qu'à fermer l'ouverture pra- ( 341 ) tiquée par son ennemi. Le spécimen C en a, nous montre l'exemple d'une perforation fermée à l'intérieur, après l'élimination du perforant ; les couches cloisonnant les excavations en b, sur le même spécimen , paraissent avoir été formées dans des conditions analogues. Dans quelques cas, nous avons remarqué , sur les parois de certaines cavités, une arête vive qui nous fournit quelques lumières sur la ma- nière dont s'accomplit le travail de perforation , au moins chez certaines espèces. Cette arête répond à la jonction des deux valves du perforant, qui doivent demeurer légèrement ouvertes pendant l'opération. On la distingue nettement sur le spécimen B en d, et dans presque toutes les cavités du spécimen D. L'examen de cette particularité nous porte à conclure, d'abord, que le mouvement n'est point un mouvement de révolution ou de rotation complet. Que si quelque effort est produit, soit par le balancement des valves, soit par un léger mouvement oscillatoire, ce ne peut être qu'avec celte arête pour appui. Mais bien plus sûrement le grand travail doit s'effectuer dans le sens du grand diamètre de la coquille, c'est-à-dire perpendiculairement à son axe. En nous reportant aux spécimens A et B, nous trouverons en a? la confirmation de l'opinion que nous venons d'avancer. Le mollusque perforant s'est réservé dans les couches extérieures de la Pintadine une ouverture par laquelle sont établies des communica- tions avec le dehors ; cette ouverture est revêtue, sur une certaine éten- due, d'une sécrétion qui n'en permet plus l'extension dans aucun sens. C'est donc par le côté le plus voisin de son sommet que la Modiole dirige sa perforation. Il faut remarquer en outre que l'appendice qui semblait propre au travail , se trouve logé dans la partie X garnie d'une couche de sécrétion. Mais ce qui vient confirmer pleinement cette observation sur le sens du travail , c'est la perforation en galerie (on pourrait dire ambulatoire) de la bivalve n° 13, trouvée dans l'excavation f du spécimen F. L'em- preinte des stries du perforant, dans le sens longitudinal, indique assez , ici , que c'est dans la même direction que l'opération a été prati- quée. Des perforations cordiformes se présentant toutes dans les conditions que nous avons indiquées, viennent à leur tour appuyer notre opinion. D'après l'examen des cavités, nous pouvons supposer que l'ouverture des valves du perforant est généralement dirigée vers les couches exté- rieures de la Pintadine, le sommet de la coquille reposant sur les ( 342 ) couches intérieures qu'il détruit successivement en progressant dans son travail. Des cloisonnements ont été observés à l'ouverture de quelques perfo- rations (1); il s'en présente aussi dans quelques autres cas. Les spéci- mens A et B nous montrent en y les cas d'un animal survivant à une rencontre, et cloisonnant par voie de sécrétion la partie restée vide après la mort de celui qui fut traversé. (Voir le spécimen K.) Chez certaines espèces de perforants, le travail cesse probablement lorsque le mollusque a atteint l'âge adulte. Il vieillit alors dans la retraite qu'il s'est formée, et y arrive tranquillement au terme de son existence, si quelque événement imprévu ne vient pas l'abréger. Ce fait nous est prouvé par l'inspection du spécimen G. Nous trouvons, en effet, en a, une perferation tapissée sur toute sa surface d'une sorte de tissu formé de byssus, qui montre que depuis longtemps il n'y avait plus d'accroissement clans le travail. Sous le n° 4-3, nous avons placé quel- ques-unes de ces coquilles, un fragment de perforation et une partie de tissu. La bivalve dont il est question se trouve revêtue d'un épiderme épais, se détachant facilement , et l'apparence du test vu par dessous, indique un certain degré de vétusté. La perforation, dans ce cas, est-elle uniquement le résultat d'une action mécanique? Est-ce un simple épiderme dont le frottement a produit une excavation parfaite- ment adaptée à la coquille et moulée en quelque sorte sur elle? Quelle qu'ait pu être l'adhérence de cet épiderme à l'époque où l'animal était dans toute sa force, croira-t-on qu'un corps aussi peu résistant ait suffi à une tâche pareille? Comme nous n'avons observé qu'un très-petit nombre de cas de cette nature, nos observations ne sont pas suffisantes pour éclairer la question. Mais un autre genre de mollusques nous fournit de nombreux exemples qui nous conduisent à supposer que la perforation n'est pas toujours le résultat d'un travail uniquement méca- nique , exécuté avec le secours du test. Il s'agit d'une coquille patelloïde (Hipponyx) que nous avons trouvée très-fréquemment sur la Pintadine; on observe en la détachant une empreinte circulaire creusée dans l'é- paisseur du lest, sur laquelle la coquille s'applique exactement par sa base Le travail n'est pas régulier, et l'on peut facilement se rendre compte de la manière dont l'animal a procédé. (Spécimen H en h.) (\) Spécimen E en x. ( 343 ) Est-ce pour rendre son adhérence plus intime? Est-ce pour s'approprier le calcaire de laPintadine? Nous ne saurions nous prononcer. Deux cas particuliers se sont en outre présentés à côté l'un de l'autre. Un Vermet assez gros se trouvait soudé sur la surface extérieure d'une Pintadine; dans des cavités situées entre les contours irréguliers du Yermet se trou- vaient deux de ces mêmes coquilles patelloïdes, lesquelles remplissaient exactement l'espace excavé. L'inspection de ces coquilles , l'état de leur habitation (spécimen I), indiquent parfaitement qu'elles ont dû grandir dans ces loges, dont les dimensions ont dû être augmentées en même temps. Leur fraîcheur annonce qu'elles y vivaient encore au moment où la Pintadine fut pêchée. Nous ajouterons que cette première série d'observations est le résultat de l'examen d'une centaine de valves de Pintadines, lesquelles nous ont fourni, soit comme perforants, soit comme mollusques introduits, environ quatre-vingt espèces. Ces derniers peuvent être considérés comme ayant vécu dans les perforations, puisqu'ils ont été rencontrés dans celles-ci lorsque les couches extérieures de laPintadine étant enle- vées, les cavités ont été mises à jour ; les ouvertures qui existent à la surperticie de ces couches sont, en effet, presque toujours de dimensions trop faibles pour livrer passage aux espèces dont il est question , dans l'état où elles ont été trouvées , du moins pour la plupart. Il faut donc que l'introduction ait eu lieu à un très-jeune âge , et dès-lors il sera permis de supposer que, parmi ces petits individus, il en est un certain nombre qui sont arrivés à Page adulte; on pourra du moins conclure ainsi, en comparant la taille qu'ils devaient avoir lors de leur entrée dans les per- forations à celle qu'ils possédaient lorsqu'ils furent recueillis. Bon nombre de formations madréporiques, de polypiers, de plantes même, se rencontrent aussi assez souvent sur les valves de laPinta- dine, et viennent ajouter leur tribut à cette moisson déjà bien riche dont nous avons parlé. Les généralités qu'on vient de lire ont été présentées avec les spéci- mens à la Société Linnéenne, dans sa séance du 9 novembre 1864; mais ce travail exigeait pour complément la détermination aussi précise que possible des animaux auxquels sont dues les perforations observées ou qui, du moins, ont trouvé à s'y loger. Un pareil travail est d'une difficulté extrême, à cause de l'étude encore peu avancée de ces ani- ( m ) maux si divers , et à cause des déformations de test qui se présentent si souvent dans de pareilles conditions. Nous avons donc dû nous adresser, pour en obtenir l'exécution, à l'autorité scientifique la plus haute, et l'inépuisable complaisance du prince des conchyliologistes français, — de notre illustre Deshayes, — n'a pas dédaigné de s'y appliquer et d'en mettre à notre disposition les intéressants résultats. . Avant de les exposer (voir le catalogue ci-après), il nous sera permis de faire remarquer que les espèces observées jusqu'ici par nous dans le test des Pintadines peuvent être rangées dans trois divisions. La première comprend les perforants et V éponge douée de la même faculté (Vioa), que nous avons placés dans la deuxième catégorie. On pourrait, à notre avis, y joindre les Hipponyx qui s'attachent en grand nombre sur la Pintadine, et y corrodent la partie du test sur laquelle ils se sont fixés : ce sont bien là, en effet, des parasites. La deuxième division renferme les animaux qui, sans opérer aucun travail d'excavation, profitent, pour y habiter, de celles qu'ils trouvent toutes faites : tels sont les animaux des genres Saxicava, Erycina, etc. La troisième enfin se compose des Gastéropodes qui ne se rencon- trent qu'accidentellement dans les excavations où ils ont pu chercher un abri momentané , et peut-être leur nourriture. Il nous reste à dire que la présente notice ne forme qu'une première série de la publication que nous projetons. Nous poursuivons nos recherches , et déjà nous avons en main des espèces qui ne sont pas portées au catalogue ci-après. Jointes aux résultats de nos observations subséquentes, elles fourniront le sujet d'un et peut-être de plusieurs suppléments. Pauillac, 5 avril 1865, CATALOGUE DE LA PREMIÈRE SÉRIE DES ANIMAUX MÉLÉàG-RINICOLES Par M. le D' J.-P. DESHAYES , Membre honoraire de la Société Linnéenne de Bordeaux. 4. Gastroch.ena cuneiformis?, jeune. 2. Valves de Teredo , très-jeunes, indéterminables. 3. Pholas acuminala , petit individu, jeune âge. i. Le même, plus jeune encore et dans un état très-curieux d'accroissement. 5. Saxicava , voisin de Varclica et dusimilis; espèce distincte, proba- blement nouvelle. 5 bis. Autre Saxicava, probablement variété de la précédente : il faudrait en voir plus d'un exemplaire, fi. Autre Saxicava, spec. nov. 7. Sphenia , spec. nov. 8. Autre Sphenia, voisin du S. Binghami. 9. Gumingia , très-jeune et indéterminable, probablement le C. fragilis Adams. 10. Cochlodesma Cumingiana Fischer. Je crois celte coquille plus rapprochée des Thracia. 1 1 . Petricola voisin du P robusta. spec. nov. 12. Autre Petricola, également voisin du robuslu , et peut-être simple variété. 13. Erycina (Montacuta ) spec. nov. 14. Autre Erycina du même sous-genre (Montacuta), nouvelle. 15. Cïpkicardia , espèce très -remarquable par sa structure. 16. Crassatella , très-petit, indéterminable. 17 Très-jeune âge d'un Septifer, probablement du S. Kraussi Recluz. 18. Modiola (Lilhodomus) caudigera Lamk. 19. — — atlenuata Desh. 20. Modiola [Modiolaria), spec. nov.? 21. Modiola , très-jeune et indéterminable. 22. Modiola [Lilhodomus) appendiculala Phi I. 23. Modiola (Modiolaria) opifex Say. ( 346 ) 24. Modiola [LUhodomus) cinnamoviea Lamk. 24 bis. — — fusca Gmel. 25. Perna , très-jeune; que devient-elle en vieillissant? 26. Malleus , petit et très-remarquable; il faudrait en observer un plus grand nombre pour oser en faire une espèce à part. 27. Malleus vulsellatus. 28. Lima ...... à l'état embryonnaire, indéterminable. 28 bis. Osïrea denliculala Born. 29. Terebratula picta Chemnitz. 30. Hipponyx pilosus Desh. 31. Scvtelutsa ferruginea? A. Adams. 32. Crepidula ; elle m'est inconnue. 33. — nucleola Lamk. , très-jeune. 34. Sommet d'un Vermetus. 35. Phleboceras. Deux espèces. 35 bis. Caecum ; m'est inconnu. 36. — regidare Carpenter. 37. — undalum Carpenter. 38. — ; m'est inconnu. 39. — lœve Carpenter. 40. — desctroversum Carpenter. 41. — imbricalum Carpenter. 42. Fossarus ; trop jeune pour être déterminé avec certitude. 43. Coquille embryonnaire; elle m'est inconnue. 44. Viïrinella , spec. nov. ? 45. Adeorbis , très-jeune, indéterminable. 46. — , spec. nov. 47. Skenea ..... , spec. nov. 48. Rissoa. 49. — 50. — J> Je ne les trouve ni figurés, ni mentionnés nulle part. 51. — 52. — 53 Turbonilla , spec. nov. 54. Assiminea, spec. nov. 55. Jeffreysia , spec. nov. 56. Eulima, spec. nov. 57. — très-jeune, voisin du vilrcea. 58. Turbo , petit et en trop mauvais état pour être déterminé. 59. Autre Turbo, trop jeune pour être déterminé. 60. Opercule appartenant à une coquille de la famille des Turbinacés. 61. Sigaketus , spec. nov. 62. Thiforis crenulalus? Desh. ( 347 ) 63. COLUMBELLA pulchelld SOW. 64 .Nassa , trop jeune pour être déterminé. 65. Columbella? extrêmement jeune; indéterminable. 66. Marginella: il en faudrait un certain nombre d'échantillons pour assurer les caractères de l'espèce. 67. Ovula. De même pour cette petite espèce. 68. Diverses capsules cornées d'œufs de mollusques. 69. Plaque d'œufs de mollusques nudibranches. 70. Balanus 71. Cypris 72. Tube mambraneux d'une annélide. 73. Serpula 74. Support corné d'un polypier. 75. Divers foraminifères. 76. Orbitolites marginalis? Lamk. 77. Très-petit spongiaire. 78. Spicules d'épongé. 78 bis. Vioa. 79. Corps inconnu (œuf de mollusque?? ) 80. Corps inconnu. SUR LE NITELLA STËLLIGERA DES AUTEURS (1) Par M. Armand CLAVAUD , correspondant. Depuis la séparation des Characées en deux genres distincts, tous les botanistes ont rapporté cette espèce au genre Nitella, se fondant bien plus sur des affinités de port que sur des caractères vraiment anatomi- ques. M. Alexandre Braun, le premier, a reconnu qu'elle est un véri- table Chara, et il établit son opinion sur ce que les dents de la coronule se montrent toujours constituées par une cellule unique. J'ignore jus- qu'à quel point il a été suivi dans cette voie par les botanistes étrangers ; mais je remarque que les auteurs français ont continué de faire de cette plante un Nitella, malgré l'opinion très-juste et très-fondée du célèbre professeur (2). Cette hésitation des botanistes à reconnaître le Chara slelligera pour ce qu'il est réellement, tient sans doute à ce qu'un caractère unique fait difficilement foi d'une manière absolue et irrécusable, si au lieu d'être accompagné de quelques preuves secondaires, il les a toutes contre lui. C'est ainsi que certaines plantes dicotylédones, bien que levant avec un seul cotylédon , ne sont pas regardées pour cela comme étant des monocotylédones, parce que tous les caractères qui distin- guent ce dernier embranchement leur font défaut et qu'elles offrent au contraire tous ceux du premier, sauf la présence de deux cotylédons. (1) Les observations qui suivent ont été faites sur des échantillons fructifies du Chara slelligera, que j'ai reçus vivants de mon ami de Rochebrune. J'ai trouvé moi- même quelques nuciles de celle plante dans les marais voisins de l'allée Boulant (2) Ceci a été écrit en mars ! 1 865 . l ( 340 ) Il n'en est pas de même du C. sielligera. Loin que le caractère signalé soit en opposition avec la plupart des autres, ceux-ci viennent au contraire compléter la démonstration qu'il fournit. Non-seulement les dents de la coronule sont unicellulaires dans cette espèce, mais encore elles persistent toujours sur le sporange (comme dans tous les Char a) , ainsi que je l'ai reconnu sur un assez grand nombre de nucules de cette plante que j'ai observées dans un état avancé. Or, la coronule des Nitella est éminemment caduque. Je remar- que également que, malgré leur exiguité, ces dents sont toujours rem- plies d'une chromule verte (fig. 3) qui se voit constamment dans la coronule des Char a , mais quon n'aperçoit jamais dans celle des Nitella. J'ignore pourquoi ce caractère n'a point été signalé par les auteurs, mais je le crois très-constant et par conséquent d'une réelle importance. Du moins , après avoir examiné au microscope un nombre considérable de nucules appartenant aux deux genres et prises parmi le plus grand nombre d'espèces possible, je n'ai pas trouvé une seule exception à la règle que je viens d'énoncer. Il ne saurait être question ici de la position relative des organes de fructification , puisque dans les espèces dioïques cette position est la même pour les deux genres. L'absence des polysiphons ne peut davan- tage nous arrêter, puisqu'un grand nombre de Char a très-authentiques en sont complèlement dépourvus. Un caractère très-important par son extrême constance chez les espèces du genre Char a, c'est la présence de papilles involucrales à la base des verticilles, papilles dont sont dépourvus les Nitella. Ces papilles, qui sont disposées sur un seul rang ou sur deux, suivant les espèces, sont quelquefois très-longues et ordinairement tubuleuses et spiniformes; mais quelquefois, dans un certain nombre d'espèces, elles sont peu distinctes et peu développées , difficiles à apercevoir et d'as- pect luberculiforme; je citerai à cet égard les Chara plebeia, auslralis et corallina. Dans cet état, il se peut qu'on décrive la plante comme étant dépourvue de papilles involucrales; mais, pour être peu visibles, elles n'en existent pas moins et ne manquent jamais entièrement chez aucune espèce du genre. Pour peu qu'on jette les yeux sur la planche qui accompagne celte note, on se convaincra, par l'examen des fig. 5, 10 et 11, et surtout de la figure 4, que ces papilles (p i) ne font jamais défaut au C. sielligera. Elles y sont tuberculiformes , disposées sur un seul rang, comme dans ( 350 ) beaucoup d'espèces, et pleines dans les verlicilles supérieurs (fig. A el b,p i) d'une chromule d'un vert très-intense, presque noir, qui tran- che sur la couleur plus pâle de la tige et des rayons. Cette chromule , moins opaque dans les verticilles médians (fig. 10), est remplacée par une fécule plus ou moins abondante à la partie inférieure de la lige. (Fig. 11, verticille vu par dessous). On sait que les articulations des rayons verticilles sont pourvues d'une ou de deux bractées quelquefois très-longues , quoique n'atteignant jamais le volume ni la longueur du tube principal. Ceux qui voient un Nilella dans le Chara stelligera ne distinguent pas ces bractées toujours unicellulaires des pseudo-bractées articulées et même rameuses , qu'of- frent au nombre de deux à quatre les Nitella glomerata et inlricata, et plusieurs espèces voisines. Il faut avouer que, sous leurs formes extrê- mes, ces bractées peuvent faire illusion et être rapprochées des pseudo- bractées dont je parle; mais, outre qu'elles ne sont jamais articulées, ce qui déjà est significatif, elles se présentent dans certains verticilles sous un aspect qui dévoile leurs véritables affinités. Les figures 5 et 6 sont instructives à cet égard, et cette dernière, qui n'est que l'amplification partielle de la précédente, montre avec évidence la parenté ou plutôt l'identité de ces bractées avec celles des Chara les mieux caractérisés. Il ne s'agit point ici d'un fait exceptionnel; tous les verticilles termi- naux, toutes les sommités de la plante, comme aussi tous les petits rameaux intercalaires offrent le cas représenté par les figures 5 et 6. Les fig. 7, 8 et 9, prises dans des verticilles relativement inférieurs, montrent par quels intermédiaires on arrive aux dimensions les plus exagérées. Remarquez que ces bractées sont en réalité nombreuses, et qu'elles forment un cercle complet autour du rayon qui les porte, comme celles de tous les Chara. Bien qu'elles ne soient pas toujours visibles à l'œil nu, ni même à la loupe portative, et que les plus intérieures se déve- loppent souvent seules , les bractées des Chara sont toujours nombreuses et disposées en un cercle continu. La plupart d'entre elles peuvent res- ter, comme ici , à l'état de cellules ponctiformes , mais les articulations n'en sont pas moins entourées d'une couronne de cellules bractéales plus ou moins exiguës. La figure 5 montre en effet ici, à toutes les arti- culations, le cercle de ponctuations dont il s'agit, qu'il soit ou non accompagné de bractées plus développées. Les figures 6 , 8 et surtout la figure 7, confirment cette démonstration. ( 351 ) Tant qu'elles restent ainsi ponctiformes , les cellules bracléales se montrent pleines d'une chromule d'un vert opaque, et, quoique peu distinctes à l'œil nu, elles deviennent visibles sans instrument, à contre- jour, sous l'apparence d'une petite ligne transversale noirâtre, dans les échantillons non incrustés et transparents. Quelque dimension qu'atteignent parfois les bractées , on ne peut douter de leur véritable nature, non-seulement parce qu'elles sont moins développées que la partie supérieure du rayon et parce qu'elles sont uni- cellulaires, mais encore parce qu'elles ne sont point entourées à leur base de ces cellules ponctiformes dont je viens de parler,, cellules bractéales, elles aussi, et qui, comme telles, enveloppent de leur verticille la base du prolongement de l'axe , à la hauteur de l'insertion de la grande bractée. (Fig. 1 et 2 , — a, axe et prolongement; b r, bractées poncti- formes et bractée axiforme). La facilité que j'ai eue d'observer à loisir, et à plusieurs reprises, les organes sexuels vivants, représentés par des échantillons nombreux, m'engage à les décrire ici tels que je les ai vus. Tous les détails qui sui- vent ne conviennent peut-être pas à toutes les formes existantes , mais ils sont rigoureusement vrais des individus que j'ai observés. Sporanges très-gros, sessiles, subsphériques , solitaires ou géminés, à 8-10 stries (1) non saillantes, à coronule extrêmement exiguë (2), (1) Le dessin de M. Weddel {Allas fl. par.) ne figure que cinq stries. J'ai vu moi aussi ce même nombre sur des nucules récoltées au commencement de juin ; d'au- tres, recueillies au mois de juillet, m'ont offert sept stries; enfin, le 19 septembre dernier, j'ai reçu vivants de nombreux sporanges rayés pour la plupart de neuf stries, mais quelques-uns de huit seulement. Que faut-il en conclure, sinon que le nombre des stries varie considérablement avec l'âge de la nucule. Les tubes spirales de l'en- veloppe, en s'allongeant jusqu'à l'ex'.rème maturité, augmentent sans cesse la quan- tité de str'es qu'offre le sporange , de sorte que cette quantité ne devient définitive que lorsque ce dernier est parfaitement mûr. (2) Je ne connais pas les Chara exotiques, que je n'ai jamais vus et qu'on ne peut regarder comme ayani été suffisamment décrits ; mais parmi les espèces de nos climats, le Ch. slelligera est tout-à-fait sans analogue sous le rapport de la coro- nule. L'exiguité de cet organe est ici tellement exceptionnelle que ce caractère suf- firait très-bi n à distinguer cette espèce de toutes ses congénères , et comme l'uni- cellularité des dents sépare nettement cette plante des Nilella , il en résulte que ses nucules sont probablement les seules qui puissent être reconnues avec certitude pour ce qu'elles sont sans qu'il faille les voir attachées à la plante qui les a produites. ( 352 ) d'abord verdâtres. puis olivâtres, enfin d'un rouge brique peu intense, assez mous, peu crustacés (1). Anthéridies très-volumineuses, plus grosses encore que les sporanges, sessiles, solitaires ou géminées, peu colorées, souvent panachées de vert et de jaune-rougeâtre par l'imparfaite transformation de la chro- mule verte en chromule rouge, molles, non régulièrement sphériques, plus larges dans le sens de l'équateur qui semble un peu saillant. (1) On remarquera que plusieurs Chara monosiphonés (le Ch. barbata par exem- ple) ont des sporanges presque globuleux et rayés d'un petit nombre de stries, tout comme le Ch. stelligera et les Nilella. 15 Mai 1SG5. Actes ie la S oc .linu. de ]3 orleaux . T. XXV! 5 PL B Wr 4 à l'.La.cTterha.ueT Jith. A. Cliara stelliéera. B . Succinea londiscafa Hnp .B ecquet à Taris . RECHERCHES BOTANIQUES FAITES DANS LE SUD-OUEST DE LA FRANCE Par M. l'abbé J. REVEL Chanoine honoraire de Rodez, membre correspondant. 1865 INTEODUCTION À partir du massif cenlral de la France, les montagnes sont ordon- nées, jusqu'à l'Océan , suivant une pente continue dont l'ensemble s'in- cline dans la direction du S.-O. ; et les reliefs du sol convergent vers l'embouchure de la Gironde. Tous les cours d'eau de celte région sont , en effet, tributaires des bassins particuliers de la Garonne et de la Dor- dogne, qui s'unissent pour former celui de la Gironde. Les circonscriptions purement départementales sont arbitraires : le naturaliste y est mal à l'aise. Il n'en est pas ainsi de la vaste contrée dont je viens d'indiquer la position. Elle a des limites vraiment natu- relles, et voici les principaux points qui la circonscrivent : Au Nord, la ligne de démarcation part de Royan , passe à Barbezieux, à Nontron , à Ussel , incline au N.-E. vers Mauriac, atteint le sommet du Puy-Mary, le Piomb-du-Cantal , et se dirige vers la Margeride par Sainl-Flour. A l'Est, la limite est formée par une ligne descendant le long de la Margeride, et se dirigeant vers le mont Lozère , au-delà de Alende. Au Sud, elle passe non loin de Florac, traverse la cime décharnée de l'Aigoual, et suit la chaîne des Cévennes jusqu'à la source du Rance, près de Belmont, — formant la ligne de partage entre les eaux qui vont à la Méditerranée par l'Hérault et le Gard, et celles qui vont à l'Océan par le Tarn et ses affluents/ Elle tourne au S.-O., suivant la direction du Rance, pour entrer dans la vallée du Tarn, au-dessous de Saint- Tome XXV. (3 e Série : T. V. — fr Livraison.) 25 ( 354 ) Sernin , jusqu'aux rives de la Garonne, qu'elle côtoie jusqu'à Agen. Là, elle quille la vallée de la Garonne et va rejoindre la ligne de partage des eaux du bassin de l'Adour et de celui de la Gironde. Mais il me sera permis d'emprunter au premier de ces bassins une sorte de lisière ou d'appendice qui , pour tout botaniste voyageur, appartient si bien à la banlieue de Bordeaux , que son omission constituerait une lacune regrettable dans l'exposé des dépendances de la capitale de l'Aquitaine. Je ferai donc franchir les limites réelles par la ligne de circonscription périmétrique , et je conduirai celle-ci par Bazas, en ligne droite, vers le bassin d'Ar- cachon. A l'Ouest, la partie du rivage de l'Atlantique, située entre le cap Ferret et l'embouchure de la Gironde, remplacera ainsi la limite normale , et la ligne de circonscription rejoindra Royan , son point de départ. Plusieurs départements sont situés en entier dans cette région ; d'au- tres en partie seulement. Ceux de la Dordogne, du Lot et de l'Aveyron y sont intégralement compris , ainsi que celui de la Corrèze, moins une lisière au Nord. Elle embrasse la plus grande partie du Cantal et de la Lozère; elle va chercher les sources de la Dourbie sur le Gard ; elle s'avance sur le Tarn , dont elle laisse la plus grande partie vers le Sud ; elle prend la moitié du Tarn-et-Garonne , un peu plus de la moitié du Lot-et-Garonne, et enfin la Gironde tout entière. Cette vaste contrée présente dans son ensemble un aspect des plus variés. Au Nord, elle se relie à des coteaux à peine plus élevés que ceux du Bordelais ; à l'Est, elle est couronnée par les pics du Cantal, le massif d'Aubrac, les hauteurs de la Lozère , les cimes de l'Aigoual et du Saint- Guiral ; tandis qu'au Sud et à l'Ouest elle descend vers la mer par des plaines , qui sont souvent à perte de vue. Les reliefs montagneux qui , vers le Nord, l'Est et le Sud, occupent près de la moitié de son contour, donnent naissance à d'innombrables cours d'eau , parmi lesquels je ne signalerai que les suivants : Le Tarn. Il sort du mont Lozère, reçoit à gauche la Junte, la Dourbie, le Dourdou (réuni à la Nuéjouls et à la Sorgue), leRance, qui descen- dent de la chaîne des Cévennes ; à droite, l'Aveyron qui, grossi de la Serre et du Viaur, et après un cours de 250 kilomètres, se jette dans la Garonne, au-dessous de Moissac. Le Lot. Il prend sa source dans les montagnes de la Lozère, reçoit un grand nombre d'affluents, qui descendent la plupart d'Aubrac ou du Cantal , et dont le plus considérable est la Truyère , grossie du Goul ; ( 355 ) puis, après un cours d'environ 295 kilomètres, il devient tributaire de la Garonne, près d'Aiguillon. La Dordogne. Elle descend du mont Dore, formée de la Dore et de la Dogne un peu au-delà des limites indiquées, reçoit à gauche la Cère grossie de la Jordanne , qui naissent l'une au mont Lioran situé à la base du Plomb-du-Cantal , l'autre au Puy-Mary ; à droite, la Vézère réunie à la Corrèze, l'isle grossie de la Dronne; enfin, elle joint l'a Garonne au Bec-d'Ambez, pour former la Gironde, après un cours d'environ 430 kilomètres. Suivant la belle expression d'un naturaliste éminent, toutes ces riviè- res « sont autant de roules mobiles qui transportent loin de leur patrie une foule de végétaux des montagnes qui se développent sur leurs rives, et annoncent de loin au botaniste la diversité de la flore » de ces lieux élevés (1). Une partie du territoire qu'embrassent mes recherches , celle surtout qui comprend les déparlements de l'Aveyron, de la Lozère et du Cantal , est essentiellement montueuse. Sa surface est divisée en une multitude de ravins, de gorges profondes , de vallées plus ou moins développées, longitudinales ou transversales. L'abondance des eaux courantes y entre- tient une végétation active et souvent brillante. Le relief d'un sol excessi- vement accidenté, offre ici des crêtes aiguës, là des croupes arrondies, plus loin des collines élevées, les unes isolées, les autres réunies par des plateaux; les unes boisées jusqu'au sommet, les autres nues et pres- que stériles : leur pente est tantôt douce et tantôt rapide, et l'on rencon- tre souvent sur leurs flancs des escarpements abrupts, qui sont parfois couronnés par des masses de rochers coupés à pic. Ailleurs, ce sont des plaines couvertes de prairies, de forêts, de champs cultivés , qui pré- sentent une végétation abondante. En certains endroits, au contraire, ce sont des terrains pierreux et incultes , nourrissant toutefois des végé- taux, destinés eux-mêmes à entretenir de nombreux troupeaux, qui font, hélas ! le désespoir du botaniste. La région du sud-ouest de la France a servi depuis longues années de champ d'exploration à un grand nombre de savants. Plusieurs travaux photographiques plus ou moins importants y ont déjà été publiés. Le (1) Catalogue des plantes vasculaires du plateau central de la France, par MM. H. Lecoq et M. Lamotte , p. 17. ( 350 ) département de la Gironde possède une flore qui est arrivée à sa qua- trième édition du vivant de son vénérable auteur, J.-F. Laterrade. MM. Charles Des Moulins , Du Rieu de Maisonneuve, Gustave Lespinasse et, d'autres membres de la Société Linnéenne de Bordeaux ont, de leur côté, inséré à diverses reprises , dans les Actes de cette Compagnie , des notes savantes sur un certain nombre de plantes observées dans le rayon de la Flore Bordelaise. B. de Saint-Amans, aidé de la collaboration de feu Chaubard et de M. du Molin l'aîné, mettait au jour, dès 1821, la Flore Agenaise. La science, il est vrai, a fait d'immenses progrès depuis cette époque; mais le Bouquet qui accompagne cet ouvrage et qui se compose de ligures d'espèces alors entièrement nouvelles , suffirait pour perpétuer la mémoire de ses auteurs. D'activés recherches ont été faites, par divers botanistes , dans le dé- partement de la Dordogne; elles sont consignées dans le Catalogue rai- sonné des phanérogames de la Dordogtie , publié en quatre fascicules, de 1840 à 1858, par mon bon et vieux ami M. Ch. Des Moulins, prési- dent de la Société Linnéenne de Bordeaux. M. T. Puel , docteur en médecine à Paris, a donné, il y a quelques années, un bon Catalogue des plantes qui croissent dans le déparlement du Lot. M. Lagrèze-Fossat, avocat à Moissac , a publié en 1847 une Flore du Tam-et-Garonne. Les sciences d'observation ont fait depuis lors de nombreuses conquêtes ; mais ce travail restera toujours digne d'une estime particulière. M. le C te \\ de Martrin-Donos a d'abord distribué à ses amis seule- ment le premier fragment d'un travail qui a pour litre : Plantes critiques du département du Tarn , ou Extrail de la Flore du Tarn (inédite ). Le savant auteur de cet écrit a recueilli les fruits de l'heureuse idée qui l'avait porté à soumettre au jugement des botanistes ses appréciations sur un certain nombre de plantes de cette circonscription , et il a édité , l'an dernier, une Floride du Tarn, qui a justifié les espérances que son ébauche avait fait concevoir. Tous les botanistes connaissent le Catalogue raisonné des plantes vas- culaires du plateau central de la France , de MM. H. Lecoq, professeur à la Faculté des Sciences de Clermont, et M. Lamotte, pharmacien, à Pliom : ce sont là deux noms qui tiennent lieu de tous les éloges. L'Aveyron ne possède ni flore ni catalogue. A la vérité, la fraction de ( 357 ) ce département, qui est située au Nord et qui est limitée par la rivière du Lot, depuis Entravgues jusqu'à La Canourgue , est comprise dans la circonscription adoptée par MM. Lecoq et Lamolle pour le Catalogue dont je viens de parler; mais les deux savants auteurs ne font mention que d'un très-petit nombre de localités appartenant à celte fraction. Ce n'est pas que ce vaste département n'ait déjà été exploré par plusieurs botanistes. Le docteur Bernier est un des premiers. Vers le commence- ment du dix-septième siècle , après avoir étudié la médecine à Montpel- lier et en Italie, il vint se fixer dans le Rouergue (à Espalion , si je ne me trompe). Les progrès qu'il fit dans la science des végétaux durent sans doute être fort lents : à celte époque elle était encore dans son en- fance. Cependant, il avait fait de nombreuses observations; on en trouve des traces dans un vieux livre de botanique (1) qui fait partie de la bibliothèque de la ville de Rodez. Lorsqu'il y reconnaissait quelques- unes des plantes qu'il avait observées , il avait soin de noter au-dessous des figures qui les représentaient, le lieu où il les avait rencontrées. Ainsi, au dessous de la figure qui représente le Primula acaulisiac<\., on trouve indiquée la localité Clapeyret, au bord du Lot, près de Sainl- Geniez. J'ai visité cet endroit, le P. acaulls y croît encore. L'abbé Bonnalerre s'est aussi livré à l'étude de la Botanique dans le département de FAveyron. Il ne reste aucune trace des collections que ce naturaliste y a faites. Un de ses biographes assure qu'il a composé une flore de l'Aveyron ; mais elle n'a jamais été livrée à l'impression , el le manuscrit, s'il a existé, est perdu sans retour. Le docteur Richard avait récolté dans le même département beaucoup de plantes. Sa collection étant passée entre les mains de M. Hipp. de Barrau , ce savant y joignit celle qu'il avait faite lui-même, et il en forma l'herbier du Musée que la Société, dont il a été le président jus- qu'à sa mort, a fondé à Rodez. Le même musée a hérité d'une collection naissante qui ne manque pas d'intérêt. C'est celle de M. Emile Mazuc , qu'une mort prématurée a, depuis quelques années, arraché à l'élude de la Botanique. Sa saga- cité et son zèle faisaient entrevoir les plus justes et les plus belles espé- rances. De concert avec M. Timbal-Lagrave , pharmacien à Toulouse , il a découvert, étudié et décrit l'une des plantes les plus remarquables (1) De Lobel . seu Louelius (Malhias), Slirpi um icône. s 1 vol. in- i" Aiïtverpfee, 1591). ( 358 ) qui croissent, dans l'Âveyron, le Senecio rulhenensis (E. Mazuc et Timbal-Lagr., Note, etc., icon. oplima) (1). Tel est, en résumé , au moment où j'écris , l'état des études pictogra- phiques accomplies dans le sud-ouest de la France. Mon dessein n'est pas d'écrire une flore de ce grand bassin , ni même un Catalogue proprement dit, car je ne veux mentionner que les plantes pour l'étude desquelles j'ai des matériaux suffisants. Le nom de Recherches suffit à mon but; j'ai visité, moi-même, et souvent exploré à plusieurs reprises les localités dont je vais parler. Les documents que je mets en œuvre ont été recueillis pendant une période de 24 ans, et seront, j'ose l'espérer, favorablement accueillis par les hommes de science. Mais , avant de les exposer, on ne trouvera pas hors de propos, j'es- père, que je place ici quelques considérations générales sur I'espèce, en histoire naturelle. Pour acquérir une notion exacte de l'espèce, il faut sortir du champ de l'observation, et entrer dans le domaine de la pensée pure. Dans les sciences naturelles, l'expérience nous fait acquérir la connaissance des faits : nos sens ne vont pas au-delà , mais notre raison pénètre plus avant. A l'occasion de la manifestation des attributs ou propriétés des êtres, elle nous fait remonter jusqu'à leur cause, c'est-à-dire jusqu'à leur fonds substantiel ou essence, qui les produit par son activité propre. Cette substance ou essence est incompréhensible pour nous; c'est la lumière intellectuelle qui nous fait voir son existence. Or, la raison ne peut pas concevoir une substance sans une forme qui la détermine; par conséquent, toute substance est une forme essentielle, un type, une espèce ou type spécifique. Toute forme essentielle est reproduite dans le monde à l'état d'indi- vidu , en nombre plus ou moins grand , et avec une certaine figure. Dans (t) M. E. Mazuc a été emporté à l'âge de 24 ans. Cet intéressant jeune homme brillait, avant tout, par ses qualités morales : la loyauté, la candeur, la sincérité, la modestie , une aménité inaltérable étaient peintes sur son visage ; il réunissait à toutes les grâces de la jeunesse, — on pourrait dire de l'innocence, — la maturité d'un homme bien plus avancé dans la vie. Il était dominé par trois passions souverainement pures et aimables à tous, — son affection pour sa mère et pour sa sœur, son ardente charité envers les pauvres et son amour de l'étude ! Aussi a-t-il laissé dans le cœur de ses amis , c'est-à-dire de tous ceux qui l'ont connu , des souvenirs et des regrets impérissables. ( 359 ) ' chaque individu, la forme individuelle ou principe d'individualité, qui fait que l'un n'est pas l'autre, et unie à la forme spécifique ou principe de spécificité. L'espèce, c'est le fond commun, identique chez tous les individus qui représentent la même forme spécifique. Ainsi, on peut définir l'espèce (abstractivement) : La forme essentielle d'un élre natu- rel, manifesté par des caractères sensibles el constants. Ces caractères extérieurs ne constituent pas proprement la forme; ils sont deslinés à la révéler, et à la mettre en rapport avec les autres êtres. Le fond de l'être, ce qui fait sa nature propre et intime, et qui préexiste à son développement, doit être un et indivisible (1) : la pensée né saurait le concevoir autrement ; par conséquent, il est immuable , inaltérable. On peut concevoir son anéantissement, mais non sa trans- formation. La transformation on mutation des formes spécifiques est impossible. En effet, si l'on admettait que le fond d'une substance, ce qui fait qu'elle se distingue , comme type spécifique , de tous les autres types spécifiques existants et possibles, est susceptible de changement, celle substance pourrait acquérir des caractères autres que les siens, et, par suite, elle pourrait être soi et autre que soi en même temps, c'est-à-dire, devenir autre sans cesser d'être. Or, cela implique contradiction : le oui et le non ne peuvent être affirmés à la fois du même sujet. D'ailleurs , toute forme essentielle correspond à une idée. Or, une idée ne peut se trans- former en une autre idée sans cesser d'être : elle est ce qu'elle est de sa nature , ou elle n'est pas. On peut donc démontrer à priori l'immu- tabilité des types spécifiques. Je reviendrai sur cette importante question. Les êtres qui appartiennent au règne végétal , aussi bien que ceux qui appartiennent au règne animal, sont doués d'une propriété merveilleuse. Ils ont tous, jusqu'aux plus infimes, la faculté de se reproduire indéfini- ment. — En appelant cette propriété merveilleuse , je ne dois pas être taxé d'exagération. Si l'on n'est pas frappé du phénomène de la repro- (1) Il n'est pas donné à l'homme de pouvoir atteindre jusqu'à l'essence des choses, jusqu'aux espèces. Tous ses efforts en ce sens sont impuissants , ou ils ne produisent que des œuvres frappées de stérilité. Son action ne peut s'exercer que sur les indivi- dus , et , lorsqu'il est parvenu à les diviser ou à les dénaturer d'une manière quel- conque, l'espèce à laquelle ils appartiennent reste toujours intacte, précisément à cause de son unité. ( 360 ) duction , c'est qu'il a lieu à chaque instanl , et sous les yeux de tout le monde. — Le nombre des individus d'une même espèce qui sont le ré- sultat des diverses reproductions , n'ajoute rien à l'espèce : elle est tout entière dans chacun d'eux. Je dis plus, elle est tout entière dans chaque germe. En d'autres termes , l'espèce est une unité (ou plutôt une entité) réelle, renfermant un nombre indéfini d'individus Ces individus ont tous une nature semblable, et ils peuvent être regardés comme étant originairement sortis d'un seul et même individu , premier exemplaire de l'espèce. Enfin, pour me servir des paroles d'un célèbre naturaliste (1), toute espèce créée dans le temps . correspond à une idée éternellement conçue dans l'entendement divin. On voit par là combien il est inexact et même faux de dire que l'es- pèce implique l'idée de groupe ou de collection. Les individus d'une même espèce doivent être considérés comme les évolutions successives, ou simultanées, d'un même type, en sorte que chaque individu peut être pris pour un véritable exemplaire de l'espèce à laquelle il appar- tient. Ce serait donc une erreur de représenter les espèces comme des assemblages d'individus. Les genres sont des assemblages d'espèces , et les familles des assemblages de genres. L'idée d'espèce correspond à celle de substance déterminée ; tandis que l'idée de genre, ou de famille, correspond à celle d'être collectif. On peut dire aussi que les genres ser- vent à exprimer l'ordre ou l'enchaînement dans les êtres. En un mot, les espèces sont des êtres réels , et les genres des êtres de raison. La stabilité des types spécifiques dans ce qui constitue leur essence étant admise , celle des caractères , qui en sont l'expression ou la mani- festation extérieure, prises dans leur ensemble, doit être pareillement admise comme une conséquence rigoureuse ; car cette manifestation se fait par le développement des organes, qui sont de deux sortes , les uns destinés à pourvoir à la conservation individuelle, les autres à la conser- vation de l'espèce. Or, ce développement n'a pas lieu au hasard , il se fait d'après un mode spécial , propre à la nature de chaque forme typi- que. Mais la fixité des formes essentielles ou typiques, dans leur nature, a été démontrée. Les organes, qui sont le résultat du développement, doivent donc avoir une conformation constante chez tous les individus originaires du même type; d'où il suit que les caractères empreints sur ces organes doivent être fixes et constants. (I) M. A. Jordan : Diagnoses d'espèces nouvelles , p. 10. ( 361 ) Cependant, quoique la fixité des caractères dans chaque espèce soit telle qu'elle ne puisse souffrir aucune exception > lorsqu'il s'agit de la manifestation d'une essence immuable par nature, la raison conçoit la possibilité , et l'expérience vient attester la réalité de certaines modifi- cations chez les individus des diverses espèces. Mais il est facile de s'en rendre compte. Ces modifications sont dues , les unes au principe d'in- dividualité, les autres à l'action des causes, soit intérieures, soit exté- rieures, qui peuvent influer sur leur développement, tantôt pour le retarder, tantôt pour l'accélérer. Il arrive parfois que certains individus soumis à l'influence des mêmes causes prennent une déviation uniforme , et offrent des traits communs qni ne se trouvent pas dans les autres individus de la même espèce, n'ayant pas subi la même influence. On voit apparaître alors une variété. Au reste, les différences qui en résultent ne portent que sur des organes secondaires, et si elles touchent à des organes plus importants, elles ne les affectent pas profondément. Ces différences n'ont pas de stabilité, ou si elles présentent quelque fixité, une ou deux générations suffisent pour les faire complètement disparaître , pourvu que ces individus soient placés dans d'autres conditions , et qu'ils soient soustraits à l'influence des causes qui les avaient d'abord occasionnés (1). Passant de l'ordre des idées à l'ordre des faits , je trouve la stabilité des espèces, parmi les végétaux , inscrite partout. Et le grand botaniste A. -P. de Candolle a eu raison d'affirmer que v< la non-permanence des espèces est contraire à la masse générale des faits (2). » L'éminent natu- raliste de Saint-Sever, Léon Dufour, qui dans sa longue carrière a pu recueillir et vérifier un si grand nombre de faits , nous a fait encore en- tendre, du bord de cette tombe où il vient de descendre entouré de lant de respects et de regrets , un précieux témoignage en faveur de la même vérité. A l'occasion de plusieurs plantes qu'il avait retrouvées dans les Alpes après les avoir observées dans les Pyrénées, sous les mêmes (\) Ceux qui ont lu les ouvrages de M. Alexis Jordan n'auront pas de peine à s'a- percevoir que je suis allé chercher mes inspirations dans les écrits de cet émi- nent auteur : je m'en félicite. Les botanistes qui reprochent à M. Jordan d'avoir admis des caractères trop légers pour base de la distinclion spécifique, ne sauraient lui contester du moins la justesse du coup-d'œil et la pénétration, lorsqu'il est question de sonder les profondeurs de la science. (2) Théorie élémentaire de la botanique, p. 160. ( 362 ) conditions climatériques, il écrivait en 1860 : « C'est un fait aussi curieux que consolant, pour le naturaliste studieux , que cette identité des espè- ces, même les plus exiguës , à des distances considérables (1) » Si la stabilité des espèces n'existait pas, l'ordre admirable qui brille de tous côtés dans la nature serait déjà troublé depuis longtemps, et remplacé par une perturbation générale parmi les êtres organisés. Cette perturbation n'est certes pas à craindre. Pour être rassuré, il suffit de se rappeler « que les êtres divers existent, avec leurs similitudes et leurs diversités, par la volonté de Celui qui sait le compte exact de tous les grains de poussière, ainsi que de tous les cheveux de nos têtes , dont aucun ne tombe que par son ordre, — de Celui dont les volontés perma- nentes sont ce qu'on nomme lois de la nature dans le langage de la science (2) » : lois qui reçoivent leur accomplissement depuis l'origine des choses; « et ce que la sagesse divine a voulu dans le principe, elle le voudra toujours. » Depuis que l'humanité vit sur le globe, les types végétaux sont res- tés les mêmes , et ceux dont nous trouvons les débris ou la reproduction dans les monuments historiques anciens, ne diffèrent en rien de nos plantes actuelles (3). » Ainsi, les faits viennent en foule appuyer la doctrine de la fixité des espèces. Et je ne crains pas d'ajouter que, jusqu'ici, il n'a jamais été constaté que les individus d'une espèce aient donné naissance à une autre espèce (4-). (1) Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux , t. XXIII , p 255. (2) M. A.Jordan : Diagnoses d'espèces nouvelles, etc., t. I er , première partie, p. il. (3) M. A. Boreau : Noies el Observations , etc., p. 21. (4) On fit grand bruit , il y a quelques années , d'une prétendue découverte de M. Esprit Fabre , sur l'origine du froment , d'après laquelle le froment ordinaire serait issu de VOEgilops ovala L. M. A. Jordan a démontré d'une manière péremptoire que cette découverte repose entièrement sur une erreur défait, et sur une confusion d'idées. Bien plus, les expériences de M. Fabre prouvent justement le contraire de ce qu'il avait cru pouvoir établir. Elles prouvent la persistance de l'espèce ; puisque la plante qu'avait en vue M. Fabre , après avoir été soumise à une longue culture, est restée invariable , possédant des caractères positifs et tranchés qui en font un Mgi- lops, et non un Trilicum (froment). M. Jordan lui a donné le nom tfsEgilops speltœformis. {De l'origine des diverses variélcs ou espèces d'arbres fruitiers, etc., par M A. Jordan, p. 60. — Nouveau mémoire sur la question relative aux Mgilops trilicoides et spcllœfor mis , par le même). ( 363 ) Dans l'élude de l'histoire naturelle, il faudrait ne jamais s'écarler de celte importante maxime : « Exposer l'universalité des êtres sans les confondre; mais ne pas séparer les objets qui sont évidemment réunis : Exponere, non confundere naluram , sed evidenler conjuncta non dis- j un g ère. » Plusieurs naturalistes, dans le dessein très-louable assurément de favoriser les progrès de la science , ont multiplié leurs recherches. Après des études approfondies , ils onl cru découvrir, et ils ont réellement découvert des êtres qui étaient demeurés jusqu'ici ignorés ou confondus avec d'autres êtres analogues. C'est, surtout en botanique que le mouve- ment s'est déclaré. Des botanistes d'un grand mérite en ont été alarmés. Ils ont craint que les nouvelles espèces signalées, qu'ils regardent, ni partie du moins, comme des espèces de mauvais aloi, ne vinssent jeter la confusion parmi les espèces déjà reconnues. Ils se plaignent et ils crient contre la multiplication des espèces. Je ferai d'abord observer qu'en histoire naturelle, l'existence des es- pèces ne peut nullement dépendre de la volonté de celui qui se livre à leur étude. Elles sont sorties au commencement des mains du Créateur (1 ), suivant l'expression de Buffon. Le nombre des espèces ne saurait donc être augmenté ou réduit arbi- trairement. Elles existent, et il faut les prendre telles qu'elles sont. Le devoir du naturaliste, dirai-je après M. Boreau , est de les distinguer et de les décrire, afin qu'elles puissent être reconnues par un observateur attentif. Mais il n'est pas toujours facile de saisir les caractères qui les distinguent. On appelle caractères spécifiques certains signes offerts par les végé- taux , qui servent à constater la valeur et , pour ainsi dire , la présence (1) Les paroles de la Genèse sont fort claires. « Dieu parla ainsi: Que la terre produise des plantes verdoyantes, qui portent de la graine, et des arbres fruitiers , produisant des fruits chacun selon son espèce, qui renferment en eux-mêmes leur semence, pour se reproduire sur la terre. Et la terre produisit des plantes verdoyan- tes , qui portaient de la graine selon leur espèce , et des arbres fruitiers , qui renfer- maient leur semence en eux-mêmes , chacun selon son espèce. El ait : Germinel terra herbam virenlem et facienlem semen , et lignum pomiferum , faciens fructum juxla genus suum , cujus semen in semelipso sit super lerram Et protulit herbam virenlem et facienlem semen juxtà genus suum , lignumque faciens fructum et habens unumquodque sementem secundum speciem suam » (Gènes., cap. I, y. 11 et 12). ( 364 ) d'une espèce. Les caractères sont comme les ouvertures à travers les- quelles l'espèce se laisse voir. Les diverses parties d'une plante peuvent posséder des caractères distinctifs , et lorsqu'il s'agit de les classer, tou- tes doivent y concourir. Ces signes ou caractères sont de deux sortes : les uns apparents, qu'on peut appeler extérieurs, les autres intimes et qui exigent , pour être aperçus, un examen préalable , souvent à l'aide d'un instrument d'optique. Parmi ces caractères , les uns sont plus im- portants, les autres moins. Les premiers sont ordinairement empreints sur les organes essentiels des plantes, tandis que les autres se trouvent sur les organes accessoires. C'est la constance qui leur donne de la valeur à tous. La constance est le signe distinclif de l'espèce. Un certain nombre d'observations est indispensable pour l'établir. Les espèces végé- tales , ayant la faculté de se reproduire par graines, fournissent un moyen sûr, et simple en même temps, pour vérifier la fixité des carac- tères. On doit suivre attentivement les évolutions du sujet que l'on ob- serve, à travers plusieurs générations, si c'est, possible : particulièrement s'il est question d'une espèce critique , ou d'une espèce nouvelle. Si l'on a pu se procurer des individus venus dans des localités éloignées les unes des autres, si ces individus ne présentent entre eux aucune différence notable, de sorte qu'on puisse leur attribuer une origine commune, la prudence permet d'en déduire la stabilité de leurs caractères. On doit présumer avec raison qu'ils sont séparés de la souche commune par un grand nombre de générations. L'ensemble des différences que l'on observe dans une plante forme ce qu'on appelle le faciès de celte plante. Ces différences peuvent quelque- fois paraître assez petites , quand on les considère isolément. Toutefois, elles n'en sont pas moins réelles et très-visibles. Le faciès ne doit jamais être négligé : il aide à classer les individus, et il peut aussi mettre sur la voie pour arriver à la connaissance d'une espèce. Il est un autre ordre de caractères, à la vérité moins importants , mais qui peuvent parfois fournir d'utiles renseignements : c'est l'attitude de la plante vivante, son mode de croissance ; c'est l'époque de sa florai- son. Il faut tenir compte de l'influence que peuvent exercer sur les plantes, soit la diversité du sol, soit l'humidité ou la sécheresse, soit l'exposition, soit l'intensité de la cbaleur, , soit enfin l'absence de la lumière. La station qu'elles semblent choisir de préférence doit être notée. On doit rejeter les modifications accessoires. Voilà bien de quoi exercer le zèle et la sagacité d'un botaniste laborieux ! L'esprit de discer- nement, la sûreté du coup-d'œil lui sont avant tout nécessaires. ( 305 ) En résumé, les caractères spécifiques doivent être tels que, aux yeux d'un homme capable d'un examen attentif, ils puissent servir à établir une différence réelle et appréciable entre le sujet qui les possède et tout autre analogue : c'est la stabilité qui leur donne de la valeur. Une espèce qui sera pourvue de tels caractères possédera les attributs d'une véritable espèce, et devra par conséquent être originairement distincte de toutes les autres. La distinction des espèces est de la plus haute importance. Qui ose- rait le nier? A quoi servirait, en effet d'avoir acquis, par un travail opiniâtre , des notions étendues sur les organes des plantes et leurs fonc- tions, sur leurs diverses formes , et sur les propriétés qu'elles possè- dent, si l'on ne pouvait pas les appliquer à des êtres déterminés? D'ailleurs, la connaissance des espèces n'est-elle pas le but final de la science? Un vieux botaniste, Yan Royen , a fort bien rendu cette vérité : lu cognoscendis speciebus ultimes scientiœ finis. Scopoli a dit de son côté : Cognitio specierwn primus rei herbariœ scoptis. Mon intention n'est pas de toucher à la question des hybrides. Les limites que je me suis tracées ne me le permettent pas. Je me conten- terai de faire observer, avec M. Boreau , que les plantes hybrides sont des êtres rares et exceptionnels dans l'état de nature (IV Mais des êtres accidentels , s'écarlant plus ou moins du type spécifique , et dont l'exis- tence éphémère est due à un accident, ou à l'industrie, doivent-ils rece- voir une place dans la série générale des espèces? Je ne le pense pas. Qu'on les constate, après les avoir observés avec soin , je le veux bien : c'est nécessaire, et cela suffit. Quant à la place qu'ils doivent occuper, je n'hésite pas à les laisser au rang des variétés , en les désignant par un mot aussi simple que possible, qui fasse connaître leur origine. Les hybrides offrent un avantage qui ne doit pas être négligé : par la stérilité dont ils sont ordinairement atteints, ou par le retour au type spécifique lorsqu'ils sont fertiles, ils font admirablement ressortir la fixité des espèces. La nature renferme des mystères qui ne sont pas à la portée des yeux du vulgaire. Il est seulement donné à quelques esprits d'élite de pouvoir les pénétrer ; et encore leur sagacité est mise souvent en défaut. Son étude est devenue très-difficile de nos jours, j'en conviens. Mais faut-il à cause de cela se décourager et l'abandonner? Nullement. Prenons les t) yoles et Observations sur quelques plantes de France , p. 24. ( 366 ) œuvres du Créateur comme elles sont : se plaindre de leur multiplicité, ce serait s'attaquer à la divine sagesse. Au lieu de protester contre l'éta- blissement des nouvelles espèces, dont plusieurs sans doute auront de la peine à résister aux investigations d'une saine critique , il vaut mieux se mettre résolument à l'œuvre, discuter les caractères qui servent à les établir, et en prouver l'inanité, s'il y a lieu. Le naturaliste vraiment digne de ce nom n'a d'autre mobile que la recherche de la vérité. Il est en garde contre l'esprit de routine et l'ap- préhension de nouveaux labeurs. Il ne craint pas les mauvaises espèces, c'est-à-dire celles qui n'existent pas dans la nature ; il sait qu'elles servent à confirmer les bonnes, celles qui sont. Pour lui, les espèces légitimes et vraies sont celles qui correspondent dans la nature chacune à une réalité objective. Je viens sans aucune prétention; je connais mon insuffisance. Je suis un simple travailleur patient, qui ne recule point devant les difficultés. Je ne suis d'aucune école : je m'attache à la vérité partout où je la trouve. Mon dessein est d'apporter une pierre à l'édifice scientifique et de payer un faible tribut d'hommages à la sagesse du Souverain Maître, qui « a tout disposé avec ordre , poids et mesure : Omnia in mensurâ et numéro et pondère disposuisti (Domine). » (Sap. XI, 21.) PREMIÈRE PARTIE DISTRIBUTION DES VEGETAUX DANS LA REGION DÉCRITE. J'essaierai d'abord de donner un aperçu de la végétation du Sud-Ouest en indiquant très-succinctement les principales plantes phanérogames qui se groupent dans chaque localité étudiée par moi depuis Royan et le cap Ferret (bassin d'Arcachon) jusqu'à Rodez, Mende et le sommet du Cantal. Le point de départ est Rordeaux. Emportés par la vapeur, nous tra- versons rapidement les landes bordelaises, ce pays stérile en apparence, mais qui réserve au botaniste d'excellentes récoltes, et ne laisse pas sans rémunération le cultivateur industrieux. Voici le bassin d'Arcachon : on commence l'herborisation à Gujan. ( 307 ) Entre Gujan et La Teste , on rencontre de bonnes espèces : Salsola Kali L., S. Soda L., Carex punctala Gaud., Polypogon monspeliensis Desf. A La Teste, derrière la station du chemin de fer, croît le Trifo- lium Perreymondi Gren., plante rare que le regrettable M. Chanlelal , auteur du Catalogue des plantes de La Teste, m'y fit récolter le 2 Juillet 484-7. En sortant de l'enclos de la gare, on trouve à ses pieds YE. moschatum L'Hérit., que décèle sa forte odeur de musc. Je me dirige d'abord vers l'ouest de la ville, dans l'espoir d'y retrouver une renoncule batracienne que j'avais récoltée autrefois dans le voisi- nage. Les moissons qui bordent le chemin offrent en abondance les Raphanus Raphanislrum L., à fleurs lilas tendre; Géranium Lebelii Boreau, remarquable par sa racine épaisse et par ses carpelles chargés d'une villosité courte et grisâtre; Linaria sparlea Hoffmansegg et Link ; Avena Ludoviciana Du Rieu; .4. hirsula Roth; Lolium mvltiftorum Lam. Un Batrachium sans fleurs ni fruits nage dans le ruisseau voisin ; mais ce n'est que le B. hederaceum ; un peu plus loin , dans les fossés qui bordent les prés situés au pied des dunes, se montrent le B. Lenor- mandi Schultz, sous deux formes (terrestre et aquatique), et tout près de là une fougère peu développée, ïOsmunda regalis L., dans son bas âge et encore stérile. Sur la droite, croissent le Wahlenbergia hederacea Reichenb. et VAnagallis tenella L.; plantes charmantes qui semblent faites pour vivre à côté l'une de l'autre : le Carex paniculata L. élève près d'elles ses touffes de longues hampes , et le Nymphœa alba L. fixe mon attention à cause de ses très-petites dimensions. Mes vœux sont enfin satisfaits. Voici la renoncule batracienne que je désirais si vivement retrouver : elle a élu domicile dans un lieu fangeux, entre le monument Brémontier et l'église de La Teste. En Juin 1863, elle est bien telle que je l'ai observée au commencement de Juillet 1847; cependant, puisqu'elle est annuelle, elle a subi l'épreuve de seize géné- rations (1). Le Veronica sciitellala L. et YAlisma ranunculoïdes L. vivent dans le même endroit. (1) Cette renonculacée est très-voisine, en apparence du moins, du Batrachium Lenormandi, et a dû être confondue avec cette espèce. Néanmoins, en l'examinant, de près, on reconnaît aisément qu'elle s'en distingue. La forme de ses feuilles est différente : elles sont émarginées presque jusqu'au milieu, et profondément lobées, ( 308 ) En face se trouvent les dunes, dont les envahissements menaçants sont désormais arrêtés, grâce aux forêts de pins maritimes (Pinus pi- naster Sol.) dont l'ingénieur Brémontier a commencé , en 1786 , à les recouvrir. Au pied des dunes croissent le Stalice Dubyei Godr. et Gi\, VArme- ria pubescens Link; un peu au-dessus, les Salix repens L., Carex arenaria L., Festaca sabulicola Dufour; dans un lieu humide du pré salé qui avoisine le remblai du chemin de fer, abonde le rare Scirpus parvulus Rœmer. et Sch. Les bords plus ou moins immédiats du bassin d'Arcachon offrent une récolte abondante : Cakile maritima Scop. , Sagina marilima Don, Tamarix anglica Webb , Erylhrœa spicata Pers. , Microcala filiformis Link , Glaux marilima L., Polygonum marilimum L., Salsola Soda L. , Salicornia herbacea L., Suœda maritima Dumort. , Alriplex porlula- coïdes L. , A. crassifolia G. -A. Meyer, espèce prise pendant longtemps pour VA, rosea L., Alisma ranunculoïdes L., Triglochin marilimum L., Juncuspygmœus Thuill., J. capitatusVfeig., Scirpus setaceus L., S. Savii Seb. et Maur. , S. Holoschœnus L. , Carex extenso- Good. , C. Irinervis Degl. , Kœleria albescens DC. , Glyceria marilima Mert. et Koch, Agro- pyrum jimceum Pal. Beauv. , Lepturus incurvatus Trin. et Ruppia ros- tellata Koch, dans une flaque d'eau salée, vivant en société avec le • Potamogelon pusillus L. Tout près de là , mais dans le sable pur et sec , YEryngium marilimum L. frappe agréablement la vue par sa teinte azurée. Il n'y a que 3 ou -4 kilomètres de La Teste à Arcachon, En chemin de fer, quelques instants suffisent pour les parcourir. Arcachon est une petite ville qui grandit chaque jour et s'allonge sur la rive méridionale du bassin. Elle semble sortir comme par enchantement du milieu des sables et de l'antique forêt de pins qui la bordent. VArbulus Unedo L. à lobes crénelés, ordinairement non contigus à leur base. Du reste, dans le B. Le- normandi Schultz, ainsi que dans le B. hederaceum L., les réceptacles sont glabres, tandis que dans la plante dont il est ici question , ils sont constamment hérissés : cela suffit , à mon avis , pour la caractériser sûrement. Dans le cas où elle n'aurait pas encore été nommée, je propose de l'appeler B. lutarium, et comme je suis porté à croire qu'elle est peu répandue , je crois devoir en publier dès aujourd'hui une description méthodique et une figure que je dois au crayon de M. J. Valadier, mem- bre de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron. (Voir la diagnose, la planche et sa légende , à la fin de ce mémoire.) ( 369 ) abonde dans toute celte forêt , el surtout aux environs de la célèbre chapelle de Notre-Dame. On aperçoit au-delà du bassin les dunes du cap Ferret dominées par le phare. Le temps est calme, la traversée sera facile el agréable. Les plages du bassin sont très-peu inclinées; aussi la barque étroite et longue qui portera le touriste se fient à une certaine dislance du rivage. Pour arriver jusqu'à elle, comme pour la quitter, il faut escalader les robustes épaules du nautonnier, ou se résoudre à prendre un bain de pieds. VEryngium marilhnum L. et le Tamarix anglica Webb sont les premiers végétaux qui se présentent à la vue sur la plage du cap Ferret. Là, si l'on en excepte les alentours immédiats du phare, une désolante stérilité règne presque partout. Il semble au premier aspect que les investigations du botanisle y seront infructueuses; cependant plusieurs plantes intéressantes y ont établi leur demeure. Un peu au-delà du phare, croissent Y Agropyrum campestre Godr., et les innombrables touffes du Calamagroslis arenaria Roth , dont la racine atteint une profondeur qu'il n'est pas facile d'évaluer; puis vient YEuphorbia Par alias h. On s'enfonce dans le sable pur; on monte péniblement. Enfin, on oublie la fatigue à la vue du Convolvulus Soldanella L., du Linaria thymifolia DC, dont la fraîcheur contraste avec l'aridité du sable; le Diotis candidissima Desf. drapé d'une éclatante blancheur, fait l'ornement de ces lieux déserts. Après avoir traversé plusieurs dé- pressions , on arrive à l'endroit le plus élevé de la dune, et le régate plonge lout-à-coup sur une immense plaine mouvante : cesl\a grande mer! Quel spectacle — aux yeux surtout de celui qui la contemple pour la première fois! En descendant vers le rivage, on récolte dans le sable pur Silène Thorei L. Dufour, Arlemisia campeslrisL., (forme maritime), Hieracium eriophorum Saint-Amans, Galium arenarium Lois. Le vent souffle du Nord-Ouest , les vagues mugissent el se brisent avec fracas à nos pieds en y déposant, une Méduse et une tige du Fun.is vesi- culosus L., seules épaves auxquelles leur fureur ait laissé une forme reconnaissable. Au nord-ouest du phare on rencontre un de ces enfoncements humi- des, appelés laites ou lèdes , que le botaniste ne doit pas manquer de visiter. En m'y rendant à travers les dunes , je noie YtlcUchrysam Slœ- chas DC, qui élève sa cime dorée et semble être là pour faire le pen- dant du Diotis candidissima. Cette dernière espèce ne quille jamais les sables maritimes, tandis que l'autre s'avance fort loin dans les terres. Tome XXV. 26 ( 37U ) Dans la laile; croît cette précieuse genlianée , que Brotero le premier a nommée Gentiana chloodes, et qui porte aujourd'hui le nom d'Erythrœa chloodes : elle semble y devenir rare. Le Juriciis aculus L., qui vient à côté, ne doit pas être dédaigné, non plus que ses voisins, Polygala oxyplera Reich., Spergula nodosa L. , Radiola linoides Gm. , Chlora imper foliata L. fil., Samolus ValerandiL. En remontant, je trouve dans le sable mouvant quelques pieds épars ù'Astragalus bayonensis Lois. Le nautonnier presse les voyageurs de regagner leur léger esquif. Pendant la traversée qui dure près d'une heure, on a le temps démettre en carions les récoltes de la journée. Le retour à Bordeaux sera prompt : 56 kilomètres seront parcourus en moins de 2 heures; mais on aura le regret de laisser à droite une localité curieuse entre toutes , l'étang de Cazeaux , où croît en abondance le rare Lobelia Dortmannah. et où Ylsoëtes Boryana, découvert par M. Du Rieu , et 1'/. Hystrix son congénère africain, dû aux recherches du même botaniste, se joignent aux characées pour composer un riche bouquet. Les environs de Bordeaux ont été explorés à fond. On y trouve d'abon- dantes richesses végétales; malheureusement, le nombre des plantes que j'y ai observées est fort restreint. Je noterai seulement aux bords de la Garonne YErvum gracile DC., YAmmi Visnaga Lam , V Helminthia echioi- des Gœrtn., YAvena Ludoviciana Du R., le Sagitturia oblusa Willd. im- porté des États-Unis, le Glyceria speclabilis Mert. et. Koch, et sur la digue de la Souys , qui borde la rive droite de la Garonne , en amont du pont , YHordeum marilimum Wilher. et le Senebiera didyma Pers. abon- dant sur le quai de la Bastide. Cestas mérite d'être visité. Le 1 er juillet 1847, j'y rencontrai, dans un ruisseau, le Poiamogelon rufescens Schrader. Les lieux sablonneux, secs, humides ou marécageux qui avoisinent ce bourg , nourrissent les Jlelianlhemum alyssoïdcs Vent. , Corynephorus canescens Pal. Beauv. , Microcala filiformis Liftk., Myosotis paiustris With , Pingnicula lusi- tanien L. , Erica tetralix L. , Myrica Gale L. , Carex punclala Gaud. , G. flnva L. , C. pseudo-cyperus L. , Scirpus fluitans L. , et enfin , dans un champ sablonneux, tout près du village, un Anthoxan Ihum annuel et qui se faisait remarquer par sa forme singulière : c'est celui que MM. Lecoq et Lamolle ont décrit sous le nom à' A. Puelii. Je signalerai en outre YAvena Mrsula Roth et VA. sukala Gay, dans Ja lande d'Arlac; le Glyceria plicala Fries, dans un fossé à Garbonnieux, ( 374 ) et le Planlago carinala Schrad., dans la lande de Saint-Médard. Je dois les trois graminées à la bienveillance de M. Ch. Des Moulins, et le plan- tain à celle de M. l'abbé Dion. J'indiquerai en passant Y Aldrovanda vesiculosa L. (forma aquitanica Du Rieu), dans les lagunes de La Ca- nau , où Dunal avait autrefois découvert, et où M Du Rieu de Maison- neuve a retrouvé, après 47 ans , cette curieuse droséracée. Avant de quitter le département de la Gironde , j'indiquerai le Scirpus Duvalii Hoppe , sur le bord vaseux de la Dordogne , au pied du château de Vayres , près Libourne , où il a été découvert par M. Ch. Des Moulins. En citant ces espèces et celles de Cazeaux , je m'écarte de la règle que je me suis imposée pour l'exposition de mes recherches personnelles; mais je crois devoir le faire à cause de l'intérêt que présentent ces es- pèces rares ou récemment distinguées dans le Sud-Ouest. Dans le plan que j'ai adopté , Royan occupe une position très-impor- tante : je regrette de ne l'avoir exploré que d'une manière incomplète; mais il fait partie de l'arrondissement subsidiaire de la Flore Bordelaise, et il a été étudié comme tel. Je mentionnerai donc seulement les espèces suivantes : au dessus de la plage, où se trouvent les loges destinées aux baigneurs , Rapistrum rugosum Ail. , Sinapis incana L., Centaurea serotina Bor. , C. aspera L., Slalice Dodarlii de Girard, Bêla mari- tirna L., Atriplex portulacoides L., A. opposilifolia DC., Euphorbia Paralias L. , Agropyrum campestre Godr. ; dans le champ voisin , Papaver hybridum L J'arrive dans le département de la Dordogne , où j'aurai soin de citer presque exclusivement des localités omises dans le Catalogue de mon ami M. Ch. Des Moulins , afin d'éviter des répétitions inutiles. Je m'ar- rête d'abord sur le plateau de Saint-Vivien , canton de Vélines. J'y ren- contre VOphrys Scolopax Cavan., dont je me propose de suivre les di- verses stations jusque sur les rochers de Saint-Saturnin (Aveyron) , et le Linum lemiifolium L. Ds vivent l'un et l'autre dans un terrain argi- leux, inculte et exposé au soleil. On y trouve aussi le Platanlhera chlo- rantha Cust. De Saint- Vivien on aperçoit vers le Nord-Ouest les coteaux de Mont- peyroux. Là croissent diverses plantes plus ou moins intéressantes : Slœhelina dubia L., plante méridionale , vient sur le tertre de la Garde ; Helianlhemum procumbens ! Dun., qu'il ne faut pas confondre avec VH. Fumana Mill., Linum lenuifolium L., Erica ciliaris L., sur le tertre du Berny; Eragroslis megastachya Link , dans un jardin ; Typha angus- ( m ) tifblia L. dans un cours d'eau , près des bords cle la Lidoire ; Spiran- thes aulumnalis Rich., sur les bords du même ruisseau ; enfin Luzula pilqsà Willd. et Androsœmum officinale Ail. dans un bois , près du pont appelé Moulin neuf. Ces planles m'ont été communiquées par M. l'abbé Carrier En sortant de Saint-Vivien, je vois, au bord d'un bois, le Spartium junceum L. (vulg. Genêt d'Espagne ) , dont l'indigénat ne me semble pas douteux; dans un pré, Gymnadenia conopsea R. Rr. ; plus loin, vers l'Est, sous le village de Montaseau , dans un pré humide, Alopecurus bulbosus L., qui se voit à quelques lieues de là, dans la plaine, au sud de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde ). A l'extrémité du coteau qui com- mande la vallée de la Dordogne, VOrobns niger L. paraît sous les brous- sailles. Le Zannichellia paluslris L. vient dans une mare au-dessus du port de Sainte-Foy. A quelques pas de là, au haut du coteau, croît le llhus coriaria L. ; et au pied du même coteau, dans une vigne, où il a été découvert par M. de Dives , le 2 juin 1845, YErodium althœoides Jordan , Pug., 41 (E. malacoïdes Auct. pro part.). Un peu plus loin, du côté de la Rouquelte, on trouve le Rosa sempervirens L. (M. de Dives). La vallée de la Dordogne es( une des plus remarquables du bassin dont j'étudie la végétation. La partie qui s'étend depuis Sainte-Foy-la- Grande jusqu'à Creysse , n'est qu'une vaste plaine, assez uniforme. Le sol en est fertile , il produit de belles récoltes. On y aperçoit de loin en loin quelques grands arbres, chênes , chàtaigners et noyers. Le terrain alluvial se montre partout : c'est un mélange de sables, de cailloux rou- lés et d'humus. Les plantes dont les noms suivent y sont assez commu- nes : Delphinium Ajacis L., Gypsophila muralis L., Silène porlensis L., S. gallicah. , Ornilhopus roseus L. Dufour, compressus L. , Vicia varia Host. , Lalhyrus angulaius L. (L. hexaedrus Cbaub.) , Anthémis arvensis L., Ormenis mixta Cass., Linaria sparlea Hoffm. et Link, Plan- lago arenaria YValdst. et Kit. , Rumex bucephalophorus L. , Cynodon Daclylon Pers. On y rencontre aussi, çà et là : Aslrocar pus purpuras- cens Walper 's, Lupinus reliculatus Desv., Anthoxanthmn Puelii Lecoq et Lamotle , Chamagroslis minima Borkh. Les plantes que je viens de nom- mer croissent dans les cultures. Celles que je vais encore citer semblent se plaire davantage , soit au bord des sentiers, soit dans les lieux incul- tes ou en friche : CerasVimn brachypelalum Desp. , Linum gallicum L., Ornilhopus perpusillus L., Anthémis Cotula L., Kœleria phleoïdes Pers., Lepidium graminifolium L. , Polygala depressa Wend. , Spergularia rubra Pers., Malva nicœensis Ail., Plant ago Coronopns L. ( 313 ) Bergerac, point de départ des longues recherches que j'ai faites dans ses alentours, peut être regardé comme le centre de la plaine dont j'ai signalé quelques-unes des productions végétales. D'autres plantes , en grand nombre, qui vivent sur les bords do la Dordogne ou sur les coteaux environnants, méritent une mention particulière. Dans l'intérieur de la ville, on trouve sur une muraille le Sisymbrium polyceratUim L. ; sur la vieille église, le Linaria Cymbalaria Mi II.; dans une rue du faubourg qui avoisine le Séminaire, YAnlaranlhus prostralus Balb. En aval du pont , sur la berge de la rive droite de la Dordogne , au lieu appelé le Pelil-Salvette , YEcballium Elaterium Rich. défend ses graines mûres contre la main qui cherche à cueillir son fruit, en les dispersant au moyen d'une décharge fétide et corrosive de la pulpe liquide dont sont remplies les valves élastiques de sa péponide (1). Vers le pied de la berge se montrent les Nasturlium sylvestre R. Br., Polenlilla anserina L. et Cyperus badins Desf. ; à quelques pas plus loin, dans le lit même de la rivière, le Batrachiurn fluitans Lam. est accompagné de sa forme terrestre dispersée sur le sable humide, et pro- duisant des fleurs nombreuses ; à côté, le Bulomus umbellatus L. ; dans le champ qui est au-dessus de la berge, croît abondamment Y Equiselum ramosum Schleich. ; sur la berge elle-même, mais à l'embouchure du Codeau , le Verbascum thapsiforme Schrad. ; dans une chènevière près de la même embouchure, YOrobanche ramosa L. , et, tout, à côté de cette dernière espèce, YAgropyruin aculum Rœm. et Sch. Je quille les bords du Codeau pour visiter Prigonrieux , distant de cinq ou six kilomètres. J'y observe: autour de l'église, Brassica Cheiran- thus Vill. ; dans une haie herbeuse, au bord du ruisseau qui coule à côié, Sison AmômumL. ; plus bas , su,r la berge élu même ruisseau, Aspidium angulare Kit. ; sur le gravier de la rive gauche de la Dordogne, du côté de Lamonzie-Saint-Martin , Planlogo Cynops L. , et Eupkorbia Gerardiana Jacq. ; en remontant vers Bergerac, sur la rive droite , près du JNébous, dans un fossé aquatique, OEnarJhe Phellandrium Lam. et Hydrocharis morsus ranœ L. ; à Gala , au-dessus d'un cours d'eau, Viburnum Optdus L. Je reviens au bord du Codeau , dont les rives m'offrent une riche (1) Ce singulier caractère physiologique , qui semble appartenir en propre aux Bal- saininées , est fort raie chez les Cueurbilacées , où il a été retrouvé récemment par M Nautlin , sur une espèce nouvelle de Cyclanlhera (C explodens 'Sun.). ( 3^4 ) moisson : Trifolium angustifolium L. sur la berge du ruisseau , près de son embouchure; Hesperis inodora L. qui , d'après l'avis généralement adopté, ne doit pas être séparé spécifiquement de 17/. maironalis L., sous le moulin du Pont-Roux ; Chrysosplenium oppositifolium L., dans un trou creusé sur la berge du ruisseau , d'où s'échappe une petite source, entre le moulin et le pont; Equiselum hiemale L., dans une haie près du chemin, à côté du pont; Malachium aqualicum Fries , près du même endroit; Primula acaulis Jacq., lieu frais, le long du ruisseau ; Euphor- bia slricta L., àSaint-Onger; Muscari botryoides DC, dans un pré, sur la rive droite du même ruisseau , entre Saint-Onger et le Bout-des- Vergnes; Melampyrum arvense L., lieu inculte, au-dessous du moulin du Bout-des-Vergnes (M. Dufayot); Fumaria parviflora Lam., terre remuée, rive droite, au-delà de la roule (M. Ad. Soulet); Carex pseudo- cyperus L., dans une mare, même rive (M. l'abbé Fournier ) ; Valeriana dioïca L., un peu plus haut, dans un petit bois de vergnes (Alnus glu- linosa Gaarlner) : Adonis flammea Jacq. et Coronilla scorpioides Koch, dans le champ argileux qui est à côté; Adonis autumnalis L., répandu dans les champs cultivés qui avoisinent le Codeau , rive droite , près de Saint-Martin; Xanlhhm slrumarium L., sur le chemin de Rosette, et tout près de là, Echinospermum Lappula Lehm., dans une vigne; Ophrys aranifera Huds., dans un pré; Fesluca loliacea Huds., dans un autre pré, sur la rive gauche du même ruisseau, derrière l'abattoir de Berge- rac; Thaliclrum flavum L., dans le fossé qui borde ce pré. Je ne dois pas oublier quelques autres plantes qui croissent entre Bergerac et la rive gauche du Codeau, à l'Ouest. Ce sont : Trifolium hybridmrih., Polycarpon tetraphyllum L., Matricaria Chamomilla L., dans le jardin du Petit-Séminaire ; Bromus secalinns L., dans la cour de cet établissement,- Papaver argemone L., Veronica triphyllos L., Apera Spica venli Pal. Beauv., Gaslridium lendigerwm Gaud. , dans les champs sablonneux qui avoisinent le même établissement; Cynoglossum pictum Ait., autour du cimetière des Catholiques, le long du chemin; Chrysanthemum segelum L., entre le même cimetière et le moulin de Caville, au bord d'un champ. Si, en cet endroit, on s'approche du ruis- seau, on aperçoit des feuilles rubanées qui couvrent le fond de son lit (1 er août 1845). Ce sont des touffes de gaines, transformées en feuilles, du Scirpus lacuslris L. (forma foliosa Ch. Des Moul.). Traversons la Dordogne; la plaine, sur la rive gauche, diffère peu de celle que nous quittons. On a devant soi les coteaux de Monlbazillac et ( 3"5 ) ûu Fuma, qui produisent le vin blanc très-estime, dit de Bergerac Le Naslurlium amphibium R. Br. croit dans un fossé, au bourg de la Made- leine ; le Carex disticha Huds, dans un pré humide, entre Bergerac et Saint-Laurent. Au pied du coteau, près delà route d'Eymet, Hehninlhia ■echioides Gœrtn. ; au bord des fossés de la moHlée , Peucedanum Cer- varia Lap. et Odontites Jauberliana Bor. L'O. chrysanthaBor.'! se montre dans le champ qui est au-dessus. Au sommet du coteau se trouve une de nos espèces montagnardes, Lonicera Xylosteum L. ; puis, après une vigne où croît le Calendula arvensis L. , on atteint le moulin à vent de Mal fourra. De ce point, on domine la plaine , au milieu de laquelle serpente la Dordogne : elle est magnifique! Son étendue depuis Creysse , qui se montre à l'Est, jusqu'à Sainte-Foy-la-Grande à l'Ouest, est d'environ 25 kilomètres en longueur^ et de 10 à 12 en largeur. On a tout près de soi, vers la droite, le château de Montbazillac; en face, les vignobles qui bordent la vallée au Nord et au Nord-Ouest, les Farcies, Mont-de- Neyrac, Rosette, le Bout-des-Vergnes , Pessiau ; à gauche , la hauteur appelée Manelou , au-dessus du Monteil. Là . j'ai observé certaines Or- chidées qui semblent y vivre en société : Plalanthera bifolia Rich. , P. chloranlha Cust. , Ophrys apifera Huds., 0. Scolopax Cav., Neotlia ovala Rich., Himanthoglossum hircinum Rich. Derrière la hauteur et au Sud, à environ 20 kilomètres, se trouve Eymet sur le Dropt. Là crois- sent : sur les ruines du château, Cheiranthus Cheiri L., Dianlhus Caryo- phyllus L. ; dans une fontaine, à l'Est , Nymphœa alba L., qui vit aussi dans le Dropt. Dans un pré , sur la rive gauche de cetle rivière, Sonchus arvensis L.; au bord de la même rivière, Euphorbia verrucosa L.; dans son lit , Sagitlaria sagillœfolia L. ; sur un côleau voisin, exposé au midi, Lalhyrus latifolius L., Xeranlhemum cylindraceum Sm. , Linum slrictum L., Ophrys Scolopax Cav.; sur un côleau voisin, derrière le village de La Pioque, Dendratilhema Parlkenium Ch. Des M. (Malricaria L. ) ; sur la hauteur appelée Pey de La Roque, Coriaria myrlifolia L. — En revenant, du moulin de Malfourra à Montbazillac, j'ai rencontré : dans le parc du château , Saiiicala europœa L. , Orchis fusca Jacq. , Anacamplis pyramidalis Rich.; sur le mur de clôture du parc, Çhei- rantus Cheiri L. Le Cephalanlhera ensifolia Rich. croît au Faget, près Montbazillac; et le Linosyris vulgaris Cass. un peu plus loin , vers l'Est, au bord de la route de Bergerac à Agen , sous le Colombier. En rentrant à Bergerac par la plaine, on voit le Trifolium maritimum ( 376 ) Huds., abondant dans les prés voisins du château des Tonnes ; dans les fossés du château de Lespinassat , Ranunculus scelèralus L. ; dans un champ voisin, Lalhyrus Nissolia L., el Trifolimn slriatumL.; près de Bergerac, au bord d'un fossé desséché, T. glomeralUm L. ; à l'entrée de la ville, sur la rive gauche et en amont du pont, se trouvent trois espèces dignes d'intérêt : derrière les maisons , Lolium muUiflorum L. ; plus loin , sur la berge, Smyrnium Olusalrum L. (M. de Dives) , et Hera- cleum Lecoltii Godr. et Gren. ; vis-à-vis , sur la berge plus chaudement exposée de la rive opposée , Gnaphalium luleo-album L. , Cenlaurea solstilialisL. (M. E. deBiran), Corynepliorus canescens Pal. Beauv. , Bunias Erucago L., Salvia Sclarea L. Je passe au nord de la ville, où M. de Dives m'a fait recueillir, au bord d'un fossé, le Cochlearia Armorua'ah. Un peu plus loin, dans un autre fossé voisin de la rive gauche du Codeau , vit le Leersia oryzoides Sw. De là , et en'se dirigeant sur Pombonne par la même rive , il faut s'ar- rêter dans le bois de Corbiac. On peut faire là, ou dans le voisinage, d'excellentes récoltes : au bord du bois taillis, Potenlilla splendens Ram. ; vers le fond du même bois, Androsœmum officinale Ail. , Luzula pilosa Willd. ; clans un enfonce- ment, Aspidium aculealum Sw. ; plus loin, A. angulare Kit.; dans l'intérieur du bois , hopyrum thalictroides L., Cardamine impatiens L., Scilla bifolia L., Polygonulum muUiflorum Ail.; au fond , sur les bords du ruisseau , Euphorbia dulcis L. et Carex sylvulica Huds. ; en dehors du bois , dans un endroit rocailleux et ombragé , Fragaria elalior Ehr. ; un peu plus loin et au-dessous , au bord d'un pré, Salix amygdalinah.; au bord du ruisseau , à côté de la passerelle , Thaliclrum flavum L. En suivant la vallée du Codeau , et laissant Lembras à gauche , on arrive à la Ribérie. Sur le coteau voisin et en friche, au-dessus de la route , en face du village, le Micropus ereclus L. se fait remarquer par son duvet coton- neux, qui rend ses fleurs et ses graines invisibles; sur le coteau opposé, au nord, le Polygala calcarea Sch. , le Linum salsoloides Lam. et le Buxus sempervirens L. ; près du même village , du côté de Cayzac, on retrouve le Calendula arcensh L. Au retour, VHelichrysum Stœchas DC., -orne, par ses capitules d'un jaune luisant, le bord de la route, où il abonde entre la Ribérie et Lembras. A droite, la crête du coteau nourrit l'élégant Kœleriavalcsiaca Gaud., et cette singulière orchidée qui doit son nom d'Orchis bouquin , ( 377 ) Himanlhoglossum hircinum Rich., autant à la forme de ses fleurs qu'à son odeur de bouc. A gauche et à côté du presbytère deLembras, est un rocher que la grande Pervenche , Vinca major L. décore , au printemps, de ses belles fleurs bleues. Dans le jardin du presbytère, Erodiummos- chalum L'Hérit.; dans le champ voisin, au Sud , Asparagus ofjicinalis L., probablement échappé des cultures, Diplotaxis viminea DC, et Ery- tfirœa pulchella Fries. Plus loin. , sur la pente que parcourt la route , aux abords de l'avenue de Malsinta, Chlora perfoliata L., Ophrys Scolopax Cav., 0. aranifera Huds., et au bord d'un fossé nouvellement creusé, Clirysanlhemum segetumh. Dans un pré voisin et très-humide, Carex Hornschuchiana Hoppe ; plus à l'Est, au bord d'un fossé, Aira cœspi- tosa L. ; sur la rive gauche du Codeau, à côté du pont de bois, Rosa dndegaverisis Bast. ; un peu plus bas, dans un fossé et dans la fontaine que domine la roule, ZanniclieUiapalustris L. ; au bord de cette roule, Teesdalia nudicaulis R. Br. ; au bord du champ situé entre la nouvelle et l'ancienne route, près d'un taillis , Polentilla argent al a Jord.; dans le même champ, Tolpis umbellaiaBerî., qui n'est pas rare au nord-ouest de Bergerac; enfin, au-dessus du laillis, du côté de Malsinta, Centaurea serotina Bor. En traversant la vieille roule, on passe près d'un pré ou croît, au printemps, le Primulavfficinalis Jaçq. qui manque dans toute la plaine, et l'on arrive au pied de la colline appelée Monl-de-Neyrac, à l'ouest de Pombonne. Sur la droite, en montant par un chemin peu pratiqué, on retrouve le Rosa andègavensis Bast. ; puis, dans un bois situé sur la colline, Ervum tetraspermum L. , Laserpitium latifolinm L. , Luznla mulliflôraLe'}., Carex pallescens L., Arrhenalherum Thorei Du Rieu in Des Moul. Catal. ; dans un champ voisin , Saponaria Vaccaria L. Le coteau qui s'étend depuis le Mont-de-Neyrac jusque vis-à-vis le Bout-des-Vergnes . est loin d'offrir une pareille réunion de bonnes plan- tes calcicoles; le terrain y est caillouteux , mais mêlé d'argile. On y trouve des individus clair-semés de Veronica acinifolia L., et dans un lieu frais et inculte, à Rosette et ailleurs , Y Euphorbia pilosa L. Au Bout-des-Vergnes et sur les coteaux voisins , je signalerai quel- ques espèces dignes d'intérêt : dans une vigne au nord du village , Tra- gopogon major Jacq., Allium Ampeloprasum L., (A. polyanlhum Rœm. et Sch., Boreau), el au bord de la même vigne, Podospermum lacinialum DC; dans les champs cultivés à l'Ouest, Eufragia viscosa Benth.; à l'Est Eragrostis pilosa Pal. Beauv. ; autour du village. Ranuncuhis srelera- ( 378 ) tus L. ; dans la propriété du Petit-Séminaire de Bergerac , Barbarea prœcox R. Br. , Trifolium angastifolium L. , Lotus Mspidus Desf. , L. diffusus Sol., qui ne doit pas être confondu avec L. anguslissimus L., Peplis porlula L., Slachys arvensis L., Allium A?nansiiBor. (A. pallens Sainl-Amans, non L. ). Les bords du fossé profond qui environne celle propriété, nourrissent les plantes suivantes : Epilobium tetragonum L., Ervum telraspermum L., CalamagrosUs epigeios Rolh ; un peu au- dessus, dans des lieux incultes : Rosa gallica L., Platanlhera bifolia Rich., Carex pallescens L., Orobanche Ulicis Ch. Des Moulins, sur les racines deYUlex nantis Sm. ; celte orobanche me paraît distincte de YO. cruenta Berlol. Je signalerai encore , du côté de Sainle-Foy-des-Vignes , Lylhrum hyssopifolia L., Spiranllwb œslivaJis Rich. ; et à l'ouest du village , dans un lieu frais du vallon de"Sarrasi , Luzula maxima DG. En sortant du vallon de Sarrasi, on entre dans celui de Sansère , qui aboutit au sud à la plaine de Bergerac. Sur le penchant de la colline , au nord-ouest du village de Sansère, un lieu humide et boisé offre le Lobelia urens L., et le Pedicularis sylvalica L. Le Monlia miner Gm. croît tout à côté dans un endroit sablonneux et un peu humide; on trouve aussi, aux bords du ruisseau et d'une mare, et dans les prés humides qui s'étendent jusqu'à la roule, Cirsium palustre Scop. , C. anglicum Lam. , Caltha paluslris L. , Caruni verticillalum Koch. ; Gymnadenia conopsea R. Br. , Ophrys fusca Willd. , Spirœa Filipendula L. Sur le coteau qui domine cetle route, à l'Ouest , croît le Cistus salvifolius L., très-rare dans le département, et l'on trouve, dans le pré marécageux situé au pied du même coteau , Myosotis slrigulosa Reichb. et M. lingu- latà Lehm., Orchis viridis Ail. et Frilillaria meleagris L. Un peu plus loin , près du château de Labaume , Scirpus sylvalicus L. ; au bord d'un taillis, entre Toulifau et Pessiau , Triodia decumbens Pal. Beauv. , Omithopus ebraclealus Brot. ; dans un champ voisin , à l'Ouest, lllece- brum veriicillatum L. ; sur le coteau qui domine Pessiau , dans une vigne, Lotus diffusas Soland. Je ne dois pas omettre de signaler, dans la vallée de la Dordogne, quelques autres plantes , qui ne sont pas rares au nord-ouest de la ville de Bergerac, et qui méritent une mention/ Les unes, telles que Pa- paver Argemone L., Neslia paniculala Desv., Vicia bilhynica L., V. un- cinata Desv., V. segelalis Thuill., Lathyrus sphœricus Retz., Buplevrum prolractum Link. , B. rolundifolium L. , Orlaya grandiflora HoiTm., ( 370 ) Tûrgenia lalifolia Hoffm., Specidaria hy brida A. DC, Eragrostis me- gastachya Link., Briza minor L., y croissent Jans les cultures. D'au- tres, telles que Raniincalus parviflorus L. , Senebiera coronopus Poir. , Draba muralis L. , Moenchia erecla FI. der Wetter. , Malva nicœensis Ail., Oxalis cornicalata L., y recherchent les lieux incultes et gazonnés. Les Orchis laxifiorah. , uslulala L. et coriopliora L., s'y montrent dans les prés gras. On y voit aussi le Serapias Ungua L., qui semble préférer les prés secs et les pelouses. Le Vicia Bobarfii Forst., s'y fait remarquer sur la lisière des bois, par ses fleurs rouges. VEquisetum Telmateia Ehrh y tient dressées, pendant les premiers jours du printemps, au bord des fossés gras et humides, ses grosses tiges fertiles, et le Vinca major L. y élève timidement sa tête, au pied des haies. Avant de quitter celte immense plaine, que domine à l'Est la flèche hardie du clocher de la nouvelle église de Bergerac, je salue en passant ce beau monument, honneur de la contrée, et me dirigeant vers le N.-O., j'entreprends l'étude de la vallée de l'Isle. De Monpont, où l'on voit, près de l'église, le Sisymbriiwi polycera- tiiimL., je me hâte de descendre dans la plaine de Ménesterol, paroisse qui, pendant plusieurs années, fut confiée à mes soins, et où je retrouve de précieux souvenirs. Sur la rive droite de l'Isle , près et en aval du pont, YAllhœa officinalis L. montre ses jolies fleurs rosées, et le Thaliclrum fluvum L. son gracieux feuillage. Plus bas encore, le Trapa natans L. étale, à la surface du courant, ses feuilles deltoïdes , à pétiole ballonné, tandis qu'à côté de lui le Batrachium fluildns Lam. laisse mollement flotter ses longues tiges. VHydrocharis morsus ranœ L. est cantonné près du rivage, à l'entrée du canal qui conduit l'eau à l'écluse, et se mêle aux tiges nombreuses du Scirpus lacuslris L. Je dois signaler aussi , en cet endroit : Cyperus badins Desf , Carex pseudo- cyperus L. , et Leersia oryzoides Sw L'Ervum gracile DC. croît en abondance dans le champ situé derrière la maisonnette de l'éclusier. L'église de Ménesterol est fort ancienne et incontestablement la plus remarquable de la vallée de l'Isle; on l'a restaurée depuis peu, et elle mérite d'être visitée. L'Hordeum secalinum Schreb. a paru une seule fois à côté du chemin, non loin de l'église. UAînaranlhus albus L., s'est montré aussi une seule fois au coin du presbytère, du côté du jardin ; il provenait évidem- ment d'un échantillon en fruits mûrs, que j'avais récolté quelque temps auparavant aux bords de la Garonne , près de Marmande. ( 380 ) A l'ouest de Ménestérol , et en laissant à gauche Salazard, où je ren- contrai en 1849, dans un fossé, V Alopecurus fulvusSm., le lieu dit Bar- baroux appelle spécialement mon attention. C'est là que le 25 mai de la même année 1 849, j'ai observé pour la première fois la renonculacée à la- quelle j'ai donné le nom de Balrachium radians. Lorsque le commence- ment du printemps a été pluvieux, elle abonde dans tous les fossés , et s'y maintient jusqu'à la fin de juin. Si, au contraire, les fossés ont été peu alimentés, comme en 4863 (47 juin) elle y est rare. Ce jour-là , dans un fossé profond, dont un tapis continu de Callitriche platycarpa Kutz. recouvrait les eaux, je rencontrai le Balrachium trichophyllum Chaix, et dans le champ non cultivé qui l'avoisine , le Xeranlhemum cylindra- ceum Sm. Un peu [dus bas, dans un autre fossé presque desséché , je revois enfin le Balrachium radians parfaitement caractérisé et — il me sera permis d'insister sur cette remarque — que les quatorze générations qu'il a traversées n'ont nullement modifié. Plus bas encore, dans les prés et les fossés de Marcillac et des Gril- hauds , le Pedicularis palustris L., VIsnardia palustris L. et le Peplis Porlulah., annoncent la nature marécageuse du terrain, tandis qu'au bord du chemin qui longe la plaine, et dans les moissons environnantes, les Trifoliùm auguslifolium L., Ornithopus roseusDni'., 0. compressas L., et Linaria spartea Hoffms. et Link , accusent la présence des sables. Un fossé plein d'eau stagnante est égayé par les petites corolles blanches, striées de rose du Veronica sculellala L. , et le Balrachium aqualile Wimm. y déploie ses dernières fleurs. Le Myosotis slrigulosa Reicb. semble avoir disparu du pré voisin, où il était jadis si abondant. Au Terrier-Tombal je trouve, au bord d'un champ cultivé, le Cynosurus echinatusL., mais je cherche en vain le Fumaria parviflora Lam. dans un jardin potager, où il foisonnait autrefois. Laissant au Nord le village des Juches , où je découvris en 4 849, au pied d'une haie, le Fumaria Borœi Jordan. Je suis, sur la droite, un sentier, au bord duquel se rencontrent le Silène g allica L., le Lotus hispidns Desf., et qui me conduit à la station d'un autre Fumaria, abondant dans un jardin potager au Palénas; c'est bien la forme que j'y observai il y a 44 ans, forme inter- médiaire aux Fumaria Borœi i or A., et F. Baslardi Bor., laquelle, à mon avis , doit être rapportée à celte dernière espèce. Je n'ai pu retrouver, en 4 863, le Lepidium Smilhii Hook. el le Nas- turlium pyrenaioïm R. Br., détruits sans doute par la dépaissance du ( 381 ) bord du chemin, près de l'ancienne métairie du Palénas. Le Rqnunculm ophioglossifolius Vil t. croît un peu plus haut, dans un fossé. Le Scilla aulumnalis L. a élu domicile dans une friche, entre le Palénas et les Grilhauds. La période de végétation est passée pour les trois premières de ces plantes, et n'a pas encore commencé pour la dernière (17 juin). En allant à la Gravette, et sans m'arrêler au vulgaire Plantago Coro- nopus L., je vais droit au taillis où j'avais observé , il y a plusieurs an- nées, VArenaria monlana L. Il y manque aujourd'hui. Un peu plus loin, au bas du coteau de la Rose , on voit : Helianthemum gutlatum Mill., Filago gallica L., Corynephorus canescens Pal. Beauv. Le lieu appelé le Gollier, près de Marzac , est à droite : c'est là que j'avais découvert, en mai 1850, le Lepidium Smithii. Vers le sommet de ce coteau, d'où l'on domine le village de Marzac , 1' ' Arrhenalerum Thorei Duby, se montre ça et là; et un peu plus haut encore, YAlisma natansL., nage dans un fossé. En face et vers le Nord, on voit le village de Marragoux , deuxième localité où j'observai jadis le Fumaria Bôrœi , toujours au pied d'une haie. Lamarzeix esta une petite distance vers l'E. On y trouve le Ranunculus chœrophyllos L., au bord d'un chemin ; le Lupinus reliculalus Desv., dans un champ sablonneux ; VUlriculariavulgaris L., dans l'étang situé près du village; le Myosotis palustrisVïilh., et le Pinguicula lusitanien L., au-dessous, dans un lieu frais et ombragé. A l'E., le plateau de Montignac offre quelques plantes qui méritent une mention particulière : près et à l'ouest de la petite église, sur un plan incliné, très-exposé au soleil , Lychnis coronaria Lam., dont l'in- digénat me paraît douteux ; dans une haie , près du cimetière , une 3 me station du Fumaria Borœi ; et dans le fossé voisin, Renonculus scelera- tus L. ; un peu plus loin , vers le Nord-Est, lieu dit les Joignies , sur le bord d'un chemin, Naslurliimi pyrenaicum R. Br. L'abbaye de Vauclaire bâtie au-dessous de Montignac, sur la rive droite de l'Isle, et qui se trouvait dans un état de conservation peu ordinaire , a été heureusement rendue, depuis quelques années, à sa destination primitive : les disciples de Saint-Bruno peuvent s'y livrer paisiblement aux pieux exercices de la vie solitaire. VArabis sagittala DC. croît sur le mur d'enceinte au Nord, et dans un pré à l'Ouest, Spiranthes autumnalis Rich., et Stachys pa- lustris L. Du point élevé où mon herborisation m'a conduit, la vue s'étend au loin dans la plaine : à l'Es! , jusqu'à Mussidah ; et à l'Ouesl , jusqu'au ( 382 ) delà des limites du déparlement de la Dordogne , dans celui de la Gi- ronde. L'Isle , contrariée dans- son cours par divers barrages destinés à élever son niveau , y promène ses eaux bourbeuses entre des rives d'un aspect triste et dénudées par le service du hallage. Au Sud et au-delà de Monpont, s'élève le mamelon isolé qui porte le nom de la Tour. Il avoisine le lieu où je rencontrai , le 22 juin 1849, le Vicia cassubica L., au bord de l'ancien chemin de Monpont à Sainte- Foy-la-Grande. En descendant, je trouve à Marzac , dans un mince filet d'eau, le Montia rivularis Gm., et plus bas, dans un fossé bien connu de moi, le Batrachium Iriparlilum Sch. ; Y Alopecurus bulbosus L. habite un pré voisin. Sur la gauche, un autre pré dépendant du village de Virolle , au-dessous de Merlerie, offre une nouvelle station de Lepidium Smilhii Hook. La saison est trop avancée pour permettre de retrouver à l'E. du bourg de Ménestérol , le Ranhnculm ophioglossifolius Vill. que j'y ai observé autrefois dans un fossé , au bord du chemin qui rejoint la route dépar- tementale. Le Linum gallicum L. étale dans un champ peu éloigné de cet endroit, ses petites fleurs jaunes , disposées en corymbe paniculé. Tel est l'ensemble de ce que la plaine de Ménestérol et les coteaux en- vironnants offrent de plus remarquable en fait de phanérogames. La surface de cette plaine est peu élevée au-dessus du niveau de l'Isle : aussi est-elle souvent envahie par ses eaux, surtout depuis que la rivière a été canalisée. Quoique cette plaine soit sablonneuse, elle retient les eaux pluviales, qui vont se réfugier dans les fossés dont elle est sillonnée en tout sens : c'est ce qui explique la présence des nombreuses plantes aquatiques qui y vivent. Je n'ai fait qu'une courte apparition, en 1863 , dans la vallée de la Crempse, qui débouche dans celle de l'Isle à Mussidan , et je n'ai que deux plantes à y signaler, mais elles sont rares : Rhagadiolus edulis Gaertn. au bord d'un chemin, sur la rive droite de la Crempse, à l'en- trée de Mussidan , où elle a été découverte par M. Oscar de Lavernelle (3 juin 1852); Centranthns calcilrapa Dufr., à l'extrémité opposée de la vallée, sur un mur, dans le jardin du presbytère de Beauregard. A l'E. de Beauregard, une charmante bruyère à fleurs d'un rose ten- dre (Erica vagans L.) couvre la lisière du bois de Fouleix ; le vallon de Fouleix commence et se dirige vers le Sud. Là, des fleurs d'un rose vif et foncé annoncent la présence du Cephalanlhera rubra Rich. Un peu ( 383 ) plus loin, sous le jardin de l'Hospice du Coder, les (leurs jaunes el les feuilles ternées de YOxalis corniculala L. se mêlent au gazon. Les autres plantes intéressantes qui appartiennent au même vallon , ou à ses environs, sont en petit nombre : Acer monspessuianum L. à l'ouest, près du village d'Hiéra ; Myosotis lingulala Lelun. dans le vallon très-humide, au-dessous de Fouleix; Primula acaulis Jacq., et P. officinalis L., qui se montrent ça et là, parfois accompagnés du P. variabilis Goupil, leur hybride probable; Ophrys pseudospeculum DC., qui paraît, au commencement d'Avril, sur le coteau de l'Hermitage, à l'Est; Fumaria Vaillantii Lois., qui abonde dans les champs cultivés, près du village appelé Pécanel , tout près°du vallon; Orobanche epilhy- mum DC, qui parfume les friches; Gymnadenia odoratissima Rich., dans l'intérieur du vallon près du moulin de Galet; enfin Saponaria Vaccariah. dans un champ cultivé, à l'entrée du vallon, près du village du Luquet. Nous voici parvenus à la vallée du haut Codeau. On la traverse pour aller vers le Sud; et en descendant du coteau qui est en face du château de Lavernelle, on trouve : Ononis NalrixL. , Convolvulus cantabrica L. , Epipaclis tnicrophylla Sw. , Aspidinm Thelypteris Swartz. , et, au bord du ruisseau qui coule au pied du même coteau, Anagullis tenella L. Le Blechnum Spicanl Sm. habite les trous creusés pour l'extraction du minerai de fer, sur divers points du bois de Lavernelle. Le Nepeta Cataria L. vient au bord d'un chemin, près de la forge de Monclard. La découverte de ces diverses plantes est due à M. Oscar de Lavernelle. La vallée de la Dordogne est proche, et j'ai hâte de fa rejoindre, à 8 kilomètres en amont de Bergerac , pour y indiquer encore quelques bonnes localités. Au-dessus de Mouleydier , près de l'endroit ou croît en Mai YOrchis fasea Jacq. , la vue plonge presque à pic sur le fleuve, qui s'est creusé un lit profond dans le roc vif; ses deux rives forment un contraste frap- pant. La rive droite, sur laquelle est pratiqué le chemin de hallage , est entièrement nue , tandis que la rive gauche est couverte de verdure et boisée de distance en distance. Sur le chemin de hallage, entre Mouley- dier et Creysse , Y Euphorbia Gerardiana Jacq. frappe les regards par son élégant feuillage. La berge herbeuse et ombragée qui donne l'hos- pitalité à YArabis alpina L. descendu de l'Auvergne, au Lychnis diurna Sibth., à YHcracleum LecokiiGodr. etGr. et au Crépis paludosa Mœnch, est en face. Je ne dois pas omettre le Doronicum pardalianches L., ( 384 ) qui abonde le long de la même berge, ni le Panicum vaginalwn Sm., Gren., etGodr., qui , venu d'Amérique, puis de Bordeaux, s'est natura- lisé là el. ailleurs, dans le lit de la rivière , d'où il ne se propage pas dans l'intérieur des terres. Les champs sablonneux, voisins de la rive gauche , n'offrent rien de nouveau pour la flore duranienne, à l'exception du Petroselinum segelum Koch , découvert dans les moissons par M. Eug. de Biran. Au sud-ouest du domaine des Guischards qui appartient à ce botaniste, se trouve le fossé au nord duquel nous rencontrâmes , le propriétaire et moi, en avril 1846, le Yeronica montana L. , et une forme extraordi- naire du Cardamine sylvatîca feink , que j'ai nommée , probablement à tort, C. duraniensis : cette forme n'y a plus reparu. Je dois mentionner, autour du même domaine, Slellaria uliginosa Murr., Alopecurus fulvus Sm. , Hordeum secalinum Schreb. , et enfin , Arabis sagitlata DC. , qui végète sur la pente d'un ravin , près de la rive gauche. Je dois la plu- part de ces plantes à l'obligeance de M. Eug. de Biran. A travers les arbres qui bordent la Dordogne , on aperçoit vers l'Ouest l'église de Creysse. Le Salvia verbenaca L. croît devant la porte de cette église, et sous la terrasse du château de Tiregand , à un ou deux kilo- mètres de Creysse. En remontant les bords de la Dordogne , je signalerai près du port de Lanquais, Verbascum lhapsiforme Schrad. ; au haut de la berge, Pso- ralea bituminosa; enfin, sur un rocher éboulé de la même berge, Ononis Columnœ Ail. Je fais une courte station au Bugue , après avoir récolté, le long de la route en corniche qui domine la rivière et qu'on nomme le Cingle du Bugue : Linum salsoloides Lam., Cytisus supinus L., Ononis Nalrix L., Imtla montana L. ; au-dessus, sur la pente raide et scaturigineuse, Schœnus nigricans L.; et au bord de la Vézère, au-dessous du Bugue, Pofenlilla anserina L , et Euphorbia stricla L. Continuant mon voyage à travers notre Sud-Ouest, j'entre dans le département du Lot , que je ne fais guère que traverser, en observant V/Egilops triuncialis L. près de Gourdon , au bord de la route qui conduit de celle ville à Cahors. A Cahors, cependant, une herborisation intéressante m'était réservée. Dans une rue détournée , près du Grand-Séminaire, Xanthium spinosum L., Urtica pilulifera L., et sur un mur de clôture , Alsine mucronata L. Au-delà du Lot, qu'on traverse sur le pont de Yalendre, remarquable ( 385 ) par les hautes lours dont il est chargé, on trouve à gauche la fontaine des Chartreux. Je recueille sur le chemin qui y conduit : Melilofvs allia Desrouss., Centaurea maculosa Lam., Podospermum calcitrapifolium? DC, Lactuca chondrillœflora Bor. , Calamintha Nepeta Clairv., Aristo- lochia longa L. Voici la fontaine : l'eau qui s'en écoule, remarquable par sa limpidité, est assez abondante pour servir de force motrice aux usines placées dans son voisinage. Une perche , plongée dans le bassin de la source, m'amène plusieurs longues tiges de l'espèce la plus commune peut-être de son genre, Bolrachium trichophyllum Chaix. Les escarpements voisins , en apparence stériles, offrent des plantes dignes d'intérêt; ils sont d'un accès difficile. J'eus le plaisir d'en rap- porter une assez bonne récolte : Saponaria ocymoïdes L. , en mauvais état, Coriaria myrtifolia L. , Pislacia TerebinthusL. , Rhus Coriaria L. , Ononis Columnœ AU. , Psoralea biluminosa L. , Coronilla Emerus L., Cephalaria leucanlha Schrad. , Lwosyris vulgaris Cass. , Aster Amellus L., Artemisin camphorata Vill. , Calananche cœrulm L., Phyl- lirea média L., Jasminum fruticans L. , Chlora per foliota L. Profitant des instants que laisse la diligence , soit aux relais, soit aux montées, je recueille à la hâte, le long de la route de Cahors à Limogne : à Taloné , Satureia horlensis L., et Plantago Cynops L. ; entre Concots et Limogne : Delphinium cardiopelalum DC. , Echinospermum Lappula Lehm., Euphorbia falcata L.; au-delà de Limogne, Crucianella angusti- folia L. Je prends la route du Cantal , laissant à droite le puy ou pitech de Volf, entre Decazeville et Firmy (Aveyron). Sur la pente méridionale de cette hauteur naissent : Notholœna Maranlœ R. Br. (M. A. de Barra u), Lactuca chondrillœflora Bor., Biscutella mollis Lois. En montant la côte de Badignac, je saisis au hasard quelques échantillons de deux plantes bien occidentales, Sculellaria minor L , et Anagallis tenella L., ainsi que le Blechnum Spicant Rolh. Je me contenterai d'indiquer aux environs d'Aurillac, où je m'arrête à peine , Cerasus Padus DC, et Adoxa Moschatellina L. , au bord de la Jordanne; Bar bar ea inlermedia Bor., Sonchus orvensis L., et Gagea arvensis Schult., sur un coteau situé au nord-ouest de la ville. M. de Rudelle m'a communiqué VErica Tetralix L. et le Cephalanlhera pol- lens Rich. , récoltés l'un dans la forêt d'Itrac, l'autre dans le bois de la Condamine, près de la même ville. Tome XXV. 27 ( 380 ) J'ai hâle de m'acheminer vers les montagnes , en explorant lu vallée de la Gère. Mon excursion sérieuse commence à Vie , petite ville renom- mée, dans les montagnes du Cantal , par ses eaux minérales. Je vois, près de la fontaine minérale, YEpilobinm obscurum Schreb., au bord d'une eau courante, et. le Cyslopleris fragilis Bernh., sur un rocher au bord de la Gère. Un peu plus loin , le Poly podium Dryopleris L. se montre dans un trou de muraille. En remontant le cours de cette rivière , on trouve une gorge fort agreste : mon guide lui donne le nom de Trou-de-la-Rucbe (Traou-del- Bourgnou). On pourrait faire là quelque bonne trouvaille. J'aperçois YArabis ceb ennemis DC., caché sous un rocher, dans un recoin humide et presque entièrement privé de la lumière du soleil ; ce genre de station explique son état chétif. Le Stellaria nemorum L. , VHypericum monla- num L. et le Saxifraga rotundifolia L., croissent à côté de cette rare crucifère. Un pied de Lunaria rediviva L. tient ses larges silicules sus- pendues au-dessus de ma tête ; il attend la main qui doit le cueillir, privilège dont je suis redevable à l'agilité de mon guide. Tout passage est impraticable par le fond du ravin : tournant à droite, je monte le long des bois qui couvrent sa pente. Là abondent : Actœa spicala L., Paris quadrifolia L., Luzula nivea DC., Calamagrostis syl- valica DC, et un peu plus haut dans un pré , Myosotis strigulosa Reichb Le Géranium phœum L. n'est pas rare sur la rive gauche de la Cère , ainsi que le Rubus idœus L. Au-dessous de Thiézac , une masse rocheuse surgit au milieu d'un pré. C'est une sorte d'agglomérat dont le temps me manque pour étudier la nature. Je me contente de cueillir trois plantes, Saxifraga hypnoides L., Scabiosa spreta Jord., et Hieracium boréale Fr., qui croissent sur ses flancs. Le Saxifraga Aizoon Jacq., amené sans doute par les eaux , s'est établi au bord de la rivière. En gravissant péniblement le coteau décharné qui domine Thiézac, je récolle le Lalhyrus sylvaticus L., dont la racine s'enfonce profondément dans les éboulements pierreux ; le Centaurea serotina Bor., et, dans un pré humide , YEquiselum limosumh. En redescendant, pour me rap- procher des bords de la Cère, je rencontre un pied de Trifolium aureum Poil., perdu sur le talus qui avoisine la route. La végétation prend un aspect tout-à-fait montagnard. Le Genliana lulea L. apparaît déjà dans les prairies; sa taille majestueuse, ses fleurs jaunes, ouvertes en étoile, la font reconnaître de très-loin. Le Dianthus sylvaticus Hopp. se montre sur la pelouse. Le Trifolium spadiceum L. ( 387 ) n'est pas rare dans les lieux humides, où se dressent ses humbles capi- tules, d'abord d'un jaune d'or vif, puis très-bruns. Le Laser pitium latifo- UumL. (var asperum) paraît sur un rocher au bord de la route. Près du village de Saint-Jacques , la collerette élégante de YAslrantia major L. se montre dans une haie à côté d'un Primtda, qui présente une par- ticularité digne de remarque: sa capsule est saillante (1). Je ne crois pas me tromper en lui donnant le nom de P. elalior Jacq. Quelques autres bonnes plantes apparaissent successivement aux bords de la rivière : Ranunculus aconilifolius L., Cardamine impatiens L., Impatiens noli- tangere L., Ribes pelrœum^S\i\[., Cirsium Erisilhales Scop., Crépis paludosa Mœnch. En montant, au-dessous du hameau des Chazes, la magnifique corolle d'un rose violet du Géranium, sylvaticum L. attire les regards; un peu plus loin, VEpilobium anguslifolium L. montre ses tiges élancées qui se terminent en un long épi de grandes fleurs purpu- rines. Je laisse les Chazes à gauche pour recueillir au-dessus de la vieille route une chicoracée , Crépis grandiflora Tausch , que font aper- cevoir de loin ses grandes calathides d'un jaune éclatant. Le Viola sude- tica Willd. étale sur la pelouse sa large corolle tricolore. Encore quelques pas et j'atteins la croupe du Lioran ; c'est une petite montagne située entre les sommets appelés Plomb-du-Canlal et Puy-de- Griou. Sa position offre beaucoup d'intérêt : au S.-O., la vallée de la Cère , et au N.-O. celle de l'AUagnon. Là , les eaux se divisent : celles-ci vont à la Loire par l'AUagnon et l'Allier; celles-là à la Gironde par la Cère et la Dordogne. Une petite source appelée Fon-de-Cère vient au jour sur la croupe. Je signalerai clans le bois qui couvre une partie de la sur- face du Lioran, au Nord : Dianthus sylvaticus Hopp., Rosa alpina L., Sambucus racemosa L., Lonicera nigra L., Vaccinium Myrtillus L;, Gentiana campeslris L., Luzula nivea DC., Calamagrostis sylvatica DC. — M. T. Puel y a autrefois observé le Pyrola secunda L. Il me restait à visiter les deux pics que je viens de nommer. Je com- mençai par le Puy-de-Griou. Au début de l'ascension, dans un endroit un peu boisé, Aconitum vulgare DC, Syst. (A. Napellus L., var. v. bicolor DC., Prod.), Meconopsis cambrica Vig. et Doronicwn auslriacum Jacq. Plus haut, les capitules rouges allongés du Trifolium alpinum L. qui, grâce à sa souche épaisse et à sa longue racine, brave en définitive (t) Ce fait rare a été observé, dès 1835, dans les AsUnies, par M. Du Rieu de Maisonneuve. ( 388 ) la denl des bestiaux ; le Lycopodium selago L. se c;iclie parmi les gazons et, avant d'arriver à la cime, les Gnaphalium norvegicum Gunn. , Arnica montana L., Phyteuma hemisphœricum L. et Luzula spicata DC. se présentent successivement. Le sommet du Puy-de-Griou n'est guère qu'un rocher accessible par un seul côté. Je m'attendais à y jouir d'un vaste panorama , mais il faut se résigner : un brouillard épais qu'un coup de vent suffirait pourtant à dissiper, couvre en entier le haut de la montagne J'attends, tout en réapprovisionnant de Meum athamanticum Jacq., Hieracium voge- siacum Moug., Calamagroslis sylvalica DC, Avenu montana Vill., Fes- luca spadicea L. Peu satisfait d'un si maigre butin, je me rejette sur les lichens , qui sont assez abondants sur cette cime : Cladonia gracilis Fr., Cl. rangif 'erina Àch., Côrnicularia lanata Ach., Ramalina polymofpha Ach., Umbilicafia proboscidea DC, Cetraria i&landica Ach., Lecidea fusco-atra Fr. Tout à coup , le voile se déchire, et deux immenses précipices sont béants à nies pieds : d'un côté , la vallée de la Gère , que je viens d'ex- plorer; de l'autre, celle de la Jordanne, qui se dirige de l'E. à l'O., et va se confondre avec la première au-dessous d'Aurillac. Le Puy-Mary (1660 mètr.), rival du Plomb, s'élève au N.-E.; le Plomb lui-même, au S.-E., domine toute la contrée. Le flanc méridional du Puy-de-Griou (1652 mètr.) est très-escarpé; n'importe, c'est par là qu'il faut descendre. Les Viola sudelica Willd., Dianthus sylvaticas Hopp., Silène rupeslris L., Potenlilla aurea L., Alchemilla alpina L., Meum Mutellina Gaertn., Campanula linifolia Lam., Calamintha grandiflora Mœnch, viennent grossir ma récolte. Le Plomb, à cause de son altitude (1858 mètr.), nourrit des plantes que l'on chercherait en vain sur le Puy-de-Griou. Il est temps de visiter ce dominateur du massif du Cantal. En entrant dans le bois qui avoisine l'ouverture sud de la percée du Lioran , une haute corymbifère se fait remarquer par ses fleurs jaunes et ses longues feuilles elliptiques- lancéolées, toutes atténuées en pétiole : c'est le Senecio Fuchsii Gm , auquel succèdent les Prenanlhes purpurea L. et Calamintha grandiflora Mœnch. Les vieilles branches des sapins (Abies pectinala DC) sont cou- vertes d'un lichen qui ressemble à une longue barbe d'un blanc jaunâtre : c'est VUsnea barbalaDE. que les botanistes modernes ne distinguent pas spécifiquement, de VU. florida Hoffm. Celui-ci, dont la forme est buis- sonneuse, croît dans le bois du Lioran. Les branches des sapins nour- rissent aussi VEvernia furfuracca Fr., qui y fructifie abondamment. ( 389 ) Au sortir du bois, j'entre dans les pâturages qui couvrent le versant occidental du Plomb. Sur ces montagnes, tout ce qui n'est pas boisé sert de pacage. De nombreux troupeaux y cherchent leur nourriture et font une guerre acharnée aux divers végétaux qui y croissent. On n'aperçoit de tous côtés qu'une verte pelouse sur laquelle se détachent çà et là quelques pieds de Dianthus sylvaticus Hopp., de Gentiana lutea L., de G campestris L. Des tapis d'une verdure plus brillante, qu'émaillent les petites (leurs jaunes de VEuphrasia minima Schleich., se présentent de loin en loin. Le Saxifraga slellaris L. s'abrite dans le creux d'une rigole humide. La pente devient plus raide à mesure qu'on s'élève; YAlchemilla al- pina L., si remarquable par la teinte argentée et le reflet soyeux tle ses feuilles, commence à se montrer. Paraissent ensuite Biscutella lœvigata L., Silène rupestris L., Polentilla aurea L., Agrostis rupestris AIL, les Luzula spicala DC, et sudelica DC. Je ne dois pas omettre le Silène ciliata Pourr., jolie plante essentiellement pyrénéenne et qui, au Cantal, semble exilée, ni le Scabiosa sprela Jordan , dont le nom , à mon avis, n'est pas heureux Qui donc aurait pu se permettre de dédaigner une si belle fleur? L' Anémone alpina L. dresse fièrement sa tête couronnée par les arêtes plumeuses de ses carpelles, tandis que le Pedicularis comosa L. laisse voir ses capsules tristement desséchées et disposées en épi. Le printemps et passé ; aussi , !' Anemona vernalis L. manque à l'appel, mais j'ai le plaisir de recueillir , à la place peut-être qu'il a occupée , deux belles graminées , Avena versicolor Vill. et montana Vill. Les plantes dont les noms suivent ne sont pas rares sur ces hauteurs : Slellaria uliginosa Mirrr., Sedum villosumL., Sempervivum arvernense Lecoq et Lamotte, Saxifraga Aizoon Jacq. et bryoïdes L., Gnaplialium dioicum L., Senecio arlemisiœfolius Pers., Leontodon pyrenaicus Gouan, Crépis grandiflora Tausch., Campanula linifolia La m., Carex leporina L., Aira flexuosa L.; et parmi les lichens, Cetraria cucullata Ach., Parmelia omphalodes Ach. et saxalilis Ach., Ramalina polymorpha Ach. Du sommet du Plomb, l'œil embrasse un immense horizon ; franchis- sant la foule des pics qui l'entourent, la vue s'étend sur la plus grande partie du plateau central. On voit au Sud et au Sud-Est plus de la moitié du département de l'Aveyron , offrant l'aspect d'une vaste plaine ondu- lée. A l'Ouest, j'embrasse d'un regard l'ensemble du pays que j'ai déjà parcouru. Les plantes qui habitent le sommet du Plomb méritent d'être notées ( 390 ) avec plus de soin. J'y vois autour de moi : Viola sudetica Willd., Bras- sica montana DC, Meum Mulellina Gaertn., M. athamanticum Jacq., Polygonum bislorla L., Poa alpina L., Ceraslium arvense L. ! au lieu du C lanatum Lam., ou du C. Alpinum L., que je m'attendais à y trouver. Si l'on compare le Plomb au Puy-Mary, on est frappé de la confor- mité de leur végétation. M. de Rudelle a recueilli , au sommet du Puy- Mary, un petit nombre de plantes qu'il a bien voulu me communiquer • Brassica montana , Viola sudetica, Polenlilla aurea , Leontodon pyre- naicus, appartiennent à la liste que je viens de dresser, ou à celle que j'ai donnée plus haut. Trois autres n'ont pas été trouvées par moi , savoir : Pedicularis verlicillala L. , qui n'a jamais été observé sur le Plomb; P. foliosa L., que je ne pouvais y retrouver dans une saison si avancée ; enfin , Ceraslium lanatum Lam., dont je ne saurais à quoi attri- buer l'absence, s'il n'était probable qu'il a été dévoré par les bestiaux qui , du reste, ont tout ravagé sur la pente orientale du Plomb. Néan- moins, le Trifolium badium Schreb., le Saxifraga rolundifolia L. et le Pinguicula vulgaris L. ont échappé à leur voracité. En descendant du Plomb , j'arrive à un endroit appelé par les ber- gers Saut-vert, à un kilomètre environ du sommet ; une petite cascade y entretient la fraîcheur. Là vivent ensemble , Ranunculus aconitifolius L., Polygala depressa Wend., Géranium sylvatîcum L., Geum rivale L., G. monlanumh., Alchemilla vulgaris L., Valeriana tripteris L., Adeno- styles Pelasiles Bluff et Fing. . Barlsia alpina L. , Veralrum album L. , Luzula Dcsvauxii Kunth. Un peu au-dessus de la cascade, on aperçoit comme une nappe blan- che étendue sur le sol : c'est une petite quantité de neige que les cha- leurs du mois d'août n'ont pas encore fait disparaître. Tout autour, et à la distance de plus d'un mètre, la terre est nue, et la végétation nulle- Je récolte, cependant, mais un peu en deçà de ce petit désert, le Plan- tago alpina L., accompagné du Nardus strictaL. Le ciel est chargé de nuages épais : quelques-uns rasent la crête de la montagne Un bruit sourd , précurseur de l'orage, se fait, entendre. La descente, quoique escarpée, n'est pas difficile et me promet un prompt retour au gîte ; mais, vers le milieu du versant, je suis assailli par une pluie à verse, qui m'accompagne jusqu'aux Chazes. Il me reste encore à signaler, autour du hameau des Chazes , Carda- mine sylvalica Link., C. amara L. , Dianlhus monspessulanns L., ( 391 ) D. deltoïdes L., Vicia OrobusDC. , Saxifraga sfallaris L., Lysimachia nemorum.li.., Plantago serpentina \il\., Veralrum albumh. Je quitte les montagnes du Cantal pour faire une excursion sur celles d'Aubrac, en passant par Saint-Flour. Je recueille, comme souvenirs, dans un lieu inculte au nord-est de cette ville, Lepidiiim ruderaleL., Géranium pyrenaicum L. , Atriplex rosea L., Sisymbrium Sophia L. Après avoir descendu une longue côte bordée de précipices, j'atteins une vallée, ou plutôt une gorge profonde, qu'entourent de toutes parts des escarpements frappés d'une désolante stérilité. C'est Chaudes-Aiguës. Mon dessein n'est pas d'y faire un long séjour; je veux seulement visiter la source thermale qui donne le nom à cette localité . et jeter un coup-d'œil sur la végétation du voisinage. Avant d'arriver au bourg, trois plantes seulement, croissant au bord de la roule, appellent mon regard : Artemisia campeslris L. , Senecio sylvalicus L. , S. qrtemisiœfolius Pers. Ce n'est pas sans surprise qu'on voit sortir du pied de la colline , une source très-abondante et d'une température si élevée. On assure qu'elle atteint 90° centigrades ; mais privé de thermomètre , je ne puis que reconnaître par les usages auxquels on l'emploie, combien la tempé- rature de celte eau doil se rapprocher de celle de l'eau bouillante. Au bord du ruisseau appelé Remonlalou , et en amont du bourg, on retrouve : Dianthus sylvalicus Hopp. , D. delloides L. , Impatiens noli- tangere L. , Doronicum austriacum Jacq., Prenanlhes purpurea L., Paris quadrifolia L. , toutes plantes qu<; j'ai déjà observées dans la vallée de la Cère. Je puis y ajouter seulement : Sorbas aucuparia L. , Illece- brum verticillatum L. , Sedum hirsutum Ail. , Wahlenbergia hederacea Rchb. La montée qui sépare Chaudes-Aiguës du plateau de Lacalm est aisée. On trouve le terrain basaltique un peu avant d'entrer dans le départe- ment de l'Aveyron, et l'on arrive aune altitude d'environ 1,100 mètres. De tous côtés, on ne voit que pâturages fréquentés par de nombreux troupeaux. Pauvres plantes ! elles sont indistinctement et impitoyable- ment broutées. Si je n'avais recours à un ami qui a exploré ces mon- tagnes en bonne saison, je serais obligé de rentrer au gîte les mains à-peu-près vides. Je laisse Alpuech adroite, et je m'avance vers Paulhac. En passant près de la Vaysse, j'observe le Cystopleris fragilis Bernh., suspendu à la voùle d'une petite fontaine. ( 392 ) A Paulhac , mon herborisation n'exige pas de longues courses : ma récolte m'attend toute faite; M. Valadier, avec son obligeance accou- tumée, met à ma disposition un fascicule de plantes qu'il a recueillies dans le voisinage. L'examen de ce fascicule donne le résultat suivant : Anémone rubra Lam., Actœa spicata L., Corydalis solida Sm., Melilutus alba Desrous., Potentilla anserinah., Geum rivale L., Saxifraga slel- laris L., Doronicum pardalianches L., Pyrola minor L., Hypopilhys multiflora, Scop., Pedicularis comosa L., Thesium alpinum L , Orchis sambucina L., Neoltia ovata Rich , N. nidns avis Rich., Polygonalum verîicillatum Al!., Maianlhemmn bifolium DC. , Crocus vernus AH. , Tulipa sylvestris L., Erythronium dens canis L. , Gagea lutea Schuli., Luznla nivea DC, Bolrychium Lunaria Sw. Je m'achemine vers Laguiole, où croît le Rumex scutalus L., sur une muraille au-dessous de l'église. J'ajoute à ma cueillette : Illecebrum verîicillatum L., sur un chemin , au nord de la même église , près d'une carrière de basalte; Rubus idœus L. , Asplenium septentrionale Sw. , Allosurus crispus Bernh. , dans la même carrière ; enfin, YAconitum Lycoclonum L., qui se cache dans une haie sur le coteau opposé. Près de la route , un pré marécageux est tout émaillé des fleurs blanches du Parnassia paluslris L. Le trajet de Laguiole à Aubrac n'est ni long, ni fructueux ; car déjà , au mois d'août, on ne fait que suivre la trace des animaux herbivores, et le botaniste est réduit à glaner derrière eux. Je trouve cependant , dans les endroits humides du bois de Laguiole, Sedum villosum L., Pedicularis palustris L.; sur la lisière du bois de Carrières, Dianlhus sylvaticus Hopp. , Stellaria nemorum L., Senecio artemisiœfolivs Pers., Gentiana campestris L. Le Comarum palustre L. et le Juncussquarro- sus L. croissent un peu plus loin, dans un endroit marécageux. Les pâturages qui sont situés au-dessus du bois de Rigambal n'offrent plus qu'un gazon ras, inutile à explorer. Je me tiens constamment sur la lisière du bois, où je rencontre Senecio Fuchsii Gaud., Gnaphaliiim norvegicum Gunn., dans un endroit appelé le Débez ; Prmanthes pur- purea L., Calanrinlha grandiflora Mcench, Blechnnm Spicant Sm., dans un autre endroit appelé les Inguillens. Aubrac est là, derrière la colline qui l'abrite , à une altitude de 1 ,338 mètres. On aperçoit d'abord la tour, qui est assez élevée. L'église est à côté. Complètement abandonnée, elle tombait en ruines; mais elle a été restaurée depuis quelques années. Aujourd'hui , cet édifice est dans ( 393 ) un état convenable. La tour et l'église constituent presque tout ce qui reste de la célèbre abbaye de l'ordre hospitalier d'Àubrac. Je remarque près de l'église VArtemisia AbsinlhiumL Y est-il spon- tané?' Un peu plus loin croît le Géranium pyrenaicum L. J'avais à cœur de retrouver à Aubrac une plante qui y a été signalée depuis longtemps par M. Prost : Arabis cebennensis DC. M; de Lambertye l'indique sur les rochers de la cascade d'Aubrac, connus dans le pays sous le nom de Saut del grel. En me dirigeant vers cette localité, j'observe, dans un pré, YAlope- curus pratensis L., qui me semble rare dans le Sud-Ouest. Je rencontre ensuite, dans un autre pré dont l'herbe est peu abondante, un Viola à fleurs jaunes et a souche vivace ; c'est nécessairement le V. luteaSm. Je cueille , le long du ruisseau qui descend d'Aubrac ; Ranunculus aconi- tifoliusL., Aconitum vulg are DC. , Géranium sylvaticum L. , Achillea Ptarmica L. Le bruit qui' se rapproche m'annonce la cascade. Tournant à gauche , et le long d'une rigole humide où vit le Monlia rivularis Gm., je vois le Sorbus aucuparia L. s'élever au milieu de la haie qui borde la cascade, et où croissent aussi le Cirsium erisilhales Scop. et VAconilum Lycoclonum L. A peine entré dans le lit du ruisseau, j'aperçois, dans les anfractuo- sités humides du rocher qu'arrose la cascade, une crucifère dont les feuilles presque en cœur, irrégulièrement sinuées- dentées, et les fleurs d'un rose violet paie , m'annoncent la plante que je suis venu chercher, Y Arabis cebennensis. Les fissures du même rocher m'offrent le Cystop- teris fragilis Bernh., et du coté opposé, YEpilobium anguslifolium L. Je pénètre dans le bois voisin , appelé bois de Gandilioc, à l'ouest de la cascade, et les plantes dont, les noms suivenl me tombent successive- ment sous la main : Tlialicirum aquilegifoliumL., Cardamine amarah , Saxifraga slellaris L. , Polygonalum verlicillalum Ail. , Maianthemum bifoliumDC, Paris quadrifolia L., Lilium Martagon L., Asperula odo- rata L. , EUjmus europœus L. , Calamagroslis sylvalica DC. , Milium effusum L., Daphné MezereumL,, Eypericum quadrangulum L , Chœro- phylium aureum L. , Impatiens noli tangere L. , Epipaclis viridiflora Hoffm. , Chenopodium Bomis-Henricus L. Je me rapproche du ruisseau et je recueille , sur un rocher placé au bord, le l.aserpitium latifolium L. (var. asperum). Je remarque en même temps, sur la berge de la rive gauche du ruisseau, une nouvelle station de Y Arabis cebennensis. ( 394 ) Je signalerai à l'E. de. la cascade : Thlaspi vulcanorum Lamotte., Dianlhus sylvaticus Hopp., D. monspessulanus L., Trifolium spadiceum L., Comarum palustre L., Gnaphalium norvegicum Gunn., G. dioicum L., Lysimachia nemorum L., Garex pallescensh. Le Cirsium rivu- lare Link échappe à mes recherches; cependant, feu E. Mazuc l'a observé dans le voisinage. Un peu plus loin vers l'E. , je récolte sur la pelouse Orchis albida Scop., Nigritella angustifolia Rich , et sur la lisière du bois voisin, Allium ursinum L. En avançant vers le lac Saint-Andéol , je rencontre çà et là VEuphor- bia hy berna L. D'autres plantes intéressantes se montrent dons les gazons; ce sont d'abord deux violettes à racine vivace , dont l'une est le Viola sudelica Willd. , l'autre me semble devoir prendre le nom de V. Sagoli Jordan ; puis trois renoncules : Ranunciilns polyanlhemoides Bor., R. spretus Jordan , et B. reclus J. Bauh., Boreau. Le lac Saint-Andéol est à environ dix kilomètres d'Aubrac, vers l'Est. On est surpris de trouver sur ces hauteurs un si vaste bassin. Ulsoëles que M. Du Rieu a nommé/, echinospora, vit dans les eaux de ce lac; l'illustre et si regrettable J. Gay est venu l'y chercher, il y a trois ans. Le temps m'a manqué pour explorer à fond les bords du lac. Cepen- dant, sur la droite, une source abondante et limpide rend la végétation plus active , et , avant de se jeter dans le lac , permet de recueillir quel- ques bonnes espèces : Adoxa Moschalellina L. , Chrysosplenium aller- nifolium L. , Actœa spicata L., Genista prostrata Lam., Centaurea monlana L. , Ribes pelrœum Wulf., Sambucus racemosa L. Un peu au- dessus, sur la pelouse, croît le Saxifraga hypnoidesL. M. le docteur Bras m'a communiqué le Seneeio DoronicumL. , recueilli par lui-même à Aubrac , dans une prairie peu éloignée des lacs : je ne l'y ai point rencontré. Mes herborisations sur le terrain basaltique sont terminées, et je vais chercher le calcaire jurassique dans l'intérieur du département de la Lozère. Je m'arrête au Pont-neuf, à -4 kil. de Mende. Deux Hieracium dressent leurs tiges, couronnées de fleurs d'un jaune brillant, dans les fentes du pont : ce sont les H. amplexicaule L. et ochroleucum Schl. (H. picroidesWiW.). La première de ces deux plantes croît aussi sur les escarpements qui dominent le pont (rive droite), où l'on trouve aussi : Mthionema saxalile R. Br. (le P. Al. A. Poitrasson), Draba aizoides L., Viola rupeslris Schm. (le P. Poitrasson), Astragahis monspessulanus L., Phalanginm ÏÀliago Schreb , Slipa pennata L. , Leucanthemnm fjraminifolium Lam . ( 395 ) Le Géranium pratense L., par sa haute tige , par l'éclat et la grandeur de ses fleurs , se fait remarquer dans un pré qui longe la roule, et jus- qu'au bord de celle-ci. Le Papaver dubium L. mûrit ses capsules en massue, sur un mur de soutènement, et un peu plus loin on voit le Sedum anopetalum DC, en pleine végétation. La route , qui conduit à Mende , ne s'écarte pas des bords du Lot. Sa pente est peu sensible, et lorsqu'on considère , au Sud, l'élévation du mont Mimât ou Saint-Privat, auquel Mende est adossé, on ne se doute- rait pas que l'altitude de celte petite ville est de 752 m . Du reste, la nature de la végétation s'accorde avec celle indication. Le terrain cal- caire se trouve partout. Au pied du versant de la montagne , j'observe d'abord, le Calamintha nepetoides Jord., que je vois pour la première fois dans le Sud-Ouest. Je rencontre ensuite un bel échantillon de Cirsium bulbosum DC, puis le Rumex scutatus L. Ce lieu a été ravagé : pour ne pas perdre mon temps , je m'élève plus haut. La grotte qui servit autrefois de retraite à saint Privai , est située au haut du versant. Elle est en trop grande vénération dans toute la conlrée environnante, pour que je me dispense de la visiter. Cette grotte, con- servée à peu près dans son état naturel , est fermée au Nord par un mur. Elle a été convertie en chapelle, dont la garde est confiée à deux pau- vres religieux , qui vivent d'aumônes et passent la plus grande partie de leur vie sur le flanc aride de la montagne, exposés aux rigueurs d'un climat glacé. Les escarpements qui sont au-dessus sont d'un accès difficile; n'im- porte, leur exploration n'offre que plus d'inlérêt. La présence de VAl- chemilla alpina L. indique une altitude qui dépasse l,000 m . Après avoir lutté péniblement contre les obstacles, j'arrive au sommet. Ma récolle n'est pas abondante , mais elle est bonne : Buffonia macrosperma Gay, Alsine mucronatah., Linum salsoloides Lam., Anlhyllis montanaL., Alhamanta crelensis L., Teucrium aureumSchveh., Thesium alpinum L., Janipents nana Willd. J'ajoute : Alyssum macrocarpum DC, que je dois à l'obligeance de M. Lamolte. Je descends, non sans peine et sans quelque danger. Le bois de la Vabre est à droite; le temps me manque pour l'explorer. Plusieurs plantes intéressantes y ont établi leur demeure ; j'en indiquerai quelques- unes qui m'ont été communiquées par M. Lamolte : Campamila speciosa Pourr., Crépis albida Vill., Laserpithmi Nestleri Soy. Willem. ; par ( 396 ) M. H. Loret, Hieràcium Planchonianum Tim. et Loret , un saule singu- lier, appelé par MM. Lecoq et LamoUe Salix Seringeana, par MM. Gre- nier el Godron S. oleifolia, et qui paraît être un hybride, auquel M. Loret donne le nom de S. incano-caprœa : par le P. Al. Poitrasson , Carex tenuis Host., et un Hutchinsia qui croît exposé au N., à l'abri du soleil et de la pluie, sous les voûtes un peu humides formées par les roches du calcaire jurassique. M. Loret avait rapporté celle dernière plante à YH. pauciflora (sub Capsdla) Koch , lui donnant pour synonyme H. Proslii Gay. D'après M. Jordan (Diagnoses, p. 338 ), elle diffère de l'fiT. pauciflora : elle devra donc porter définitivement le nom de H. Proslii Gay. Le P. Poitrasson m'a encore communiqué : Thalictrum sylvalicum Koch., Mitscâri bolryoides DC, Genisla pur g ans DC., Ané- mone ranunculoides , L. et A. Hepatica L., qui croissent, les trois pre- miers à Piieucros , près Mende , et les deux autres sur les bords du Lot, entre Mende et le Pont- neuf. Mende forme la limite de mon itinéraire vers l'Est : je ne pousse pas plus loin mes recherches de ce côté. Je rentre dans le département de l'Aveyron et je récolle, en passant à Saint-Laurent-d'Olt, YArabis al- pina L., sur un rocher au bord de la roule; Y Atropa BeMadona L., au- dessous du bois de la Resse ; le Cirsium anglicum DC, dans un pré. Je m'arrête à Magne , à une petite distance de Saint-Geniez-d'Olt , pour entrer dans la vallée du Lot, en suivant le cours du ruisseau de Juéry. Je suis en plein terrain de schiste micacé. Au printemps on trouve, dans les endroits ombragés, près de ce hameau, YOxalis Acetosella L. Le Vaccinium Myrtillus L. offre déjà, çà et là, ses petits fruits noirs. Le lit du ruisseau n'est qu'un ravin profond, dans lequel je rencontre d'abord : Scirpus compressas Pers., dans un endroit humide; et un peu plus loin, Saxifraga hypnoides L., sur un tas de pierres; puis Vinca minor L., au pied d'une haie , et Ribes rubrum L. ! , qui abonde le long du ruisseau. Le coteau boisé sur lequel j'ai trouvé autrefois le Viola caninah., est à gauche. J'arrive au moulin de Juéry. Le site est pitto- resque et mérite d'être exploré : la récolte sera bonne. Il faut y chercher, suivant la saison , Hieracium boréale Fr. et Scabiosa permixla Jnrd., sur un rocher qui borde la rive droite du ruisseau ; Veronica acinifolia L., au-dessus du même rocher; Menlha Lloydii Bor. et Stellaria uliginosa Murr., sur les bords du ruisseau; Cardamine sylvatica Link , et C. im- patiens L., dans le lit du même ruisseau ; Akhemilli vulgarisL., Crépis paludosa Mœnch, Neottia ovata Rich., Luzula nivea DC., Carex pâlies- ( 397 ) cens L., elc 3 dans un lieu frais et en partie humide, vis-à-vis du moulin ; Polygala depressa Wend., un peu au-dessus, toujours en face du mou- lin; Adoxa Moschatellina L. , sur la berge du ruisseau ; Dipsacus pilosus L., au pied de la muraille du moulin; Malva Alcea L. et Draba mvralis L., dans la haie qui borde la rive gauche du ruisseau , entre le pont et le moulin; Trifolium slrialum L., sur la pelouse, près du pont. Je m'avance vers les rives du Lot. Le Lotus diffusus Sol. se trouve sur mon passage à la Boissière. C'est au lieu appelé Clapeyret , que le doc- leur Bernier, il y a près de deux siècles et demi, avait observé la prime- vère qui a été nommée depuis Primula àcaulis Jacq., ou P. grandiflora Lam. Elle y croît encore, associée à deux de ses congénères, P. offici- nales Jacq., et P. elatior Jacq. Un peu plus haut, le Salix incana Schrank, étale sur le gravier ses rameaux fragiles, et le Festuca Poa Kunlh , se dresse sur un rocher, vis-à-vis de l'usine de Saint-Pierre. De l'autre côté delà rivière , on voit, au-dessus et à l'ouest de la chapelle des Buis , le coteau escarpé où croissent, dans un espace fort restreint , Papaver modeslwn Jord., Barbarea inlermedia Bor., Turritis glabrah., Silène Armeria L., Trifolium striatum L., Sedum hirsulam Ail., et au- dessous, Centranthus Calcilrapa Dufr. , sur un mur; Dendranthema Parthenium Ch. Des Moul., sur le rocher qui borde le chemin. Au tour- nant de la rivière, YEleocharis ovata R. Br. couvre la vase de son lit. Le Brachypodium sylvaticum Pal. Beauv. borde le sentier qui longe la même rivière. L'Agropyrum glaucwn Roem. et Sch. est un peu plus haut, à côté du même sentier; VA. repens Pal. Beauv. se tient sur la lisière d'une terre cultivée, près du gouffre de Gragnols. Enfin, le Potentilla rupeslris L. s'est établi sur un des rochers qui bordent le même gouffre. Je reviens sur mes pas. Si la culture des plantes potagères ne leur a pas été funeste, on trou- vera, dans le jardin du Collège, Euphorbia platyphylla L., Epilobium Lamyi Schultz , Lamium incisum AVilld., Lolium rigidum Gaud., et une véronique, commune à Saint-Geniez , mais qui manque dans une par- tie du Sud-Ouest , Veronica persica Poir. Elle est accompagnée de ses deux sœurs, V. agrestis L., et V. Friesii Chaub Je cherche en vain dans la rue du Lac une crucifère, remarquable par ses siliques courtes, aplaties et fortement bordées, que je rapporlais à VArabis hirmta Scop. La muraille sur laquelle elle avait fixé sa résidence a disparu. Une autre crucifère, Arabis alpina L. , qui descend quelque- ( 398 ) fois des hautes montagnes, s'était réfugiée dans la cour de l'hospice de Saint-Geniez , croyant sans doute pouvoir, elle aussi , trouver une place dans l'asile de la charité. Ne voulant gêner personne , elle était restée au haut d'un mur de clôture Hélas ! le mur a été abattu. En traversant le Lot, et sans m'arrêter au Cheiranthus Cheiri L. qui se cramponne au parapet du pont, je cours au Géranium pralense L,, que les eaux du Lot ont probablement amené de Mende , et qu'elles ont déposé sur la rive droite, en aval du pont, au-dessus de la berge : il y est magnifique et paraît bien acclimaté. Le Rumex scutatm L. se montre dans les trous de la muraille qui borde la même rive. L'Arabis sagittata DC. est à côté du Géranium , et le Scirpus sylvaticus L. croît au-dessus , dans un pré. Je continue mon excursion , en me dirigeant vers le Sud II faut gra- vir le coteau situé entre Saint-Geniez et le plateau calcaire de Saint- Marlin-de-Lenne. Les Lalhyrus sylvestris et Nissolia L., et VEpilo- bium collinum Gmel., se présentent d'abord au pied de ce coteau; et un peu au-dessus , je trouve en abondance le trèfle auquel Pollich a donné avec raison le nom de Trifolium aureum. La colline appelée Puech ou Pey-de-Mascal offre une position qui a déjà attiré mon attention. De ce point, la vue s'étend sur toute la vallée, dont le niveau paraît plus abaissé qu'il ne l'est réellement, à cau^e des énormes hauteurs environnantes ( ait. 436'" sur les bords du Lot). J'aper- çois à l'Est le hameau de Combatelade , sur le flanc du coteau qui porte le même nom : le Veronica persica est monté jusque là ; le Vicia Orobus DC. vient au-dessous , dans un pré, et le Barbarea paœcox R. Br., dans un champ voisin. Le lieu appelé Belair est presque sous mes pieds. On y trouve : Medi- cago germana Jord. sur le talus qui borde la route du côté de la rivière; Belula alba L. du côté opposé, au-dessus de la route; Primula varia- bilis Goup., un peu plus loin, dans un pré situé au-dessous de la route, environné de ses fidèles compagnons , P. ofjicinalis Jacq. et P. acaulis Jacq. Sainte-Eulalie, bourg éloigné de Saint-Geniez de trois kilomètres à peine, paraît à l'Ouest dans la même vallée. Parmi les plantes qui y ont été observées, je citerai : Erinus alpinus L.,~ exilé sur un rocher, dans le lit de la rivière (M. l'abbé Soulié); Melilolus alba Desr., au bord du Lot, rive droite, entre Sainte-Eulalie et le Cantal; Viola gracilescens Jord., dans un champ à l'Ouest; Arabis Turrita L., à l'intérieur du ( 399 ) bourg, sur une muraille; Isopyrum lhaliciroides L. et Primula elatior Jacq., au bord du ruisseau qui descend de Pierrefîche, au Sud; Viola multicaulis Jord. sur le coteau , du côté de Pierrefiche. Le lieu où je viens de m'arrêter occupe à peu près le milieu de la hauteur; le Viola segetalis Jord. y est commun dans un champ cultivé, et n'est pas rare dans la vallée. Le terrain schisteux disparaît et fait place au calcaire du lias. Plus de châtaigniers. Le Trifolium scabrum L. rampe au bord d'un chemin. L'endroit où le Lychnis coronaria Lam. a établi sa demeure n'est pas éloigné , et sa manière de vivre indique suffisamment qu'il ne faut pas voir en lui un étranger : il vit sur la pelouse , exposée au Sud-Est, à une altitude près de 600 mètres. L'altitude du point culminant est d'environ 740 mètres. L'horizon y est étendu. On voit au Nord, sur le versant méridional de la montagne d'Aubrac , entre Verlac et Yieurals , le lieu où j'ai récolté , il y a quelque temps : Viola peregrina Jord., terre cultivée; Trollins européens L. et Plalanthera chlorantha Gust., pacage; Ranunculus aconitifolius L. et Pedieularis paluslris L., endroit humide; Lychnis diurna Sibth., à Vieurals. Saint-Saturnin se montre à l'Est, à une distance de quelques kilomètres, à peu près au même niveau. J'indiquerai de ce côté : GenistahispanicaL., au haut de la côte , entre Marnhac et Grun ; Rannuculus parviflorus L., au bord d'un chemin près de Grun ; Specularia hybrida A. DC. et Vero- nica prœcox Ail., dans un champ cultivé, près de Saint-Saturnin; Helianlhemum vineale Pers., çà et là, au bord de la route; Viola collina Bess., dans les fissures d'un rocher qui borde la même route, à l'en- trée du village; Teesdalia nudicaulis R. Br., dans le voisinage. Mes regards se portent sur les rochers calcaires de Lestang, peu éloignés et au sud-est de Saint-Saturnin. VOphrys Scolopax Cav. est monté jusque- là; il vit près de la cave de Lestang, avec : Erinus alpinas L., Onosma echioides L., Ajuga genevensis L., Euphorbia papillosa De Pouzols. Le bois qui est en face nourrit VOrchis militaris L. Vient ensuite le hameau d'Orbis ; le Saponaria ocymoides L. habite sur ses rochers. Le plateau qui est au-dessus ne doit pas passer inaperçu; c'est sur ce plateau que M. l'abbé Luche a trouvé le Genista horrida DC. Il est temps de se remettre en marche en prenant la direction de Lenne, but de l'excursion. Le champ voisin offre le Campanula Rapnu- culus L. A l'entrée du village de Saint-Martin , le Thalictrum mon- tanum Walh. abonde dans un autre champ, où sa racine profondément ( 400 ) située échappe au soc de la charrue. L' Hulchiasia petrœa R.Br. est venu se fixer sur une muraille, à l'intérieur du même village. En passant, j'observe une nouvelle station du Viola gracilescens Jord., entre Saint- Martin et Lenne. Lenne présente un sile varié et comme choisi. Un énorme rocher se dresse majestueusement à l'Est , à une assez petite distance. La fraîcheur y est entretenue au Sud-Est par une source abondante, au Sud-Ouest par un bois épais qui couvre le coteau voisin. La végétation y est pleine de vigueur. Enfin , le paysage est complété et limité au Nord par le cours de la Serre. — Cette petite rivière offre une particularité qui mérite d'être notée : à quelques kilomètres plus loin , à Pierrefiche, elle perd une partie de ses eaux qui s'engouffrent dans une ouverture naturelle du sol , et vont se jeter dans le Lot, tandis que son lit conduit le reste dans l'Aveyron. — Le Carum Carvi L. foissonne dans les prés de Lenne, et le Sisymbrium asperum L. y est rare. Le Linaria origanifolia DC. enfonce sa racine vivace dans le mur de l'église. On peut cueillir : Anémone Hepalica L., sur le rocher; Acera anlhropophora R. Br., sur la pelouse , au haut du coteau ; Orobus vernus L., Cephalanlhera pal- lens Rich., Epipaclis viridiflora Hoffm., Teesdalia nudkaulis R. Br., dans le bois de hêtres situé au-dessous de la nouvelle chapelle ; Cylisus sessilifoliusL., autour du même bois; Telrag onolobus siliquosus Rolh. , çà et là dans les terrains gras incultes. On peut cueillir encore sur le coteau plus ou moins boisé qui s'étend depuis Lenne jusqu'à Saint-Martin : Daphne Mezereum L., Ononis ro- tundifolia L., Arabis auriculata Lam., Slachys alpina L., Laserpilium latifoliumL. (v. asperum), Thlaspi occilanicum Jord., Melampyrum nemorosumL.; et plus loin, un peu au-dessus, dans un autre bois, nommé la Gamasse : Ervum gracile DC, Orobus niger L. et vernus L., Platanlhera bifolia Rich., Epipaclis microphylla Sw. La découverte de la plupart de ces dernières plantes est due à M. l'abbé Luche et à M. l'abbé Majorel, mes anciens élèves. Un Teucrium, qui n'est pas rare sur ces hauteurs, se fait remarquer sur la pelouse sèche, près Saint -Martin. Il ressemble beaucoup au T. Polium L., mais il en diffère suffisamment : c'est, si je ne me trompe, le T. aureum Schreb. En finissant celle excursion, j'indiquerai le Crépis nicœensisBcdb., un peu plus loin , a l'Ouest, sur le coteau qui est vis-à-vis de Pierre- fiche, et le Glyceria airoides Reichb., dans un chemin fangeux, près du même village. ( 401 ) Le calcaire de l'oolilhe inférieure commence au sud de Saint-Martin , près du bois de la Gamasse. Il s'étend à l'Est jusqu'au-delà des limites du département de l'Aveyron, tandis que, au Sud, il est bientôt interrompu, et remplacé soit par le calcaire du lias , soit par le gneiss. Il reparaît à 7 kilomètres vers le Sud-Ouest, sur la hauteur du Tourriol , près de Laissac : c'est là qu'il faut s'arrêter. Le Nepela Cataria L., plante rare dans le Sud-Ouest, croît au bord d'un chemin , près de la ferme, et le Bunias Erucago L., dans un champ à l'Est. A l'Ouest de la même ferme, il y a une élévation sur laquelle on reconnaît quelques traces de roches friables. On y voit le Polycnemtim majus Al. Br. A 2 kilomètres au Sud, est le lieu où fut trouvé pour la première fois (octobre 1840) le Crocus nudiflorus Sm., sur la limite des terrains calcaire et houiller. La même plante vient en abondance un peu plus loin , dans un pré incliné , au-dessus d'Ayrignac. Le Linaria sim- plexDC, est au nord du même village. J'indiquerai sur la rive droite de l'Aveyron, qui coule au-dessous du Tourriol , sur les marnes supra-liasi- ques : Lepidium latifolium L. , Malachium aqualicum Fries ; sur l'autre rive, près du moulin de la Peyrade, Matricaria i?iodorah. ; sur la même rive, dans la rigole d'un pré , vis-à-vis d'Anglars, Teucrium Scordium L. Au-delà du bois des Bourines, vers le Nord, on aperçoit le haut de la côte de Cruéjouls. Le Gladiolus segetam Gawl. y croît dans un champ. h'Inula Helenium L., est au bas de la même côte , dans un endroit her- beux et frais. Les rochers de Gages, que l'on aperçoit à 8 kilomètres vers l'Ouest, sont intéressants, non-seulement parce qu'ils forment la séparation du calcaire oolithique inférieur et du terrain houiller, qui est lui-même contigu aux gneiss sur le coteau opposé , au Sud, mais parce que le botaniste peut y faire une excellente récolte. Je puis citer les espèces dont les noms suivent : Biscutella lœvigata L., Helianthemwn vineale Pers., H. pulverulentum DC . , Silène conica L., Saponaria ocymoides L , Cerastium obscurum Chaub., C. pellucidum Chaub., Linum salso- loides Lam., Ruta graveolens L., Amelanchier v iilgaris Mœnch., Leu- canthemum graminifoliwn Lam., Globularia vulgaris L., Kœleria setacea Pers., Stipa pennala L. Je citerai encore Trifoliimi slrialum L., dans une prairie artificielle, au-dessous de l'église; Dianlhns superbus L., dans un taillis près de Gages-le-bas (M. l'abbé A. Vayssier). Le haut de la côte de Sebazac, à l'ouest du village de ce nom, est un des points culminants (633 mètr.) du plateau de calcaire oolifhique Tome XXV. 28 ( 50-2 ) inférieur situé au nord et au nord-ouest de Rodez. On y voit, comme au Tournoi, des traces de roches friables. Le Carduus vivariensis Jord., le Silène conica L., et YAlsine verna Baril, y croissent, lorsqu'ils peuvent échapper à la dent des animaux. Au bas de la côte, la fraîcheur AeYEu- phorbia Gerardiana Jacq., du Teucrium montanum L., eiàeYOnonis striât a Gouan, les fait remarquer sur le sol aride qui les nourrit. En descendant, on ne tarde pas à apercevoir le Spirœa obovala Willd. Voici le domaine de la Garde. Les bois qui environnent ce domaine, malgré la voracité des innombrables troupeaux qu'ils entretiennent, offrent une bonne moisson. Au Sud, à 2 ou 3 kilomètres : Cornus mas L., isolé au milieu d'un pâturage boisé; Baltira Slramonium L., qui se plaît près du portail. Au Nord, lieu ombragé, Mercurialis perennis L. ; dans le pré voisin, Trifolium montanum L. ; dans le bois de Bour- rignac, qui sert de pacage à bœufs, d'abord , Ceraslium obscurum Chaub., Euphor bia papillosaY ouz., E. verracosah., Thlaspi occilanicumi ord.; puis Thalictrwn expansum Jord., Géranium sanguineumh. et Senecio ruthenensis Maz. et Tim., qu'on pourrait surnommer le compagnon du bœuf, puisqu'il n'a été trouvé jusqu'ici, aux environs de Rodez, que dans les pacages qui semblent spécialement appropriés à la nourriture de cet animal, et qui sont connus dans le pays sous le nom de devèze des bœufs. A côté du bois de Bourrignac : Spirœa obovata Will., Avena pratensis L. ; dans un champ voisin du même bois , Falcaria Rivini Host. ; dans un autre pacage à bœufs , à l'Ouest du village de Cadayrac , nouvelle station du Senecio ruthenensis et du Tlialicttrum expansum. Au-delà du chemin qui divise ce pacage : Hyssopus offtcinalis L. ; çà et là, dans les pâturages qui sont au Nord-Ouest, Arenaria controversa Boiss. Encore quelques pas, et l'on arrive brusquement près du hameau des Boutets, à l'extrémité du plateau qui est limité au Nord-Ouest par la vallée du Dourdou, dont la profondeur est remarquable : on dirait un immense précipice. Le coteau de Pruines se montre vis-à-vis, couronné par l'énorme rocher de Caymar. Ce rocher est quarlzeux , si je ne me trompe, tandis que le coteau inférieur, d'abord schisteux, appartient ensuite au grès bigarré. Je signale.rai dans cette localité : Asplenium Halleri DG., et Aira flexuosa L., sur le~ rocher ; Spergularia rubra Pers. et Teesdalia nudicaulisR. Br., au pied du même rocher; Fumaria Borœi Jord., terre cultivée près du hameau de Tabèles ; Serapias Lin- gua L., Orchis laxiflora Lam., 0. mandata L., 0. coriophora L., Myo- ( 403 ) sotis strigulosa Reichb., Linufn angustifolium Huds., dans un pré , près du domaine de Sorps; Rosa dumalis Bechst., Barbarea prœcox R. Br., Ervum telraspermum L., Trifolium filiforme L., au bord d'un chemin, près du même domaine; Teesdalia nudicaulis R. Br., Mœnchia erecta FI. W. , Ornilhopus perpusillus L. , Vicia Bobartii Forst. , Sedum hirsulum Ail., Hypochœris radicala L., Festuca Poa Kunth., au bord d'un chemin à l'entrée du village de Pruines, Trifolium marilimum Huds. et Hordeum secalinum Schreb., lisière d'un pré, au-dessous du village. Le Lamium maculalum L. présente sa gueule béante non loin des bords du Dourdou. En remontant sur le plateau, on trouve encore , au-dessus de Mou- ret , le Vicia Bobartii Forst. Au haut de la côte de la Baysse , le Narcissus Pseudo-Narcissus L. } et le Scilla bifolia L., se montrent au printemps dans le bois qui esl à gauche. Tout-à-fait sur le plateau , en allant vers le domaine de Cruounet , au Sud, le Carlina acanthifolia Ail. présente ses écailles florales, les unes intérieures, d'un jaune pâle, hygrométriques, les autres exté- rieures épineuses , à épines rameuses : il étale ses larges feuilles épi- neuses sur le calcaire inculte. On doit bien se garder de le confondre avec le C. Cynara Pourr. Celui-ci croît sur le gneiss, sur les Palanges, petites montagnes situées à l'est de Rodez. — Le Trifolium Molinerii Balb., abonde dans les prés de Cruounet et dans ceux du voisinage. Le Coronilla scorpioides Koch. a paru deux fois dans le jardin potager de la ferme , et je l'ai retrouvé en Octobre dans un champ à l'ouest du domaine. Du sommet de la colline de Cruonnet la vue plonge dans le vallon de Cruou, qui commence au précipice de Frontignan et se dirige vers l'Ouest, puis vers le Sud-Ouest. Là, croissent Peucedanum Cervaria Lap., Torilis no dosa Gsertn , Melica nebrodensis Pari., Bromus squar- rosus L., sur les rochers exposés au midi ; Tilia grandifolia Ehrh., au- dessus du précipice; Bromus giganteus h., dans un ravin, à gauche; Calepina Corvini Desv., à l'extrémité du coteau, exposé au midi. On peut recueillir successivement, et suivant la saison, en remontant le cours du ruisseau qui se jette dans le précipice : Humulus Lupulus L., Veronica Anagallis L., Salix purpurea L., Cratœgus oxycanthoides Thuill., Tilia parvifolia Ehrh., Polygonum biforme "Walh., Paris qaa- drifolia L., Polygonalum mulliflorum Ail., Pulmonaria affinis Jord., Symphyltm tuberosum L., Ranunculus auricomus L., Cephalanthera rubra Rich., un peu plus haut, dans un bois; Carex vcsicaria L., ( 404 ) C. vulpina L , Cardamine impatiens L., dans un pré; un Erophila dont les hampes atteignent jusqu'à 48 cent., à silicule longue de près de 1 cent., dans les prés voisins : ce n'est pas VE. majuscula Jord. Puis on trouve , à droite, au bord d'un chemin : Rosu systyla Bast., R. 1o- mentella Léman , et Lonicera Periclymenum L., rare sur le plateau , et remplacé par le L. elrusca Santi. Le bois de la Barthe est au-dessus. Les plantes qui l'habitent méritent d'être signalées : Anémone Pulsatilla L., Phyleuma nigrum Schm., Erylhrœa pulchella Pers. , Veronica spicala L., Planlago serpentina Vill., Gentiana cruciata L., Scilla anlumnalis L., autour du bois; Ruscus aculealush., Neollia Nidus-avis Rich., Polygonalum vulgare Desf., à l'intérieur. Le Melica Magnolii Godr est au pied d'une muraille à côlé du bois. On aperçoit de loin en loin les affleurements du minerai de fer, dont la couche intérieure a 3 m 40 e d'épaisseur. Le terrain environnant n'offre rien de remarquable sous le rapport botanique. Seulement, à l'endroit où ce minerai est exploité, j'ai observé le Barbarea intermediu Bor. et le Viola agreslis Jord., qui manquent aux environs. Le Plerolheca nemuusensis Cass. n'avait pas été trouvé jusqu'ici , que je sache, en deçà de la ligne des Cévennes. Aussi, je suis bien étonné de le rencontrer dans un champ , entre le bois dont je viens de parler et Mondalazac. Un Avenu, àglumelle inférieure glabre (A. hy brida Peterm.), que je rapporte sans hésitation à VA. fatua L., se maintient au fond du champ voisin. Le Delphinium Consolida L. et le Cuscula minor DC. viennent dans le même, champ. Presque à l'entrée du village, on voit sur une muraille les Arenaria serpyllifolia L. et leptoclados Guss. Ils végètent l'un à côté de l'autre. VAvena barbala Brot. a paru une seule fois dans une haie, au bord d'un champ, à l'entrée même du village. Erysimum orientale R. Br., Neslia paniculatu Desv., Myagrum perfo- liulum L., Buplevram rotundifolium L., ne sont pas rares dans les terres cultivées, à l'est de Mondalazac, qui forment le passage des marnes infra-oolithiques au calcaire de l'oolithe inférieure. Le Papaver dubium L. se lient sur la lisière des champs, autour du même village. Le Sonchus arvensis L. y choisit le meilleur terrain; le Calepin a Corvini Desv. s'y montre quelquefois; le Gagea arvensis Schult. y paraît aussi de loin en loin au commencement du printemps. hesArabis hirsuta Scop. , Trifolium rubens L., Cytisus supinusL., Trinia vulgaris DC, Sedum anopeialum DC, Kœlcria selacea Pers. , Avenu pubescens L., Cardan- ( 405 ) cellus mitissimus DC. habitent presque les mêmes lieux, mais ils se tiennent constamment hors des cultures. Le Cuscuta Trifnlii Bab. et Y Orohanche minor Sutl. y infestent la deuxième coupe des prairies arti- ficielles (Trifolium salivum Reichb.). L'Anthriscus sylvesiris Hoffm. , le Chœrophyttum lemulum L. , le Conium maculalum L. y préfèrent la terre non remuée. Le Lalhyrus tuberosus L. tient ses tubercules profon- dément enfoncés dans la terre. L' Hyoscyamus niger L. s'y montre de temps en temps au bord des chemins. Au nord et au nord-ouest du village, le Narcissus poelicits L. , le Colchicum" automnale L., YHeracleum Lecokii Godr. et Gr. foisonnent dans les prairies (marnes supra-liasiques). On y trouve aussi Trifolium campestre Schreb., T. Schreberi Jord. , Vicia Forsleri Jord., Viola Ri- viniana Reichb., V. Reichenbachiana Jord., Salix cinerea L. Le Géra- nium lucidum L. y vit sur les vieilles murailles, et le Senebiera Corono- pus Poir. au bord des chemins. Le bord du vallon de Cruou , qui se dirige du N.-E. au S.-O., offre une assez bonne moisson , entre Moudalazac et Salsac. Je signalerai suc- cessivement : Pulmonaria ovalis Bast. , Sanicula evropœa L. , bois au N. ; Ophrys Scolopax Cav., Lalhyrus latifoliusL., Dianthus monspessu- lanusL., derrière le château du Colombier; Lithospermum purpureo- cœruleumL. , Sor bus Aria Crantz, Rosa sphœrica Gren., Convallaria majalish., Bromus asperL., Gladiolus segetum Gawl., Trifolium mé- dium L., Sorbus torwinalis L , Coronilla Emerus L. , Fragaria collina Ehrh., F. vesca L., entre le château du Colombier et la côte de Cruou ; Ranuncuhis Amansii ( R. villosus Saint-Amans non DC. ) Jord., Orchis militaris L., Carex Halleriana Asso , Asperula odorata L., Melittis Me- lissophyllum L., Melica uniflora Retz, Digilalis lulea L., Neoltia ovata Rich., Brunella grandiflora Jacq., Ervum tetraspermum L., Ribes al- pinam L., Melilotus altissima Thuill., CarumCaruiL , Phyleuma orbi- cularis L., Rosa leucochroa Desv., Rubus arduennensis Lib. mLej., Loni- cera etruscaSâiû., Valerianella eriocarpa Desv., Sedum Telephium L., le long de la côte de Cruou ; Aslragalus glycyphyllos L.,Malva fasligiala Cav. (M. l'abbé Soulié), Epilobium roseum Schreb., entre cette côte et la fontaine de Billorgues, appelée le Théron. Le vallon de Cruou décrit une courbe, au pied de la colline qui occupe la position que je viens d'indiquer, et se laisse voir dans la plus grande partie de sa longueur. On a en face de magnifiques coteaux, coupés en terrasses soutenues par des murailles sèches, et plantés de vignes depuis ( im ) la base jusqu'au sommet, où l'on trouve Linosyris vulgaris Cass. et Aster AmellusL. Je signalerai aussi dans le fond du vallon , sur les bords ou non loin des bords du ruisseau, suivant la saison , Pastinaca opaca Bernh., Fumaria parviflora Lam., Denlaria pinnala Lam., Sedum dasy- phyllum L., Primula elatior Jacq., Equiseliim arvense L., Dipsacus pilosusL., Calamintha sylvalica Bromf. , C. ascendens Jord., Mentha candicans Crantz, Aquilegia vulgaris L. et Sedum nicœense Ail. (S. al- tissimwn Poir. ), sur les murs de soutènement. Entre le château de Billorgues et Salsac, on peut cueillir plusieurs plantes qui méritent d'être notées : Cerastium obscurum Chaub., Tor- dylium maximum L., rare ici , Medicago minima Lam. , Viola permixta Jord., Muscari racemosum DC, Slachys heraclea L., Gladiolus segetum Gawl. Salsac offre deux sites exposés au soleil et qui attirent de suite les regards; ce sont, d'abord le'Roc-Ponsard , puis les rochers de Bouche- Roland. Bouche-Roland est une grotte haute de plusieurs mètres, qui s'étend au loin vers l'Est, sous le plateau. Sur le premier site : Ononis Columnœ Al!., Helianlhemwn salicifolium Pers., Linum lenuifolium L., Bromus squarrosus L., JEgilops ovalah., Centranthus Calcitrapa Dufr., Torilis nodosa Gsertn., Rosa systyla Bast. , R. Pouzini Trait., Filago spalhulala Presl. Sur le deuxième site, près du village : Berberis vulga- ris L. (M. Guillemin) , Helianlhemum Fumana Dun., Carex Halleriana Asso , Sesleria cœrulea Àrd. Au sortir de Salsac , à l'Est et au Sud-Est , on retrouve le calcaire de l'oolithe inférieure. Les pâturages pierreux qui occupent la plus grande partie de la surface du plateau se montrent déjà. On rencontre d'abord , un peu au-delà de la bergerie placée au-dessus du village, Xeranlhemum inapertum\A J illd.", et un Podospermum qui, malgré ses tiges secondaires, doit être nommé P. laciniatum DC. ; puis, entre la bergerie et la mine de Salsac, Salvia JElhiopis L. , Slachys heraclea Ail. ; près de la mine , Trifolium païens Schreb., dans une terre inculte argileuse; Betula alba L., isolé au milieu d'un champ (marne infra-oolithique). A mesure qu'on avance vers le S.-E., le pays devient plus rocailleux , et par conséquent plus stérile. Le Juniperus comimmis L. semble être le seul végétal qui puisse y prospérer. Cependant, le Genliana ciliala L. y sort bravement à travers les pierres, à-la fin d'août. Avant d'arriver sur le mamelon appelé Nauquiès (haut repos, alla quies) , on trouve Melica nebrodcnsis Pari, et M. Magnolii Godr. , à quelques pas l'un de ( 407 ) l'autre; Planlago serpeniina Vill., et enfin Rula graveulens L. , à côté d'un tumulus et d'un dolmen , qui occupent le sommet. Adroite, à la distance d'un kilomètre environ , croissent trois orchidées : Himanlko- glossum hircinum Rich., Gymnadenia conopsea R. Brown , Ophrys Sco- lopax Cav. : les deux premières sont rares. La tour de la cathédrale de Rodez paraît dans le lointain , à la distance de 15 à 16 kilomètres vers le Sud-Est. Au Sud, on aperçoit déjà les hauteurs qui couronnent la vallée de Crenau. Avant d'entrer dans celte vallée, il faut chercher, au-dessus de Saint-Austremoine, Xeranlhemwn inapertitmWiïïd., Kœleria gracilis Pers., Trinia vulgarisDC, Oroban- che Epithymum DC, Ophrys Scolopax Cav., 0. apifera Huds., qui paraît rare. La partie de la vallée que je viens de nommer, située entre Salles-la- Source et Cougousse, otïïe une grande facilité pour étudier la disposition des couches géologiques. La première, qui sert de hase, c'est le grès infra-liasique, sensihle au-dessous de Cougousse seulement. Le calcaire de lias occupe le deuxième rang. Viennent ensuite la marne supra-lia- sique, la marne infra-oolilhique, et enfin le calcaire de l'oolilhe infé- rieure, qui est placé au hord de la vallée. La stratification de ses couches est manifeste, et elles se correspondent exactement sur les deux ver- sants. La profondeur de la vallée est d'environ 250 mètres. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir là une vallée de dénudalion , et il est facile de deviner la cause qui a opéré cet immense déchirement. Les plantes qui méritent d'être signalées dans cette vallée, en com- mençant par le fond , sont celles-ci : Ophrys aranifera Huds. , pré, à Banes; Tragopogon major Jacq., coteau au-dessus ; Epilobium Lamyi Schultz, terre , après la récolle, au fond de la côte de Moyrac , près du village de Cougousse; Melica nebrodensis Pari., sur une muraille, dans l'intérieur du village; Eqîtiselimi ramoswn Schl., sur un mur de soutè- nement, au hord de la roule; Melissa offîcinalis L. , Calamintha asce?i- dens Jord., Agropyrtim acutum R. et Sch., au pied de la côte de Cougousse, et Filago spathulala Presl., un peu au-dessus; Helminthia echioides Gsertn., sur la petite côle, enlre le pont et Saint-Austremoine ; Rosa gallica L., fossé dans une vigne, près d'une borne plaie, sur la- quelle est gravée une croix de Malle, le lieu porle le nom de Temple; Etiphorbia slricla L., cimetière de Saint-Auslremoine; Centranlhus Cal- citrapa Dufr. , à côté, sur une muraille; Lilhospermnm purpureo-cœru- leiim L., haie au-dessus de l'église ; Coronilla winima L., sur un rocher ( 408 ) éboulé, dans le bois de Sourguières; Lathyrus latifolius L. , Ophrys api fera Huds , près du même rocher; Odonlites lutea Reichb., Linum slriclum L. , Chlora perfoliala L. , clairière du bois; Vinca major L., croix du Puech , sous le rocher; Adianlhum Capillus-Veneris L., voûte d'une fontaine, près du hameau du Puech; Rumex scutalus L., trous de muraille à quelques pas de la même fontaine; Vinca minor L., au-dessus du hameau de la Treillerie; Saponaria ocymoides h. , çà et là, sur les vieilles murailles; Sedum nicœense Ail. (S. allissimum Poir.), murs de soutènement, dans les vignes; Amelanchier vulgaris Mœnch, rochers au-dessus de Fonfrège; Alsine Jacquini Koch , Linum. tenuifolium L., Buplevrum aristalum Bartl. , Helianthemum Fumana Dun., Hutchinsia petrœa Pi. Br., Ficus Carica L. , au-dessus des mêmes rochers; Ononis Columnœ Ail., escarpements au-dessus de La Pioque. J'ajouterai : Poly- gonatum vulgare Desf. , Convallaria majalis L., Asphodelus sphœro- carpus Godr. etGr., Coronilla Emerus L , qui vivent ensemble dans le bois de Biars, près de La Roque; Sorbus Aria Crantz , et Phalangium Liliago Schreb., à l'extrémité supérieure du même bois; Passerinaannua Spreng., Phalangium ramosnm Lam., Buxus sempervirens L., tertre entre l'Aubenie et Saint-Laurens, près de Salles-la-Source. Sal!es-la-Source est le lieu le plus pittoresque de la vallée de Crenau. Il est remarquable par la ceinture de rochers, coupés à pic, qui l'envi- ronnent presque entièrement, par l'énorme masse de tuf calcaire sur lequel la principale partie du bourg est bâtie , et surtout par la source abondante qui , divisée en plusieurs branches avant d'arriver au jour, sort en bouillonnant de dessous les rochers. Ses eaux , après avoir servi de force motrice à quelques usines, forment diverses cascades simul- tanées et successives, et vont se jeter dans le ruisseau qui coule au fond de la vallée. Il est impossible qu'un site si enchanté ne possède pas des végétaux recherchés. Le botaniste, pourvu qu'il arrive à propos , ne s'en retour- nera pas les mains vides. 11 récoltera d'abord sur les rochers , à l'Ouest, le long de la vieille côte : Cylisus sessilifolius L., Pyrelhrum corymbo- «wmWilld., Bromus squarrosusL., Rula graveolensL., Allium sphœ- rocephalum L., Isatis tinctoria L. Puis, dans l'endroit qu'on appelle les Bayssières, derrière l'église : Anémone Hepatica L., qui se fail remar- quer par sa précocité, par la grâce et l'éclat de ses fleurs; Dentaria pinnata Lam., Convallaria majalis L., Polygonatum vulgare Desf., Valeriana tripteris L., Arabis Turrila L., Ranunculus Amanm Jord. ( 409 ) (R. villosus St-Am. non DC), Feslnca duriuscula L., Lonicera elrusca Santi, Sorbtis Aria Crantz , Orobanche Hederœ Vauch., près de la source principale; Chrysospleninm appositifolium L., alimenté par les eaux de la source. Ensuite, sur les rochers, au-dessus de la source, le long de la petite côte : Sesleria cœruleaArâ., Saponaria ocymoides L., Rhamnus alpinaL., Helianlhemum pulveridentumDC. , Géranium sanguineum L., Acer monspessulannm L., Silybum Mariannm Gssrtn. Il faut ajouter à cette liste les deux Melica ( nebrodensis et Magnolii). On retrouve, au-dessus de Salles-la-Source, au Nord, le plateau calcaire. Le Veronica spicata L., le Linosyris vulgaris Cass., VAjuga genevensis L., viennent sur la lisière du petit bois de Cornalach . à l'Est. Le Bois-de-Frous (bois des fleurs) est à une petite distance au Nord- Est. Ce lieu était, il y a 75 ans, un communal servant de pacage à bœufs. Comment s"y trouvait alors le Senecio ruthenensis Maz. et T. ? je ne sais. A présent, très-peu abondant, il végète tristement au bord des champs qui ont succédé au pacage. Le Linnm austriacum L. semble se plaire dans les endroits pierreux et incultes, autour du petit domaine que l'on y a créé. La première station du chemin de fer, en descendant de Rodez, est à quelques kilomètres au Sud. On peut cueillir : Hyssopus offlcinalis L., dans un pacage, près du domaine des Bézinies; Silène nntans L., Buple- vrum aristalum Baril., Campanula Rapunctdus L., bord herbeux d'un champ, au-dessus de la gorge d'Argentelle; Linaria pyrenaica DC, sur les rochers de la même gorge; Mentha candicans Crantz, le long du ruisseau qui coule dans cette gorge, près du viaduc; Arenaria contro- verses Boiss. (M. Bras), pelouse, près la station du chemin de fer. M. l'abbé Soulié m'a offert un bouquet de plantes qui n'est pas à dé- daigner : Erysimum confertum Jord., Echinaria capitata Desf., Thalic- Irum expanswn Jord., Thesium humifusum DC, Ophioglossum vnlga- tum L. Toutes ces plantes croissent près de la station ou autour du hameau de Bennac. Je dois encore citer quelques autres espèces qui ne sont pas rares dans les pâturages pierreux , entre Bennac , Salles-la-Source et Monda- lozac : Ribes Uva crispa L., Sedum anopetalum DC, Micropus erectus L., Carlina acanthifolia Ail., Sambucus nigra L., JEgilops ovala L. Rodez, qui va être le terme de cet itinéraire, est à 10 kilomètres à l'E. Au lieu d'y arriver en ligne droite, il convient de faire un détour vers le S.-E., pour aller prendre les bords de l'Aveyron. ( 410 ) La prairie de Souyri a été défrichée ; on y chercherait en vain le Gen- tiana Pneumonantlie L., que j'y ai observé autrefois. Je n'ai qu'un fort petit nombre de plantes à indiquer autour d'Onet-le-Château : Anémone Pulsatilla L , Ranunculus auricomus L. , dans le bois de la Pradarie ; Xeranlhemum cylindraceum Sibth. et Sm., bord d'un chemin au S.-E. ; Arenaria controversa Boiss. , pâturage du même côté ; Vicia onobry- chioides L., champ cultivé , au-dessus du domaine de la Peyrinie. Le calcaire de lias finit près de ce domaine : il est remplacé par le grès. La hauteur sur laquelle est bâtie la maison de campagne du Grand- Séminaire de Rodez, Saint-Joseph , appartient au grès infra-liasique. Le gneiss est au sud-est de la même hauteur. La végétation change d'as- pect. Le genêt commun (Sarothamnus scoparius Koch), les bruyères ( Calluna vulgaris Salisb., Erica cinerea L.) apparaissent déjà. Le Pa- paver Argemone L., le Barbarea intermediaBor., et le Viola gracilescens Jord., se sont montrés une fois dans un champ près de la ferme du Grand-Séminaire, et le Fumaria Vaillantii Lois, a été trouvé dans un autre champ (calcaire), au Sud-Ouest. h'Epipactis paluslris Crantz, les Carex flava L. et Hornschuchiana Hopp. , viennent dans le pré qui est au-dessous du petit bois, et les C. distans L., ampullacea Good. , vesicaria L., hirta L., dans les environs. On trouve sur le tertre qui est à l'E. de Saint-Joseph, Spiranlhes aulumnalis L., Orobanche cruenta Bert. , attaché aux racines du Lotus corniculatus L., Myosotis slrigulosa Pœichb. . — Le Cynoglossum offici- nale L. et YAspidiam angulare Kit. habitent la carrière située au haut de la vieille côte de Cayssiols, au S.-O. (grès infra-liasique). Le Slella- ria uligi?iosa Murr. se tient près d'une petite source, sur la même côte. Je dois encore signaler, en avançant vers Rodez, Filago canescens Jord., au pied du coteau; Anarrhinum bellidifolium Desf. , sur les rochers voisins du moulin de Bourran (gneiss); Linaria vulgaris Mœnch , au bord de l'Aveyron ; Polygonum amphibiitm ( terrestre) L., sur la chaussée du moulin ; Turritis glabra L., au haut du coteau, der- rière la chapelle du Petit-Séminaire de Saint-Pierre; Linaria arvensis DC., du côté opposé, sur une muraille; Gentiana Pneumonantlie L et Veronica scutellata L., dans un pré , au nord du Petit-Séminaire ; Epi- lobium lelragonum L , près du pont de l'Auterne; Trifolium gracile Thuill. et T. rubelhmi Jord., sur la côte de la Chartreuse. Le Calaminllia ascendens Jord. est monté jusque sous les rochers de Tripadou , qui avoisin.ent le boulevard sud de Rodez, à une altitude de ( 411 ) près de 600 mètres. Le bois de Madame est du côté opposé : c'est là que, aux premiers jours de Mars, le Galanihus nivalis L. (M. Valadier) montre ses timides fleurs en cloche penchée. En se plaçant sur le boulevard qui est à l'E. de Rodez, on voit, au-delà de la vallée de l'Aveyron , le plateau (cale, du lias) de Sainte- Radegonde. En 1852, M. E. Mazuc découvrit sur ce plateau, dans l'étang d'Istournet ( grès infra-liasique) , une renoncule batracienne que je crois être le Batrachium confusum Godr. (sub Ranunciilo). Le B. di- varicalum Schrank , vit dans le même étang. J'ai observé, à l'extrémité du plateau au-dessus de la Guioule , une nouvelle station de Y Avenu fatua, à glumelle inférieure glabre (A. hybrida Peterm.). Les bords de l'Aveyron, qui fait le tour de la colline sur laquelle est bâti Rodez ( gneiss , ait. 627 m ), promettent aux botanistes d'excellentes récoltes. Je me contenterai de faire mention de celles que j'y ai faites près de Manhac, à 4 kiloin. N.-E. de Rodez. Je citerai donc : dans les prés qui occupent la rive gauche de la rivière , Frilillaria Meleagris L., si justement nommé le Damier, qui y paraît une des premières , Alape- curus pratensis L., Hordeum secalinum Schreb., Galium boréale L., Polygonum Bistorta L.; au bord de la rivière, près delà passerelle, Iris Pseudaroriis L., Onobrychis saliva Lam., Sisymbrium asperumL. et Viburnum Opulus L., qui y étale ses beaux corymbes ombelliformes, près de YHesperis matronalis L. qui, de son côté, y exhale ses doux parfums. Le coteau situé au-dessus du hameau de Manhac (grès bigarré) est presque stérile. Il nourrit cependant: Fesluca rigida Kunth , Trigo- nella monspeliaca L., Crticianella anguslifolia L., Trifulium arvense L. } Filago arvensis L., JEgilops triuncialis L., Podospermwn lacinialum DC, qui se lient au bord de la route , et enfin Coronilla varia L., qui croît dans le voisinage. Le Scirpus lacustris L. est rare dans nos contrées ; on le trouve néanmoins dans l'Auterne, à l'ouest de Rodez. On y trouve aussi Sium anguslifolium L. et Veronica Anagallis L. Le Cheiranthus Cheiri L. se fait remarquer au printemps sur les vieilles murailles de Rodez par sa fleur d'un jaune éclatant. Un Erysimurn. fort curieux, qui s'était réfugié dans l'enceinte du séminaire de théologie de cette ville, avait depuis longtemps fixé mon attention. Ne pouvant le rapporter ni à YE. cheiri florum Wallr., ni encore moins à YE. virga- lum Roth , je lui avais attribué provisoirement le nom de E. conferlum Jordan (Diagnoses, etc., p. 151). Cette intéressante crucifère s'étant ( M2 ) sans doute trop rapprochée des parterres que les jeunes séminaristes cultivent sur la terrasse de cet établissement, aura été traitée comme une étrangère sans valeur, et sera devenue, hélas ! victime de son indis- crétion : elle a disparu. Deux autres plantes, Géranium pyrenaicumh. et Matricaria Chamomilla L., vivent dans la même enceinte; mais elles ont eu soin de se placer loin des parterres. On aperçoit à l'ouest de Rodez, à la distance d'environ 4 kilomètres, le château de Floyrac. A côté de ce château se trouve le pacage appelé devèze des bœufs, où a été observé pour la première fois le Senecio rulhenensis Mazuc et Timbal. En traçant cet itinéraire, j'ai voulu donner une idée de l'ensemble de la végétation du sud-ouest de la France. Et, tout en constatant la dis- tribution naturelle des diverses espèces que j'ai eu occasion d'observer et qui vivent dans cette vaste région, j'ai , par le fait, mis en évidence le caractère que celte végétation prend successivement. La tâche que je m'étais imposée est remplie. J'ai visité le plus grand nombre des localités que j'ai citées, et je n'ai admis le nom d'aucune plante sans l'avoir auparavant vue et soi- gneusement examinée. Toutes celles qui m'ont paru douteuses ou criti- ques , toutes celles qui exigent de nouvelles investigations ou de nou- velles études, ont été mises de côté Toutes les fois qu'une plante m'a été communiquée, j'ai eu soin de mettre entre parenthèses le nom de celui qui me l'a fournie; mais cela ne me suffit pas, et je suis beureux de déposer ici l'expression de ma profonde reconnaissance envers tous ceux qui m'ont fait des communi- cations ou qui m'ont aidé dans mes recherches. Je termine mon travail par la description détaillée (et accompagnée d'une planche) de l'espèce nouvelle de renonculacée aquatique que j'ai signalée plus haut, et dont M. le Président de la Société Linnéenne a annoncé la découverte (par lettre du 26 juillet 1864) au Comité des Sociétés savantes établi près du ministère de l'Instruction publique (1). (1) Malgré l'usage adopté par le Comité pour les communications des Sociétés savantes, l'annonce de ladite découverte n'a pas été reproduite dans le tome VI de la Revue publiée par ce Comité; mais ma lettre officielle existe nécessairement dans les bureaux du Ministère, et t'ait foi pour la date de l'établissement de l'espèce. (Noie du Président de la Société Linnéenne de Bordeaux.) ( 413 ) I3ATRAGHIUM LUTARIUM N'ob. Malgré la rnulliplication des espèces dans le règne végétal , dont on s'est déjà beaucoup plaint , j'ose encore en proposer une , qui me semble inédite. L'existence d'une espèce est un fait : il suffît de le constater, et l'existence de celle que je propose est, je crois, bien établie. Voici sa description, en latin et en français : B. Caule fisluloso, ramoso, repente, lnlario , radicanle, fibrillis radicalibus longis oppositifoliis humo affixo ; foliis reniformibus subro- tuntlato-orbiculatis, ferè ad médium nsquè emarginatis , emarginalvrœ marginibus distanlibus vel approximalis , quandoquè ferè conliguis , 3-5 lobatis, lobis crenatis , plerumquè basi non conliguis; foliorvm pagina inferiore pilis adpressis parce obsila , vel glabra ; peliolis basi dilalalis , in vaginam membranaccam adhœrenlem auriculalam abeun- libus , subler foliis ad basin emarginalurœ inserlis; pedunculis foliis brevioribus aut vix œqualibus ; sepalis obtusis, scariosis , palenlibus ; pelalis obovato-cunealis, calice sesquidup 16 cir citer longioribus , albis , ad unguem flavis; carpellis numcrosis, transversè rugosis , laler aliter compressiusculis , obovalis, carina inferiore valdè convexa, superiore ver ô ferè recta , versus rostellum convexiuscula, rugis sinuosis fractis curvulis ; rostello mediocri obliqué adscendente , à média parte recurvo, sed, versus maturitatem carpellorum plerumquè à medio curlalo , paulô suprà exlremilalem externam diamelri longioris fruclûs inserlo; recep- taculo sphœrico seloso. @ Maio, Junio. In lutosis. La Teste (Gironde). Terrain limoneux, entre l'église et le monument Brémonlier. 2 Juillet 4847, 15 Mai 1860 (M. Motelay), 24 Juin 18(>3. Tige fistuleuse, , rameuse , rampante , vivant dans le limon , radicante, attachée au sol par de longues fibrilles radicales , opposées aux feuilles; celles-ci toutes rénif ormes , un peu arrondies orbiculaires, émarginées presque jusqu'au milieu , à bords de l'échancrure tantôt éloignés tantôt rapprochés et presque contigus, lobés à 3-5 lobes crénelés, ordinaire- ment non contigus à la base ; surface inférieure des feuilles parsemée de quelques poils apprimés , ou glabre ; pétioles dilatés à la base en une gaîne membraneuse , adhérente , auriculée , insérés en dessous des feuilles, à la base de l'échancrure; pédoncules plus courts que les feuilles, ou les égalant à peine; sépales obtus, scarieux, étalés; pétales obovales en coin, égalant deux fois et demi environ la longueur du ( 414 ) calice, blancs, à onglet jaune ; carpelles nombreux, ridés transversale- ment, latéralement un peu comprimés, obovales, à carène inférieure très-convexe, la supérieure presque droite, un peu convexe dans la partie qui avoisine le bec; rides sinueuses, brisées, un peu courbées; bec médiocre, obliquement ascendant, recourbé à partir du milieu, mais ordinairement écourté par le milieu à la maturité des carpelles, inséré un peu au-dessus de l'extrémité du grand diamètre ; réceptacle sphérique , hérissé de poils. @ Mai , Juin. Terrain limoneux. Obs. La présence des poils que l'on remarque quelquefois sur les sépales, sur les pédoncules, sur les pétioles et sur leurs oreillettes, ne m'a pas paru assez constante pour en faire mention. EXPLICATION DE LA PLANCHE Fig. 1. — Batrachium lutarium Revel. a. Extrémité d'une tige. bbbbb. Diverses feuilles prises sur cinq sujets différents, provenant de trois récoltes distinctes : 1847, 1860, 1863. e. Carpelle grossi , vu de côté. d. Carpelle grossi , vu de face. ee. Réceptacles grossis , dépouillés de presque tous les carpelles , en conservant cependant quelques-uns avortés et déformés. f. Fleur, de grandeur naturelle. g. Pétales isolés. Fig. II. — a. Feuilles du Balrachium Lenormandi , forme aquatique. b. Carpelle de la même plante, grossi. Fig. III. — Feuilles du Balrachium Lenormandi , forme lerrestre. Fis. IV. — Feuilles du Balrachium hederaceum. Actes le la Soc. licm.de Bordeaux:. T. XXV. l'I J. VaXadicr del P. Zacher-bcuiter l~c-t B ATRAC fflUM LUTARIUM (Revelj. ETAT ACTUEL LA SÉRICICULTURE et ' DESCRIPTION DU NID D'UN BOMBYX EXOTIQUE Par M. Hcury TRI 31011 LE T, Archiviste, INTRODUCTION L'année dernière, sur la demande de quelques personnes que celle élude intéresse, j'avais publié dans un journal une série d'articles de sériciculture : je les ai réunis, remaniés el je les publie aujourd'hui sous la forme d'un coup-d'œil général sur l'état actuel d'une industrie qui emprunte ta l'entomologie lous les éléments et tous les gages de sa prospérité. Dans ce travail, auquel je joindrai la description d'un nid de Bombyx extrêmement curieux, je décrirai successivement les principales espèces de vers à soie qu'on a jusqu'ici essayé d'utiliser. Cette industrie doit être en ce moment d'autant plus encouragée, que la guerre désastreuse d'Amérique menace de se prolonger. Cette guerre a interrompu les communications si nécessaires à l'Europe commerciale et l'a privée des riches produits du Nouveau-Monde. Le manque de coton s'est fait longuement et durement sentir en France et en Angleterre, et la crise colonnière, jointe aux maladies épidémiques qui ont frappé en Europe le ver producteur de la soie ( Sericaria Mori), a été pour nous un véritable fléau. Des hommes compétents se sont occupés de remplacer par un autre produit le coton qui nous manquait , en acclimatant de nouveaux vers à soie moins exposés aux maladies que le S. Mori , et qui, par la modicité du prix de leur soie , sont appelés à un grand avenir. Nous ne devons cependant pas perdre de vue que malgré ces découvertes si utiles ( 416 ) à propager, nous devons continuer avec ardeur à rechercher l'amélio- ralion du ver à soie du mûrier, dont le produit demeure supérieur à celui des nouvelles espèces. L'Europe possède trois de ces précieux insectes : les Salurnia Pyri , Spini el Carpini. L'Asie en fournit dix : le Sericaria Mori, et les Salurnia Perniji , Atlas, Selene, Banningii , Mylilta, Y a-mai-mai , Cynlhia, Arrindia et Odina-Wadier . L'Afrique en nourrit cinq : les Bombyx Diego , Panda elRadama, les Salurnia Mimosœ et Bauhiniœ. L'Amérique en a dix : le Bombyx Psidii et les Salurnia Mlhra , Cea- nolhi, Promelhens, Cecropia, Polyphemi^s, Hesperus, Tarquinus, Luna et Aurola. Total, vingt-huit espèces. Les papillons séricigènes se divisent en deux familles : 1° les Bomby- cides ; 2° les Saturnides. Les Bombycides se subdivisent en deux genres : 1° Sericaria; 2° Bombyx. Les Saturnides n'ont qu'un seul genre : Salurnia. Bordeaux, le 17 janvier 1865. Tribus des BOMBYCIDES. G-enre SERICARIA. S. MORI Lin. Historique. — La production de la soie, qui constitue l'une des plus importantes industries de la Chine, y est connue de temps immémorial. D'après le savant sinologue Julien, on la cultivait dans ce pays dès le règne d'Yao , environ 2700 ans avant J.-C. De la Chine, celle indus- trie passa au Japon vers le III e siècle, et fut importée secrètement en Europe (à Constantinople) par des moines vers l'an 600. Au IX e siècle, les Arabes l'introduisirent en Espagne. En 114-8, le roi Roger, en ins- tallant à Palerme des ouvriers grecs, l'étahlit en Italie. Le Pape Gré- goire X, français d'origine, ayant transporté le Saint-Siège à Avignon en 1268, fonda des fabriques de soie dans le comtal Venaissin. La séri- ciculture fut successivement protégée en France par Louis XI , Char- les VIII, et surtout par Henri IV. (417 ) Fortement encouragée, elle ne tarda pas à prospérer; de nombreuses magnaneries s'élevèrent de tous côtés dans le midi de la France, et firent la fortune de nos provinces méridionales. Mais, depuis près de dix ans, celle source de richesse semble avoir été frappée de mort, par suite de diverses maladies qui ont attaqué suc- cessivement les mûriers et les vers à soie, et qui maintenant sévissent avec une opiniâtreté toujours croissante contre ces derniers. Pour remé- dier à cet état de choses , de nombreux essais ont été tentés ; mais pres- que inutilement, et fort peu de succès sont venus couronner les efforts qu'on a pu faire jusqu'à ce jour. Le germe de la maladie existant déjà dans les graines produites en France, les sériciculteurs, pour se procurer de la graine saine, ve- nant des pays qui ne sont pas atteints par la contagion, sont obligés chaque année de se rendre tributaires de l'étranger. Le mûrier demande en France beaucoup de soins; tous les terrains ne lui conviennent pas, et il exige un certain degré de chaleur, sans quoi il ne donne que des rejetons rabougris et s'étiole promptement. Cet arbre doit être planté à deux mètres de distance en tous sens , et il ne peut fournir de feuilles pour l'éducation que vers la quatrième ou cinquième année. Du choix de l'espèce de mûrier dépendra la réussite des éducations. Telle espèce, en effet, qui réussit bien dans un pays, ne donnera que de mauvais résultats dans un autre ; car, venant dans de mauvaises conditions, elle ne produira que des feuilles malades, nuisibles aux vers et capables d'engendrer des maladies le plus souvent contagieuses. C'est un fait digne de remarque que dans toutes les localités où les vers ont été frappés par l'épidémie avec le plus de violence , les plantations de mûriers avaient elles-mêmes été atteintes précédemment par diverses maladies. La bonne réussite d'une éducation ne dépend donc pas seulement de la qualité de la graine et du choix de la nourriture; elle dépend aussi beaucoup d'une multitude de pratiques très-minutieuses , de soins con- tinuels et assidus, auxquels È le producteur ne peut manquer sans s'ex- poser à la perte partielle ou même totale de sa récolte. Le Sericaria Mori, dont on n'a pas encore retrouvé le type sauvage, peut être considéré comme originaire de la Chine et du Japon. Cepen- dant, dans ces pays , l'éducation de cet insecte précieux est entourée de toutes sortes de soins. C'est pour cela que dans nos contrées , où il n'est Tome XXV. 29 ( 418 ) pas même réellement acclimaté, on doit prendre des précautions beau- coup plus grandes encore. On peut consulter, pour l'éducation des vers à soie dans l'Inde et la Chine, les Bulletins de la Société zoologique d'acclimatation , t. VII, p. 189 et 373, et t. VIII , p. 204. Dans nos magnaneries (1), bâtiments construits spécialement pour les vers à soie, entièrement isolés, pour les préserver des bruits du dehors et les mettre à l'abri de toute émanation pernicieuse; il faut en- tretenir une grande propreté , une ventilation constante et une tempéra- ture régulière et soutenue ; il faut que les vers soient dispersés convena- blement sur des claies ; il faut que la nourriture soit souvent renouvelée : tous ces soins demandent un nombreux personnel. On doit disposer le bâtiment du Nord au Sud, la façade tournée au Levant, avec un grand nombre d'ouvertures. Au rez-de-chaussée est le dépôt des feuilles, au premier l'atelier, au second un grenier pour faire sécher les feuilles. C'est surtout au moment des mues que les jeunes vers doivent être entourés de toutes sortes de sollicitudes. Le moindre oubli peut être très-préjudiciable et faire manquer toute une éducation. A tous ces soins, il faut ajouter le croisement des races, qui, fait avec discernement , serait, je crois , le seul moyen d'éviter la dégénérescence de la race primitive, occasionnée par les perturbations climatériques qu'ils ont à subir dans nos contrées. Par ce moyen , nous pourrions obtenir chez nous les graines que nous sommes obligés d'aller, à tout prix , chercher à l'étranger. Cette énorme mise dehors s'élève aujourd'hui , pour la France , à environ 25 à 30 mil- lions par an. Education. — La graine (œufs) du Scricaria Mori, récoltée avec soin , doit être placée dans un lieu frais , mais néanmoins assez sec ; la tempé- rature doit être maintenue de 47 à 20 degrés centigrades en été, et ne pas descendre au-dessous de en hiver, Lorsque les feuilles de mûriers sont assez développées pour servir de nourriture aux jeunes vers , on s'occupe de l'éclosion. Dans les grandes magnaneries , on se sert , pour activer l'éclosion des œufs disposés à l'avance sur des claies , d'étuves ou de chambres chauf- fées à l'aide d'un poêle. (i) Ce nom vient de Magnas ou Magnan, terme par lequel on désigne le ver à soie dans les provinces du midi de la France. ( 419 ) En général , en Italie et dans les petits établissements du midi de la France, on a recours, pour cette opération , à des femmes qui portent les graines sur elles et leur communiquent ainsi la chaleur nécessaire. La température de l'étuve doit s'élever, dans les trois premiers jours, à 18 degrés centigrades, et augmenter graduellement chaque jour d'un degré. Il faut avoir soin de remuer journellement les graines, surtout vers le neuvième jour, époque de l'éclosion , qui peut s'accélérer ou se retarder par l'augmentation ou le maintien de la température. Vers le huitième jour, les œufs changent de couleur; c'est l'indice de leur prochaine éclosion ; il est important que les vers élevés ensemble soient de même âge, pour que les mues (changements de peau) aient lieu en même temps. Pour enlever les vers éclos, on place sur les œufs des feuilles de papier percées de petits trous et couvertes de pousses de mûrier. Par ce moyen, les jeunes chenilles, guidées par leur instinct, garnissent bientôt ces branches, que l'on dispose avec soin sur des tables à transport, et de là sur des claies en osier garnies de papier, et disposées contre les murs les unes au-dessus des autres , et distantes de 70 centimètres. A ce moment commencent les soins minutieux que réclame, leur nourriture. La chenille du Sericaria Mori subit quatre mues, et chacune d'elles, marquée par une espèce de sommeil ou d'engourdissement léthargique, concourt à la division de leur vie en quatre époques , qui ont chacune leur durée fixe. La première est de cinq jours ; La seconde de quatre; La troisième de six ; La quatrième de sept; La cinquième de dix. Les chenilles , en se développant , demandent plus d'espace et une nourriture plus abondante; mais, à l'approche des mues, l'appétit se ralentit. Pour opérer le délitement ou changement de claies , il faut attendre que tous les vers soient recueillis ; on place alors sur ces claies des lîlets que l'on couvre déjeunes rameaux de mûriers ; et, au bout de quelque temps , on enlève d'un seul coup les filets et les chenilles qui sont mon- tées à la nourriture fraîche ; puis on les place sur de nouvelles claies , et l'on procède ainsi pour toutes les mues. Le dixième jour après la quatrième mue, qui est la plus dangereuse. ( 420 ) el qui réclame dès-lors, de la part de l'éleveur, les soins les plus cons- tants, les chenilles commencent à ne plus manger; leur peau est trans- parente , les anneaux se raccourcissent et leur corps devient mou : ce sont les signes où l'on reconnaît que les chenilles veulent coconner. Il faut s'occuper de planter des rameaux secs dans les claies, contre le hord intérieur , après avoir préalablement opéré le délitement, afin que les claies soient entièrement propres. Très-peu de nourriture leur sera donnée, ce qui suffira à leurs besoins. Environ un jour et demi après, presque tous les vers sont montés, et au bout de quatre jours , ils ont complètement terminé leur cocon. Quant aux retardataires, on les place dans un endroit aéré, sur une claie pré- parée exprès , avec un lit de rameaux de l'Ansérine à balais ( Chenopo- dium scoparium L. ) , ou de toute autre plante de port et de consistance analogues, afin qu'ils puissent tisser facilement leur cocon. Dès le hui- tième jour, on pourra déramer ou décoconner, c'est-à-dire détacher les cocons des rameaux. Il faut ensuite les trier, séparer les défectueux , les percés ou viciés (1), les chiques (2) , les doubles ou douppions (3), les satinés (4). Après le décoconnage, on procède au déboarrage. Celte opération consiste à séparer la bourre de la soie du cocon , el se fait beaucoup mieux à la main qu'à l'aide des machines. Vient ensuite Yélouffage : il s'opère, dans le Midi, au moyen de la vapeur, ou bien en mettant les cocons dans un four légèrement chauffé, ou encore en les exposant à un courant d'air chaud alimenté par un poêle ou un calorifère. Vient enfin le dévidage ; mais le cadre que je me suis tracé ne me permet pas d'entrer dans les détails que demande cette opération. Gomme je l'ai dit précédemment, pendant tout le temps que dure l'éducation , il est indispensable que l'air de l'atelier soit souvent renou- velé au moyen de soupiraux, afin d'en chasser les émanations résultant soit des litières , soit des déjections de cette multitude d'animaux; on est même obligé , surtout au cinquième âge , de faire des fumigations. II faut, en un mot, employer tous les moyens possibles d'aération, sans cependant faire baisser la température d'une manière sensible. (1) Cocons ouverts ou faibles d'un bout. (2) Cocons formés d'une mince couche de soie. (5) Cocons filés par deux vers. ( la nuit. Les papillons vivent cinq à six jours, les œufs éclosent seize » jours après avoir été pondus. » D'après M. J. A. Nieto , entomologiste mexicain , cette chenille vivrait huit mois ; ce serait un très-grand inconvénient pour l'élever à l'état domestique. Voici quelques renseignements extraits d'un ouvrage imprimé à Jalapa en 1831, intitulé Estadistica del eslado libre y soberano de Vera-Cruz : « On pourrait établir à Acayucan une fabrique pour les tissus de soie j> sauvage, qui est si abondante dans ses environs, et on éviterait ainsi » que la récolte de cette précieuse filasse se perdît annuellement, et » la graine ne deviendra pas rare dans les endroits où il se trouverait » naturellement jusqu'à 500 bourses (nids) qu'emportaient annuelle- » ment les Oaxaquiens, faisant par là manquer la récolte de l'année sui- » vante, et la toile qu'on parvient à fabriquer de cette étoffe, deviendrait » probablement aussi estimée parmi nous que l'est celle du Kien-Chen » parmi les Chinois. » On lit encore dans le même ouvrage , « qu'à Jalacingo , à sept lieues » de Perote et à seize de Jalapa, on ne connaît pas le ver-à-soie pro- » prement dit, mais une autre espèce distincte , différente dans sa mé- » tamorphose, sa manière de former le cocon , et le résultat de la matière » qu'il produit. Une multitude de ces chenilles se groupent dans une » espèce de poche douce qu'elles forment sur les chênes , et il en résulte » une soie assez fine, qu'on nomme sauvage (del monte). Ce n'est pas un » fil qui se puisse dévider, c'est plutôt un duvet (mota) qui se file au » fuseau , et dont on fait des tissus très-réguliers , mais ils sont aban- » donnés sans savoir pourquoi. J'ai reçu , au mois de juin de l'année dernière,, un nid que je soup- çonne appartenir à ce même Bombyx; malgré les chaleurs de l'été, aucun cocon n'est éclos (1). Si les essais que j'espère être à même d'entreprendre réussissent, ce serait un grand avantage pour les sérici- (!) Je viens d'en ouvrir plusieurs qui contiennent des chrysalides vivantes (26 juin 1SG5). Écloront-elles cet été? Pourrons-nous l'élever sur le chêne? ( 429 ) culteurs , d'avoir à faire la récolte de nids contenant au moins cent cocons, plutôt que d'être obligé de les ramasser un à un , comme pour les autres espèces que l'on essaie d'acclimater; d'autant plus que l'on aura deux sortes de soie : celle des cocons , qui est très-belle , et celle du nid , qui est inférieure, mais qui est beaucoup plus solide. En attendant de pouvoir donner la description de ce Bombyx , s'il est nouveau, ainsi que celle d'un de ses parasites qui m'est éclos l'année dernière , je donne celle de son nid, qui n'a pas encore été décrit : Comme l'espèce précédente, ces chenilles vivent en famille, et con- courent toutes à la formation du nid , qui n'atteint guère que de 25 à 40 centimètres de long sur environ 15 centimètres de diamètre. Il est fixé aux branches par l'extrémité la plus étroite ; à la partie inférieure se trouve une ouverture, par où tombent les excréments et les chenilles mortes. A première vue, la soie qui forme l'enveloppe générale paraît gros- sière; elle a l'aspect de parchemin d'une couleur jaune clair, mais elle est d'une solidité à toute épreuve. Malheureusement, elle ne peut être dévidée : toutes les chenilles y ayant travaillé, elle doit être cardée. Au moment de la chrysalidation, les chenilles filent leurs cocons séparément, en les groupant dans ce nid les uns à côté des autres ; comme certaines espèces du genre Saturnia, elles se réservent une sortie. Je crois ce cocon susceptible de pouvoir être dévidé. La soie en est beaucoup plus belle et plus foncée que celle du nid général. B. RADAMA Coquerel. Ce ver à soie, introduit en France en 1854 par les soins du D r Ch. Coquerel, chirurgien de la marine impériale, est originaire de Madagascar. Les chenilles de ce Bombyx filent d'énormes poches d'un brun-jaunâ- tre, qui varient pour la grandeur; quelques-unes atteignent trois à quatre pieds de long et sont d'une forme plus ou moins allongée ; elles sont fixées aux branches par l'extrémité la plus étroite. Une membrane épaisse, garnie en dehors de poils soyeux, forme l'enveloppe de ce nid; la face interne est garnie d'une sorte de bourre de soie assez grossière , et les cocons sont disposés au centre en lignes régulières; ils sont ovoïdes et légèrement aplatis, par suite de la pression commune. Ces nids sont très-communs à Sainte-Marie; les chenilles, avant leur métamorphose, vivent en famille sur divers végétaux et spécialement ( 430 ) sur un grand arbre de la famille des légumineuses , Inlsia Madagasca- riensis DC, qui se trouve aussi à l'ile Bourbon. Elles travaillent de concert à la fabrication de l'enveloppe commune , dans l'intérieur de laquelle chacune file ensuite séparément son cocon particulier, comme du reste l'espèce précédente et les suivantes qui vivent en famille. Il en résulte beaucoup d'irrégularité dans la grandeur de la poche et le nombre des cocons qu'elle renferme; il y en a qui mesurent jusqu'à quatre pieds de long. Dans le pays, c'est au commencement de l'hivernage que ces che- nilles commencent à filer ; dans le courant du mois de novembre les cocons sont terminés : la sortie du papillon varie depuis décembre jus- qu'en mars. Au premier abord cette soie paraît grossière ; cependant l'industrie peut lui donner de l'éclat et en faire des tissus d'une solidité remarquable, et de belles étoffes. Dans l'ile de Madagascar, les Hovas recueillent les cocons et en tissent de belles étoffes; ils désignent la soie sous le nom de Landy , et ils ap- pellent Sikindandy les vêtements de soie; les fils sont trop courts pour qu'on puisse les dévider; on les carde avec la bourre. Cette espèce pourrait s'acclimater à Bourbon. Les chenilles sont d'un gris-jaunâtre avec la tête d'un beau brun-fauve, une ligne dorsale d'un brun-jaunâtre; les segments présentent de chaque côté de la ligne mé- diane une série de gros tubercules noirs garnis de poils raides. Quoique ces chenilles soient très- velues, les poils ne se détachent pas comme ceux de nos chenilles processionnaires, et ne produisent pas sur la peau les vives irritations qu'occasionnent l'attouchement de ces dernières. L'acclimatation de celte espèce ne pourrait offrir de grands avantages que pour nos colonies. B. DIEGO Coquerel. Ce ver à soie vient, comme le B. Radama, de l'île de Madagascar; il est très-commun à l'île de Diego Suarez. Il est très-voisin du précédent : le papillon est plus petit, sa colora- tion générale, au lieu d'être blanc-argenté, est jaune-fauve pâle; la soie qui forme le nid des chenilles est plus blanche et plus fine. B. PANDA Bdv: Cette quatrième espèce a été nommée et décrite par M. le D r Bois- duval ; elle est encore originaire de Madagascar : les habitants du pays utilisent sa soie. ( 434 ) Ces chenilles paraissent avoir les mêmes habitudes que leurs congé- nères ; elles vivent en famille et construisent également de ces poches ou nids gigantesques. B. CAJANII Vinson. Le R. P. Jouen dit qu'à Madagascar, et particulièrement àEmirina, existe un autre ver à soie indigène, qui est noir et de 8 à 11 centimètres de longueur. Les Hovas élèvent ce ver en plein air et le transportent après l'éclo- sion sur un arbrisseau nommé Ambrevale (Cylisus Cajanus), que l'on plante exprès; ils ne les visitent jamais que pour amasser les cocons. On ne peut pas les dévider : il faut les carder et les filer à la main ; ils produisent une soie très-forte et de longue durée, appelée dans le pays Landy. M. Auguste Vinson donne la figure du papillon, de la chenille et du cocon, dans le premier numéro du Bulletin de la Société d'acclimatation de l'île de la Réunion , fondée à Saint-Denis en 1862. Cette culture, d'après M. Vinson, pourrait être importée en Algérie, et même en Corse, ainsi que dans nos provinces du Midi, où la culture de l'ambrevate aurait lieu l'été. Le ver à soie de l'ambrevate a 45 millimètres de long; son corps est composé de douze segments : près de la tête, sur les deuxièmes et cin- quième segments, se présentent quatre épis ou houppes rétractiles ; les épines qui les forment sont au centre d'un beau bleu, et à l'extérieur d'un jaune-doré. Le ver rentre en partie ces redoutables défenses, ou les hérisse à volonté, suivant l'état de calme ou de colère dans lequel il se trouve. Tout le corps est d'une couleur brun-marron formé par le mé- lange d'un fond jaunâtre, strié de points bruns et" semé de piquants raides, noirs, assez longs et disséminés. Cette chenille tisse parmi les feuilles un cocon d'une forme ovalaire de 45 millimètres de long, d'un gris sale, hérissé de poils noirs très- piquants; la soie est très-fine et très-serrée. La chrysalide que renferme ce cocon est grosse , d'un brun-marron. Elle est comestible el fort recherchée des Hovas qui la mangent après l'avoir fait frire. Le papillon est de moyenne taille : la femelle d'un gris-perle; le mâle, plus petit, est d'un rouge particulier qui varie. Education. — Les œufs pondus par le papillon éclosent après vingt jours; les jeunes chenilles qui naissent ont de 7 à 8 millimètres : c'est ( 432 ) alors qu'on les transporte sur les pieds d'ambrevate. Le poil de cette chenille produit de très-fortes démangeaisons. On fait de deux à quatre éducations par an ; pendant l'hiver, il y a suspension. B. PYTIOCAMPA Fab. Le B. Pyliocampe , originaire de nos pays, vit en famille sur le pin maritime (Pinus pinaster Sol.), où il forme des nids de 20 à 25 centi- mètres de longueur sur 15 à 20 d'épaisseur. M. Sicard a extrait de la soie de ces nids (voir Bill, de la Soc. zool. d'accl, t. V, p. 42). Je ne crois pas que l'on arrive à un bon résultat; cependant, si on pouvait réussir à tirer parti de ces nids , ce serait une source de richesse pour les départements de la Gironde et des Landes , où cette chenille est en grande abondance et fait des dégâts considéra- bles; elle y est connue sous le nom de processionnaire du pin. Tribu des SATURNIDES. Genre SATURNIA. S. MIMOSA Bdv. Cette Saturnie, décrite par le D r Boisduval , vient de Port-Natal; elle est très-commune dans l'intérieur du pays : elle se nourrit de Mi- mosœ. On peut espérer que la chenille s'accommodera de quelques autres plantes, les Saturnies étant polyphages ; on pourrait alors acclimater, ce qui serait d'un avantage considérable, les cocons étant excessivement riches en soie d'une qualité excellente. S. SELENE. Bpy. M. Th. Hutton envoya en 1859, à la Société d'acclimatation de Paris , une nouvelle espèce de ver à soie, le S. selene, provenant de l'Hima- laga. M. Guérin-Méneville en confia l'éducation à M. Hardy, directeur de la Pépinière du gouvernement à Alger. Le S. selene se nourrit parfaitement sur un arbrisseau cultivé au Hamma, le Schinus terebenthifolius Radd. du Brésil; il se nourrit éga- lement de feuilles de cerisier sauvage. ( 433 ) M. E. Kaufmann a réussi en Prusse, à Berlin, une éducation com- plète de ces chenilles, en leur donnant pour nourriture du noyer et du châtaignier. S. LUNA Lin. Le Luna vient des Etats-Unis; il accomplit ses mues en sept semaines; il tisse son cocon en septembre et passe l'hiver en chrysalide : il n'a qu'une génération par an. La chenille du S. Lima vit sur le Liquidambar siyracifolia L. ; il se nourrit également de diverses espèces de noyers et de plusieurs autres végétaux. M. Milne Edwards a fait représenter les différents âges de cette Saturnie. Le cocon est d'un gris clair, la soie en est brillante et assez fine, on n'a pas pu encore trouver de procédé pour la dévider. A l'état parfait cette Saturnie est un élégant papillon de couleur verte, avec les ailes postérieures prolongées en forme de queue. Elle est excessivement com- mune dans les bois de la Louisiane, de la Géorgie et de la Caroline du Sud, et pourrait parfaitement s'acclimater en Europe. L'insecte passant la fin de l'été, l'automne et l'hiver sous forme de chrysalide permet, sans la moindre difficulté, de faire venir très -facilement les cocons d'Amérique; car, pendant huit à neuf mois consécutifs, ces envois peu- vent aisément s'effectuer. (Voir Papil. exot. de Cramer, t. I , pi. 2 et 31 . S. ODINA-WODIER. M. Perrottet, directeur du Jardin botanique à Pondichéry, a envoyé de l'Inde, à la Société impériale d'acclimatation de Paris, une nouvelle espèce de vers à soie qui vit sur l'Odina-Wodier, arbre de la famille des Térébinlhacés. D'après les expériences qui ont été faites, ces cocons offrent très- peu de ressources, et leur acclimatation serait à-peu-près infructueuse. Le papillon que produit celle chenille est remarquable ; il est de la grandeur du. S Pyri, bieu de ciel , el a les ailes prolongées en queue. S. PYRI Bork. Cette espèce est originaire d'Europe où elle est vulgairement appelée paon de nuit; elle se nourrit des pruniers sauvage et domestique; elle n'a, comme la précédente, qu'une venue par an. Tome XXV. 30 ( 434 ) On a tenté quelques essais pour dévider le cocon, mais je crois qu'on n'aboutira à aucun résultat et que sa soie n'aura jamais aucune valeur industrielle; il en est de même du S. Carpini Bork., qui vient aussi en Europe et qui se nourrit à'Erica vulgaris, Prunus spinosa, Rubus fructicosus, Salix. S. SPINI Bork. La soie du cocon du S. Spini, qui est aussi d'Europe, est employée, m'a-t-ô*n assuré, dans certaines parties de l'Allemagne. S. POLYPHEMUS Lin. Le S Polyphemus vient des Etals-Unis. Il n'a qu'une génération par an , et file son cocon fin juillet ou commencement d'août. Le papillon n'éclot qu'au mois de mai; l'insecte passe ainsi l'été, l'automne et l'hiver en chrysalide. Les chenilles éclosent huit jours après la ponte, et l'éducation dure environ quarante-cinq à cinquante jours. Les accouplements sont très-difficiles à obtenir, et pour y arriver, on est souvent obligé d'attacher les femelles en plein air et de lâcher les mâles, qui viennent alors les féconder. M. Guérin-Méneville, en coupant une aile aux mâles, a obtenu le même résultat , sans courir le risque de le perdre , et il a eu ainsi des accouplements en domesticité sans être obligé d'attacher la femelle. Ce ver à soie peut se nourrir de feuilles de saule, de chêne, de pom- mier, de hêtre, de coignassier, de tilleul. En 1858, MM. Lucas et Vallée ont réussi à Paris une éducation de cette espèce avec des feuilles du Quercus pedunculala Willd. Le cocon est bon à filer. (Yoir Papil. exoi. de Cramer, t. I, pi. 5.) S. MYLITTA Fàb. B. PAPHIA Lin. Historique. — Ce fut en 1855 que M. Perrottet , membre honoraire de la Société impériale d'acclimatation à Pondichéry, envoya le pre- mier des cocons de ce nouveau Saturnia; il provient des régions chaudes de la Chine et du Bengale. Elevé en grande culture, il se nourrit de diverses espèces d'arbres tout-à-fait étrangers à l'Europe. Ces vers sont connus au Bengale, au Bahar, dans le Deccan et dans VAssam, sous les noms de Boughi ou Gouthy, ou Gootie-Poka, de ( 435 ) Koutkourri-Mooga, de Koler-Poka , Kalissura ; ils occupent, le premier rang pour la quantité de soie contenue dans leur cocon. Éducation. — En Chine, le papillon sort de son cocon vers le com- mencement de Juin; après la fécondation, la ponte et l'éclosion des jeunes chenilles , qui s'opèrent en captivité , les Indiens les portent dans les jungles, sur des arbres disposés à cet effet et qu'ils appellent Byer. Les chenilles appelées en Indostan Toussah mettent environ un mois et demi avant de filer; il leur faut environ 20 degrés centigrades de cha- leur. Ces cocons sont fermés comme ceux du S. Mori, et se dévident parfaitement; les tissus fabriqués avec cette soie peuvent être lavés sans subir la moindre altération. (Voir l'éducation au Bengale, Bull, de la Soc. zool. d'acclimatation, t. II, page 622.) Les cocons envoyés en France par M. Perrotet, conservés à une tem- pérature de 18 à 20 degrés, sont éclos vers le milieu d'août (1). L'ac- couplement eut lieu , ainsi que la ponte : les jeunes chenilles sont nées vers le commencement de septembre : elles se sont nourries de repousses de chêne blanc; on pourrait encore leur donner du chêne vert, du chêne d'Amérique , du grenadier, de Y abricotier, du coignassier, de Y alisier, du néflier, etc. Les œufs sont d'un jaune brunâtre assez pâle , et sont entourés , sur leur plus grand diamètre , de deux bandes brunes ; l'édu- cation a duré envion de 56 à 76 jours. Les chenilles ont eu quatre mues. Au sortir de l'œuf, elles avaient environ 6 millimètres et étaient d'abord orangées, avec des soies trans- versales. A la fin du premier âge, qui dure 10 jours, elles mesuraient une longueur de 15 millimètres, et ont passé à la couleur verte. Dans le deuxième âge, les chenilles sont vertes avec des tubercules jaune orangé ; ceux des rangées dorsales ont l'extrémité noire : les stigmates sont éga- lement noirs. A la fin de cet âge, qui dure environ 8 jours, leur longueur est de 25 à 28 millimètres. Au troisième âge, les tubercules dorsaux sont or métallique, et les latéraux lilas violacé , sauf le cinquième et le sixième qui sont dorés ; cet âge dure environ 8 jours; le jeune ver atteint la longueur de -i centimètres. Les chenilles conservent la même livrée au quatrième âge; seulement elles portent au-dessus des stigmates des qua- trième, cinquième et sixième anneaux , une lâche argentée; la longueur des vers est de 75 millimètres ; cet âge dure 12 jours. La durée du cin- quième âge est de 18 jours; vers le quinzième, les chenilles atteignent (1) Voir la figure. Bul. Soc. zool. d'accl., t. II, pi. 2. ( 430 ) leur plus grand développement : elles mesurent 12 centimètres et pèsent 28 grammes ; avant de commencer à filer, elles ne courent pas beaucoup, se placent entre deux feuilles et mettent de G à 8 jours pour confectionner leur cocon; elles demeurent de 25 à 30 jours avant de se transformer en chrysalide , et elles passent l'hiver et une partie du printemps en cocon. Pour faire l'éducation en plein air de ce nouveau Saturnia, il faudrait procéder comme pour VÀrrindia , et porter les chenilles , deux ou trois jours après leur naissance, sur des haies de chêne blanc. Pour les accouplements , qui sont très-difficiles , il faut opérer diffé- remment : les femelles doivent être attachées dehors et les mâles mis en liberté. Ce moyen a été employé avec succès par M. A. Chavannes (But. de la Soc. zool. d'acclimatation, t. IV, p. 278). Ce sériciculteur ayant forcé l'éclosion de ses cocons, a constaté que la gatine s'était déclarée parmi ses chenilles. S. PERNY1 Guér.-Mén. Historique. — Cette espèce est originaire de diverses provinces des régions froides de la Chine ; elle fut envoyée de 1850 à 1851 à Lyon par le R. P. Perny, missionnaire français de Sut-Chiien (Chine). L'éducation de ce Bombyx est très-répandue dans un grand nombre de provinces du Céleste-Empire; les mues sont appelées dans le pays faïn-mien. L'éducation dure environ 40 à 45 jours; il y en a plusieurs successives; les chenilles passent l'hiver en cocon. Pour l'éducation qui se fait en plein air, on agit comme pour l'espèce précédente ; la soie est de la même qualité. (Voir But. Soc. zool. d'accl., t. V, p. 317 et T. X, p. 600). A l'état parfait, cette Saturnie est entièrement d'un jaune plus ou moins fauve ou couleur de nankin; ailes étendues, ayant chacune une tache ocellée ronde et vitrée, dont l'iris est rose strié de blanc du côté de la base de l'aile et jaune bordé de noir du côté externe , ou brun liseré de rose et de jaune Après le milieu, il y a une strie transverse presque droite, d'un brun rosé , bordée de blanc extérieurement et très-rappro- chée de l'œil, surtout aux ailes inférieures; envergure de 11 à 14 cent. Ce Saturnia est atteint de quelques maladies dont les Chinois ne con- naissent pas l'origine et pour lesquelles ils n'ont pas trouvé de remède. Education. — Depuis le premier envoi, il en est arrivé plusieurs autres en France; mais la plupart d'entre eux n'étaient pas en bon état : ( 437 ) en général, les cocons étaient étouffés. Dans un de ces envois quelques éclosions ayant eu lieu en juin (1), et l'accouplement ayant réussi, quelques chenilles sont écloses au mois de juillet suivant; elles étaient noires, hérissées de poils blancs, la tête marron-jaune, longues de 7 à 8 millimètres. Malgré tous les soins qui leur furent donnés , et par suite du mauvais état dans lequel elles étaient arrivées, une seule, sur six chenilles, atteignit le dixième jour, époque où elle changea de peau ; elle devint d'une couleur vert clair, légèrement jaunâtre, avec des anneaux jaunes ornés de poils noirs ; la tète était également noire , et les pattes blanchâ- tres et transparentes; elle mourut malheureusement le treizième jour. Celte tentative d'éducation a été faite par M. Jacquemart (Bulletin de la Société zoologique d'acclimatation, t. IX, p. 95). M. Jacquemart engage les éducateurs à élever d'abord les chenilles de ce ver à soie dans une chambre bien aérée, sur des branches de chêne plongeant dans l'eau , et de les déposer ensuite sur les chênes. Si on veut continuer à les élever sur des rameaux , il faut , dès que le temps ne sera pas trop rude, faire cette éducation en plein air, les tenir à l'ombre pendant la chaleur du jour, et les laisser exposés aux rosées et à toutes les intempéries de la saison. On doit changer les rameaux tous les jours. Ces vers demandent beaucoup de soins ; car, d'après le R. P. Bertrand, les éducations , même en Chine , sont souvent très-malheureuses. On devrait essayer les pluies artificielles. Il serait à désirer que cette nouvelle espèce pût réussir dans le nord de la France, car elle vit parfaitement sur le chêne , et pourrait donner plusieurs éducations successives. Chaque âge a une durée de huit à dix jours. Les cocons sont bons à dévider. METIS des Saturnia Cecropia S et Pernyi $ . M. Guérin-Méneville a obtenu un accouplement entre un 5 de S. Ce- cropia et une 2 S. Pernyi. Je n'ai pas pu savoir le résultat de cette union , et si les œufs avaient été fécondés. (1) Voir la figure Bull. Soc zool. d'accl , t .11, pi - ( 438 ) S. YA-MA-MAÏ Guér.-Mén. Historique. — M. Duchesne de Bellecourt, consul général de France à Yeddo (Japon), envoya le premier, en 1861, à la Société impériale d'acclimatation de Paris, quelques graines de ver à soie du S. Ya-ma-maï textuellement (Ya-ma-mayn no musi, ou chenille du cocon sauvage). Ces œufs furent confiés à M. Vallée, du Jardin-des-Plantes. Après quelques tâtonnements, et après en avoir perdu un certain nombre, on s'aperçut que ces chenilles mangeaient fort bien le chêne ; au cinquième âge, elles périrent toutes de la même maladie, sauf cinq qui survécu- rent, mais firent des cocons imparfaits, d'où il ne sortit aucun papillon. Quelques œufs avaient été remis à M. Guérin-Méneville, une chenille parvint à faire son cocon , d'où sortit un papillon. Après de grandes difficultés pour se les procurer, car l'exportation est défendue sous peine de mort, un second envoi fut fait, en 1863, par M. Pompe Van Meerderwoort, officier médical dans la marine royale néer- landaise, directeur de l'École impériale de médecine deNangasaki. Grâce à lui , la France a acquis cette remarquable espèce , dont l'Encyclopédie japonaise parle en ces termes : « Il existe, au sud du Japon, une île nommée Fatsi-Syaô , qui sert » de lieu d'exil. Il y a dans cette île des cocons sauvages qu'on nomme » Ya-ma-mayou , ou cocon de montagne, dont on fait une sorte d'é- » toffe extrêmement forte, qui ne change jamais de couleur, mais que » l'on ne peut pas teindre ; c'est la soierie connue sous le nom de Fatsi- » syaôkinou , qui fait partie des revenus du gouvernement et n'entre pas k dans le commerce. Elle est considérée comme une étoffe très-rare, dont » on fait des contrefaçons à Miyako. Aux îles de Lieou-Kieou , on fabri- » que également des soieries rayées fort belles, qui approchent beaucoup » du Falsi-syaô-Kinou , et sont de même peu connues. » Les œufs du S. Ya-ma-maï envoyés par M. Pompe-Van-Meerderwoort venaient de la province d'Elizen ou Jelizen , située à-peu-près au centre de la grande île Niphon. Il n'y a que deux provinces , dans l'empire du Japon , où ces vers sau- vages soient cultivés, savoir : Elizen et Higo ou vigo , sur l'île de Kin- Sin. Dans celte dernière province , celte culture ne date que de trois ans. D'après une traduction de M. le D r Hoffmann ( voir Bull, de la Société zoologique d'acclimatation , t. XI, p. 523 et 592), ces chenilles sont ( 439 ) nourries spécialement avec les feuilles des arbres' suivants, appartenant à la famille des chênes; ces espèces poussent le plus tôt et ont les feuil- les les plus tendres : 1° Sira-kasi ou Siro-kasi, le chêne blanc (Quercus sir o-kasiSiebo\à) ; en chinois, Mien-tschu (prononciation japonaise Men-siyo). C'est le chêne farineux ; 2° Kunu-gi ou Foloi-maki (Quercus dentnla Thumberg d'après Sieboîd) ; en chinois, /^(prononciation japonaise Beki). Son fruit se nomme douguri au Japon ; 3° Kasi-va , vulgairement Favaso ou Havaso (Quercus serrala Thum- berg) ; en chinois , Hû (prononciation japonaise , Kok) ; -i° Milou nava ; 5° Nava-no-ki, vulgairement Ko-nara (Quercus serrala Thumberg). M. Van-Meerdenvoort envoya en même temps la traduction d'une note remise par l'un des chefs sériciculteurs du prince de Higo , ou de ren- seignements verbaux fournis par le- même chef sériciculteur, dont voici un extrait : L'éclosion des œufs du S. Ya-ma mai correspond , au Japon , à la re- prise de la végétation du chêne. Tout le genre Quercus est bon; mais les feuilles les plus tendres et les plus succulentes sont les meilleures, et les espèces de cette essence étant fort nombreuses il s'ensuit que l'éclosion varie suivant les climats. On peut la retarder d'une façon jiotable en soustrayant, aussi complètement que possible, les œufs à la chaleur et au mouvement , et en ne leur laissant que la quantité d'air strictement indispensable. C'est pour cela que les Japonais les mettent dans des pots de lerre ou de porcelaine , qu'ils enfouissent dans la terre à une profon- deur suffisante pour que la gelée ne puisse pas les atteindre (le plus grand froid, dans l'île de Kin-Sin , ne dépasse pas — 8 à 9° centig. L'éducation est pratiquée ainsi dans la principauté d'Elizen : après avoir placé , dans une chambre , la quantité de cocons que l'on juge à propos (on reconnaît facilement les mâles des femelles d'après leur di- mension), on en ferme les ouvertures avec des filets; on a eu soin de placer sur le plancher une natte très-fine ou une toile, pour éviter la perte des œufs , car ce papillon, qui est très-grand et a les ailes très- fortes, ne fixe pas ses œufs comme le Bombyx du mûrier : il les pond même en volant. La connaissance de ces œufs ou Ya-ma-mayn-tan (semences des cocons sauvages) est de la plus haute importance. Les bons œufs se distinguent ( MO ) 1° par la nuance, les gris clair sonl les meilleurs ; les gris foncé sont moyens ; les blancs sont mauvais ; 2° En ouvrant les œufs trente jours après la ponte, on trouve le ver formé. Les meilleurs sonl lourds , ronds et gris clair. Pendant la durée de la vie du papillon , on ne doit, pas entrer dans la chambre; dès qu'elle est terminée , on recueille avec beaucoup de soin tous les œufs qui y sont dispersés. La récolte faite , on les met dans des vases que l'on enterre, comme nous l'avons dit précédemment; on n'a plus alors qu'à attendre le printemps. Conservés ainsi, les œufs commencent à se développer, au Japon, vers le mois d'avril. Vers le temps que les chênes poussent de jeunes feuilles et qu'on peut calculer qu'il y en aura assez pour la nourriture des vers, on exhume les œufs et on les met dans une boîte ouverte, exposée à l'air. Les jeunes vers viennent Irès-vite, quelquefois le même jour; on doit alors leur donner quelques feuilles jeunes et succulentes. Il est d'une nécessité ab- solue qu'on leur donne abondance de nourriture dès qu'ils naissent , et même qu'ils aient toujours quelques feuilles jeunes en réserve, car ils veulent choisir leur nourriture. Educalion. — L'éducation du Ya-ma-maï est faite de deux, façons différentes : 1° en liberté (nogai-dale ou culture des champs); 2° dans la chambre (oke-kai-date sur branches en baquets, doma-kai-date sur branches en terre). Quant au développement des vers à soie à l'état exactement sauvage, il ne peut en être question ici, puisque dans ce cas l'homme n'a aucune action sur lui. 1° En liberté. — Dès que les premières feuilles du chêne commen- cent à poindre, on prend des planchettes de bois extrêmement minces ; on les enduit, d'un côté, d'une légère couche d'eau et d'amidon, et sur celte colle on place les œufs; puis on transporte ces planchettes sur les chênes, sur les branches desquels on les fixe à proximité des rameaux de feuilles. Au bout de quelques jours, les chenilles sont déve- loppées, et, suivant l'arbre dans sa croissance, elles abandonnent suc- cessivement les feuilles anciennes pour les nouvelles. Une dizaine de jours après le développement, les vers cessent de prendre de la nourriture pendant trois ou quatre jours; c'est ce que l'on appelle premier repos : après cela, ils muent et recommencent à manger, ( 441 ) Ce repos se répèle encore trois fois avec des intervalles assez réguliers d'environ dix jours. Soixante jours après la naissance , les chenilles deviennent transpa- rentes et ne mangent plus; c'est alors qu'elles commencent à faire leur cocon (au Japon, au commencement de juin). Elles arrivent ainsi au moment de leur sommeil et à la fin de la végétation du chêne. Les cocons sont alors nécessairement suspendus à l'extrémité de toutes les branches, et l'arbre ressemble à un prunier chargé de ses fruits. Trente-cinq à trente-six jours après, les chenilles se transforment en papillon (environ vers le 10 juillet). Au temps de la transformation en papillons, on doit être très-attenlit à les saisir tout de suite, avant qu'ils aient le temps de s'envoler, ce qui arrive assez souvent , et pour les mettre en chambre afin de recueillir les œufs. Cette éducation serait de beaucoup préférée à l'autre par les sérici- culteurs japonais, en ce que les cocons qui en proviennent sont plus grands et plus lourds (les cocons ont aussi une couleur vert clair qui diffère de celle des cocons élevés en chambre, laquelle est jaunâtre) , si elle n'avait pas quelques inconvénients très-graves. Ainsi, les oiseaux, les souris, les rats et une grande quantité d'in- sectes font quelquefois de très-grands ravages parmi les vers en plein air; ensuite la récolte des cocons sur les chênes, qui sont tous plus ou moins grands, est très-difficile. Cependant ces inconvénients ne sont pas inévitables. A Elizen , il y a des éducateurs qui se sont créé des plantations de chêne, qu'ils tiennent très-petits et qu'ils couvrent de filets. Dans d'autres endroits , ils construisent un toit d'écorce d'arbre , afin de pouvoir mieux les garder et les protéger contre leurs ennemis. 2° Dans la chambre (1). — D'après cette méthode, il est nécessaire d'avoir dans la chambre des chênes en baquets (oke) que l'on tient cons- tamment pleins d'eau pendant toute la durée de l'éducation , et exac- tement recouverts d'une planchette, de peur que les vers que l'on placera ensuite sur l'arbre , venant à tomber, ne se noient. (Quelques personnes se sont avisées de remplacer ces plants de chênes par des rameaux qu'elles renouvelaient, de temps en temps, et cet essai a très-bien réussi.) Dès que les chenilles sont écloses, on leur présente quelques feuilles I) Bul. Soc. sool. tfaccl-, t XI, p. 526 ( 442 ) tendres de chêne, sur lesquelles elles ne tardent pas à monter-, puis on transporte les feuilles sur les chênes. Les soins à donner à l'éducation se bornent alors à recueillir les vers qui pourraient être tombés de l'arbre et les y replacer, et à entretenir l'eau fraîche dans les vases. Les vers commencent à filer au bout de cinquante jours. La confec- tion du cocon demande environ huit jours. Huit autres jours après, com- mence le travail de transformation en papillons. Quinze jours après la formation des cocons, on les dépose dans des corbeilles plates. Dix jours environ après, a lieu l'éclosion des papillons que l'on place dans des paniers destinés à l'accouplement. On met environ cent papillons mâles et femelles dans chacun de ces paniers (Theôkago). Quatre jours après, on les ouvre , les mâles s'en- volent et les femelles restent , et déposent les œufs contre les parois des paniers qu'on a refermés Dix jours après, tous les papillons sont morts. Les œufs doivent être mis dans des paniers ouverts, et placés dans des endroits frais et aérés. On laisse généralement hiverner les œufs en plein air, et en quelque sorte exposés à la neige et à la pluie. On expose les cocons que l'on désire dévider, aux effets de la vapeur, pour tuer la chrysalide. On place les cocons dans le sei-roo (armoire à vapeur), mêlés avec les feuilles fraîches. Lorsque l'eau bout, on y place l'étuve; on transporte ensuite les cocons à l'ombre et en plein air pour les faire sécher (1). La soie de ces vers sauvages est très-estimée au Japon, et encore très-peu connue en Europe. Elle est forte et ne prend pas de couleur, du moins les Japonais le croient-ils; c'est pour cette raison qu'elle est employée pour les parties blanches dans les crêpes de soie japonais, si recherchés en Europe. Le prix de la soie des vers sauvages monte au Japon de 800 à 900 dollars mexicains le picul ; ce qui équivaut à-peu-près de 4,500 à 5,000 fr. Le picul égale 133 livres anglaises ou 60 kilog. 249 grammes. Education en France. — Comme je l'ai dit précédemment, le premier envoi de graines de Ya-ma-maï n'avait pas réussi ; le second envoi , fait par M. Pompe-Van-Meerderwoort, parvint à la Société impériale zoolo- (1) Voir le dc'vulage. Bul Soc. zool. d'accl., t. XI, p. 597. ( 443 ) gique d'acclimatation vers la fin de janvier 1863, et fut confié à M. Guérin Méneville, qui, ayant ouvert quelques œufs, trouva qu'ils contenaient une chenille complètement développée et vivante. Cette découverte lui fit présumer que les éclosions étaient très-prochaines , et il força des chênes sous châssis , afin d'avoir des feuilles le plus tôt possible Ces œufs furent expédiés par ses soins , au nom de la Société , à divers expérimentateurs , vers la fin de février. Cependant, les éclosions n'étaient pas aussi prochaines qu'on avait pu le croire : les premières avaient lieu à Barcelonne, chez M. Sacc , le 7 mars; elles dernières, dans le département d'Indre-et-Loire, chez M. Rouillé-Courbe, le 10 mai. Le Saturnia ya-ma-maï est jusqu'ici le seul du genre qui passe l'hiver à l'état d'œuf. 31. le D r A. Chavannes (de Lausanne) a découvert que cet œuf contient, à l'automne, un mois, après la fécondation, la petite che- nille toute développée, demeurant tout l'hiver à l'abri dans sa coque. (Le développement de l'embryon dans les œufs de lépidoptères qui pas- sent l'hiver n'a lieu qu'au printemps. ) Aussi est-il plus nécessaire pour ces œufs que pour d'autres : 1° De les conserver en couches minces dans des vases très-grands , ou dans des vases dont l'air se renouvelle facilement; 2° De les placer dans un lieu très-sec où la gelée ne se fasse pas sentir, et dont la température soit de 6 à 10° centigrades ;- 3° De les soumettre, lorsque l'on veut les faire éclore, à une tempé- rature progressivement croissante, et d'éviter de les exposer à de brus- ques variations atmosphériques. Voici le résumé des éducations faites en France : Les éducations précoces ont été accompagnées de pertes considérables au début, et parfois de maladies mortelles dans les âges avancés ; d'après les essais faits jusqu'à ce jour, on pourrait conclure que l'époque la plus convenable pour l'éclosion est la deuxième quinzaine d'avril. En conservant les œufs à une température de 6 à 10° centigrades , on pourra retarder les éclosions jusqu'au moment où les feuilles de chêne se développeront. Cependant, il est prudent que les éducateurs préparent, en les échelonnant , des chênes forcés de manière à avoir des feuilles toujours jeunes. Dans le but de faciliter les éclosions , on place les œufs dans une at- mosphère humide, et on augmente progressivement, et en plnsieurs ( UA ) jours, la température de 6 à 10? à laquelle on les conserve, à celle de 16 à 20° La nourrilure a été présentée aux jeunes vers dans des conditions bien différentes : plusieurs ont donné des rameaux détachés du chêne et plon- gés clans l'eau , renouvelés suivant les éducateurs ; la condition essen- tielle, c'est que les feuilles soient toujours très-fraîches el l'eau jamais corrompue. Les autres, après avoir élevé les jeunes vers comme les précédenls . jusqu'au deuxième ou troisième âge, les ont placés ensuite sur des chê- nes en pleine terre. D'autres enfin, ont déposé les vers nouvellement éclos sur les arbres en plein air. Plusieurs variétés de chênes ont été employées pour la nourriture de ce Saturnia : Quercus pedunculata , Q. sessiliflora , Q. Robur, Q. Tozza, Q. llex , Q. Suber. On a également réussi à les nourrir avec le coignassier (Pyrus Cydo- nia L.) , l'alizier (Sorbus Aria L.) et le néflier (Mespilus germanica L.). Dans une éducation faite par moi avec le concours de M. J. Lambertie, cette chenille a parfaitement réussi et est devenue fort belle en se nour- rissant de glicérine de Chine ( Kennedia sinensis). Les éducations faites en chambre ont donné des résultais très-bons D'après divers essais, le Ya- ma-maï peut impunément supporter des variations de température. Les éducations faites en plain air ont aussi donné d'excellents résul- tats ; quoique de brusques changements de température aient eu lieu, la santé des vers n'en a pas souffert. Le plus grand ennemi de ce nouveau ver à soie est une trop grande chaleur. Pour la combattre , on aura soin de mouiller les feuilles des rameaux au moyen d'un arrosoir, d'après les recommandations de M. G. Méneville. La durée des divers âges, suivant les éducateurs, a varié considéra- blement ; ainsi le premier âge varie de neuf à dix-neuf jours ; la moyenne serait de treize jours. A la sortie de l'œuf, le jeune ver est couvert de poils épineux, et est d'abord d'une couleur jaunâtre livide et pâle-; les couleurs qui le carac- térisent ne se montrent qu'au bout de quelques minutes. Peu de temps après sa sortie de l'œuf, la chenille est jaune doré ; la tête, le premier segment et les pattes écailleuses couleur d'acajou, sans taches; les seg- ( 445 ) menls, du deuxième au onzième, sonl parcourus par cinq lignes longi- tudinales noires et une ligne brune située au-dessous des tubercules laté- raux et intérieurs; à l'approche de la mue , la chenille a presque doublé de volume. La durée du second âge, qui est de sept à dix-sept jours, fait une moyenne d'environ dix jours : la chenille est alors vert tendre, un peu jaune en-dessous , avec une ligne longitudinale jaunâtre de chaque côté ; ses tubercules sont tout jaunes. La moyenne serait, pour le troisième âge, de onze à douze jours; la couleur de la chenille d'un beau vert frais , avec une ligne longitudinale jaune de chaque côté. Le quatrième âge est de quatorze à vingt-deux jours ; la durée moyenne est, par conséquent, de dix-huit jours; la couleur est d'un beau vert transparent dans certains endroits; ses premiers segments mieux mar- qués , ce qui lui donne un aspect bossu ; on voit distinctement , de chaque côté des cinquième et sixième segments, une belle tache argentée située immédiatement au-dessous de chaque segment. Le cinquième âge dure , terme moyen, dix-sept jours. Dans cet inter- valle la chenille grossit considérablement, et elle atteint 85 millimètres de longueur, elle ressemble à l'âge précédent. La durée de la vie de la chenille du S. Ya-ma-maï serait, d'après ces données, de soixante-quatre à soixante-sept jours. Les éducations en chambre durent environ cinquante-cinq jours; cel- les en plein air soixante-dix-jours. Selon M. Chavannes, c'est environ dix jours après que la chenille a commencé son cocon qu'elle devient chrysalide. Ses téguments sont alors très-délicats, et il faut éviter, dans ce moment, d'exposer les cocons a des chocs , et s'abstenir de les faire voyager. Le cocon ressemble à celui du mûrier, de forme ovalaire allongée; il n'offre pas cependant l'étranglement qu'on remarque souvent sur celui-ci. Il est composé d'une belle soie d'un blanc argenté dans ses couches, et d'un vert plus ou moins vif extérieurement. Il est régulier et à surface lisse sans bourre; la soie, bien travaillée , sera aussi belle que celle des cocons ordinaires. Le poids des cocons mâles est moindre que celui des femelles; l'au- teur que je viens de citer a reconnu qu'un beau cocon femelle pesait, avec sa chrysalide, 8 grammes La partie soyeuse d'un cocon pèse, en moyenne , (>' 70 e ; il faudrait donc 1,400 cocons vides pour représenter 1 kilog. ( 446 ) L'époque des éclosions des papillons varie beaucoup; ainsi, les cocons soumis à température égale éclosent à des époques différentes , selon les circonstances qui ont précédé leur formation. L'éclosion s'ac- célère ou se retarde à volonté (dans de certaines limites), suivant le degré de température ; on peut, de cette manière , retarder l'éclosion des mâles pour les avoir en même temps que les femelles. C'est vers la fin du jour qu'éclosent ordinairement les papillons. Les cocons, placés dans une cage de canevas et déposés dans une pièce dont la température est de 20 à 30° degrés, ne tardent pas à éclore; le papillon, en sortant, s'attache au cocon. On les transporte alors dans la chambre de mariage placée sous un hangar où l'air circule librement ; on enlève de cette chambre les femelles fécondées, pour les transporter dans une cage de ponte. D'après M. Frérot , les mâles ne s'accoupleraient jamais pendant la première nuit. Les accouplements se font ordinairement de onze heures du soir à une heure du matin ; ils durent environ deux heures, et ces- sent, sans exception, avant l'aube. Un mâle peut féconder deux femel- les, peut-être plus. D'après M. Chavannes, la vie des papillons est très-courte; elle est pour les mâles, de cinq à six jours, et de huit jours et plus pour les femelles Quand les mâles et les femelles n'éclosent pas simultanément , on peut prolonger la vie des mâles en les mettant séparément dans un endroit obscur, à une température fraîche de 12° centigrades ; on peut ainsi re- tarder la ponte des femelles d'un jour ou deux. La femelle commence à pondre seulement la troisième ou quatrième nuit; la ponte s'achève à la huitième. D'après M. Baumgartner, « les femelles fécondées voltigent vivement, s déposent quelques œufs sur la toile, puis voltigent de nouveau pour ï revenir faire une nouvelle ponte, et continuent ainsi jusqu'à la fin. » Les femelles non fécondées sont à-peu-près immobiles. Les femelles pondent environ 200 œufs, qui pèsent environ i^ r 40. Selon M. Chavannes, « les œufs blancs , qui sont les derniers pondus, >> sont aussi bien fécondés que les œufs bruns. Mais tous les œufs qui » présentent une dépression plus ou moins sensible ne sont pas fécondés ; » tous ceux qui n'offrent aucune dépression sont fécondés. Cet examen » ne doit se faire qu'un mois au moins après la ponte , parce que , vers » le quinzième jour, les œufs fécondés présentent une très-légère dépres- » sion qui s'efface plus tard. » ( 447 ) Maladies. — Voici les principales maladies signalées, par le Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation , dans les éducations qui ont été tentées en France. Dans le département de Loir-et-Cher, M. de Morgan a perdu , à partir du troisième âge et du 26 Juin , une douzaine de vers , 25 % des éclo- sions. Il décrit ainsi la maladie : « Le ver prend une teinte blanchâtre, tombe dans une sorte de som- » meil , rend une matière noire et gluante par l'anus, ne mange plus, » dépérit et meurt en quelques jours. Le tube intestinal examiné avec « soin présente une obstruction de 5 à 6 millimètres. Les matières s'y » sont accumulées et endurcies. » Cette éducation a été tardive; les rameaux du chêne étaient-ils renou- velés assez souvent? Ne serait ce pas la cause de cette mortalité ? M. Auzende, à Toulon , avait commencé en Avril une éducation con- sidérable de cinq cents vers, qui se faisait sur des rameaux de chêne pédoncule , dans une orangerie. Les panneaux étaient constamment ou- verts, on les fermait le soir quand le temps était froid. Après avoir eu quelques pertes à l'époque des mues, on vit tout-à-coup une terrible épidémie se déclarer le 1 er juin et frapper les plus gros vers. «Elle se manifeste, dit M. Auzende, par des points noirs sur les » pattes et sous le ventre, qui augmentent à tel point, qu'en quatre » jours le corps devient tout noir. Pendant ces quatre jours , le ver con- » tinue à manger; mais ses excréments deviennent liquides , et la mort » vient bientôt le frapper. J'ai cru remarquer à la loupe une espèce de » charbon, et, en frottant avec un pinceau, il s'élevait une espèce de » poussière. La décoction de feuilles de Nérinm (Laurier-Rose) et la » fleur de soufre n'ont produit aucun effet, et j'ai pris le parti de mettre » à part les vers dès que la maladie apparaissait. » On est porté à attribuer cette maladie à une trop grande chaleur. Ce- pendant M. Bonnard , de Marseille , étant dans le même moment dans les mêmes conditions, a parfaitement réussi. Il est vrai de dire que M. Bonnard renouvelait ses feuilles souvent et arrosait ses vers , tandis que M. Auzende ne changeait les feuilles que lorsqu'elles étaient dures et fanées, c'est-à-dire tous les quatre jours , et n'a pas eu recours aux arrosages. Enfin cette maladie n'est autre que la pébrine , qui se déclarait en même temps sur l'éducation entreprise au jardin d'acclimatation de Paris et qui a déjà fait de si grands ravages sur les éducations des vers à soie, du mûrier. ( 44-8 ) Voici ce qu'en dit M. P. Pinçon , chargé de la direction de la magna- nerie : «Les vers, dont l'éducation avait admirablement marché jusqu'au » réveil de la troisième mue, ont eu, à partir de cette époque, les deux » anneaux à côté de la tête atteints d'hydropisie. Leur couleur, qui, à » la troisième mue, était d'un beau vert vif, est devenue peu-à-peu d'un » vert jaunâtre très-pâle ; leur peau s'est amollie et n'a pas tardé à se » marquer de tâches roussâtres, d'abord presque imperceptibles , qui, d en se multipliant et en s'élargissant, l'ont entièrement envahie et ont » détruit tous les vers. » L'éducation a été faite de deux manières : en plein air et dans la » magnanerie ; les résultats ont été les mêmes. » Voici les signes de la pébrine : Quelques points roussâtres imperceptibles se manifestent le long des stigmates ; ils s'élargissent, se multiplient et foncent de couleur. C'est là la première période de la maladie, qui durera environ deux jours; pendant ce temps, l'animal continue à manger, mais avec mol- lesse. Les taches continuent à s'étendre, passent au brun et envahissent un anneau , et successivement la totalité du ver qui se racornit. Il cesse de manger et meurt du quatrième au cinquième jour. Dès la fin de la première période , les déjections sont changées. Au lieu de crottins noirs et durs , il ne rend plus qu'une matière sans forme, presque liquide , collante, d'une couleur roussâtre presque sanguino- lente. M. Gross, de Zurich, a fait une observation intéressante sur les graves inconvénients de la fumée du tabac et le danger de fumer dans l'endroit où sont renfermés les vers du Ya-ma-maï. S. CECROPIA Lin. Feu Audouin , professeur d'entomologie au Muséum , reçut de la Nou- velle-Orléans (États-Unis) , pendant l'hiver de 1840, quelques cocons de cette espèce. Les papillons sont éclos en mai. L'accouplement eut lieu ; les femelles pondirent et les vers ne tardèrent pas à naître. On ne connaissait pas la nourriture de ces chenilles , mais on s'aperçut bientôt qu'elles pouvaient se nourrir d'un très-grand nombre de plantes , telles que : peuplier, chêne, aubépine, cerisier, abricotier, orme, groseiller, ( 449 ) prunier, etc. Cependant la nourriture qu'elles paraissent préférer serait la feuille de saule (Salix alba). Le S. ' Cecropia qui pourra facilement s'acclimater en France, est très-commun dans les bois de la Louisiane, de la Géorgie et de la Ca- roline du Sud. Il accomplit ses évolutions en sept semaines, tisse son cocon en septembre et passe l'hiver en chrysalide. Il n'a par conséquent qu'une génération par an. Le cocon est long de forme, pointu des deux bouts , et d'un dévidage facile et avantageux. (Voir Papil. exot. de Cramer, t. I, pi. 42. ) En 1759, leR.P. Pullem a publié des observations sur le S. Cecropia, dans les Philosophical transactions de la Société royale de Londres. En 1767, M. Moses Bartram , de Philadelphie en a élevé en les tenant enfermés. (Voir les métis obtenus avec le S. Pemyi, page 437. ) Cette espèce a été introduite dans la Gironde en 1842 par M. J. Lam- bertie. Son éducation a parfaitement réussi et a donné un grand nombre de cocons. S. PROMETHEUS Drury. Celte Saturnie , originaire des mêmes pays que la précédente , a été élevée par M. Vallée avec des feuilles de Diospyros virginiana L. Il a parfaitement réussi cette éducation. M. Hardy l'a également élevée à Alger. (Voir Papil. exot. de Cramer, t. I, pi. 75.) S. ATLAS Lin. D'après M. Chavannes , cette Saturnie, qui vient de .Chine , serait la même que le ver à soie du Fagara, celui qui fournit la plus belle soie avec laquelle on fabrique le Siao-Kien, la même que Jelhetica du doc- teur Helfer; son habitat s'étend depuis les Moluques jusque dans l'Inde. Son cocon est un des plus riches en soie et dépasse , par sa grosseur, tous ceux qui sont connus ; la soie est gris de lin et très-forte ; la che- nille est vert-bleuâtre, avec des poils courts et noirs. Son acclimatation serait très-importante, car son cocon peut produire une grande quantité de soie. (Voir Papil. exot. de Cramer, t. I, pi. 9.) S. AUROTA Fab. Ce ver à soie , originaire du Brésil, est très-commun aux environs de Rio. Tome XXV 31 ( 450 ) M. Ghavannes a (ait un travail en 4 844 sur celle espèce, dans le Jour- nal de la Société vaudoise d'utilité publique. Le cocon de VAurola est très-riche en soie, puisqu'il en contient 1 gr. 20 centigr. La couleur est gris de lin, presque blanc. La nourriture de la chenille est le Ricin, le Jalropa Manihol et VAnda Gomesii, Andou-su ou Anda Jassou dans le langage du pays. On pourrait donc , au moyen du ricin, acclimater parfaitement cette espèce. (Voir Papil. exot. de Cramer, t. I, pi. 8.) S. /ETHRA Bdv. Comme le précédent, il est originaire du Brésil , commun à Rallia, et à Cayenne, mais plus rare à Rio. Il n'a pas encore été élevé en Europe. La chenille est rouge-orange avec les incisions des anneaux et des tubercules d'un noir velouté. Le cocon ressemble à celui de VAurola; la soie en est plus brune. D'après M. Chavannes, elle serait très-bonne. S. HESPERUS Lm. Les cocons de celle Saturnie furent envoyés à la Société d'acclimata- tion par M. Michely, propriétaire à Cayenne, en 1860. Voici les renseignements que ce zélé sériciculteur avait joints à son envoi : La chenille se nourrit des feuilles du Casearia ramiflora Valh (Irou- cana guyanensis Aubl.), appelé aussi dans le pays café du diable. Elle change de couleur à chaque mue et devient successivement jaune , brun foncé, rose vif, bleu de ciel ; chaque segment est orné d'une bande noire veloutée, dans laquelle sont encadrés des tubercules rouges surmontés d'une touffe de soies noires et aiguës. Elle vit de quinze à vingt jours. (Voir Papil. exot. de Cramer, t. I, pi. 68.) En sortant du cocon, le papillon n'en brise point la soie; il a une ouverture ménagée par la chenille. Un jour après, a lieu l'accouplement toujours avant le lever du soleil. Tous les œufs éclosent sept jours après la ponte. M. Michely a reconnu que cette chenille se nourrit des feuilles de l'ailante et qu'elle se déve- loppe parfaitement sur cette plante. Celle découverte est d'une grande importance pour l'introduction de celte espèce en France. ( 4-51 ) Le changement de nourriture n'opère ni sur la qualité ni sur la cou- leur de la soie. La chenille devient verdàtre, teinté de bleu; les six tuber- cules de chaque segment sont d'un rouge beaucoup plus vif, et la grande bande noire passe au blanc pur. Pour les faire éclore en captivité, il faut les mettre sur de la mousse humide, à une température de 30° centig. au soleil. Malheureusement tous les cocons envoyés en France sont éclos à des époques où toute végétation est arrêtée. Ces cocons peuvent parfaitement se dévider, et l'on peut voir les moyens à employer dans le Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation, t. VII, p. 562. S. CYNTHIA Drury. Historique. — Vers l'année 1740, le R. P. d'Incarville signala dans ies travaux des missionnaires un nouveau ver à soie très-répandu en Chine. En 1773, ce ver à soie a reçu de l'entomologiste anglais Drury le nom de Bombyx Cynthia. Il fut définitivement introduit en Europe par le Et. P. Fantoni , mis- sionnaire piémontais dans la province de Han-Tung , qui, en 1856, envoya à Turin quelques cocons vivants. C'est aux soins de M. Guérin-Méneville que nous devons l'introduction de cette espèce en France, dans le cours de l'année 1858. Les Chinois cultivent, pour l'éducation en plein air de cette espèce de ver, un arbre nommé par eux Telle , que le R. P. d'Incarville avait pris pour une variété de frêne , et qui n'est autre qu'un ailante (1). On lit, à ce sujet, dans une brochure in-8°, intitulée : Extrait d'un ancien livre chinois qui enseigne la manière d'élever et de nourrir les vers à soie , pour l'avoir et meilleure et plus abondante : « Il y a d'autres mûriers sauvages qu'on nomme Tché ou Ye-Sang. Ce sont de petits arbres qui n'ont ni la feuille ni le fruit du mûrier. Leurs feuilles sont petites, âpres au toucher, de figure ronde, et se ter- minent en pointe. Elles ont dans le contour des portions de cercle ren- trant. Le fruit du Tché ressemble au poivre; il en sort un au pied de (1) Extrait du journal du R. P d'Incarville. Voir Bulletin de la Soc, zool. d'accl., t. !<■■■, p. 109. (452 ) chaque feuille. Les brandies épineuses et épaisses, viennent naturelle- ment en forme de buisson. Ces arbres veulent être sur des coteaux et y former une espèce de forêt. » Il y a des vers à soie qui ne sont pas plutôt éclos dans la maison , qu'on les porte sur ces arbres , où ils se nourrissent et font leurs coques. Ces vers campagnards, moins délicats, deviennent plus gros et plus longs que les vers domestiques, et, quoique leur travail n'égale pas celui de ces derniers, il a pourtant son prix et son utilité, comme on peut en juger par ce que j'ai dit de l'étoffe nommée Kient-cheou. C'est de la soie produite par ces vers qu'on fait les cordes des instruments de mu- sique, parce qu'elle est forte et résonnante. » Au reste, il ne faut pas croire que ces arbres Tché ou mûriers sauvages ne demandent aucun soin. Il faut ménager, dans ces petites forêts, quantité de sentiers en forme d'allées, afin de pouvoir arracher les mauvaises herbes qui croissent sous les arbres. Ces herbes sont nui- sibles en ce qu'elles cachent des insectes et surtout des serpents qui sont friands de ces gros vers. Ces sentiers sont encore nécessaires afin que les gardes parcourent sans cesse le bois, ayant le jour une perche à la main ou un fusil pour écarter les oiseaux ennemis de ces vers , la nuit un large bassin de cuivre pour éloigner les oiseaux nocturnes. On doit prendre cette précaution chaque jour, jusqu'au temps où l'on re- cueille les coques travaillées par les vers. » D'après ce passage , on peut voir que le S. Cynlhia est beaucoup plus rustique que le S. Mori, car, dès leur naissance, on peut les mettre en liberté sur les arbres. De là trois avantages : 1° Inutilité de bâtiments propres à l'éducation; 2° Diminution de main-d'œuvre, le personnel se trouvant considéra- blement réduit, puisqu'il ne faut plus ramasser la nourriture, soigner les vers et tenir les bâtiments en état ; 3° Les maladies sont presque nulles , car les animaux en liberté sont moins sujets à en être atteints. Quelques personnes qui entendent parler de ces éducations en plein air, opposent à leur réussite les dégâts que peuvent occasionner les oiseaux Devant les expériences faites jusqu'à ce jour, ces craintes disparaissent complètement. En effet, dans une grande éducation, si les oiseaux ou les fourmis enlèvent un certain nombre de vers, si les ichneumons ou ( 453 ) les mouches en font périr après la formation du cocon , cela importe fort peu, car la perte est insignifiante; il en reste toujours en assez grand nombre pour donner une abondante récolte. Il arrive, dans ce cas, ce qu'on observe dans nos champs, nos vi- gnobles, etc., sur lesquels une grande quantité d'oiseaux s'abattent, qui sont également attaqués par des myriades d'insectes , et qui néanmoins donnent de très-bons résultats. Il ne faudrait pas que les personnes qui voudraient se rendre compte de ce genre de culture fissent un essai sur quelques centaines de vers seulement , dans un jardin, surtout près d'une ville; car, dans ce cas , les pertes occasionnées par les oiseaux et les insectes pourraient être tellement considérables que l'on conclurait volontiers à l'impossibilité de ce mode d'élevage. Du reste, on arriverait aux mêmes conclusions si l'on faisait de sem- blables essais pour les céréales. Ces observations à ce sujet sont confirmées par celles d'un éducateur autrichien, M. de Rilter, qui écrivait, le 18 Février 1862, à M. Guérin- Méneville : « Sur les graines élevées en liberté, je ne perdis environ que 20 p. %; mais, sur un arbre isolé, celte perte se réduisit à 2 p. % , malgré la masse d'oiseaux qui s'y tenaient , et malgré un ouragan accompagné de grêle et les pluies froides du mois de Juillet, suivies d'une chaleur tro- picale. » Je termine cet article par trois citations concernant la qualité de la soie. Le P. d'Incarville disait, en parlant de la soie produite par les vers du vernis du Japon : « La soie qu'ils dorment est d'un gris de lin , dure le double de l'autre au moins, et ne se tache pas si aisément Les étoffes qu'on en fait se lavent comme le linge » Si l'on se met en France à élever des vers sauvages , l'industrie Française trouvera bientôt tout ce qui est propre à faire tirer un excel- lent parti de leur travail. » Le 22 avril 1860, M. le D r Sacc écrivait à M. Guérin-Méneville : « Mon entière conviction est que tout ce qui existe en ce moment ne peut servir de base à vos calculs, parce que la soie de l'ailanle devant remplacer avec avantage la soie du mûrier (bourre), la laine, et même, dans certains cas, le coton , nul ne peut dire quelle en sera la consom- ( 454 ) mation, qui sera, soyez-en sûr, immense, incroyable. Avec votre soie , nous ferons non plus seulement du foulard et du damas , mais du velours et des draps fins ; peut-être aussi des tissus légers et bons pour l'impres- sion, analogues aux mousselines de laine et aux cachemires d'Ecosse. » M. Guérin-Méneville écrivait , en 1862 , dans son rapport à S. Exe. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics : « Si des difficultés et des obstacles imprévus ne surgissent pas , si les tentatives qui se préparent réussissent, comme presque toutes celles qui ont été faites jusqu'à présent, les populations des pays tempérés et froids pourront produire une nouvelle matière textile, susceptible de don- ner aux classes moyennes et pauvres des vêtements à presque aussi bas prix , mais beaucoup plus durables et plus chauds que ceux qu'ils ob- tiennent avec le coton acheté à l'étranger. Comme je l'ai dit ailleurs, on pourra peut-être arriver ainsi à rendre moins nécessaire celte dernière matière textile, qui ne peut être avantageusement produite par l'agricul- ture européenne, et pour laquelle toutes les nations sont plus ou moins tributaires d'un pays de liberté où elle n'est obtenue, le plus souvent, qu'au moyen de l'esclavage. » Un fait capital s'est produit récemment, et va tripler ou quadrupler la valeur de la matière textile donnée par le ver à soie de l'ailante : on vient de trouver le moyen de dévider les cocons ouverts de ce ver à soie, et tous les autres cocons du même genre, en soie grège ou continue. » Le ver à soie de l'ailante , S. Cynthia, ne donne par an qu'une seule récolte dans le nord de la France, et deux dans le midi ; cependant on peut quelquefois en obtenir trois ; la première se fait de mai en juin , et la seconde d'août en septembre. La graine de ce ver à soie ne se conserve pas comme celle du S. Mori; c'est une partie des cocons de la première génération et tous les cocons de la seconde qui passent l'hiver pour donner leurs papillons au prin- temps; ces cocons doivent être conservés dans une chambre bien sèche et sans feu. Education. — Vers le milieu de mai commencent les éclosions; on prend indistinctement les mâles et les femelles, que l'on renferme dans de grandes cages en toile métallique, ou simplement dans des caisses percées de trous, en ayant soin que les papiJlons aient assez d'air; les accouplements ont lieu pendant la nuit; le lendemain , on prendra avec soin tous les couples sans les désunir, on les placera dans une boîte de ponte recouverte d'une gaze grossière ; on enlèvera avec soin les mâles ( 4-55 ) qui ont abandonné les femelles, et on les remettra- dans la première cage. Les femelles se mettent bientôt à pondre; on recueillera avec soin les œufs qu'elles auront donnés dans la nuit : ils se détachent facilement avec l'ongle. Ces œufs doivent être conservés dans une chambre où l'on maintiendra la température à 20° ou 25° centigrades ; l'on y fera cons- tamment évaporer de l'eau pour avoir le degré d'humidité convenable. Les œufs commencent à éclore vers le dixième ou douzième jour. On place aussitôt sur les boites de jeunes branches d'ailante ; les petites che- nilles y montent immédiatement et se rangent en dessous pour commen- cer à ronger le bout des feuilles; on placera alors ces tiges dans des bouteilles pleines d'eau, bouchées avec soin. Pour renouveler la nour- riture, on placera à côté des premières de nouvelles bouteilles garnies de feuilles fraîches; les vers passeront d'eux-mêmes de l'une à l'autre. Au bout de deux ou trois jours , on pourra lâcher les jeunes vers sur des haies d'ailante : pour cette opération, il suffira de porter dans la plantation les rameaux couverts de vers; il faudra s'arranger de manière que le vent ne puisse les enlever, et ou les espacera convenablement, pour que les chenilles trouvent assez de nourriture A partir de ce mo- ment, il n'y a presque plus rien à faire, si ce n'est de relever les quel- ques chenilles tombées à terre , de chasser les oiseaux , et de rechercher les nids de guêpes. Lorsque les chenilles ont fait leur quatre mues, elles filent leurs cocons dans les feuilles même des allantes; au bout de huit à dix jours, ils sont parfaitement terminés , et on peut faire la récolte (1). Si l'on doit faire une seconde éducation, un mois environ après, les cocons donnent des papillons qui pondent comme ceux du printemps. Cette récolle se fait comme la précédente; elle doit être terminée dans les premiers jours d'octobre. Allante. — Cet arbre avait été regardé, jusqu'à l'introduction du S. Cynthia, comme de pur agrément ; l'espèce cultivée pour le ver à soie de l'ailante est YAylanlhus glandulusa ou faux vernis du Japon (2). La culture de cet arbre est des plus faciles et réussit dans toutes les espèces de terrain ; on peut le faire multiplier par graines, drageons,, boutures, et même par la plantation de fragments de racines. (lj Voir, pour le dévidage, BulldelaSoc. zool. d'acclimat. , l 1,2 e partie, p. 467. (2) Voir historique de l'ailante glanduleux : Bull, de la Suc zool d'acclimatation, i IX, p. 877. ( 456 ) Les graines doivent être récollées au mois d'août; on doit les rentrer sèches, afin d'éviter toute fermentation; on peut les semer du mois de lévrier au mois de mai , en rayons et en plates-bandes; ces graines, du reste, n'ont besoin d'être recouvertes que de deux centimètres de terre. Kiles lèvent trois semaines environ après; les sujets de ces semis peu- vent être replantés en novembre ou en février de l'année suivante , en haies distancées de deux mètres. Le meilleur procédé pour la plantation de ces haies d'ailante est d'opé- rer au moyen de la charrue-Dombasle. On fait des sillons à un mètre de dislance , dont deux forment une haie , et on laisse un passage de deux mètres. Au furet à mesure du labourage, une femme ou un enfant dépose dans ces sillons des plants de vernis à 50 centimètres l'un de l'autre; la charrue, en revenant, forme un second sillon qui recouvre les plants placés dans le premier ; on redresse ensuite les ailanles qui auraient été dérangés par le pied des animaux, et on peut ainsi, en deux jours, pour la somme de 20 fr. au plus, planter un hectare. Plus tard , les vers trouveront leur nourriture sur ces haies , et pour- ront s'y répandre et faire leurs cocons. Le faux vernis du Japon peut se recéper tous les deux ans ; il donnera de cette manière des feuilles plus tendres. En Crimée, en Italie et dans plusieurs départements, on s'est servi de l'ailante pour reboiser; ne pourrait-on pas s'en servir dans les landes el pour le boisement des dunes? De toutes les essences bonnes à être cultivées et taillées, c'est l'ailante qui foisonne le plus promptement; nous n'avons aucun arbre dont la croissance soit plus rapide et la mul- tiplication aussi facile, et qui se contente au besoin de terrains plus médiocres. L'ailante, dit le savant agronome M. Fabre, de Lot-et-Garonne, est employé avec succès comme bois de charronnage. M. Dupuis, ancien professeur de botanique et de sylviculture à Gri- gnon, dit : « Le bois de l'ailante brûle avec facilité, même sans être très-sec; il donne une flamme vive el un feu ardent; il fournil un bon chauffage; les fagots vaudraient au moins autant et peul-êlre mieux que ceux du chêne pour le chauffage des fours; son charbon est excellent et com- parable à celui de l'orme et du mûrier. » M. Ilétet, professeur à l'Ecole de Médecine navale de Toulon , a cons- ( 457 ) talé que l'écorce et les feuilles de cet arbre contiennent une oléo-résine qui est un éméto-cathartique d'une action spéciale sur le Tœnia ou ver solitaire. (Voir ses expériences : Bul. de la Soc. zool. d'accl., t. VI, p. 426.) On a fait des essais pour remplacer VAylanthus glandulosa pour la nourriture des chenilles ; on a donné avec succès du châtaignier, de la pimprenelle , du fusain, du saule et du prunier. L'impulsion donnée par M. F.-E. Guérin-Méneville à l'ailanticulture n'.a fait que se propager, et ses résultats avantageux n'ont fait qu'aug- menter tous les jours les plantations de cet arbre pour l'élevage du B. Cynthia. Il serait trop long de donner ici la liste de tous les agriculteurs qui ont fait avec plus ou moins de succès des plantations et des éducations. Je vais seulement donner des citations prises : 1° Dans le rapporta S. Exe. le Ministre de l'agriculture, du com- merce et des travaux publics, sur les progrès de la culture de Failante et de l'éducation du ver à soie, par M. F.-E. Guérin-Méneville; 2° Dans ses comptes-rendus à la Société impériale zoologique d'accli- matation. M. le comte de Lamothe-Baracé a fait, cette année, une très-belle récolte dans sa plantation d'ailantes du Coudray-Montpensier. M. le maréchal Vaillant continue d'accorder sa haute protection à nos efforts pour développer la culture de l'ailante et de son ver à soie, et il ne cesse de contribuer à cette œuvre d'utilité publique en consacrant les rares moments de loisir que lui laissent ses hautes fonctions, à des expériences sur le ver à soie de l'ailante. MM. les Ingénieurs et Administrateurs de plusieurs de nos grandes lignes ferrées ont voulu aussi concourir au développement de la culture de l'ailante, et l'on voit aujourd'hui, sur les réseaux de l'Est, de Paris à la Méditerranée , et du Midi, des essais de semis et plantations faits sur les talus, qui donnent d'excellents exemples aux populations voisines. M. Leclerc (de Trye-Chàteau) et M. Vagnon (de Saint-Marcelin) ont continué d'obtenir d'excellents résultats. M me la comtesse de Barbatan , née de Navailles (au château de Mas- lacq , près d'Orthez [Basses-Pyrénées]), a parfaitement réussi une édu- cation en plein air. p M me la baronne de Carillon (au château de la Barben, près Pélissane [Bouches-du-Rhône]) a très-bien réussi une éducation. ( 458 } M. Léon Maurice , délégué de la Société impériale d'acclimalalion à Douai, dans une éducalion expérimentale suivie attentivement, a re- connu que cette espèce se nourrit également bien des feuilles de sumac ( Rhus glabra L. et elegans Ait. ). M. L. de Milly (au château de Canenx , par Roquefort [Landes] ) a exposé le ver à soie de l'ailante, élevé en plein air, au concours agricole de Dax, et il a obtenu une médaille d'argent comme encouragement pour celte utile tentative. M.Jean Roy, officier d'administration en retraite , à Châlons-sur- Marne , a obtenu un succès semblable pour « l'introduction en Cham- pagne de la culture du B Cynlhia Efforts et dévouement de l'exposant pour doter le pays d'une nouvelle branche de production. » M. de Raillet, maire de Saint-Germain-el-Mons (Dordogne). M. G.-O. de Laleu , propriétaire à Nantes. M. le comte de Rondy, ancien préfet et ancien pair de France , pro- priétaire dans le Rerry. M. F. Blain , membre de la Société Linnéenne de Maine-et-Loire , à Angers. M. Hipp. Morellet, propriétaire à Bourg (Ain). M. le docteur Teilleux, directeur-médecin de l'Asile des Aliénés d'Auch (Gers). M. Personnat, secrétaire de la Société des sciences naturelles de l'Ardèche. M. Choffin , propriétaire du magnifique domaine du Tremblay, près de Joinville-Ie-Pont. Un grand nombre de sociétés savantes ont accordé des médailles et des récompenses pour la culture de l'ailante et de son ver à soie. Plusieurs Conseils généraux ont également accordé des allocations , comme encouragements, à ces plantations ; plusieurs préfets les ont aussi encouragées par leur protection. Voici trois lettres écrites à ce sujet à M. F.-E. Guérin-Méneville. La première par M. T. Migneret , préfet du Bas-Rhin : « Je viens de lire, avec le plus vif intérêt , votre rapport à l'Empereur sur les travaux entrepris par ses ordres pour introduire le ver à soie de l'ailante en France et en Algérie. » Les développements dans lesquels vous êtes entré, les conséquences que vous tirez des résultats obtenus jusqu'à ce jour de vos persistants efforts, don- nent parfaitement à comprendre les grands avantages que procurerait au pays la nouvelle industrie agricole et manufacturière due à votre initiative. ( 459 ) » Le département du Bas-Rhin , dont l'administration m'est confiée, offre sur divers points dos terrains qui semblent très-propres à la culture du vernis du Japon, et j'ai la conviction que les agriculteurs s'empresseront , sur mon iippel, de les utiliser dans ce but; mais il faut, avant tout, que quelques essais préalables les aient convaincus des résultats précieux qu'ils en retireront. » J'ai donc l'honneur de vous prier, Monsieur, de vouloir bien me seconder dans ces intentions, en me faisant l'envoi, soit, à prix d'argent, soit gratuite- ment : » 1° Des instructions que vous devez avoir publiées pour la culture du vernis du Japon ; 2° D'un certain nombre de plants de ces arbustes , dont vous annoncez avoir formé une pépinière. » Quanta la graine du ver à soie, je vous en ferai la demande lorsque les plantations à créer permettront de les nourrir. » La seconde par M. F. Blain , membre de la Société Linnéenne de Maine-et-Loire : « Je suis heureux de vous apprendre aujourd'hui que M. Bourlon de Rouvre, préfet de Maine-et-Loire, a bien voulu prendre l'initiative et présenter en mon nom ma brochure au Conseil général de ce département, qui a inscrit dans ses procès-verbaux un article ainsi conçu : « Le même membre de la quatrième commission signale à l'attention du » Conseil un travail de M. Blain , sur l'acclimatation , en France , du ver à soie » de l'ailanie, et sur des essais pour son éducation en Anjou. » » Le Conseil a écouté cette communication avec un vif intérêt. » La troisième de M. Rouillé-Courbe, président de la section séricicole de la Société d'Agriculture du département d'Indre-et-Loire : » Je m'empresse de vous annoncer que le Conseil général a alloué, sur ma demande, une somme de 500 francs pour encouragement aux plantations de mûriers et d'ailantes dans le département d'Indre-et-Loire, ainsi qu'aux autres conditions de la sériciculture en général. » L'Ailanticulture fut introduite dans le département de la Gironde en 1859, par les soins de MM. le comte de Kercado et Trimoulet fils. Ces premiers essais, faits sur une petite échelle et dans des appartements , réussirent parfaitement. Malheureusement , par des causes indépendantes de leur volonté, et quoiqu'ils aient régulièrement continué les éduca- tions , ces messieurs n'ont pu encore appliquer leurs essais à la grande culture. Des plantations ont été commencées par eux ; il faut espérer qu'avant peu ils pourront mettre à exécution leur projet, qui ne peut (.460 ) que réussir, comme dans les départements du Nord, bien moins privi- légiés que la Gironde. M. J. Lamberlie a réussi dans quelques petites éducations , faites à Bordeaux , du S. Cynthia. M. Paris a également fait quelques essais à Saint-Quentin-de-Gaplong, canton de Sainte-Foy. Le savant ingénieur des mines, M. Chambrelent, a fait aussi une plantation d'ailante à Pierrolon , canton de Pessac , en procédant par voie de semis en place. Cette essence a parfaitement réussi dans nos sables arides ; car les semis, faits en 18B1 , ont, au bout de deux ans, atteint la hauteur des pins de huit à dix ans. Cet arbre peut donc parfaitement servir au boisement des landes et des dunes de Gascogne. Nous avons vu , dans un paragraphe précédent , l'utilité de son bois; nous pouvons d'ailleurs renvoyer, pour avoir des explications plus détaillées, à une notice sur la culture de l'ailante, par M. À. Dupuis ( Bull, de la Soc. imp. zool. d'acclimatation , t. IX, p. 877 ). Je mets à la disposition des personnes qui désireraient faire des essais, des graines d' Aikinthus glandnlosa et de S. Cynthia, qui leur seront déli- vrés gratuitement ; pour cela , elles n'auront qu'à adresser une demande au Président de la Société Linnéenne. Du reste, il faut espérer que l'année prochaine des essais seront faits au Jardin d'acclimatation (Parc bordelais), pour populariser ces plan- tations et l'acclimatation de végétaux et d'animaux utiles. S. ARRINDIA Miln. Edw. Le ver à soie du ricin fut signalé, en 1804-, par le botaniste anglais Roxburgh qui en parle dans les Transactions de la Société Linnéenne de Londres (t VI, p. 4-2, pi. 3) ; il est originaire de l'Indostan , où il est élevé à l'état domestique. Il est venu par étapes, de l'intérieur de l'Inde à Calcutta, puis de Calcutta en Egypte, de l'Egypte à Malte, sur l'initiative de M. Bergonzi et par les soins de M. Piddington et de M. W. Reid , gouverneur de Malte, et enfin de Malle à Turin, par MM. Griseri et Baruffî. Il fut élevé en France, pour la première fois , chez M. Milne Edwards et provenait d'œufs envoyés d'Italie par M. Decaisne. Pendant longtemps il fut. désigné à tort sous le nom de B. Cynthia, et confondu avec celui de l'ailante. M. Milne- Edwards le sépara de cette dernière espèce et le nomma S. Arrindia, du nom indou Arrindy-arria ou eria. En 1854, il en opérait la première éducation en France et disait : « Ce ver cà soie est très-productif, sa croissance est très-rapide , et les .( 401 ) » générations se succèdent à des époques si rapprochées, qu'on obtient » six à sept récoltes par an. » Le ver à soie du ricin conserve en Europe une partie de cette merveil- leuse fécondité; les éducations du S. Arrindia se succèdent sans aucune interruption entre elles Leur nombre varie suivant la température; aussi est-on obligé de l'élever pendant l'hiver, ce qui offre de grandes difficultés, les plants de ricin manquant absolument dans cette saison. Les mêmes inconvénients ne se présentent pas pour l'éducation en Algé- rie, où le ricin est vivace; aussi l'acclimatation faite par M. Hardy sera une source de richesse pour ce pays. Education. — Les éducations successives peuvent durer toute l'année sans interruption, mais en captivité et à une température élevée. Dans les éducations ordinaires, on peut, dans notre pays, faire passer l'hiver aux cocons qui donnent leurs papillons au printemps; il faut pour cela, au commencement de l'automne, les tenir à une basse tem- pérature pour éviter l'éclosion ; pour l'élevage, il faut opérer comme pour le S. Cynlhia. L'Arrinda se nourrit de ricin ou Palma-Christi ; on peut lui donner aussi de l'ailante. On a également réussi avec un grand nombre d'autres plantes, telles que saules, lilas , chicorée sauvage, choux, chardon à foulon (1), sumac , etc. Obs. — L'éducation de ces chenilles faite sur le sumac à feuilles arron- dies (fflms glabra et elegans) a parfaitement réussi. Le sumac étant d'une culture très-facile, se reproduisant par drageons et venant très-rapide- ment, on pourrait y élever V Arrindia comme le Cynthia sur l'ailante. Les œufs sont d'un blanc-gris , adhérents entre eux par une substance glutineuse; leur coque est épaisse et résistante. Les vers , au sortir de l'œuf, ont environ trois millimètres, ils sont couverts de poils noirs; au bout de deux jours on peut les mettre sur les plantations de ricin. Au deuxième âge leur couleur devient jaunâtre , leur tête est noire. Au troisième âge ils sont d'un blanc tirant sur le vert , et la tête d'un beau blanc d'ivoire; à cette époque, la pince caudale est très-développée. Au quatrième âge, leur peau devient d'une teinte azurée, augmentant d'intensité au fur et à mesure de leur développement; leurs tubercules sont alors très-saillants; les vers ont environ 65 millimètres de long sur 7 millimètres de diamètre, et pèsent environ 4 grammes 7 décigrammes. (1) D'après M. Vallée, le chardon velu est nuisible à ces chenilles. ( 462 ) Les chenilles de V Arrivait! soni extrêmement robustes; comme celles du Cynlhia , elles résistent à la pluie, aux orages et aux vents les plus impétueux ; elles sont très-sociales, et se réunissent par groupes sous les feuilles qui doivent les nourrir et qui, en attendant, leur offrent un abri. La dernière mue terminée, ces chenilles se mettent à filer leur cocon. Après beaucoup de controverses, on a reconnu que ces vers en faisant leurs cocons, se réservent une sortie sans couper leur fil , et la meilleure preuve à l'appui de cette opinion , c'est que dernièrement on a trouvé le moyen de les dévider même après l'éclosion. Comme le S. Pyri, le papillon de VArrindia sort de son cocon en se bornant à écarter les fils qui en obstruent l'entrée. Pour la fécondation et la ponte, les éleveurs opèrent comme pour le S. Cynthia. (Voir la figure, Bul. de la Soc. imp. zool. d'accl., t. I, pi. 2. En été, l'élevage de la chenille dure vingt-cinq jours ; elle reste en cocon vingt jours; on conserve les œufs environ dix jours, ce qui fait cinquante jours pour une éducation complète. En hiver, elle peut durer quatre-vingt-dix à cent jours. M. Kaufmann a observé dans cette espèce des cas de superfélation très-curieux. Des œufs non fécondés ont pu éclore et donner de bonnes chenilles. Des faits analogues ont été vus par MM. Siebold, Morier, Lotelier, Bourcier, Popoff. L'éducation du S. Arrindia ne peut pas être faite sérieusement en France : 1° avec le ricin qu'on est obligé de semer tous les ans, et dont on manque à la fin de la saison par suite des gelées hâtives ; 2° à cause de l'hivernage des cocons que l'on peut manquer par suite de causes diverses. De nombreux essais ont été tentés avec plus ou moins de bonheur, soit en France , soit dans nos colonies algériennes. On peut donc réserver cette culture pour l'Algérie, où le ricin vient parfaitement. Culture du Ricin. — Le ricin ou Palma-Christi est un arbuste de la famille des euphorbiacées ; il y en a environ une douzaine d'espèces. Dans les pays chauds, il s'élève d'un mètre à dix mètres de hauteur. Sous notre climat, il est cultivé comme plante annuelle, et ne peut pas supporter nos hivers, même sous des abris faits en planches et couverts de paille. Les graines mûrissent sous notre climat : elles contiennent dans le périsperme une huile grasse et douce , purgatif excellent ; et dans l'embryon, un très-bon vermifuge. Avalées à la dose de deux ou trois, elles excitent des vomissements. Les feuilles sont émollientes et adoucissantes. ( 463 ) On a calculé qu'un are pouvait donner 14 kilog. de graines et environ 2 kilog. 1/2 d'huile. Les ricins de France, à poids égal, donnent 4/(î d'huile en plus que ceux d'Algérie. Cette huile a été employée avec avantage à la fabrication du savon. L'habile chimiste M. Bouis a découvert, après de savantes recherches , qu'en distillant l'huile de ricin sur de la potasse concentrée, on obte- nait de V acide sébacique et de {"alcool caprylique. Par ce procédé, l'acide sébacique n'a aucune mauvaise odeur, et on en obtient une très-grande quantité, à-peu-près le 1/4 du poids de l'huile employée; par l'élévation de son point de fusion, il jouit d'une solidité remarquable, et rempla- cerait avec avantage l'acide stéarique dans la fabrication des bougies. L'alcool caprylique peut remplacer l'alcool ordinaire, particulière- ment pour l'éclairage et pour la fabrication des vernis : il donne nais- sance à de nouveaux éthers composés, remarquables par leur odeur. Comme les chenilles ne se nourrissent que des feuilles , on pourrait retirer de ses graines un produit avantageux qui compenserait les frais de culture. Le semis doit avoir lieu au commencement d'avril. (Voir, pour la culture du ricin, Bail, de la Soc. zool. d'acclimatation, t. I, p. 510; t. II, p. 33; t. III, p. 349.) MÉTIS des Salurnia Cynthia $ et Arrindia 2 • M. Guérin-Méneville fit connaître le premier un essai d'hybridation de ces deux saturnies , obtenu par M. Vallée au Muséum de Paris, en 1858. Ces hybrides, aussi robustes que les types, paraissent se rapprocher du Cynthia, se nourrissent indifféremment de l'ailante ou du ricin , donnent des papillons à des intervalles moins rapprochés que Y Arrindia, et pas- sent l'hiver en cocon ; l'éducation est la même que celle du S. Cynlhia. On a également obtenu des métis de Y Arrindia 5 et du Cynthia £ . S. BAUHINI/E Bdv. Cette Saturnie , venant du Sénégal, a été introduite, en 1855, par M. Barthélémy Lapommeraye , directeur du Musée d'histoire naturelle de Marseille. Le papillon est éclos à Paris; mais , comme la chenille se nourrit de feuilles d'un jujubier (Zizyphus orlhacantha DC.*.) très- voisin de l'une de nos espèces algériennes, c'est dans cette colonie seu- lement que nous pouvons espérer de l'acclimater. ( 404 ) S. TARQUINUS Cramer. M. Michely , de Cayenne, a envoyé de cette provenance un certain nombre de cocons du -S. Tarquinus ; j'ignore le résultat de cet envoi. (Voir Papil. exol. de Cramer, t. I, pi. 4.) S. BANNINGII Bdv. Ce nouveau ver à soie, envoyé de l'Himalaya occidental par M. Th. Hutton , en 1859, se nourrit des feuilles du Coriaria nepalensis Wall, et du Xanlhophyllum hastile ; il pense que les feuilles de ricin seraient aussi bonnes pour sa nourriture. Je n'ai eu aucun renseignement sur l'éducation de ce ver à soie. S. CEANOTHI Behr. Le cocon de celte Saturnie, originaire de Californie, a été envoyé , en 1857, en Allemagne, à M. le D r Behr, qui a transmis quelques obser- vations à la Société d'acclimatation, et lui a donné le nom de S. Ceanothi. Son cocon , très-difficile à dévider, peut être considéré comme nul pour la production de la soie. TABLE Introduction. 415 Odina Wodier. Tribu des BOMBYC1DES. Pyri Bork. Spini Bork. Genre SERICARIA. Carpini Bork. Mori Lin. il 6 Polyphemus Lin. Myl'itta Fab. • Genre BOMBYX. Pernyi Guér.-Mén- Psidii Salle. 427 Ya-Ma-Maï Guér -Mèn Radama Coq. Diego Coq. Panda Bdv. 429 Cecropia Lin. 450 430 Promelheus Drury. Atlas Lin Cajanii Vinson. Pyiiocampa Fab. 431 432 Aurota Fab. Mlhra Bdv. Hesperus Lin Tribu des SATURN1DES. Cynthia Drury Genre SATURNIA. Arrindia Miln. Edw. Bauhiniae Bdv. Mimosae Bdv. 432 Tarquinus Cramer. Selene Bdv. 432 Banningii Bdv- Luna Lin. 433 Ceanothi. Behr. 400 455 454 454 404 45(> 458 438 449 449 449 450 450 451 460 465 464 464 464 tO Juillet 196 A, NOTE SUR UNE FORMATION D'EAU DOUCE LA FALAISE SABLEUSE DU RIVAGE OCÉANIQUE AU V1EUX-S0ULAC (Gironde) ; Par M. l'abbé Hippolyte CAUDÉRAN Correspondant. La plage actuelle du Vieux- Soulac a jadis été recouverte par Peau douce. Assertion bien extraordinaire ! Oui, de prime abord; mais asseyons-nous en face de cette puissante mer, dont les flots turbulents battent à toute heure nos rivages, rongent, minent, tourmentent l'inconstante falaise de sable qui s'écroule et recule devant eux; livrons carrière à notre pensée; laissons-la s'égarer à la fois et sur la plaine mobile où bruissent les vagues, et sur les siècles ense- velis dans les ténèbres du passé. La falaise recule! donc, hier elle était ici, avant-hier là, les jours précédents en cet endroit où se brise la lame. Avançons, avançons encore, avançons en mer, avançons toujours, et jusqu'où? Quelles furent les stations du rivage dans le courant des siècles ? Quel fut son point de départ? Quelles traces sa marche a-t-elle laissées dans l'his- toire, dans la tradition, dans la nature? Ce rocher de Cordouan , avec sa tour fièrement immobile, se dressa-t-il de tout temps isolé au milieu des flots? Fit-il jamais partie de la terre ferme? — Son isthme a-t-il été broyé par un cataclysme quelconque? Ou plutôt l'action lente, mais victorieuse, du contre-courant du littoral , ne l'a-t-il pas insensiblement usé, pour se frayer une route directe, vers l'embouchure de la Gironde? — Si Cordouan est un des jalons de Tome XXV. (3 e Série : T. V. — 6 e Livraison.) 32 ( 460 ) i'anlique falaise, quel temps Ses fiots ont-ils employé pour ronger cette falaise jusqu'au rivage actuel? — Puis, faut-il s'arrêter là dans cette recherche rétrograde, ou bien marcher encore vers la haute-mer? Que signifie cette blanche ligne de brisants qui s'agite à l'horizon? Sont-ce deux courants opposés qui se choquent? Serait-ce le frottement des eaux contre une surface sous-marine peu profonde et résistante ? Questions pleines d'intérêt ! Quand seront-elles résolues ? Mais les mêmes causes qui provoquent ces questions, nous fournissent une première preuve, établissant sinon Y existence , du moins la possi- bilité de notre couche juxta-marine d'eau douce. Puisque l'Océan se déplace et marche à l'assaut de la terre du Médoc , il est évident que déjà il en a conquis une lisière : donc, le bourrelet de dunes , au lieu de se trouver à sa place d'aujourd'hui , a pu se trouver à une certaine époque concentré tout entier sur cette lisière aujourd'hui submergée. Le déplacement journalier des dunes avant l'ensemencement ne serait pas une preuve rigoureuse, parce qu'un sable mouvant fourni chaque jour par la mer peut s'avancer sous l'action du vent, sans que pour cela le rivage voisin change de place. Mais, concourant ici avec l'érosion littorale, l'envahisse- ment des dunes devient beaucoup plus rapide, à cause d'une plus grande quantité de sable fournie au moteur aérien. Or, supposons à cette lisière, avant son immersion successive, une largeur suffisante pour contenir tout le bourrelet de dunes, bourrelet dépassant rarement 4 kilomètres; dans ce cas, plus de dunes sur le rivage actuel, mais une plaine faisant suite à celle du Médoc, et marécageuse comme toujours au pied des dunes; de plus , entre les dunes mêmes, devaient se trouver comme aujourd'hui de ces vallons plus ou moins vastes, désignés dans le pays sous le nom de lèdes, léydes , léytes ou lètes , chacun avec sa lagune centrale, son étang au moins temporaire. Ainsi donc, une formation lacustre,, là où s'arrête la mer aujour- d'hui, n'a rien d'impossible. Le Yieux-Soulac eût été dans le cas de Hourtin, de Carcans, de La Canau, du Porge, de Lége. Mais possibilité n'est pas réalité; et si je n'apporte pas d'autre preuve, l'on ne m'en croira guère. C'est pour cela qu'il nous faut descendre sur la plage , où nous exa- minerons avec soin la structure de la falaise sableuse , au-devant même des nouveaux établissements de bains. ( 467 ) DESCRIPTION ET COUPE DE LA FALAISE SABLEUSE. Âu \ieux-Soulac la hauteur de la berge ne dépasse guère 3 mètres au-dessus de la pleine-mer; et cependant, l'œil !e moins exercé remarque, tout le long du talus , une espèce de gradin horizontal et noirâtre qui tranche brusquement sur les ébouîis sablonneux. Là s'arrête l'observation du vulgaire; mais, si l'on suit attentivement ie pied du talus , tant vers le N. que vers le S., on s'aperçoit bientôt que ce gradin n'est pas le seul digne de nous intéresser. *V| ^ a t m.. Légende. — D. — Dune actuelle. dl. — Dépôt de coquilles terrestres. Da. — Dune ancienne (avec rares coquilles marines). dl. — Dépôt lacustre ! As. — Alios sablonneux remanié. ds. — Sable noirâtre finement caillouteux. ■ A.,' — Alios, primitif? s. — Sables éboulés. g. — Galets. arg. — Boue de mer (argile noire). Plaçons-nous au S., en face du dernier châîet (marqué H. G. Henri Chanlaire, 1865), à 200 m du poste des Douanes, ou des Cabanons (descente de la rue principale sur la plage). Là nous voyons, à l m 50 e au-dessus de la haute-mer, un gradin de sable noirâtre (ds) finement caillouteux , ayant à peine m 30° d'épais- seur, et reposant sur des arrachements d'ados (A) qui s'avancent de quelques mètres sur la plage et résistent longtemps à l'action des intempéries et des flots. ( 468 ) Plus au S., les sables sont trop mobiles pour qu'on puisse rien dis- tinguer; il n'y a même plus de falaise, c'est-à-dire de talus rongé à vif : cela vient sans doute de ce que la mer est en cet endroit relative- ment tranquille; aussi ne soyons pas étonnés si plus tard il venait for- mer un petit promontoire de sable, dû sans doute à quelque remous du contre-courant lilloral. L'action directe de ce contre-courant se fait sentir de plus en plus à mesure qu'on avance vers le N. , le maximum d'intensité paraissant correspondre à l'anse des Huttes, au Sémaphore ; aussi la falaise se montre de plus en plus élevée, raide, rongée, à moins que la main des hommes ne vienne contrarier l'effort de la nature. 1° L' assise noirâtre dont nous parlions se continue dans cette direc- tion N. pendant une vingtaine de mètres , et disparaît sous les éboulis , pour reparaître çà et là ; 2° Mais immédiatement (cabane de pêche Holagray) apparaît un gradin supérieur (As) de m 30° à m 50° d'épaisseur, horizontal, composé de sable d'alios avec corniche noirâtre (dl) d'une faible épais- seur. L'œil suit facilement ce gradin jusqu'aux Cabanons; mais, comme il se trouve sur le passage des chalets , le pied de ceux qui l'escaladent le déforme et le rend impropre à de bonnes observations. Allons plus au N., dépassons la rue principale, et nous retrouverons ce même gradin pendant 500 m et plus ; nous le verrons se dessiner et se caractériser plus vivement , puisque sa faible corniche , toujours noirâtre, recèle tout une mine de coquilles lacustres analogues à celles qui vivent encore dans les eaux douces de nos landes. Voici les espèces que j'y ai recueillies , et dont je dois la détermination à notre savant conchyliologiste M. Gassies : 4. Succine a Pfeifferi Rossm. 2. — slagnalis Gass. 3. — arenaria Bouch. 4. Hélix aspersa Mull 5. — pulchella Mull. G. — carthusiana Mull. 7. BulimussubcylindricusLum. peu. 8. — qculus Mull peu. ce. ce. ce. fragm. peu. peu. 9. Veriigo pygmœa Drap. peu. 10. Planorbis leucostoma v. Perezii Muller. ce. 11. Planorbis ( innominé). c. 12. Limneq limosa Linné. peu. 4 3. — Iruncatula Muller, ce. M. — ?? (ou species nova). Ossements brisés, indéterminables. Cette faune est d'autant plus précieuse et caractéristique , que M. Gas- sies y a retrouvé quelques espèces depuis peu signalées dans notre cir- conscription , et vivant iranquillc's , loin des yeux de la science , sur les ( 460 ) bords marécageux de nos étangs littoraux. Ce sont les Svccinea stagnalis, arenaria, Planorbis Perezii (altéra innominala), Limnea (innominala) ; 3 e Au-dessus vient alors se montrer franchement une assise (Da) de hauteur variable, m à l m et plus, sinueuse, formée d'un sable fin peu aliotique et assez semblable à celui des dunes. C'est pour moi une dune ancienne solidifiée : elle renferme dans l'intérieur quelques coquil- les marines éparses et brisées, débris de Pecten, Cardium, Ostrea, etc., telles qu'on les voit dans ces petits vallons rapprochés du rivage qui reçoivent quatre ou cinq fois par an les visites de la pleine-mer. Dans une année de repos , cette vieille dune se couvrit de plantes arénicoles, et les mollusques terrestres qui l'habitèrent ont laissé leurs dépouilles à sa surface : corniche (dl); 4° La dune vierge (D) est venue tout recouvrir de ses ondulations mobiles. Sous l'assise d'alios (As) qui nous a conduit ici, nous retrouvons, en quelques endroits, le gradin de sable noirâtre déjà signalé à l'extré- mité S. de la falaise. Et plus bas , à la hauteur des marées , régnent de vastes bancs inter- rompus , argileux, d'une terre grasse compacte, à grain très-fin, limoneuse , d'un noir bleuâtre quand elle est mouillée , grisâtre quand elle est sèche , perforée par les Pholades vivantes, mais peu riche en fossiles animaux , paraissant au contraire renfermer, surtout dans l'inté- rieur de la masse , beaucoup de végétaux décomposés; les fragments détachés gisent çà et là, sous forme de grands disques aplatis, autour desquels s'empâtent graviers et cailloux. Un morceau mis dans l'eau douce s'est désagrégé sans se dissoudre. Le mélange par secousse s'est clarifié en douze heures. — le résidu ne fait pas effervescence avec l'acide sulfurique; c'est une vase noirâtre avec minces débris végétaux noirs et sable quartzeux très-fin. — Un fragment soumis au feu s'est rétréci, durci et légèrement coloré en roux. Cette couche argileuse s'avance de beaucoup vers la mer, et même , en certains endroits , plonge sous les flots. — Au-dessus d'elle et jus- qu'au pied de la falaise sont entassés les galets (g) refoulés par la haute mer; le sable ordinaire des dunes (s) comble les dépressions et forme la plage presque entière. (Voyez aussi M. Mairand , Form. des dépôts lillor., Soc. Linn. de Bordeaux, 1857. ) ( 470 ) Voici , en résumé , l'ordre de superposition de ces assises : 1 Dune actuelle. 1 Corniche avec coquilles terrestres. 2 Dune ancienne < Sable un peu aliolique, avec rares coquilles I marines disséminées. [ Alios sablonneux I Corniche noirâtre avec coquilles lacustres. 3... 'I Alternance d'un sable noirâtre finement caillouteux. Alios primitif. | 4. Plage sablonneuse Avec lit supérieur de galets. Avec bancs de terre noire argileuse. DISCUSSION I. Dune actuelle. — Connue de tout le monde , inutile d'en parler. II. Dune ancienne. — Cette assise, qui a eu sa période de végétation superficielle, lorsque d'autres dunes la protégeaient contre les vents de la mer, pourrait avoir été recouverte depuis peu. En effet, à 400 mètres de la mer, le sol est garni d'une végétation continue. En supposant le recul du rivage de 2 ra par an, ce qui a eu lieu celte année, soit 200 m par siècle, on pourrait assigner une cinquantaine d'années à cette tranche de dune mise à nu aujourd'hui. Les travaux protecteurs , clayonnages , barricades, semis de pins, si avantageusement déployés de nos jours, doivent entrer en ligne de compte : c'est pourquoi nous n'affirmons pas la justesse de nos appréciations. Il est difficile de savoir exactement quelle était l'érosion annuelle dans les temps passés. III. Alios. — Nous atteignons le sous-sol du Médoc ., l'assise des sables des landes de M. V. Raulin et de tous les géologues , la couche supérieure des terrains tertiaires. Cette assise étant coupée en deux par un banc de sable noirâtre, voici l'explication que je proposerais : L' Alios primitif ', formant la couche inférieure, a été recouvert par une couche de sable noirâtre qui ressemble beaucoup à notre terre végétale du Médoc , avec cette différence que les cailloux sont , à Soulac, beaucoup plus petits, fragmentaires, non roulés : sédiment déposé sans doute par une grande inondation fluviatile (diluvium?) Après cette inondation, l'action de la mer et du vent a trituré le rivage à' Alios primitif; le sable d' alios (As) ainsi obtenu a été reporté par-dessus le dépôt caillouteux : ce qui forma une très-ancienne dune abondamment aliotique. ( 471 ) L'époque de la corniche avec coquilles lacustres pourrait être rappor- tée au XIV siècle : c'est alors que les Bénédictins, chassés de leur église par l'envahissement des eaux , furent obligés d'en exhausser le sol de près de 5 m . Cette inondation , attribuée par quelques auteurs à une crue extraordinaire de la Gironde , nous semble devoir l'être plutôt à la marche lente mais implacable des dunes, qui, refoulant sans cesse leurs lagunes vers le Levant , obligeaient dès cette époqne toutes les paroisses du littoral à rebâtir ou abandonner leurs églises et leurs bourgades : La Canau rebâtie trois fois , Sainte-Hélène reconstruite à 10 kilomètres E. dans la lande , etc. M. l'abbé. Mezuret, curé de Soulac, s'occupe activement de la restauration monumentale et historique de Noire-Dame de la fin des Terres. L'ouvrage qu'il publie dans ce moment donnera de précieux détails sur la configuration de la pointe du Médoc aux diverses époques de notre histoire. En supposant toujours que le rivage recule de 200 m en 100 ans, comme 500 ans se sont écoulés depuis le XIV e siècle , cela ferait \ ,000 m de dunes disparues ; l'église étant à 1 kilomètre du rivage actuel, se trou- verait ainsi à 2 kilomètres du rivage du XIV e siècle. Or, à 2 kilomètres du rivage , l'on trouve déjà des lèdes ; mais , comme nous avons constaté l'existence d'une ancienne lède sur le rivage actuel , il faut supposer le double de temps écoulé : mettons donc au X e siècle la formation de la couche lacustre. Cependant, il pourrait se faire qu'elle fût plus récente, parce qu'on ne saurait conclure de l'érosion locale d'une année à l'érosion générale et continue. Quoi qu'il en soit de la date absolue de notre lède , un fait intéressant se rattache à celle date : deux kilomètres de rivage permettaient d'atteindre à la (errasse sous-marine (exondée peut- être à l'époque) qui s'étend autour de Cordouan ; et un archéologue digne de foi m'a assuré avoir entre les mains une vieille charle où il est fait mention d'un voyage en charrette jusqu'à Cordouan ; on passait à gué à mer basse : telle est d'ailleurs la tradition du pays. Au moment de la conquête romaine, le rivage s'étendait en mer au moins jusqu'à 4 kilomètres , espace suffisant pour y loger le traditionnel Noviumagus ; sans doule aussi le Dumnolon d'Ausohe; et même l'île problématique d'Antros, si l'on suppose à la Gironde plusieurs embou- chures primitives, ce qui n'est pas impossible. Quant au remblai de l'église, il fut fait avec de la terre végétale (ce sable noirâtre alternant avec l'alios), tant en dehors qu'en dedans : ce qui fait dire à un chroniqueur que N.-D. de la Fin des terres s'élève ( 472 ) sur une colline au milieu des flots. Cette terre a été retrouvée dans les déblais entrepris de nos jours , et on l'a déjà utilisée dans les jardins de Y Hôtel-Château. Pour en revenir au sous-sol d'alios, serait-ce cette assise qui s'avance sous les flots en forme de terrasse jusqu'à 160 kilomètres au large? Les géologues ne disent rien de précis là-dessus. « Les sondages exécutés à » une certaine dislance au large décèlent la présence d'un sable plus ou » moins pur. » (Fischer, Faune conch. de la Gironde, Act. Soc. Linn. » de Bordeaux, 1865.) M. V Raulin s'exprime plus clairement : « Si l'on compare les pentes douces supérieures de ce plateau sous- » marin avec la plaine adjacente des landes dans le département de la » Gironde, on voit qu'elles sont analogues. — Il ne paraîtra pas trop » hasardé de supposer que le sol sous-marin n'est que le prolongement » du sol terrestre, au moins au-devant du département de la Gironde, » et que, à Y exception des dépôts sableux et vaseux récents , le même » sol géologique peut les former tous deux. » ( Aperç. lerr. terl. Aquit, occ- — Congr. scient. Bordeaux , 1863. ) Donc, jusqu'à ce qu'on ait fait quelque observation rigoureuse, on pourra se demander si le vrai sous-sol marin est Yalios ou le calcaire supérieur. IV. Terre grasse. — A un demi-kilomètre au N. des Cabanons, elle forme un banc considérable qu'entame la vague du côté de la mer; ce n'est donc qu'un accident de la plage en général sableuse. Mais cette for- mation plonge-t-elle sous le banc d'alios , ou bien n'est-elle qu'un dépôt superficiel ? Je n'ai pas su le constater, et cependant la question est importante. Inférieure à Yalios, ce serait une formation très- ancienne ; isolée sur la plage , ce serait une formation contemporaine. Voici les documents recueillis : On m'a dit que dans un puits creusé sur la dune , au Verdon , on avait atteint un terrain analogue; mais je n'ai vu ni ce puits, ni la terre qu'on en a retirée. En supposant qu'on ne s'est pas trompé, est-ce que ce terrain argileux ne répondrait pas à une dépression ancienne du sol , anse marine ou estuaire , ou enfin embouchure de la Gironde? Si l'on n'a trouvé que la vase des mates (terrains salés déposés par les remous du fleuve) , et je le croirais assez facilement, il faut en conclure que les dunes entre Soulac et le Verdon recouvrent aujourd'hui le lit pri- mitif du fleuve : ce qui est assez probable , et qui saule aux yeux pour ( «3 ) qui longe les dunes au levant; on les voit venir mourir sur le sol rou- geâtre des marais salants. Et la boue marine restera une formation distincte, contemporaine, qui s'étend sur la plage cà mesure que la falaise lui fait place. J'ai souvent parlé ici du contre-courant littoral ; je dois dire ce que j'entends par ce mol. Le sens du grand courant du golfe est du N. au S. ; donc , je ne pou- vais pas donner ce nom au courant littoral qui, devant Soulac, va du S. au N. Ce courant secondaire n'étant qu'un repli du grand courant, je l'ai nommé contre-courant, et j'ai constaté qu'ici, comme sur les côtes de Saintonge (Mairand, loc. cit.), il transporte les sédiments vers le N. : ce que rendent sensible les altérissements des Épis ( clayonnages à une heure N. du Vieux-Soulac) ; sur le côté sud de ces Epis, les sables, les galets, les pierres même ont formé une terrasse qui atteint et dépasse parfois la hauteur de l'Épi , tandis que le côté nord reste dénudé. Cela explique aussi le transport de la Pointe-de-Grave vers l'intérieur du fleuve. Ce mouvement du S. au N. est continuel ; cà la haute-mer il est pro- duit par le remous du grand courant N". S. qui se fait sentir au fond du golfe, reculant vers le S. les embouchures du bassin d'Arcachon et de l'Adour (Descombes, Congrès de Bordeaux, t. III, 1863. — Fischer, loc. cit.), à basse-mer, par le remous du courant fluvial dont les eaux jaunâtres vont se mêler au grand courant. Il serait curieux de déterminer le point où commence à se replier ce contre-courant. Si ce point est fixe, il s'y formera à la longue un pro- montoire sableux. Les observateurs qui désireraient constater par eux-mêmes l'exactitude de ma description , sont priés de s'adresser à M. l'abbé Dutauzin , vicaire du Nouveau-Soulac , que j'ai mis au courant de tout ce que j'ai Tome XXV. 33 ( -174 ) remarqué. Seulement , il faudra se souvenir qu'une falaise sableuse s'écroulant sans cesse , change d'aspect chaque jour, et c'est pour cela que j'ai laissé un peu de vague dans mes indications locales. CONCLUSIONS 1. Une nappe d'eau douce s'est jadis étendue sur la plage actuelle du Vieux-Soulac. 2. Rechercher l'emplacement des embouchures de la Gironde, ou les périodes de déplacement d<* l'embouchure unique. 3. Surveiller les érosions littorales , au double point de vue de la géo- logie et de l'archéologie : de minces fragments de brique se trouvent mêlés au sable noirâtre et font espérer mieux. Au Vieux-Soulac, 4 er août 4865. EXCURSION DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE A MONSÉGUR (Gironde). [Extrait du Procès-Verbal de la 48° Fête LiDnéenoe, 29 juin 1865] Dans des contrées aussi richement cultivées que le sont la vallée du Drot et les coteaux qui séparent la Réole de Monségur, l'excursion , en ce qui concerne le résultat des recherches botaniques, ne pouvait qu'être d'une extrême pauvreté : aussi trois plantes seulement seront citées comme dignes de remarque : 1° Xeranthemum cylindraceum Smith, espèce qui est loin d'être répandue partout, mais qui, cultivée en divers lieux pour faire des balais légers, se rencontre fréquemment dans les terrains meubles des coteaux de l'Entre-deux-Mers , et qui a été vue assez abondante et vigoureuse sur un talus au bord de la route de La Réole à Monségur. 2° Cuscula Trifolii Babington, dont M. Du Rieu a eu occasion de signaler, depuis plusieurs années, la désastreuse multiplication dans les luzernières du midi de la France, où elle était demeurée bien long- temps et heureusement inconnue. La Société a vu avec affliction que les belles luzernières de Monségur en sont, cette année, affreusement infec- tées. Les taches que celte Cuscute forme sur le tapis vert des fourrages artificiels s'étendent du centre à la circonférence, comme de vastes chancres irrégulièrement arrondis , et d'un jaune-citron très-vif avant la floraison du parasite. C'est là un caractère de première valeur quoi qu'on en ail pu dire, et qui le distingue éminemment et à première vue de ses congénères : il n'est plus permis qu'aux botanistes qui ne l'ont jamais observée vivante et en place, de nier l'autonomie de cette re- doutable espèce. ( 476 ) 3° Enfin, la Sociélé avait remarqué sur sa roule, le matin même, dans les terres remuées de la gare de Cérons , et aux approches de Langon (dans les mêmes conditions), l'étonnante multiplication et la vigueur exubérante du Melilolas alba Lamk. On peut attribuer cette sorte d'importation dans des stations éloignées d'un cours d'eau, aux masses de ballast que les travaux d'établissement du chemin de fer ont fait extraire des bords de la Garonne, où cette légumineuse abonde, pour opérer les remblais des gares; et, en effet, M. Raulin l'a vue, en nombre immense, dans les îles ou bancs de graviers du lit de la Garonne, à Castets-en-Dorthe. Les recherches enlomologiqucs auxquelles se sont livrés MM. Sou^ver- bie, Trimoulet, Samy, Germain. et Manès , n'ont offert que des résultats peu saillants , expliqués et consignés dans la note ci-après : « Le grand orage qui , la nuit dernière , s'est abattu sur Bordeaux, et la longue pluie qui l'a suivi, ont tellement détrempé les plantes et rafraîchi l'atmosphère, que les insectes n'osent guère sortir de leurs retraites. Aussi n'a-t-on rencontré que les espèces les plus communes dans la saison. « Telles sont, parmi les Coléoptères, plusieurs Elatérides des genres Telephorus, Malachius, Chrysomela, Coccinella , etc. Cependant, les espèces suivantes méritent une mention spéciale : ce sont les Chlœnius velulinus et veslitus, Acinapus megacephalus , Demetrias alricapillus , Anthaœia Salicis , Dasyl.es hirlus, Tarsostenus univitlalus , Clytus mas- siliensis , Phytœcia virescens, et quelques autres indéterminés, comme par exemple le petit xylopliage que lous nos collègues ont vu détruisant, en compagnie de sa larve, l'écorce et le bois d'un arbre où ses attaques produisent de charmantes ciselures rayonnantes. L'échantillon recueilli sera déposé dans les collections de la Faculté des Sciences. » On ne peut guère citer, parmi les Hémiptères , que les Alydus cal- raratus et laleralis, Pentatoma nigricorne et ses nombreuses variétés , Sculellera, Miris, Capsus, Lygœus , etc. — Dans la grande tribu des Homoptères, nous avons entendu la musique assourdissante des Cicada Orni et Fraxini qui, perchés au sommet des arbres, semblent se rire des filets et autres engins des entomologistes chasseurs. » Les plantes des bords du Drot nous ont offert plusieurs insectes de celte tribu , appartenant aux genres Issus, Cinxius , Jassiis, etc. » L'ordre des Lépidoplères ne nous a fourni qu'un seul Scsia, voisin du chrysidiformis el trois Catocala attachés à la voûte d'une ancienne carrière à La Réole. » ( 477 ) Il résulte îles détails ci-dessus, que l'excursion de là Fête Linnéenne a été principalement géologique , car c'est aux recherches géologiques et paléonlologiques que nous avons consacré le plus de temps, et que le plus grand nombre d'entre nous a pris part. M. Raulin , qui n'a rejoint la Société qu'un peu tard à Monségur , « avait tenu à profiter de l'excursion de la Société pour vérifier ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans une assertion de la Statistique de la Gironde, par Jouannet, à savoir l'existence d'une source légèrement thermale à Foncaude (8 kilomètres N.-O. de La Réole , sur la route de Sauveterre). » Il sort, en effet, du calcaire à Astéries, deux sources très-considé- rables au bas de Foncaude , à quelques mètres au-dessus du niveau de la Vignague. L'une d'elles fait tourner immédiatement le moulin de Fontet, et l'autre sort au bas du hameau de Billaud. Cette dernière mar- quait 13° 3, alors que les sources de la contrée varient de 14° à 15°. Depuis plusieurs années déjà , M. Raulin avait constaté que la source soi-disant chaude de Guillaumet, près La Brède, est complètement in- connue aux habitants. Voilà donc une question complètement vidée , car c'est aux trois sources qui viennent d'être nommées que se borne le bilan thermal attribué à la Gironde.» M. Billiot qui, après avoir exploré avec M. Raulin, pendant toute la journée de la veille, le Bazadais de la rive gauche de la Garonne , avait passé la nuit à La Réole même , — M. Billiot , disons-nous , a commencé dès le grand matin les recherches du jour de l'excursion, en montant aux moulins à vent du Mirail , situés sur l'un des points culminants du bord de la vallée , et qui dominent presque immédiatement La Réole. Il y a retrouvé la coupe indiquée , depuis bien des années déjà , par feu le professeur de Collegno , et qui offre de bas en haut le calcaire à Astéries, le banc d'huîtres de PAgenais , et les marnes calcaires associées à des rognons de silex et au calcaire tYeau douce du Bazadais. Au départ de La Réole pour Monségur, la route s'élève le long d'une haute côte nommée Graveilleuse par M. de Collegno (Gravillouse de la carte de l'État-Major; altitude du télégraphe, 123 m ). Partout bordée de haies et de talus herbeux, la route ne monire que par places quelques misérables affleurements dont la succession reproduit la coupe ci-dessus mentionnée des moulins du Mirail : quelques échantillons sont recueillis par les explorateurs , et particulièrement des Huîtres (que MM. Raulin , Delbos et Tournouër ont, depuis plusieurs années, rapportées à YOstrea cris-pat a ' Mérian). ( 478 ) Arrivée à Monségur, la Société a commencé ses études par la visite de la riche et intéressante collection de M. Delfortrie , qui renferme de magnifiques fossiles du midi de la France, et enlr'autres du département de la Drôme. Cet observateur y a exhumé dans une gravière, à Saint- Pantaléon , un crâne de grand vertébré qui, malgré des dessins envoyés à Paris, reste encore indéterminé. M. Delfortrie possède aussi un crâne d'Haîiïherium , trouvé par lui dans la carrière de calcaire à Astéries qu'il va nous faire visiter aujourd'hui même. D'innombrables dents de Squales , de toutes grandeurs , une mâchoire de Rhinocéros trouvée à Monségur et déterminée par M. Lartet , et un grand nombre d'autres pièces ostéologiques et d'autres fossiles, recueillis dans l'arrondisse- ment de La Réole ; enfin , une riche suite de belles haches polies et au- tres instruments dits celtiques , en silex et en os, font de cette collection l'un des plus importants dépôts scientifiques qui soient, hors de Bor- deaux , dans le département de la Gironde. Monségur (Mons securus) est assis sur un mamelon de calcaire à As- téries, qui domine la riche vallée du Drot (altitude du point culminant de la ville, 78 m ). Le calcaire y est grossier, grenu, blanc, peu com- pacte, plus ou moins dur, formé presque entièrement de petits grains inégaux, ooliliformes ou plutôt milioliliformès , mêlés de grains nom- breux de gros sable siliceux (quartz hyalin), de quelques moules de très- petites coquilles turriculées, et d'autres menus fragments organiques (bivalves, osselets d'Astéries, fragments de crustacés, polypiers pier- reux , etc.) , surtout dans les parties supérieures de cette assise. En descendant la côte par la grande roule de La Réole , nous y obser- vons quelques las de blocs de silex brun , carié , offrant un aspect ana- logue à celui de certaines meulières , et destinés au macadam de la route : ils proviennent sans doute de la formation d'eau douce la moins éloignée de ce point. Dans la plaine, à près de quatre kilomètres de Monségur, et avant que la route atteigne le travers du château ruiné de Sainte-Gemme , nous arrivons à la carrière de calcaire à Astéries qui forme le but de celte partie de notre excursion. Cette carrière est à ciel ouvert, et occupe le sommet large , aplati , et les flancs d'un promontoire de forme arrondie, qui s'avance sur la vallée du Drot, et qui semble exactement indiqué sur la carte de l'État-Major , à l'E. du lieu dit Grand-Tierro, en face et au S. -E. de Coulures-sur-le-Drot (Lot-et-Garonne), petite ville située sur la rive droite du Drot. L'altitude de la petite sommité qui domine la grande route et le promontoire esl de 50 m . ( «9 ) L'exploitation de la carrière est demeurée jusqu'ici très-superficielle, et l'épaisseur visible du calcaire exploité n'est que de deux à trois mètres. Vers la base de cette partie visible, le calcaire blanc passe a une modification bleuâtre (moins intense en couleur qu'à Cérons, par exemple) , moins grenue, moins ooliliforme que la partie supérieure, et renfermant, de plus qu'elle, quelques noyaux plus durs, très-com- pactes et noirs ou de couleur nankin foncé , lesquels lui donnent une certaine ressemblance avec un calcaire d'eau douce. Ces noyaux , de forme irrégulière , sont comme enveloppés de couches jaunâtres , succes- sives et concentriques, excessivement minces, en sorte que la coupe de ces noyaux présente un aspect agréablement onde. Quelques-uns de nos collègues ayant paru incliner vers l'opinion qui rattacherait ces parties bleuâtres à une formation d'eau douce, il leur a été objecté ce fait qu'il n'existe, évidemment , aucune trace de séparation entre les dites parties bleuâtres et les parties supérieures blanches qu'on exploite avec elles; donc, elles appartiennent à la même assise marine. Déplus, et postérieurement à l'excursion , M. Charles Des Moulins s'est livré à un examen minutieux des échantillons de l'une et de l'autre couleur, qu'il en a rapportés, et il déclare qu'en outre de la pâte cal- caire, du sable quarlzeux qu'elle renferme, et des grains miliolitiformes (mpins nombreux et moins distincts que dans la partie supérieure) , il reconnaît, dans le calcaire bleuâtre, de rares osselets d'Astéries et des traces de bivalves ou de crustacés fort obscures et plus rares encore. Le même membre fait observer que les grains ooliliformes ou miliolitifor- mes des calcaires de l'Entre-deux-Mers sont de véritables Milioliles aux yeux de feu Dufrénoy (Terr. terl. du midi de la France, pp. 22, 23) ; et jusqu'à ce que cette détermination zoologique soit infirmée ou rendue authentique par l'élude et la décision , fort désirables , d'un naturaliste spécialiste , il croit devoir s'en tenir à l'opinion de Dufrénoy , et considé- rer comme exclusivement marins tous les calcaires qui , dans notre région girondine, offrent cette remarquable structure. Il rappelle enfin que la dite structure miliolitique n'appartient pas exclusivement à nos calcaires miocènes dits de Saint-Macaire , etc., et qu'elle est encore plus prononcée dans le calcaire éocène à Echinolampas slellifera Ch. Des M., de la citadelle de Blaye. Nous avons vu , dans la carrière du Grand-Tierro , la place même d'où a été extrait, par M. Delforlrie, le crâne d'Halithermm; nous y avons vu également des fragments de crustacés, d'innombrables osselets ( 480 ) û'Âslerîas kevis Ch. Des M., et quelques moules de bivalves, enlr'aulres un Cardium; mais aucun de ces moules n'est aussi beau que celui de Venus Corbis Lam , que M. Billiot avait rapporté, le matin même, de sa course au Mi rail. Il est plus que probable que le fossile qui vient d'être cité réclamerait une détermination nouvelle et plus exacte. M. Charles Des Moulins lui avait appliqué, il y a plus de trente ans, le nom de V. Corbis Lam., qui fut reproduit en 1834 par Dufrénoy dans son grand Mémoire sur les terrains tertiaires du midi de la France , p. 29, pour le moule et la contre-empreinte extérieure de nos calcaires, et p. 119 (avec le signe du doute), pour la coquille fossile de nos faluns. A en juger par le témoignage du moule et de la contre -empreinte , notre espèce serait plus renflée que le Venus excenlrica Agass., fossile d'Asli , et le V. reliculata Lamk , espèce vivante. Sous ce rapport, elle se rapprocherait davantage du V. verrucosa Lamk., autre espèce vivante, et il serait possible que l'espèce de nos faluns ne fût pas réellement la même que celle de nos calcaires. En tout cas , il est fort douteux que l'exactitude rigoureuse des déterminations actuelles permette encore l'assimilation d'une espèce miocène à une espèce vivante; mais il est impossible de ne pas reconnaître que la coquille de nos calcaires a une grande ressemblance avec la fig. 4. a. b. c. de la pi. 276 de l'Encyclopédie (V. Corbis Lamk. an. s. v. n 8 4, de l'Océan des Grandes-Indes). Parfois , les noyaux noirs ou nankin du calcaire bleuâtre dont il vient d'être question, forment le centre d'une boule de calcaire bien plus dur que la masse environnante , et qui s'en détache quelquefois par désa- grégation naturelle. Une de ces boules a été recueillie pour la collection de l'un de nous ; son grand diamètre ( elle est un peu ovalaire) est de 16 à 17 centimètres, et elle pèse 3 kilog. 13 décagr. Les grandes Échinides de Monségur ( Scutella striatula M el de Serres , et Amphiope Agassizii Ch. Des M.) ne se trouvent pas dans cette carrière du Grand-Tierro , mais à une plus grande distance de la ville , et dans une autre direction ; M. Delfortrie n'y a trouvé que rarement de très- petits Echinocyamus. En remplacement des Secrétaires non présents : Charles Des Moulins , Président. APPENDICE AD PROCÈS-VERBAL DE Là FÊTE UfflttH DE 1! Basiia, i er juillet 1865, C'est un fait certainement rare pour le personnel de la Société Linnéenne de Bordeaux d'avoir deux de ses membres correspondants dans la même ville de la Corse. Aussi avons-nous résolu, M. Manille et moi, de nous associer par une belle excursion botanique à la fête cham- pêtre que la Société Linnéenne célèbre chaque année, le premier jeudi après la Saint-Jean. Afin d'avoir une riche récolte de nos plantes spé- ciales, nous avions à choisir, pour notre excursion, entre les localités suivantes : 1 ° Sables du littoral et l'étang de Biguglia ; 2° les craies élevées du Monte-Pigno qui domine la ville de Bastia; 3° la vallée du Fango et les pâturages élevés qui dominent les villages de Cardo et de Sainte- Lucie. Le soleil du 29 juin s'étant levé radieux , et faisant présager une journée des plus chaudes, nous avons pris la détermination d'explorer la vallée du Fango , ainsi que les hauts plateaux où nous étions sûrs de trouver dans la journée de frais ombrages et des sources nombreuses d'eau vive. Nous avons quitté Bastia à sept heures du matin , et un quart d'heure après, nous gravissions le rude sentier creusé dans le rocher, qui conduit à Sainte-Lucie. Dès le début, nous mettons la main sur une plante qui nous avait jusqu'ici échappé, et que nous ne possédions ni M. Habille, ni moi, dans nos collections à'exsiccata de la Corse: c'est Y Allium pauci- florum Viviani, déjà trouvé à Bastia par M. Kralik. Sur les escarpements du sentier, nous recueillons Silène paradoxaL.; Alyssum corsicum Dub.; Linaria grœca Chav. ; Stipa tortilisL.; Andropogon liirlum L. Nous atteignons successivement les premières maisons de Sainte-Lucie , puis le hameau de Casa-Vecchia , et enfin, en continuant toujours notre ascension, le vieux fort ruiné qui domine la vallée du Fango. Nous nous reposons quelques instants, et reprenons noire chemin pour atteindre la cascade qui descend des hauteurs du Pigno. Rien à signaler en route, si ce n'est la présence du Teucrium Chamœdrys, forme très- velue, et Sanlolina incana abondant sur les rochers. Il est dix heures lorsque nous parvenons au pied du torrent ombragé clans presque tout son parcours intérieur. Nous faisons halte pour notre déjeuner, ei Tome XX Y. 34 ( 482 ) nous nous installons dans le lit même du torrent, sur un vaste rocher ombragé par des Ficus Carica, et Castanea vulgaris aux troncs élevés. Sur les rives du torrent, nous constatons la présence de YEupalorium Soleirolii non encore fleuri , ainsi que de Y Hypericum hircinum , très- abondant dans tous les lieux humides de la vallée inférieure; le Lilium croceum en fleurs se montre à nous dans tout son éclat. Nous reprenons notre excursion à midi, en nous dirigeant vers les hauts plateaux qui dominent le village de Cardo. Sur les rochers humi- des, nous recueillons quelques belles touffes du Silène pauciflor a Salzm. (espèce fort rare autour de Baslia), ainsi que le Ceraslium Boissieri Gr. et Godr., que le soleil commence à dessécher. Notre étroit sentier traverse tantôt des maquis secs et rocailleux (Genista corsica L. et can- dicaiis), tantôt des bois de châtaigniers, à l'ombre desquels nous trou- vons en abondance Lilium croceum L.; Lalhyrus variegalus (en fruits); OÈnanthe pimpinelloïdes L. (très-abondant), et Pulicaria odora. Nous arrivons vers deux heures à Gardo , et comme nous ne sommes nulle- ment pressés de retourner à Baslia malgré la chaleur du jour, nous nous décidons à explorer les bois qui s'étendent depuis les dernières maisons de ce village jusque dans la vallée inférieure. Autour d'une source très- abondante et nommée Aqua-razza par les habitants du village, nous rencontrons sur les rochers humides Bellium bellidioides , EupatoriuM corsicum, et dans les pâturages inondés Pastinaca lucida Gr. et Godr. (Pastinaca lalifoliaDC), ainsi que Y Hypericum hircinum en pleine floraison. Nous n'avons aucune autre plante intéressante à signaler, soit au milieu des maquis, soit dans les bois de châtaigniers. M. Mabille par- vient après [beaucoup d'efforts au fond du ruisseau très-raviné en cet endroit, et y découvre quelques touffes de YAcanlhus mollis L.; mais les feuilles , hélas ! en sont dévorées par les limaçons. Nos boîtes étant pleines, et n'ayant plus rien à espérer de la journée, nous rentrons à Bastia , mais en prenant, M. Mabille et moi , des che- mins différents. Bien nous a pris de cette détermination , car M. Mabille rencontra sur la rive gauche du ruisseau dont il suivait le cours, le Piplalherum mulliflorum P. Beauv. Sur les rochers qui bordent le che- min de la rive droite, je n'ai eu à signaler au retour que le Notholœna Maranlœ B. Br. (non encore fructifié). À cinq heures , nous avions ter- miné notre excursion. Od. Debeaux, Pharmacien-major ;i Dastia , correspondant. NOTE AU SUJET DE L'ANIMAL DU BULIMUS CANTÂGALLANUS Rang Par M. G. -P. DESHAYES Membre honoraire (1). L'une des belles planches du grand ouvrage de Férussac est consacrée à la représentation de l'animal, jusqu'alors inconnu, du Bulimus ovalus de Muller (pi. 447). Avant la publication de celte planche, les natura- listes ne pouvaient se faire une juste idée de la grosseur d'un tel mol- lusque et de la grandeur proportionnelle des parties qui le constituent. Il semblerait, si l'on ne connaissait la conlractilité des mollusques, que l'animal dont nous parlons serait de beaucoup trop gros pour être contenu en entier dans la coquille qu'il porte sur le dos. Quoi qu'il en soit de cette disposition , on ne peut douter de l'exacti- tude du dessin; il est certain qu'il a été fait d'après l'animal vivant, probablement à Paris, sous les yeux de Férussac, et par un très- habile artiste; car il est arrivé souvent à l'auteur de l'Histoire des mol- lusques de recevoir vivants des animaux provenant de régions éloignées. Tel qu'il est figuré, l'animal du Bulimus ovalus est très-épais et près de deux fois aussi long que la coquille; il porte en avant une tôle grosse et obtuse qui se confond avec le reste du corps. Le pied oblong , assez étroit, se termine en arrière en une pointe assez aigùe; il est aminci sur le bord, sur le pourtour duquel s'établit une rangée de tubercules subquadrangulaires, séparé du reste par un sillon étroit et profond. Ainsi que dans tous les mollusques de la même classe, la tête porte deux paires inégales de tentacules; les supérieurs ou oculifères sont très-allongés, coniques, à base large à sommet fort étroit et dilaté en un globule oculaire proportionnellement petit pour un aussi gros animal. La paire inférieure ou buccale des tentacules est de moitié plus courte ; ces organes sont presque lisses, tandis que les supérieurs sont couverts (1) Heureuse el fière d'enrichir son recueil d'un travail dû à la plume de l'illustre auteur de la Description des Coquilles fossiles des environs de Paris, la Société Linnéenne dépose dans ses archives, pour y être conservé avec honneur, le manus- crit autographe qu'elle a reçu de M. Deshayes et qui pourra servir, dans l'avenir, à constater, hors de Paris, l'authenticité des étiquetles qu'on croirait pouvoir attribuer à ce grand Conenvliologiste. ( 484 ) de granulations , dont la grosseur s'accroît du sommet à la base. Dans nos hélices d'Europe , l'ouverture de la bouche est comprise enlre deux lèvres courtes et simples; dans le Bulimus ovalus , au contraire, celle ouverture buccale est accompagnée de deux larges appendices cutanés , symétriques, séparés par une profonde échanorure médiane, aboutis- sant à la bouche, et terminés par un bord arqué, découpé par sept digi- lations, dont une plus petite et bifide est placée à l'entrée de l'échan- crure centrale. La peau de la surface frontale, jusque passé les grands tentacules, est couverte de granulations arrondies qui, plus en arrière, s'allongent, grossissent et forment des séries parallèles et longitudi- nales, occupant la partie moyenne du dos et séparées des flancs par un sillon étroit et profond. La peau des parties latérales de l'animal et de l'extrémité postérieure du pied est découpée par de larges sillons obli- ques et rayonnants, aboutissant à la bordure du pied; ces sillons sont eux-mêmes divisés transversalement en petits quadrilatères irréguliers. La surface de l'animal est donc diversement accidentée selon les régions que l'on examine; mais le caractère spécifique le plus apparent, celui que l'observateur saisit le premier, réside dans la coloration générale d e l'animal. Celte coloration est uniformément d'un gris de plomb foncé un peu bleuâtre; le manteau lui-même, qui vient s'épanouir sur les bords de l'ouverture de la coquille, est de la même couleur, d'une nuance un peu moins foncée. La coloration de l'animal, telle que la figure de Férussac la représente, paraît avoir été un peu exagérée, soit par le dessinateur, soit par le coloriage de la planche. Nous trouvons , en effet, parmi les notes de Férussac, un dessin au crayon représentant un autre individu moins grand du même animai , avec des annotations sur la couleur, d'après lesquelles il serait plus pâle et d'une nuance jaunâtre sur l'extrémité du pied. Ce dessin, nous le croyons, est de la main de Rang; les notes sont de l'écriture de ce savant distingué, et sur le même feuillet sont les croquis d'autres mollusques observés par lui au Brésil. Nous venons de prononcer le nom d'un savant estimé , d'un obser- vateur habile, dont la mort a brisé l'existence, lorsqu'au milieu de sa carrière, nommé gouverneur des petites îles que possède la France dans le voisinage de Madagascar, il se proposait de se consacrer avec une ardeur nouvelle aux travaux du naturaliste. C'esl â lui , comme on le sait, qu'est due la découverte du Bulimus Cantagallanus , dont il rap- porta quelques exemplaires de son voyage au Brésil ; il le fit connaître par une courte diagnose publiée dans les Annales des Sciences naturelles (1831, t. XXIV). Mais à cette époque, la plupart des conchyliologues , et Férussac lui-même, ainsi que le prouvent les notes manuscrites que nous avons de lui, considérèrent la coquille de Rang comme une simple variété à ouverture blanche du Bulimus avalas. Toutefois, lorsque la £^ 2 delolm M 1 B . Canta^allamis . Ran^ ( Rio -Janeiro.) Jmp .Hecied est dépourvu d'une bordure granuleuse séparée par un sillon. Les grands tentacules sont plus grêles et plus allongés, tandis que les ten- tacules buccaux sont plus petits, ayant à-peu-près le tiers de la lon- gueur des grands. Les appendices buccaux sont bien différents : ici ils sont plus petits, subtriangulaires; l'échancrure médiane est étroite et profonde, et les digilations qui en découpent le bord sont au nombre de trois : la première est bifide, la deuxième est à peine bifurquée, la troi- sième est simple. Au-dessous du grand tentacule droit se montre une ouverture étroite qui est celle de la génération. Enfin, la couleur géné- rale de l'animal du Cantagallanus est très-différente de celle de Y ovalus ; en effet, il est partout d'un jaune légèrement bistré, plus pâle vers le s bords du pied. Des observations que nous venons de rapporter, il résulte ce fait inté- ressant que deux espèces, dont les coquilles sont presque semblables , se distinguent beaucoup plus facilement par les animaux qui les ont produits. Ce fait intéressant doit engager les observateurs à suivre le salutaire exemple de M. de Folin : observer les mollusques et dessiner tous ceux dont les coquilles seules sont connues. Paris, décembre 4865. ETYMOLOGIE DU NOM DE L'ACON Parmi les élymologies curieuses que M. le chevalier de Paravey a parfois la bonlé de nous communiquer, il en est une qui me semble offrir un intérêt tout particulier; c'est celle de I'Aconit, et je suis heureux de mettre les Botanistes à même de jouir de ce fruit des savantes recherches de l'éminent orientaliste (1). Charles Des Moulins, président. Ly-Chy-Chin, qu'on pourrait nommer le Cuvier de la Chine, est l'auteur du magnifique ouvrage nommé Pen-lsao-kang-mou. Le livre 17 e de cette sorte d'encyclopédie est consacré aux plantes toxiques , diles en chinois to, en copie ou égyptien ma-TQV , en sanscrit ma-nou-ra. — Ce n'est pas le hasard qui a conservé , dans toutes les langues antiques, ce nom lo , ton ou dou : et comme , dans les Indes , le mot ma signifie aussi poison, venin, mort , on s'explique facilement la composition du mot sanscrit ma-dou-ra , poison mortel (2). Or, dans le livre 17 e , après l'Hellébore (autre poison), se trouve décrit Y Aconit féroce ( Aconilum ferox^N allich in litl. — DC. Prodr. I, p. 64, n" 21, du Népaul), reconnu, dans les herbiers apportés de la Chine et du Japon à Leyde, sous les noms Fou-tse et ou-teotj. Cet Aconit ou-leou ( Tête noire ou Tête du corbeau noir supposé (i) Je m'abstiens de reproduire les caractères chinois que M. de Paravey a scru- puleusement insérés dans sa lettre; ils n'entrent pour rien dans l'intérêt botanique de sa communication : Res, non verba. (2) Il me sera permis de citer, à l'appui de cette explication , une petite anecdote toute bordelaise : Ms r Guillemin, évèque de Canton, avait amené avec lui à Bordeaux, il y a peu d'années, un jeune séminariste chinois. M. l'abbé Pardiac, savant ecclésiastique de notre ville, ne pouvait converser qu'en latin avec ce jeune homme, placé à table à côté de lui; il s'avisa de lui demander le nom chinois des mets qu'ils avaient sous les yeux, viandes, poissons, écrevisses, légumes, etc., et le nom ma revenait avec une étonnante fréquence dans les réponses ; mais avec une accentuation tellement variée qu'on ne pouvait s'empêcher d'y reconnaître autant de noms véritablement différents . — (Note de M. Ch. Des Moulins.) ( 487 ) habitant du soleil, ou noyau noir, ou) reçoit, dans le Pen-tsao , douze noms divers , tous significatifs et qui y sont expliqués d'après les livres antiques de pharmacie que l'auteur chinois a soin de citer pour chacun d'eux. Le suc de ce poison terrible , de cet Aconit ou-leou, y est nommé che-wang ou la calamité, le malheur (ivang) que produisent les flèches des archers (che) ou toxicaires, sagittaires, c'est-à-dire des hommes qui , les Indiens du Népaul , comme les Germains et les Gaulois de nos Alpes, emploient ce poison to de l'Aconit, pour rendre leurs flèches mortelles (sens de wang). Parmi les douze noms que porte l'Aconit et qui doivent avoir passé , par traduction , dans diverses langues, on trouve celui-ci : hy-To ou le très-grand (hy) poison (to). Acon est le nom des flèches et des lances dans nos langues issues de l'Inde : Acon-i-to serait donc celui des flèches à poison , transporté à cette plante aussi célèbre que dangereuse. Pline dit qu'elle se trouve, à l'entrée du Pont-Euxin, au port d'AcoNE, qui en aurait ainsi pris le nom , et c'est précisément ce passage du naturaliste romain qui m'a conduit à fouiller dans mon Pen-tsao, car j'étais déjà assuré de connaître le vrai nom hiéroglyphique de la plante, grâce à la Flore sinico- japonaise de Hoffman, compagnon de M. de Sieboldt dans ses voyages au Japon. En japonais, elle se nomme Kabouto , ou Tori-kabouto ; — Jcabouto ou kabto signifiant en capuchon, en casque , forme qui appartient aux fleurs de tous les Aconits ; — et lori signifiant des oiseaux ; ce qui rap- pelle le corbeau ou dont il a été fait mention plus haut. De même, kabto nous amène k cap ut, tête ou capuche, que représente la tleur de l'Aconit ou-leou qu'on traduit souvent par Napel (1). Les dictionnaires sanscrits font venir ce nom, Napel, de celui du Népaul, où les Indiens l'employaient pour leurs lances et flèches. Parmi les douze noms de l'Aconit ou-leou, je trouve celui-ci : To- Rong , ou de chef, roi (koncj) des poisons (to). Ni Pline (lib. XVII), ni le Pen-tsao ne décrivent la plante et la fleur de l'Aconit : il semblerait qu'on eût peur de donner aux méchants la facilité de reconnaître un poison si terrible. (1) Bien que le véritable Aconit ISapel ne croisse qu'en Europe, mais à cause de la grande ressemblance qu'ont entr'elles les llcurs des diverses espèces et leurs pro- priétés. [Note de M. Ch. Des Moulins.) ( 488 ) îl est arrivé de là que Daléchamp, citant Dioscoride, Théophrasle et autres anciens , rapporte dix à douze plantes fort différentes à ce nom d'Aconit et à celui à'Anlkora ( qui est bien aussi un Aconit, mais à fleurs jaunes) , plante employée comme contre-poison du lora (Ranun- culus Thora L.) ou poison to. Mais la tradition y a vu en général notre Napel , et M. Guibourg, en recevant des drogues de Chine, a vu aussi l'Aconit dans une racine tu- berculeuse dite tsao-ou (plante ou-loou, tête de corbeau), et dans un autre ou-teou dit tghouen-ou (ou-teou des fleuves, tchouen). L'atlas du Pen-tsao-kang-mou , dont les planches, faites postérieure- ment à la rédaction de l'ouvrage , ne méritent pas la même confiance, représente l'Aconit de deux manières, savoir : 4° Le Che-iioang, dit tsao-ou-teou, qui est la plante à venin très- actif, dont la racine est grosse et la fleur unique, terminale (1); 2° Le Ou-tao-fou-tse, dont les tubercules nombreux ressemblent à de petits navets ; ses feuilles radicales et ses fleurs sont autres que dans le précédent. Le même atlas donne aussi la figure du Pe-fou-tseu, ou le blanc ; mais c'est une toute autre plante. Les Grecs de Délos sont allés, ainsi que les Arabes, civiliser la Corée et le Japon. Pline cite les Allacori vers l'Océan oriental, c'est-à-dire la mer de Corée , où l'on possède un alphabet qui y porte encore le nom de Kao-ly. Pausanias nous représente les Grecs de ces pays hyperboréens , en- voyant, par la Sibérie, des blés jusqu'à Délos en Grèce. Chang-pe signifie Nord-Est , et se traduit par hyperboréen (Chang , hyper, super; pe, Borée, boréen). C'est à tort qu'on a placé ce peuple sous le pôle; il habitait la Corée et le nord-est de la Chine , et il possédait les livres et la connaissance des constellations hiéroglyphiques de l'Egypte. Ch er de Paravey. 27 Septembre 1865. (1) Je ne sais quelle est la forme de la racine de Y Aconilum ferox. Celle de noire Napel se compose de 2-5 tubercules allongés (Gren. et Godr. FI. Fr, ). — (Noie de M Cli. Des Moulins) CATALOGUE DES PLANTE QUI CROISSENT AUTOUR DE DIMM ET DE SAINT-MALO AVEC NOTES ET DESCRIPTIONS POUK LES ESPÈCES CRITIQUES OU NOUVELLES Par M. Paul HABILLE Correspondant. PROLEGOMENES Je publie aujourd'hui le résultat de cinq années d'herborisations ; c'est un catalogue où j'ai consigné toutes les remarques et toutes les obser- vations que j'ai crues curieuses ou utiles à la science. Je ne m'étais d'abord proposé d'autre but que celui de décrire, comme en un tableau , la végétation de la côte septentrionale de la Bretagne ; mais je me suis vu entraîner par mon sujet même , et j'ai voulu faire connaître d'une ma- nière plus complète un pays peu exploré jusqu'à présent. J'ai donc divisé mon travail en deux parties : la première sera consacrée à la description de la contrée, de son aspect, de son sol, à des considérations de géo- graphie botanique. La seconde contiendra le catalogue des plantes qui y croissent, avec des notes sur leurs formes et la description des espèces intéressantes , critiques ou nouvelles. Je dois d'abord parler des livres que j'ai consultés plus particulière- ment et de la classification que j'ai suivie; pour celle-ci, j'ai pris le Synopsis de Koch ; c'est l'ordre que M. Lloyd a adopté dans la Flore de l'Ouest. Je commence par rendre justice à ce dernier ouvrage, quia toujours été mon guide. Son auteur me permettra ici une petite récla- mation : Les formes et les variétés ne sont pas toutes décrites dans sa Flore ; et cela est regrettable , dans un livre que sa grande clarté et son excellente méthode destinent à tous les commençants. Je prends donc la Tome XXV. 35 ( 490 ) liberté de plaider la cause des formes et des variétés, leur étude est im- portante, surtout aujourd'hui qu'on publie, dans toutes les parties de l'Europe, une quantité d'espèces nouvelles. Ce sont elles qui caracté- risent la Flore de l'Ouest; en même temps, je m'empresse d'offrir à l'éminent botaniste qui connaît si bien les plantes de celte contrée, mes remercîments , comme un faible témoignage de la reconnaissance que j'aurai toujours pour ses excellents conseils. Si j'ai montré quelque ar- deur pour la recherche et l'étude des plantes , c'est à lui que je le dois , et je ne désire d'autre récompense que son approbation. Les autres auteurs que j'ai consultés et qui ont traité, même d'une manière indirecte, de la Flore Bretonne, sont en petit nombre; je ne citerai que ceux qui sont indispensables à celui qui veut étudier la végétation de la côte septentrionale. J'ai déjà parlé de la Flore de l'Ouest, Je renvoie le lecteur à son excel- lente Introduction. Il faut ajouter : La Flore de la Loire-Inférieure, du même auteur. Nantes, 1844 ; La Flore du Morbihan , par Le Gall; La Flore des Côtes-du-Nord, par Ferrary; La Flore de la Normandie, par M. de Brébisson; Et la Flore du Centre , par M. Boreau. La Flore du Morbihan m'a sans doute été utile; mais la côte du nord diffère tant de la côte méridionale, que je n'ai pu y trouver tous les secours que j'espérais. Quant à la Flore de M. Ferrary, elle est comme non avenue. Le mérite d'une Flore locale consiste dans les localités dé- couvertes par son auteur, dans l'exactitude des remarques et des indi- cations. Ici, rien de tout cela, rien qui montre que l'ouvrage ait été fait en Bretagne plutôt que partout ailleurs. Il y a un mélange étonnant des plantes du terrain calcaire et du terrain granitique; c'est une com- pilation que les rééditions n'ont corrigée qu'en partie, et capable d'in- duire en de graves erreurs celui qui la voudrait suivre. La Flore de la Normandie , ouvrage digne de sa grande réputation , m'a été beaucoup plus utile. J'ai conservé le nom des nombreuses formes qu'elle signale. Enfin , la Flore du Centre de M. Boreau, est un vaste répertoire de Botanique , où il faut toujours chercher, quand on veut réduire tous les aspects que peut prendre.une plante. J'avais commencé à réunir les matériaux d'une étude sur la Flore cryptogamique de la presqu'île; mais, outre que le temps me faisait défaut, je dois laisser à d'autres un travail qui réclame plus que la vie ( 491 ) d'un homme. Je me suis contenté de cataloguer toutes les muscinées que j'ai pu rencontrer. Celle liste n'est certes pas complète ; il y a trop de localités que je n'ai pas visitées en temps utile. Quoi qu'il en soit, j'es- père avoir rendu service à celui qui entreprendra la Bryologie Armori- caine. Je prie M. Bescherelle , auteur des Muscinées des environs de Paris, de recevoir mes remercîments pour ses bons conseils, qui m'ont puissamment aidé dans une étude aussi attrayante que difficile. Enfin, je suis heureux de pouvoir témoigner publiquement à M. P. Schimper, l'illustre auteur du Synopsis Muscorum Europœorum , ma reconnais- sance pour sa bienveillance et ses précieuses observations. Je passe maintenant à la description du pays. Faire connaître la nature et l'aspect du sol est, je crois, une partie de la botanique; c'est étudier les mœurs et la vie même des plantes. Le pays que j'ai parcouru ne laisse pas d'être assez étendu. Comparé à la surface des cinq départements bretons, il est à coup sûr bien res- treint; mais il n'en est pas de même de sa Flore, dont les espèces s'élè- vent presque jusqu'à 1,000. On sait qu'il n'y en a guère plus de 1,300 dans la presqu'île entière.' Dinan n'est pas placé au centre de la contrée dont je vais tracer les limites; il est à l'une des extrémités, et à-peu-près à égale distance de l'embouchure et de la source de la Rance, dont il domine la vallée du haut du rocher où il est bâti. Je ne me suis pas renfermé dans les divi- sions administratives, qui n'ayant consulté ni la configuration du sol ni la nature, sont purement arbitraires. Au N. la côte m'a servi de limite depuis la baie de Cancale en Ille-et-Vilaine, jusqu'au Gouessan ou rivière de Morieux au N.-O. A partir de Morieux, c'est-à-dire à l'O. et au S.-O., les points extrêmes que j'ai atteints peuvent être reliés par une ligne qu'on ferait passer par Lamballe , Montcontour, Collinée et le versant méridional du Menez, en touchant à la forêt de Loudéac. Au S. et au S.-E., la même ligne remonterait vers le N. en partant de Menez , enfer- merait la forêt de Boquien et les coteaux de Guenroc , passerait à l'extré- mité du calcaire de Saint-Juvat vers Tréfumel, et de là, entrant en Ille- ct-Vilaine à Trévérien , irait rejoindre la baie de Cancale, sans envelopper Dol et son marais que je n'ai pu explorer. J'ai cité plusieurs fois la forêt de Loudéac, qui est cependant en dehors de mes limites; je l'ai fait parce que je suis persuadé que les espèces qui y croissent se retrouveront plus près de Dinan : cela s'est déjà con- firmé pour plusieurs. Je dois la connaissance de celte localité à mon ( 492 ) excellent ami, M. Henri de Ferron, et je me fais un plaisir de lui rendre ici justice. Botaniste désintéressé , il n'a cessé de m'accompagner dans mes plus lointaines excursions, m'a transmis toutes ses découvertes , et a toujours été pour moi le compagnon le plus aimable et l'ami le plus dévoué. Peu de botanistes ont exploré la région que je décris; personne, à ma connaissance du moins , n'a séjourné dans le pays pour y herboriser d'une manière suivie. J'en excepte M. H. de Ferron , qui, comme je l'ai dit, m'a fait voir tout ce qu'il a trouvé, et dont les découvertes sont confondues dans ce catalogue avec les miennes. Voici, du reste, les noms de ceux qui ont vu Dinan ou ses environs : Le premier qui se pré- sente à nous est Du Petit-Thouars. Au commencement du siècle , il résida à Saint-Malo , et c'est lui qui fournit à De Candolle des renseignements assez précis sur les plantes de la côte : il est cité dans la Flore Française. Les lieux ont bien changé depuis son époque, et quoiqu'on retrouve encore entre Paramé et Saint-Malo le Polypogon Monspeliensis , on ne peut y rencontrer le Scirpus Miche iianus , qu'il y avait découvert. Vers 1833, un naturaliste distingué et bon observateur, Bachelot de laPylaie, parcourut les environs de Dinan. En 1835, il publia, dans Y Annuaire Dinan ais , une étude géologique et conchyliologique sur le calcaire de Saint-Juvat. Il ne paraît pas s'être occupé des phanérogames. C'est lui qui découvrit, à Fougères, le PlerygophyUum lucens , que j'ai retrouvé à Coëtquen et à Babital. Viennent ensuite plusieurs botanistes que je ne connais que par les citations de la Flore de l'Ouest, ou par quelques notices. Je citerai MM. Degland, qui a parcouru la vallée de la Rance ; Le Gall, qui a vu Dinan et Saint-Malo ; J.-M. Sacher, Despréaux , Delise et Godefroy. C'est à ces deux derniers savants cryptogamisles que M. Lloyd allribue la dé- couverte du Polypodium Dryopteris, dans le chemin de Dol à Saint-Malo. Je n'ai pas été plus heureux que ceux qui ont essayé avant moi de retrou- ver cette plante. Je n'ai plus à citer que M. Bichemin , pharmacien à Lamballe; j'ai visité le pays où il herborise, et trouvé les espèces qu'il a indiquées le premier; et enfin M. Lloyd. Il a parcouru toute la côte et suivi l'arête qui forme la ligne de partage des eaux au^centre de la presqu'île ; il y a fait de très-belles découvertes. Je n'ai pas toujours eu le bonheur, mal- gré de bonnes indications, de les retrouver. La contrée qui a été le théâtre de ces herborisations est une partie du ( 493 ) versant N.-E. de la Bretagne, inclinée vers la mer à partir du Menez. Elle est traversée par plusieurs cours d'eau , dont le plus considérable est laRance. Ces ruisseaux ou rivières coulent au fond de profondes val- lées qui souvent sont parallèles entre elles et se dirigent vers l'Océan. Toutes ces vallées sont formées par de hauts coteaux où s'entassent des rochers nus, à l'aspect sauvage et pittoresque; la plus remarquable est celle de la Rance. Cette rivière prend sa source dans le Menez derrière Collinée; son cours, qui se dirige d'abord vers le N.-E., tourne brus- quement à Saint-André-des-Eaux vers le N., et va se jeter à la mer par une embouchure d'une lieue de large. Les hauts coteaux ne commencent guère qu'au-dessous de Saint-André; mais , à partir de là, ce n'est plus qu'une suite de sites et de paysages d'une beauté singulière et frap- pante. Un des jolis voyages que l'on puisse faire, c'est celui de Dinan à Saint-Malo par la rivière ; le bateau à vapeur fait défiler devant les yeux du spectateur des collines gigantesques qui atteignent souvent 100 mètres d'altitude ; des rochers abruptes, semblables à de vieilles et hautes mu- railles , des gorges profondes, des sommets boisés ou peuplés d'une multitude de blocs de granit accumulés , des villages, des grèves, des plaines d'eau immenses, et enfin le splendide panorama de l'embou- chure de la rivière avec ses deux villes et ses bourgs. Toutes les fentes qu'offrent les rochers , ces bois humides , ces haies , ces pelouses , ces petits ruisseaux formés dans les vallées latérales, sont d'excellentes localités pour le botaniste, et qui peuvent être comparées à celles du littoral. Les autres vallées , surtout, celles de l'intérieur, sont moins belles que celle de la Rance ; mais qui a vu celle-ci peut se faire une idée sommaire des autres; je n'en parlerai donc pas. Je les ai toutes visitées, et cha- cune d'elles renferme quelque chose de curieux. Quand on se dirige vers l'intérieur des terres, le terrain s'élève plus lentement et d'une manière moins accidentée ; ce sont de grandes ondu- lations uniformes, à pentes souvent stériles et désolées. On arrive au Menez : c'est le nom qu'on donne à la première partie de l'arête qui divise la presqu'île en deux versants, le Menez proprement dit ou Menez de Montcontour; c'est un massif composé de plusieurs sommets presque isolés et dont le plus haut a 340 mètres de hauteur absolue. Ces som- mets sont des monticules arrondis, à pentes rases et nues. Rien n'est triste comme les environs de ces montagnes ; les cultures montent sou- vent jusqu'au sommet des collines ; quand elles manquent, ce sont des ( 494 ) landes basses , ballues des venls , ou des pelouses sèches. Les vallées, arrosées par de nombreuses sources sont trop souvent des marécages ou des prés spongieux : quelquefois on rencontre de vastes dépressions, véritables réceptacles de boue liquide, que les paysans appellent Cas ou Cassières ; c'est là que le botaniste doit se diriger. Le CasdesNoës, près de Collinée, est remarquable par la quantité d'espèces rares qu'il renferme , et dont la plus curieuse est le Lycopodium Selago L. Quand on quitte le Menez pour redescendre dans les plaines , le pays change d'aspect et frappe tout d'abord le voyageur étranger à la Bretagne. Tous les champs sont environnés de hauts talus en terre plantés de grands arbres et de haies épaisses; la vue est bornée de partout, et l'on croit à une forêt sans issue et sans fin. L'usage est d'émonder à des épo- ques fixes les arbres âgés, et rien n'est bizarre comme ces troncs noirs qui se tordent et se déforment sous les coups de la serpe; joignez à cela les rangs de pommiers qui traversent tous les champs, et dont les têtes énormes, formées de mille branches , sont toujours chargées d'une végé- tation de lichens et de gui, qui leur donne une sorte de feuillage jus- qu'en hiver. Au printemps, ils se couvrent d'un nuage de fleurs roses ou blanches, qui égaient les champs de leurs couleurs vives et riantes. Parfois l'horizon s'élargit lout-à-coup , et la vue se perd sur une plaine sombre et unie : c'est la lande. Pendant de longs mois elle est triste; mais, à la fin de l'année, elle s'embellit, elle devient éblouissante. Les ajoncs et les bruyères mêlent ensemble des flots d'or et de pourpre : c'est un océan de verdure avec des îlots de couleurs tranchées et étin- celantes. Puis l'horizon se referme et les grandes haies recommencent. En approchant de la mer, on assiste à un nouveau changement ; la terre s'efface pour laisser le voyageur tout entier au prodigieux spectacle qui s'offre à ses regards, sans fin, sans limites, avec ses rochers, ses précipices , ses écueils , ses plages de sables jaunes et sa grande plaine verte, mouvante, immense, tantôt calme et unie, mourant sur la grève avec un bruit sourd et monotone , tantôt bouleversée , hérissée , furieuse, et faisant retentir le fracas de ses colères et de ses longues vagues écu- mantes qui bondissent jusqu'au sommet des plus hautes falaises. Ces falaises atteignent souvent des proportions gigantesques; le granit qui les forme , rongé et noirci par l'action de l'air et des vents humides , leur donne un aspect sombre et triste , qui rend encore plus brillantes les gracieuses plages dont elles sont entremêlées. Le promontoire de Lavardc , le havre de Rothéneuf et bien d'autres points peuvent déjà ( 495 ) satisfaire la curiosité du touriste et la passion du botaniste; mais le cap Fréhel offre un de ces spectacles grandioses qui frappent l'imagination et s'y gravent. Qu'on se figure une pointe d'un myriamètre de longueur sur 5 kilom. de large à la base, et qui s'avance au milieu des flots, nue, déserte, sans habitations comme sans arbres. Le vent de la mer condamne à ram- per la végétation et la transforme en gazons que l'on coupe pour le chauffage; à l'extrémité du cap s'élève un phare d'un grand et bel effet. Au-delà 1 le sol finit brusquement par des falaises d'une hauteur prodi- gieuse; l'œil se trouble à contempler cette cascade de rochers; la mer semble tournoyer à cette profondeur, et le bruit des vagues n'arrive plus à l'oreille que comme un murmure confus» D'immenses blocs détachés de la côte par des secousses anciennes se dressent à une petite distance et servent de retraite à tout un peuple d'oiseaux de mer dont les traces blanchissent leurs flancs. L'un de ces rochers est surtout remarquable; c'est une pyramide de grès , rongé par l'air marin , calciné par le soleil; rien n'est imposant comme ce géant immobile qui défie les pas les plus hardis et les plus sûrs , dont la base est toujours battue par une vague blanche d'écume et qui vient porter sa tête jusqu'aux pieds du specta- teur émerveillé qui le contemple du rivage ; c'est peut-être cette mer et cette nature sauvage qui a inspiré un écrivain ou plutôt un poète : Maurice de Guérin a dû sentir vivement la grandeur des spectacles offerts par la mer. Voici un passage qu'il est difficile de ne pas citer : « Le coucher du soleil est ravissant; les nuages qui l'ont escorté vers » l'Occident s'ouvrent à l'horizon comme un groupe de courtisans qui » voient venir le Roi , et puis se referment sur son passage. Le soleil » couché, quelques-uns de ces nuages s'en reviennent et remontent » dans le ciel emportant les plus belles couleurs ; les plus lourds restent » là aux portes du palais, comme une compagnie de gardes aux cuiras- » ses dorées. » Hier, c'était une immense bataille dans les plaines humides : on eût 7> dit, à voir bondir les vagues, ces innombrables cavaleries de Tartares » qui galoppent sans cesse dans les plaines de l'Asie. L'entrée de la baie » est comme défendue par une chaîne d'îlots de granit. Il fallait voir les » lames courir à l'assaut et se lancer follement contre ces masses avec » des clameurs effroyables; il fallait les voir prendre leur course et » faire effort à qui franchirait le mieux la tête noire des écueils ; les plus )> hardies et les plus lestes sautaient de l'autre côté en poussant un grand » cri; les autres, plus lourdes cru plus maladroites se brisaient contre ( 496 ) » le roc en jetant des écumes d'une blancheur éblouissante, et se reti- j> raient avec un grondement sourd et profond, comme des dogues repous- j> ses par le bâton du voyageur. » Voilà bien la baie de Saint-Malo prise d'assaut par les vagues du cap Fréhel. Je ne dirai qu'un mot des forêts; elles sont rarement riches en bonnes plantes; le terrain granitique et l'humidité du sol leur donnent une uni- formité désespérante pour le botaniste; je ne connais qu'une exception , c'est le bois ou forêt de Coëtquen , à deux lieues de Dinan , sur la roule de Combourg. Les meilleures espèces du département s'y trouvent réu- nies, et des plantes aussi étrangères au granit que YEpipactis pahistris et le Neotlia nidus-avis, y croissent à côté l'une de l'autre. Par une coïncidence singulière, ce bois si intéressant pour le naturaliste, l'est tout autant pour le touriste. Il prend son nom du vieux château de Coëtquen, aujourd'hui ruiné, mais dont les restes mutilés méritent une visite ; de l'aulre côté du bois s'élève le château de la Chesnaye, non moins curieux par les souvenirs qui s'y rattachent ; c'est là qu'a vécu un remar- quable écrivain dont le nom a rempli l'Europe , F. de La Mennais. Je crois avoir donné une idée générale du pays que j'ai parcouru. La Bretagne est une des provinces de France qui gagneraient le plus à être connues; et je conçois l'amour exclusif que ses enfants lui portent; elle aune qualité rare et digne d'être appréciée, c'est l'originalité. Elle déploie ses côtes tailladées et ses sites admirables à 15 ou 20 heures de Paris. Mais l'on préfère de coûteux voyages, la Suisse, par exemple, avec l'avidité de ses guides et l'hospitalité calculée des aubergistes. Je sais bien qu'il y a là le grandiose de plus , et que les chemins de fer vont civiliser la Bretagne ; moi , qui l'ai connue vierge encore, j'en garderai un bon souvenir, et me plairai toujours à me rappeler nos excursions parmi ses rochers sauvages et ses vallées pittoresques. DISTRIBUTION DES VÉGÉTAUX. Il est facile d'établir quelques grandes divisions dans la Flore; elles suivront la nature du sol , car il y a pour ainsi dire plusieurs Flores juxta-posées, et qui le plus souvent ne se mêlent point. D'abord la Flore des terrains modernes eT, de l'étage tertiaire : c'est celle du littoral et de quelques petits bassins intérieurs très-circonscrits. Puis celle des terrains anciens ou de cristallisation. ( 497 ) Je ne ferai que fort peu de subdivisions : je renvoie à l'Inlroduclion de la Flore de l'Ouest, où il y a d'excellentes listes que l'on peut consul- ter, et qui grossiraient inutilement ce travail. La première de ces Flores est la plus intéressante, à cause du peu d'étendue des terrains qui lui appartiennent; encore ces terrains sont- ils quelquefois envahis par des couches de sables venus des roches primitives ; et il faut poser comme règle générale , du moins en Bretagne , qu'il n'y a que les couches supérieures d'un sol à influer direc- tement sur la végétation. J'ajouterai, en second lieu, que toute couche de terre produite par des débris accumulés d'anciens végétaux, forme des terrains neutres , pour ainsi dire : ils contiennent des plantes de tous les autres terrains, et sont les seuls à nourrir des plantes appartenant exclusivement au calcaire. Ceci posé , je divise la Flore des terrains modernes en trois florules : 1° Celle des sables maritimes; 2° Celles des vases et des terres salées; 3° Celles des terrains tourbeux et calcaires. Parlons d'abord du calcaire de Saint-Juvat : c'est un dépôt de molasse coquillière ; cependant , tout ce bassin ne possède guère que deux ou trois plantes particulières, et une douzaine d'autres qui lui sont communes avec les sables maritimes. Cette pauvreté vient de l'épaisse couche de terres sablonneuses qui recouvrent le terrain solide sous-jacent, et ne participent pas aux qualités de ce sous-sol. Ce sont les endroits où l'on a exploité le sablon qui sont seuls bons à visiter. On a créé là de vérita- bles localités calcaires ; et il se pourrait bien faire que les plantes qui y croissent aujourd'hui fussent étrangères au pays, malgré leur abondance présente. Ainsi YOrchis hircina L. ne vient qu'au fond des anciennes carrières ; le Lathyrus silvestris dans un petit bois qui a aussi été planté sur un terrain bouleversé , et où le calcaire est presque à nu. On peut conclure de cette remarque que d'autres plantes apparaîtront à Saint- Juvat qui n'y sont pas encore , et que cette localité possédera un jour bien des richesses botaniques étrangères à la contrée. La Florale des sables maritimes et des vases salées est peut-être la plus variée , certainement la plus curieuse : c'est que le terrain est tout particulier; aux qualités de tous les autres, il en joint qui lui sont pro- pres : les principes calcaires et salins fournis par la mer et les coquilles, se mélangent et se confondent avec les débris des roches qui composent la côte. C'est là qu'on trouve des espèces nouvelles , non-seulement ( 498 ) pour le déparlement ou pour la France, mais des espèces non encore décrites. Consultez les Flores locales qui ont paru depuis vingt ans , et voyez combien d'espèces étrangères ou nouvelles ont été décrites; pres- que toutes ont été trouvées sur la zone maritime ; les noms sont faciles à citer : Slatice occidenlalis Lloyd , Sagina maritime/, Don., Sag. ambigua Lloyd, Géranium modeslum Jord. , Arenaria Lloydii Jord. , Erodium Lebelii Jord., Chara alopecuroides Delile, etc. La côte du Sud est encore plus favorisée, et il y a certes à y chercher et à découvrir encore pour quiconque en aura la patience et le loisir. Les plantes de la zone maritime se reconnaissent en général à leur structure; leurs tiges et leurs feuilles sont charnues et imitent celle des plantes qui portent le nom vugaire de plantes grasses. Du reste , bien des plantes étrangères aux terres salées subissent aussi, quand elles sont exposées à l'air marin ou à des vents constants , une transformation qui épaissit leurs tissus. Rien n'est curieux comme une de ces plaines qu'ont produites les vases marines émergeant peu à peu, et que les grandes eaux seules peuvent couvrir. Celles de la Yille-ès-Nonais offrent, au mois de juillet ou d'août, un ravissant spectacle : c'est une masse énorme de vases qui atteignent 15 ou 20 pieds d'épaisseur. Elle est sillonnée et coupée dans une foule de directions par des ruisseaux ou des crevasses, creusés par les eaux à la retraite des marées. Entre ces ruisseaux, le sol est plat et recouvert d'une puissante végétation , entièrement maritime. Ce sont des prairies de Slatice; les pieds sont tellement serrés, que leurs fleurs forment, vues de loin, de larges plaques rouges ou bleues, selon l'es- pèce. Les Salicomia abondent partout; d'espaces en espaces apparaît le Sparlina siricla. Il y a un fait curieux dans la vie de cette graminée, condamnée , du moins ici, à être souvent couverte par les eaux. Les dernières fleurs du double épi sont stériles, et les autres fleurissent et fructifient à l'intérieur des gaines ; la plante semble avoir la propriété , pourquoi ne pas dire l'instinct, de préserver ses graines d'une trop grande humidité, et d'assurer sa reproduction. A La Richardais, où la plante n'est pas toujours submergée , beaucoup d'épis sont fertiles jusqu'au bout, et j'en ai de Bayonne qui sont tout semblables. Ce n'est donc pas une sorte de loi qui sacrifie les premières fleurs pour conserver les der- nières, comme nous le voyons dans le Leersia orizoides. Le phénomène que présente celte autre plante ayant été fort savamment exposé dans la Flore Parisienne, 2 e édition, je supprime mes observations devenues inutiles. Je rappellerai seulement que toutes les fleurs qui sortent des ( 499 ) gaines dans le Lecrsia sont non-seulement stériles , mais incomplètes. On peut ajouter que cette observation a été faite depuis bien longtemps , et seulement retrouvée de nos jours , car on lit dans Schrader, Flor. Germ.y t. I, pag. 177 : « Inclasam paniculœ parlent flosculos perfectos , exserlam plerumque imperfeclos et stériles proferre , e propria autopsia confirmare possum, » et c'est en parlant d'une observation de Schreber. Pour revenir à la Flore maritime, on peut dire que l'action de l'air marin sur les plantes se réduit à une exagération des caractères spécifi- ques aux dépends de la taille et des proportions. Tout ce qui est velu ou pubescent devient laineux ou cotonneux; les tissus et leurs cellules se dilatent, s'épaississent, la feuille devient charnue. Chez les grami- nées, la couleur verte devient glauque ou violàtre; comme je l'ai déjà dit, le grand air a les mêmes effets; bien des formes des rochers du Menez rappellent celles des falaises. La Florule des sables maritimes ou plages que n'atteint pas l'action des eaux, est remarquable par le nombre de plantes spéciales qu'elle renferme : plusieurs lui sont communes avec les régions calcaires du centre de la France ; je fais toujours suivre leurs noms dans le catalogue de ces mots : sables maritimes ou région maritime. Je n'ai qu'un mot à dire sur les tourbières et leurs plantes; nous n'avons qu'un seul dépôt de tourbe considérable , celui de Châteauneuf. Cette belle localité, que j'ai explorée un peu tard et pas assez souvent, contient une douzaine d'espèces presque étrangères au nord de la Bre- tagne; il en reste encore à découvrir, car je n'y suis jamais allé au mois de mai. Comme elle s'étend jusqu'à Dol , que je ne connais pas, je ne saurais trop recommander aux botanistes futurs de la visiter pas à pas en toute saison. La seconde Flore est celle des terrains de cristallisation; elle est aussi intéressante pour l'étranger que celle du littoral , car elle ne manque pas de belles et rares espèces; mais c'est celle des neuf-dixièmes du sol breton; on n'y peut faire d'autres divisions que celles que comporte toute Flore , et je renverrai encore ici à la Flore de l'Ouest. J'avais essayé, par de nombreuses notes , d'expliquer les causes de la dispersion des espèces et de leur localisation singulière; mais elles sont encore trop incomplètes pour que je puisse en tirer de bonnes conclu- sions. Je me bornerai à résumer seulement quelques observations que l'on peut facilement vérifier. Certaines espèces de plantes ne se trouvent dans le granit que sur des terrains modifiés à leur superficie par les ( 500 ) débris d'une puissante végétation de Sphagnwm et d'autres mousses. Quand il y a quelque source ferrugineuse , ce qui est fréquent, les dépôts peuvent déjà produire quelques espèces des tourbières anciennes, ou des terres de bruyère, comme Carex ampullacea , Peucedanum parisiense , Selimim carvifolia. C'est le fond des vallées qui est toujours, en Bre- tagne, le plus digne d'attention; la raison en est, je crois, que le granit ou les schistes n'y sont point purs, mais tout-à-fait mélangés ensemble et joints à de la terre végétale. Les vallées les plus riches sont celles où les coteaux ne sont pas d'une même nature, mais bouleverés par les diverses convulsions qui ont travaillé la presqu'île. Les grés, les roches syénitiques, si peu répandues, ne présentent rien de particulier, car la Genliana amarella et YEuphrasia gracilis du cap Fréhel ne sont pas des plantes propres au grès. Je n'ai trouvé les Erddium botrys, Romulea Columnœ, Hypericum linearifolium , Corydalis claviculata L., et quel- ques autres , que sur les coteaux entièrement granitiques ou entièrement schisteux. Le climat des Côtes-du-Nord est, en moyenne, très-doux ; les hivers y sont habituellement beaucoup moins rudes que ceux des parties du centre de la France situées à deux degrés plus au midi. L'arbousier, le laurier, le figuier, les magnolias , même le camélia viennent très-bien , surtout sur le littoral , et ne sont que très-rarement gênés par la gelée. Celte douceur de température dans l'hiver est compensée par l'humidité du printemps et d'une partie de l'été. Des pluies continues sont fréquen- tes, et désolent le botaniste qui pourrait, dans sa rancune, appliquer au climat ce qu'un astronome anglais disait de celui de Liverpool : « Il y pleut un peu plus que tous les jours. » Beaucoup de végétaux du Midi ont été importés et prospèrent , surtout ceux qui s'accommodent d'un air humide; mais la vigne ne mûrit pas son fruit, quoiqu'il y ait çà et là de belles treilles et qui donnent d'excellents raisins. On voit cependant qu'au XIII e siècle les bords de la Rance , et notamment la commune de Taden , contenaient de grands vignobles : le vin devait être aussi mau- vais qu'il l'est aujourd'hui sur la côte du Sud , et c'est peut-être la raison qui a fait disparaître la vigne des coteaux. Il est possible aussi que la cause la plus directe de cette disparition soit l'introduction des pom- miers, qui furent importés de la Biscaye vers l'an 1300. Leur fruit sert à faire du cidre, qui est la boisson la plus répandue. J'ai noté avec soin toutes les plantes naturalisées ou cultivées de manière à mériter l'atten- tion ; j'en ai formé une liste séparée que je donne ici. ( 501 ) Piaules naturalisées par la culture et ne se propageant pas spontanément. 1. Ranunculace.e. Ranunculus acris L. Jardins, etc. Helleborus niger. L. Jardins, etc. Delph. Ajacis L. Jardins, rues des villages, champs de blés à Saint-Briac. — orientale G. Décombres et champs à Saint-Malo. 2. Magnoliace.e. Quatre ou cinq espèces prospèrent dans les parcs et jardins. Le Magnolia grandiflora prend de belles proportions au bord de la mer. Liriodendron tulipifera L. Parcs, fleurit et fructifie. 3. Papaverace^e. Papaver horlense Huds. Jardins, décombres, etc. 4. CRUCIFERiE. Brassica oleracea L. Avec toutes ses races; cultivé et naturalisé dans les champs. Brassica campcslris L. Fréq. cultivé. Raphanus salivus L. Jardins potagers. Hesperis malronalis L. Ornement ; fréq. échappé des jardins. Matlhiola incana. ) , ,. \ Jardins et vieux murs. — annua. } Malcolmia maritima et M. littorea. Souvent cultivées; l'une est assez com- mune, par années, sur les murs à Dinan. Lepidium salivum L. Peu cultivé, et naturalisé cependant partout. 5. Resedace^e. Reseda odorata L. Je l'ai trouvé une fois à Saint-Lunaire, couvrant tout un champ de luzerne. 6. Caryophyllete. Dianthus barbatus. Jardins. — plumarins. Jardins. Silène armeria. Haies des jardins. Lychnis viscaria. Échappé des jardins. L. coronaria. Décombres et champs, autour des habitations. 7. MalvaCe^e. Althœa rosea L. Cultivé partout, et de là dans les sables de la contrée maritime. Hibiscus syriacus L. Haies des champs à Roth.eneuf. ( 502 ) 8. ÏÏYPERICINE/E. Hypericum calycinum L. Naturalisé au Chêne- Vert, où il couvre les rochers, etc. Je ne crois pas que cette plante se reproduise de graines, mais biende rejet. //. Hircinum L. Quelques haies à Dinan. 9. ACERINE.'E. Acer pscudo-platanus L. Planté sur les routes et dans les parcs. — plalanoidcs L. Un peu moins répandu. 10. HlPPOCOSTANE/E /Esculus hippocastanum L. Très-fréquent. Ce bel arbre se reproduit spontanément et doit prendre place dans les Flores. 11. AMPELIDEvE. Vilis vinifera Lin. Jardins , serres. 12. Balsamine/e. Impatiens balsamina L. Tropœolum ma jus. L. Ces deux plantes se trouvent souvent dans les champs, où leurs graines ont été portées avec les fumiers; elles ne reparaissent pas la deuxième année. 13. Rutace.£. Rula gravèolens L. Vieilles murailles; elle est à Saint-Juvat et à l'abbaye de Lehon, 14. CELASTRINEiE. Slaphylca pinnata. Parcs, etc. Ailanthus glandulosa Desf. Plelca Irifoliala L. 15. Leguminos/E et Papilionace/e. Cylisus sessilifolius L. ] — capitatus Jacq. > Parcs et jardins. — Laburnum L. ) Tnfolium pratense L. Ce trèfle a été distingué du trèfle sauvage; il est un peu plus robuste et se reconnaît même quand il s'échappe des cultures. Trifolium incarnalum L. Généralement cultivé, et naturalisé sur les coteaux maritimes. Trigonella fœnum-grœcum L. Jardins. Galega offlcinalis L. Sort quelquefois des cultures. On trouve dans toutes les plantations : Robinia pseudo-acacia L. ( 503 ) R. viscosa L. ( Ces deux arbres viennent mieux sur le littoral R. umbraculifera ) Colutea arborescens L. Coronilla Emerus L- Hedysarum onobrychis L. Saint-Ikiac. Eroum lens. Rarement cultivé. Phaseolus vulgaris L. et toutes ses nombreuses variétés- Cercis siliquasirum L. 16. PiOSACE/E. Amygdalus persica L. — lœvis L. L'amandier n'est pas cultivé. Prunus armeniaca h. — padus L. — lauro-cerasus L. C. Beaucoup de cerisiers, dont le plus répandu est un grand et bel arbre, dont le fruit ressemble à celui du C. avium L., mais il est deux fois aussi gros; on l'appelle badille, et l'arbre badillier. Beaucoup de spirées, dont les principales sont : Sp. aruncus L. — hypericifolia L. — salicifolia L. Aucune ne sort des jardins. — De nombreux fraisiers. — La plupart des rosiers des jardins. — Je n'en ai jamais rencontré hors des cultures. On cultive pour l'odeur de ses fleurs et de ses feuilles un Rosa importé d'An- gleterre, qui est simple et de la section du R. rubiginosa; plusieurs Cratœgus, entre autres le C. pyracanlha L., dont on voit un gros buisson sur les coteaux do la Rance, à l'endroit dit muraille de l'œuvre, une mul- titude de poiriers et de pommiers, dont les graines forment un nombre infini de sujets sauvages où il est impossible de se reconnaître avec le peu de formes décrites jusqu'à présent. Je signale en passant une de ces formes entre les rochers qui dominent Lehon, sur la rive droite; une autre qui est assez commune à la forêt d'Yvignac; une troisième, enfin , qu'on trouve souvent dans les haies et dont le fruit très-petit est rouge ou jaune : les deux premières sont des pyrus, la troisième un malus. Sorbus aucuparia L. ) — hybrida L. \ 47. PUIL ADELPHEiE. Philadelplms coronarius L. Se voit quelquefois dans les haies des jardins. ( 504 ) 18. CUCURBITACE.E. Cucurbila maxima L. Les autres espèces ne sont cultivées que dans les potagers et ne se répan- dent jamais au dehors. 19. Grossularies. Ribes nigrum L. Jardins, etc. Beaucoup de Ribes étrangers plantés dans les parcs; entre autres le Rib. alpinus L. 20. Saxifrages. Plusieurs Saxifrages sont employés à orner les rocailles, et on les retrouve quelquefois sur les rochers, surtout sur le littoral : celle du Chêne-Vert est peut-être VHypnoides L. Hydrangea hortensia DC. 21. Ombellifers Buplevrum frulicosum L. Plante d'ornement. 11 y en a eu longtemps une belle touffe près de Paramé, au pied d'un mur. Levisticum officinale Koch. Archangelica offtcinalis Hoff. Se ressème d'elle-même. Myrrhis odorata Scop. Jardins. Coriandrum sativum L. Moissons de la Courbure. 22. Caprifoliaces. Viburnum opulas L. — tinus L. — Lantana L. Lonicera caprifolium L. — tatarica L. Ce dernier pousse dans les vieilles usâmes et semble se naturaliser à Dinan , Lamballe. Symphoricarpos racemosus Mich. 23. DlPSACEiE. Scabiosa atropurpurea L. Sort assez fréquemment des jardins. 24. Composites. J. Aster sinensis L. — novi-Belgii. Sur les décombres sortis des jardins — rubricaulis. Bords de la Rance, à Lehon j et plusieurs autres espèces. Solidago canadensis L. — glabra Desf., et sept ou huit autres espèces qui toutes finiront par se naturaliser aux bords des eaux où on les trouve déjà fréquemment. ( 505 ) Helianlhus annuusL. — tuberosus L. Dahlia variabilis Desf. Chrysanlhemum indicum L. Arlemisia abrolanum L. — (Iracunculus L. Helichrysum orientale DC. Gnophalium margarilaceiim L. Cineraria marilima DC. Calendula officinalis L. Ces trois dernières plantes se rencontrent assez souvent sur les décombres et sur les vieux murs; elles se reproduisent d'elles-mêmes et se répan- dent de plus en plus. Cynara scolymus. } Jardins et potagers. — cardunculus. ) Scorzonera hispanica; il existe sur deux ou trois vieilles murailles à Dinan. Lactuca saliva L. 25. Campanulace/E. Quelques belles espèces sont cultivées dans les jardins. La C. glomerala L. du centre de la France ne se rencontre jamais à l'état sauvage. 26. Oleace^e. Fraxinus ornus L. Parcs, etc. Syringa vulgaris S. — persica L. Planté dans les jardins et quelquefois en haies; dans les champs, surtout le premier. 27. Jasmine,e. Plusieurs espèces : la plus répandue est le J. officinale; on le rencontre abandonné à lui-mènie dans la région maritime. 28. BORRAGINEiE. Omphalodes verna Meench. Jardins. 29. ConvolvulacejE. Convolvulus purpureas L. Jardins. 30. SOLANE.. R. nemorosus DC , excl. syn. , R. silvaticus Th. — Rois, forêts. Mai-juillet. If: — Forêts de Coëtquen , d'Yvignac, de Roquien et de la Hunaudais. AC. 15. R. repens Lin. — Lieux humides. Mai-septembre, if. CC. p. erelus DC. — Tiges dressées, sans stolons. — Fossés du littoral, y. villosas Bréb. — Tige couverte de longs poils. — Lieux secs. R. 16. R. rulrosus. Lin. — Prairies, etc. Avril-juin if. — C. partout. p. parvulus Bréb. — Plante naine à 2-5 f. radie, 1-3 flore. — Sables maritimes. 17. R. philonotis Lin. — Lieux secs, humides l'hiver. Mai-juillet. ®- — AC. par localités. — Saint-Juvat , Dinan , le littoral , etc. AC. 18. R. parviflorus Lin. — Lieux secs un peu sablonneux. Mai-juin. ®. — Vallée de la Rance, Saint-Juvat. — Plus C. sur le littoral. 19. R. arvensis L. — Moissons, juin-juillet®. — Plesder en Ill.-et- Vil. — Saint-Juvat, Saint-Rriac , Dahouet, etc. ; dans les côtes du N;ird. AR. FJCARIA Dill. (Nov. gêner 103). 20. F. ranunculoides Msench. — Lieux frais. Février-mai. If. CC. — Varie à sinus de la base des feuilles, très-ouvert par la diver- gence des lobes ou tout-à-fait fermé, et à lobes se recouvrant l'une l'autre; mais celle forme n'a aucun des autres caractères alribués aux F. ambigua et grandiflora. HELLEBORUS Lin. (Gêner 702). 21. H. vïridis Lin. — Haies, bois. Mars-avril, if. — Route de Com- bourg, à la ferme Saint-Nicolas; Saint-Juvat; çà et là sur le littoral. — R. introduit. — Je n'ai pas rencontré le Callha palus- tris L. qui croît à Redon; peut-être existe-t-il à Dol, Château- neuf ou dans le Menez. ISOPYRUM Lin. 22. I. thalictroides L. — Bois. Mars. if. — Vallée de la Rance, au- dessus de Dinan, sur les deux rives. R. ( 518 ) AQUILEGIA Lin. (Gen. 684). 23. A. vulgaris L. — Bois frais. Mai-juin. q. . — Forêts de Boquien et de Coëlquen; la Courbure à Dinan; Plancoè't, etc. AR. DELPHINIUM Lin. (Genr. 681). 24. D. Ajacis L. — Moissons. Juin-août. ®. — Moissons et sables maritimes de la presqu'île de Saint-Briac. RR. BERBERIDEJE. BERBERIS Lin. (Gêner. 442). 25. B. vulgaris L. — Haies, parcs, etc. Mai-juin. R. Naturalisé. NYMPUMACEJE Salisb. NYMPHEA Tournef. Inst. ex part. 26. N. alba L. — Rivières, étangs, etc. Juin-août. 2p. — G. surtout à l'intérieur. NUPHAR Sibth. et Sm. (Prodr. il. grsec). 27. N. luteum Lin. — Mêmes lieux. Juin-août. %. — CC. Les feuilles immergées sont minces , molles et ondulées. PAPAVERACEM Juss. (Gêner. 235). PAPAVER Tournef. Inst. 28. P. abgemone Lin. — Moissons , terres cultivées. Mai-juillet. ®. — Moissons du littoral, Saint-Juvat, etc. — Manque dans le granit. 29. P. hybridum Lin. — Mêmes lieux. Mai-juillet. ®. — Moissons du littoral. — Manque lout-à-fait dans l'intérieur. 30. P. rïleas Lin. — Mêmes lieux. Mai-septembre. ®. — C. partout. — CG. sur le littoral. 31. P. dubium Lin. — Décombres, vieux murs. Mai-juillet. ®. — Murs de Dinan, Saint-Juvat, etc. ; tout le littoral. AC. — Cette plante a été divisée en plusieurs espèces. GLAUCIUM ÏOURNEF/Inst. 32. G. luteum Scop. , G. flavum Cr. — Sables maritimes. Juin-octo- bre, if. . AC. ( 519 ) CHELIDONIUM Tournef. Inst. 33. C. majus Linn. — Décombres, murs. Mai-septembre. %'. C. FUMARIACEjE DC. (Syst. II, 105). CORYDALIS DC. Syst. 34. C. lutea C. Bauh. Pin. — L. Vieux murs. Avril-septembre. %. — Dinan, Saint-Juvat, Matignon, elc. ; on la voit sur les murs très-récents : c'est une preuve qu'elle se répand et qu'elle se reproduit d'elle-même. 35. C. claviculata Lin. — Coteaux du granit. Avril-juillet. %. — AC. sur les grands coteaux. FUMARIA C. Bauh. et vêler. 36. F. pallidiflora Jord.; Arch. Bill ; Bor. 117 ; F. capreolala Auct. — Décombres, pied des murs. Mai-août. % — Village de Saint- Ideuc, près Saint-Malo. La F. speciosa Jord. — A fleurs plus grandes , presque roses.— Croit à Brest. 37. F. Boiuei Jord., 1849.; F. Bastardih, 1848. — Moissons de tous les terrains. ©. Mai-juillet et août-septembre; elle est bis- annuelle sur les côleaux de la Bance , et fleurit en avril-mai. 38. F. confusa Jord.; F. Bastardi Bor., 119! — Lieux sablonneux. Juin -juillet. ©. — Lavarde près Saint-Malo. — Fleurs moitié plus petites que dans la précédente. 39. F. officinalis L. — Moissons , etc. Mai-octobre. ® — Moissons du littoral ; moins commune à l'intérieur; Saint-Juvat, vallée de la Bance , etc. CRTJCIFERM Juss. (Gêner. 237). RAPHANUS C. Bauh. pin. Lin. 40. B. raphanistrum Lin. — Moissons, friches. Juin-octobre. G). — CC. surtout sur le littoral. 41. R. maritimus. Sm. — Rochers , sables. (D. — Ilot en face de Saint- Briac (1862), pointe de la Lavarde. —Croît aux îles Bréhat , hors de nos limites. BR. ( 520 ) BRASSICA C. Bauh., Lin. 42. B. cheiranthos. Vil. — Décombres , rochers. Juin-août, if et (§). — C. dans le granit moderne. — Cette plante, ordinairement bisannuelle, vit trois et quatre ans sur les rochers ou dans les murs. 43. B. campestris L. — Terres cultivées, bords des chemins, etc. Avril-mai. (D. — Naturalisé. Se reproduit très-bien et à-peu- près partout. S1NAPIS C. Bauh., Lin. 44. S. nigra L. — Champs, décombres , berges. Mai-juillet. ® et (D — Sur le littoral. — R. ou nul à l'intérieur. — C. sur le littoral où ses tiges atteignent parfois 2 mètres; quelques pieds repoussent à l'automne et forment des rosettes pour l'année suivante, sur- tout pendant les hivers doux. 45. S. arvensis Lin. — Champs. Juin-août. ©. — CC. partout. p. hispida Guép. — Silique à poils réfléchis; bec glabre. AR. 46. S. incana L., H. adpressa Mœnch. — Champs sablonneux. Juin- août, d). — De Saint-Malo à Paramé ; Saint-Lunaire, Saint- Jacut de la mer. D1PLOTAXIS DC. Syst. — Sisymbrium L. 47. D. tenuifolia L. — Décombres , sables. Juin-septembre. If . — Région maritime de. Saint-Coulomb à Dahouet. — Manque sur quelques points. — Il paraît que cette plante , si commune à ces localités , a été introduite. 48. D. muralis Lin — Mêmes lieux. (D, (I) et % . Juin-septembre. — C. Saint-Malo; puis graduellement plus rare à Dinard, Saint- Lunaire, Saint-Briac et Saint- Jacul. ERUGA Tournef. Inst. 49. E. sativa Link., B. erucah.— Champs sablonneux. Juin-juillet. ®. — Naturalisée? dans les luzernes de Saint-Briac et Saint-Lunaire. SISYMBRIUM Lin. (221 ex parle). 50. S. officinale Lin. — Décombres, chemins, etc. Mai. -août. (D. — Partout. CC. ( 521 ) 51. S. sophia L. — Bords des chemins. Mai-octobre. ®. — Lehon , berge du canal, maison ruinée Landboulon. — RR. paraît et disparaît. — Le S. auslriacum J. est très G. sur les murs à Rennes, à 52 kilom. de Dinan. ERYSIMUM Lin. (Gêner 814). 52. E. alliaria Lin. — Haies, bois, etc. Avril-mai. (D — C. partout. MATTHIOLA R. Brown. 53. M. sinuata L. — Rochers du littoral. Juin-septembre d). — Lavarde, où il n'y a que quelques pieds dans les rochers. CHEIRANTHUS Lin. 54. G. Cheiri Lin. — Vieux murs, rochers. Avril-mai. %■ . — Vieux murs des villes et des châteaux , rochers de la Courbure et du littoral. C. BARBAREA R. Brown. — Erysimum Lin. 55. B. vulgaris Lin. , Bor. — Lieux frais, haies. Mai-juin %. — R. à l'intérieur. — C. en approchant de la région maritime. 56. B. intermedia Bor. — Mêmes lieux. 2f . Avril-juin. — Aussi com- mun. — La Barbarea de Saint-Briac, à fleurs petites, ressemble à la B. stricla Fr. 57. B. pr^ecox Sm. DG. — Champs cultivés, murailles. Avril-mai et octobre. (D. — R. murs de Dinan. — AC. région maritime. p. arcuala Reich. — C'est sous ce nom qu'il faut ranger, je crois , les B. prœcox, dont les siliques mûres sont divariquées-arquées, et un peu plus courtes que d'ordinaire. C'est la forme de l'inté- rieur : ses siliques n'ont quelquefois pas la moitié de celles des pieds du littoral. TURR1TIS Dilen (Nouv. gêner 120, Lin.). 58. T. glabra Lin. — Lisières des bois, talus. Mai-juillet. (D — Talus des haies dans les communes de Saint-Carné et de Lehon; la Courbure, dans le granit ancien. R. ARABIS Lin. (Gêner 84 2). 59. A. sagittata DC. — Talus et pelouses du calcaire. Mai-juin. % . — Pointe de Saint-Jacut et île des Ebiens. — RR. elle y est très- abondante, et ne se retrouve pas ailleurs. Tome XXV. 37 ( 522 ) 60. A. thaliana L. — Talus , champs , etc. Mars-juillet. ©. — CC. par- tout. — Repousse et refleurit en automne. — Plante polymor- phe; sur les murailles elle a une rosette de feuilles épaisses, une tige courte , rouge et 8 à dO fleurs. — Sur les sables mariti- mes 2 ou 3 feuilles radicales , et une tige 1-2 flore. — Sous les bois sa tige s'allonge avec ses feuilles et elle est décombanle. CARDAMINE Lin. (Gêner 812). 61. C. pratensis Lin. — Marais, prairies humides. Mai-juin. if. — C. partout. — Je l'ai trouvé à fleurs doubles. /3. C. fragilis Degl., Lloyd, p. 35. — Plus tardive; fleurs blanches; feuilles toutes linéaires, étroites, dressées contre l'axe; siliques courtes, grêles; tige forte, raide. Juin-juillet. — Les marais du Menez et prés du litoral. AR. 62. C. hirsuta. Lin.' — Haies, murs, graviers, etc. Mars-mai, puis septembre. ©. — CC. partout, et à formes très-variables. — Dans les hivers très-doux , elle fleurit dès la fin de janvier ; les formes Mullicidmis Hoppe., et Micrantha Good. , ne sont dues qu'au terrain : l'une reproduit l'autre. 63. C. silvatica Link. — Bords des ruisseaux du granit. Avril-juin. ®. — Vallée de Bobital, Brusvily, Calorguen. — Manque sur le littoral. AR. NASTURTIUM C. Bauh. , pin. R. Brown. 64. N. officinale R. Brown. — Eaux courantes. Mai-octobre. % . — C. partout. — Plus C. sur le littoral. — La F. p. microphyllum Reich. est produite par les tourbières; elle se trouve à Château- neuf. — La F. y. minimum Breb. vient sur les sables qui se des- sèchent à l'été. — Bords de la mer, 65. N. siifolium Reich. — Eaux profondes des terrains spongieux. Mai- septembre, if — Vallée des environs de Dinan , la Garaye, Châ- teauneuf. PC. — La culture ne fait pas changer ses caractères; les siliques sont plus longues que celles de l'officinale. 66. N. silvestre Lin. — Bords des eaux, etc. Juin-septembre, if. — Çà et là sur les terrains d'alluvion. PC. — Plus C. sur le littoral. 67. N. palustre DC. — Bords des eaux. Mai-septembre, d).— Bords de la Rance , à Lehon ; Saint-Juvat. — C. aux étangs de Jugon. AR. — Le Sisymb. pusilhim Th. est la forme des terrains où l'eau ( 523 ) disparaît au printemps. — La tige, en général simple, est droite, petite et raide. — Le S. hybridum Th. est la forme la plus C, et vient à l'arrière-saison aux bords des étangs. — Tiges diffuses, feuilles longues, molles. 68. N. amphibium Lin. — Marais, etc. Juin-septembre, 'if. — CC. partout. n. sau4'ixos.i<:. CAKILE Lin. 69. C. maritima Scop. — Sables maritimes. Mai-septembre. — C. sur toutes les plages. CAMELINA Crantz. 70. C. dentata Pers. — Champs de lin, prairies. Mai-Juin. ®. — Trouvé en 1859 par M. Henri de Ferron dans les prairies de la Rance à Pontperrin. Je ne l'ai pas revue. CAPSELLA Vent. 71. C. bursa pastoris Lin. — Décombres, chemins, etc. ®. Avril- décembre. — Pas aussi C. que dans le calcaire. — Manque dans le granit ancien. SENEBIERA Pers — Cochlearia et Lepidium Lin. 72. S. Ruellii Dalecp. — Décombres, etc. Mai-août. ®. — CG. partout où l'influence de la mer se fait sentir. — Nul dans l'intérieur. 73. S. didyma Smith., Pinnalifida DC. — Mêmes lieux. Juin-septembre. ®. — Dahouet et ses environs ; la Courbure à Dinan. R. TEESDALIA R. Brown. 74. T. nudicaulis Lin. — Coteaux, pelouses sèches. Mars-juin. ®. — CC sur tous les coteaux; surtout ceux où les bruyères et les ajoncs ont formé de l'humus. CISTACEjE Spach. Monogr. HELIANTHEMUM Tournef. — Cisius L. 75. H guttatum Lin. — Lieux sablonneux ou secs. Juin-août. ®. — Abondant à la forêt de Coëtquen et à Loudéae. R. 76. H. vulgare Gsert., C. hclianthemam L. —Bois secs. Juin-août, 'if . — Dahouet, falaises depuis le vieux fort jusqu'à la grève du Val- André. RR. ( 524 ) VIOLAMES DC. FI. Fr. V10LAC. Bauh. et Vêler. L. 77. V. palustris Lin. — Lieux tourbeux ou spongieux. Avril-mai. If. Chaîne du Menez. — Abondant dans quelques marais assez éloi- gnés les uns des autres-, notamment à Montcontour, au marais de Troerne , au pied du pic de Groquelien. — Fleurit peu. RR. 78. V. hirta Lin. — Coteaux, haies. Avril-mai. if. — AC. dans les haies, surtout dans la vallée de la Rance. 79. V. odorata L. ■ — Coteaux, haies fraîches, etc. if . Mars-mai. — C. varie pour la grandeur des fleurs. p. alba. — Fleurs blanches et feuilles d'un vert clair. AC. 80. V. dumetorum Jord. — Buissons, bois frais. Mars-juin. if. Coteaux de la Rance près de Dinan. — Très-distincte et conservant tous ses caractères. — Feuilles vert-grisâtre ou cendré, grandes, persistantes, très-obtuses; pédicelles longs, velus jusqu'au som- met; fleurs grandes , blanches, à éperon violet; capsules gros- ses, ovales, arrondies, hispides. (V. Jordan, pugil., page 16.) 81. V. riviniana Reich. — Coteaux, haies, etc. ®. Juin, if, — Sur les coteaux découverts , croît une forme qui ne diffère que par ses fleurs moitié plus petites , d'un violet pâle, et ses feuilles petites , aiguës , vert sombre. — Ce n'est ni V. Reichenbachiana , qui est voisine de la S. silvestris, plante étrangère à la Bretagne; ni V. nemoralis Jord. 82. V. canina Lin. — Bois secs. Mai-Juin. if. — Bois de Rouget à Saint-Juvat; carrières à sablon. RR. 83. V. lancifolia Thore. — Landes , etc. ; landes et bruyères de Coè'l- quen, d'Yvignac. — Très C. au Menez. AC. 84. V. meduanensis Bor. , Lloyd v.? n° 2. — Champs cultivés. Mai- septembre. CD et (§)'. — ■ C. par localités; communes- de Saint- Carné, Beaulieu , Brusvily, Jugon , Lehon , etc.; elle semble préférer le granit moderne. 85. V. Provostii Bor., FI. Centr., p. 81. — Mêmes lieux. Juin-août. ®. — Champs cultivés ou granits à Bobital, Brusvily et Beaulieu; elle croît toujours avec la précédente. 86. V. segetalis Jord. — Champs cultivés, moissons. Mai-septembre. ®. — Moissons du littoral. AC. — Nul à l'intérieur. — J'appelle ainsi avec M. Jordan les Viola, dont les bractées ont le lobe ( 525 ) médian entier; les pétales courts, les supérieurs obovales, tachés de violet à l'extrémité. — N'est-ce pas la même plaine que la V. arvensis Murray ? 87. V. ruralis Jord. , Bor. 300. — Moissons, etc. Mai-septembre. — C. dans presque toutes les moissons. C. 88. V. agrestis Jord., Bor. 299. — Mêmes lieux. Juin-septembre. — Beaucoup moins C. et ne se rencontrant que çà et là. — Sans localités constantes. PC. RESEDACEjE DC. Théor. élém. RESEDA L. 89. R. Lutea Lin. — Champs sablonneux, d). Juin-août. — De Sainl- Malo à Rotheneuf. RR. 90. R. luteola Lin. — Talus, champs incultes. Juin-août. (D — C. sur le littoral et à Saint-Juvat. — AC. ailleurs. — Presque nul dans le granit. — J'ai vu deux ans de suite à Saint-Lunaire un champ de luzerne couvert du R. odorata L. DROSERACEjE DC. Théor. élém. DROSEIU Lin. 91. D. rotundifolia Lin. — Lieux humides parmi les Sphagnum. Juillet-août. %. — Landes Gimbert en Plesder; landes de Plé- lan, de la Garaye ; le Menez. AC. — Les rosettes qui ont fleuri périssent, et il sort de la souche filiforme un bourgeon qui donne une rosette en février-mars, et des fleurs en juin-juillet. — La jeune plante venue de graine ne fleurit pas l'année où elle naît. 92. D. intermedia Hayne. — Mêmes lieux. Juin-août. %. — Plus C. Yvignac , Plélan, Châteauneuf, où elle couvre les sillons des champs des blés ; tout le Menez. POLYGALEM Juss. Ann. Mus. 386. POLYGALA Lin. 851. 93. P. vulgaris Lin. — Pelouses, landes. Mai-août. %. — CC. et très- variable. jS. floribus violaceis, vel rubro-violaceis AC. y. floribus pallide cœruleis. — Coteaux maritimes. AC. B. floribus albis, minor. — Landes fraîches. R. ( 526 ) An spec? Le Polygala qui croît dans les sables maritimes pourra peut- être se distinguer comme espèce : souche dure, épa : sse, blan- che, enterrée , émettant des tiges nombreuses presque ligneuses } rampantes , couchées ; épis terminaux à fleurs nombreuses ; divi- sions du calice comme dans le P. vulgaris L., mais constamment plus grandes, vertes, lavées de bleu; fleurs bleues, bleu pâle et rosées; grappes longues, fournies à 10-20 fleurs pendantes, assez longuement pédicellées. 94. P. oxyptera Reich. — Pelouse des falaises. Juin-juillet. ^ . — Sainl-Malo et de là jusqu'à Dahouet. — Aîles cunéiformes, aiguës, plus étroites et à peine aussi longues que la capsule. AR. 95. P. depressa Wend., serpyllacea Weih. — Bois,, landes. Avril-juin. % . — CC. partout. p. floribus candidis , parvis. Dans les Sphagnum. C. au Menez. FRANKENIACEJE Saint-Hil. FRANKENIA Lin. 96. F. LiEvis — Lin. Rochers du littoral , terres salées. Mai-août. %. — C. sur le littoral. — Remonte la Rance jusqu'au Chêne-Vert. AG. CARYOPHYLLEjE Juss. (Gêner 299). DIANTHUS Lin. 97. D. prolifer Lin. — Terres sèches, sablonneuses. Juin-juillet. (î). — Tout le littoral de l'Ile-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord. — R. ou nul à l'intérieur. p. simplex Breb. — Tête uniflore, tige grêle. — Sables maritimes. — Je ne crois pas qu'on puisse lui rapporter le D. dimintilus L., Systema veget., page 711. 98. D. armeria L. — Haies, talus. Juin. -août. ®. G. 99. D. caryophyllus Lin. — Vieux murs. Mai-juin. %. — Murs de la ville de Dinan; Saint-Juvat, Matignon, le Guildo, et tous les vieux châteaux. p. flore albo, foliis et caule pallescentibus. — Murs de Dinan. R. — Je n'ai rencontré ni Saponaria, ni Cucubalus. SILENE L. (Gêner 772). 100. S. inflata Smith. — Moissons, 'bords des chemins. Juin-août. % . — C . sur le littoral. — R. à l'intérieur ; Saint-Juvat, etc. — Cette espèce a été divisée en plusieurs, qui sont assez difficiles à dis- tinguer. ( 527 ) 101. S. maritima With. — Rochers maritimes. Mai-septembre. %. — C. sur les rochers de la côte ; remonte jusqu'à Dinan. — Je n'ai pas trouvé au Menez la forme indiquée sur les rochers des mon- tagnes Noires par la Flore de l'Ouest , page 70. 102. S. contca Lin. — Sables maritimes. Mai-juillet. T. — C. sur les grèves. 103. S. gallica Lin. — Moissons, etc. Juin-juillet, d). — G. tout le littoral; à l'intérieur, Saint-Juvat , Plesder, etc. AC. — La fleur est souvent carnée; mais je n'ai pas trouvé de forme qui le puisse rapporter au S. anglica L. , dont le calice fructifère est étalé. 10-4. S. ndtans L. — Rochers, coteaux du granit. Avril-juin, if . C. 105. S. anïs'ulata Thore., r libella DC. — Champs de lin. Avril-mai. ®. — Champs près de la forêt de Goëtquen ; sur la route de Com- bourg. Mai 1859 et 1860. RR. LYCHNIS C. Bauh. Pin., Tournef. Inst. 106. L. DioiCALin., DC. (L. dioica v. p. Lin.), Vesperlina Sibth. — Talus. Mai-septembre, if. p. carnea. — Plante robuste, vert foncé; fleurs roses. — L'Échapt et sa vallée. R. 107. L. silvestris C. Bauh., Hoppe; L. Dioica «. Lin.— Rochers humi- des , etc. if . — Abondant dans ses localités ; vallée de la Rance , la Garaye, Coëtquen , Saint-Juvat, Jugon, Dahouet, etc. AC. 108. L. githago Lin. — Moissons. Mai-juillet, (f). C. — Plante singu- lière, peut-être exotique et s'accommodant de tous les terrains. Sect. B. AÏ4SISJE.HI Koch. SAGINA Lin. (Gêner 176). 109. S. procumbens L. — Lieux frais. Mai-novembre, if. — CC. partout. 110. S. apetala L. — Champs pierreux, murs. Mai-juin. C. 111. S. patula. Jord. — Pelouses rases. Mai-juin. ®. — Région ma- ritime de Saint-Briac à Dahouet. — Localisée plutôt que rare; diffère de S. apetala par ses rameaux étalés ; son calice appliqué sur l'ovaire, et ses pédoncules velus, glanduleux à leur partie supérieure. 112. S. ambigua Lloyd. — Pelouses des falaises, etc. Mai-juin. ®. — Environs de Lamballe, de Morieux, presqu'île de Dahouet R. 113. S. maritima Don. — Lloyd. — Talus et rochers. Juin. ®. — C. par- tout où la mer peut atteindre. ( 528 ) jS slricta. — Tiges vertes, jamais rouges; rameaux très-nombreux. Lieux humides , sources des falaises. — L'ovaire est distincte- ment pédicellé dans celte variété, quoique M. Jordan dise le contraire au sujet de la marilima. — Toutes les fleurs de S. ma- rilima que j'ai examinées ne m'ont jamais montré d'ovaire sessile sur le réceptacle. SPERGULA L. (Gêner 588). 114. S. vulgaris Boën. — Cultures, etc. Mai-Juillet. ®. 115. S. nodosa W. — Lieux humides. Juin-juillet. %. — Dahouet. (H. de Ferron, i860.) RR. 116. S. subulata Sw. — Lieux sablonneux. Juin-septembre. — Bords des routes, etc. AG. AlïENARIA Lin (Gêner 774). 117. A. leptoclados Guss. Ll., FI. 0., p. 77. — Murs, talus, etc. Février-août. ®. — CC. partout. 118. A. Loydii Jord. pug. Lloyd. , FI. 0., p. 77. — Sables maritimes, coteaux secs. ®. AC. 119. A. Trivervia Lin. — Partout. Mars-août. ®. C. ALSINE Koch. 120. A. tenuifolia Lin. — Terres sablonneuses. Mai-juillet. ®. — Coteaux de la Courbure, sur la penle des coteaux. R. 121. A. viscidula Th. Jord. — Sables maritimes. Mai-juillet. ®. — C. sur le littoral. — R. à l'intérieur ou nul. — Plante distincte de la précédente et se reproduisant sans altération de ses graines. HALIA1NTUS Friiîs. 122. H. PEPLOiDES L. — Sables maritimes. Mai-juin. %. — CC. fruits en juillet-août- SPERGULARIA Pers. (Ench. bot.). 123. S. rubra Lin., Wahl. — Lieux arides. Mai-septembre. ®. — C. à l'intérieur. — R. sur le littoral. 124. S. marina Roth. — Rochers maritimes, terres salées. % ! et @. — AC. région maritime. Obs. — Je m'y suis pris trop tard pour pouvoir distinguer les espèces con- fondues sous ce nom. Je puis assurer cependant qu'on irouve à Lavartle, Rotheneuf ei St-Juvat dans les rochers, la Sp. rupestris Kiudb., Lepigonum ( 529 ) Fries. Vivace, graines sans ailes, entourées d'un rebord épais marqué de petits tubercules; 2° La S. salinaFr., racine annuelle! ou rarement bisannuelle; pédoncules feuilles; graines arrondies, les inférieures ailées, elle croît dans les prés salés de tout le littoral. M. de Brébisson distingue encore la Sp. neglecla Kindb. que je n'ai pas ren- contrée. (Voir FI. Norm., page 5i.) 125. S. média Lin., Marginata Lin. DC? — Terres salées. Mais-sep- tembre. CD et @. — C. dans les prés salés. — Il y a probable- ment deux espèces confondues sous ce nom. STELLARIA Lm. (Gêner 568). 426. S. média With. — Partout et toujours. . undulata Breb. — Feuilles ondulées, crispées, rapprochées, vert foncé. — Prairies tourbeuses. AR. 127. S. neglecta Weihe. ■ — Haies, etc. Avril-mai. ®. — Vallée de la Rance. PC. 128. S. bor^eana Jord., S. apetala Bor.— Murs, etc. Avril-septembre. AC. 129. S. HOLOSTEALin. — Haies, etc. Avril-juillet. %■ . CC. 130. S. graminea. Lin. — Haies fraîches, prés, etc. Mai-août. %. CC. 131. S. uliginola Mun., Larbrea aquatica Saint-Hil. -- Lieux humides. Avril-septembre. % . CC. MOENCH1A Ehrh. (Beitr.). 132. M. erecta Lin. — Pelouses des coteaux. Février-juin. C. MALACHIUM Fries. 133. M. aquaticum Lin. — Lieux humides. Juin-septembre, if .— Prai- ries de Saint-Juvat, Saint-Malo, près du ruisseau. R. CERASTIUM Lin. (Gêner 585). 134. C. glomeratum Th., C. vulgalum L. ex Lloyd., page 83. — Champs, lieux sablonneux. Mai-août. ®. — CC. avec une forme très- velue, un peu visqueuse. — Fleurs agglomérées en panicule serrée; pédoncule jamais plus long que le calice; bractées toutes herbacées; plantes vert-jaunâtre, à feuilles larges, ovales. 135. C. semidecandrum L. — Sables maritimes, etc. Avril-mai. ®. — Sables du littoral, et quelques points de la vallée de la Rance. AC. p. pellucidiim Cbaub. — Mêmes lieux. — Bractées entièrement scarieuses ; nervures des feuilles sup. pellucides. — Plus Ç. ( 530 ) 136. G. tetrandrum Gurt. , G. pumilum Curt. — Sables maritimes. Avril-mai. ®. — C. sur le littoral. — On trouve sur le même pied des fleurs à 5 et à 4 parties. 137. C. triviale Link., C. viscosum L. ex Lloyd., page 84. — Champs, murs, etc. ® et d). Avril-septembre. — C. partout. — Bractées sup. scarieuses au bord; sépales tous scarieux au bord, péd. 1-2 fois plus longs que le calice. — Tiges latérales radicantes à la base. Obs. — Les auteurs ne sont pas d'accord sur la synonymie de ce genre difficile. J'ai suivi la Flore de l'Ouest; el comme je donne les caractères des plantes que j'ai vues, il sera toujours facile de les reconnaître. ELATINEM Cambess. ELATINE Lin. ( Gêner 685 ). 138. E. hexandra DC. — Vases des étangs. ®. Juin-octobre. — Étang du Rouvre en Pleugueneuc. R. — J'ai trouvé dans le même étang en 1863 , une Elatine submergée , à tiges ascendantes, à feuilles inférieures petiolées, non encore fleurie, et qui se rapporte peut- être à YEtat-major. Braun. Bor. FI. cenlr., p. 114. LINEM DC. Prodr. LINUM C. Bauh., Lin. 139. L. angustifolium C. Bauh. ex parte; Huds. — Champs, pelouses. Mai-juillet. % . — C. vallée et coteaux de la Rance ; Saint-Juvat. C. — Région maritime. C. 140. L. usitatissimum L. — Cultures. Mai-juillet. Fréquemment cultivé. —Cette espèce est déjà décrite dans Bauhin sous les noms de L. latifolium et L. sativum. 141 L. catharticum Lin. — Landes, bois , etc. Mai-juillet. ®. — C. partout. p, uliginusum. — Panicule serrée ou penchée, feuilles droites appli- quées contre la tige qui est raide, simple et droite. — Landes tourbeuses. Ac. RADIOLA Gmel. (Syst. 289). 442. R. linoides Gm. — Lieux humides, - sablonneux. Mal-juillet. ®. CC. — Radiola étant un nom spécifique, n'aurait pas dû être changé. ( 531 ) MALVACEjE Juss. (Gêner 271 ),. MALVA Bauh., Lin. 14-3. M. moschata Lin. — Prés, landes. Mai-juillet. % . Ac. — La forme à feuilles très-découpées, à lobes linéaires, même dans les feuilles inférieures , à fleurs presque inodores , doit être la M. Laciniata Desr., Bor. n° 458. — Vallées sablonneuses du littoral. AR. 144. M. silvestris L. — Lieux incultes. Juin-septembre. CC. |3. pallens. — Floribus candidis, laits; caulibus foliisque pallescen- tibus, plerumque hirsutisnmis. — Berges de la Rance où elle 'n'est pas rare, et où elle forme de larges touffes. R. 145. M. rotundifolia Lin. — Rues , chemins, etc. Juin-octobre, 'if,. — C. dans les vallées. 146. M. niceensis Cav.— Lieux arides. Juin-Août. % .— Dahouet, et près de la plage de Jospinet. — Je ne l'ai pas cueillie moi-même. RR. ALTHjEa B. Lin. (Gêner 839). 147. A. officinalis Lin. — Bords des eaux. Juillet-août. — Bords du ruisseau de Trégon, près de Saint-Jacut; le Guildo; Port-à-la-Duc; Rotheneuf et Dol. R. LAVATERA Lin. 148. L. arborea Lin. — Falaises et rochers Mai-juillet. ®. — Ile Cé- sembre à Saint-Malo; rochers de Lavarde; fossés de Saint-Malo; falaises de Dinard. — R. paraît et disparaît.— Abondante à Dinan en 1862. TILIACEjE Juss. (Gêner 289). TILIA Lin. et Vêler, omn. 149. T. parviflora Ehrh. — Planté, mais non naturel, devenu spontané à Boquien. 150. T. grandifolia Ehrh. — Promenades et plantations. C. \M. T. argentea Desf. — Fréquent sur le littoral, mais non spontané. HYPERICINEJE DC. FI. Fr. 860. HYPERICUM C. Bauh., Lin. 152. H. tetrapterum Fr., quadrangidum Sm. — Bords des eaux. Juillet- août, if. AC. — C. sur le littoral. 153. H. quadrangulum L., dubium Leers.— Prés, bois. Juillet-août. "if. — Vallée de la Rance ; bois de Saint-Juvat. AR. ( 532 ) 154. H. perforatum Lin. — Lieux incultes. Juin-août. % . — C. partout. 155 H. microphyllum Jord. Bor. 472. — Lieux secs. Juin-août. %■ . — Falaises pierreuses de Saint-Lunaire, Sainl-Briac, Saint-Jacut. R. — Sépales lancéolés; linéaires aigus, pédicelles plus longs que le calice. 156. H. humifusum Lin. — Champs du granit. Juillet-septembre. C. 157. H. linearifolium Wahl. — Coteaux du granit. Juin-juillet. % — La Courbure, et de là jusqu'à Saint-Malo sur le granit ancien ; Bobital , Caulnes, etc., sur le quarz et le granit moderne. AC. 158. H. pulchrum L. — Landes , buissons. Juin-août. % . C. 159. H. montanum L. — Lieux frais. Juin-juillet. If. — Vallée de la Rance. R. 160. H. hirsutum Lin. —Haies, bois. Juillet-août. AC. — Dans les vallées. AC. 161. H. elodes Lin. — Marais. Juin-septembre. % . — C. partout. ANDROS/EMON Fucus et Veter, AIL, etc. 162. A. officinale AU. — Lieux frais Juin-juillet. % . — Vallée de la Rance; la Garaye , bois du littoral, etc. AC — Hyp. colycinum Lin. s'est naturalisé sur le promontoire du Chêne-Vert. — H. hircinum L. est dans quelques haies. Ces plantes ne paraissent pas spontanées. ACERINEjE DC. (Théor. el.). ACER Veter. auct. et Linn. 163. A. campestre Lin. — Bois, haies. — Mai. AC. — Les A. pseudo- platanus et plalanoïdes Lin. ne se trouvent que dans les plan- tations. HIPPOCASTANEjE DC. (Th. el.). jESCULUS Lin. 164. M. hippocastanum L. — Bois et promenades. Mai. Certainement spontané. GERANIEjEVC. (FI. Fr.838.). GERANIUM C. Bauh., Lin. 165. G. molle Lin. — Partout. Mai-septembre. ®. CC. 166. G. columbinum L. — Prés, haies. Juin-septembre. ®, C. 167. G. dissectum Lin. — Prés, haies. Juin-juillet. ®. C. ( 533 ) 168. G. rotundifolium Lin. — Coteaux, décombres, etc. Mai-aoûl. AC. — C. rég. marit. 169. G. luc:dum Lin. — Décombres, murs. Mai-juin. C. ®. 170. G. robertianum L. — Partout. Mai-septembre. CC. ®. 171. G. modestum Jord — Haies., murs, etc. Mai-juillet. ®. Vallée de la Rance , Saint-Malo , Saint-Jacut, Dahouet, etc., AC. 172. G. sanguineum Lin. — Coteaux, falaises. Juin-septembre. IL. — Saint-Jacut et île des Ebiens , Saint-Briac, Lavarde, Saint-Cou- , lomb, R. ERODIUM L'Her. (Gér., t. 2, 6.) 173. E. cicutarium Lin. — Partout, de mars en septembre. ®. — Je suis forcé de passer sur les nombreuses espèces comprises sous ce nom; elles ont été décrites par M. Jordan; je ne noterai que la suivante, que j'ai cultivée. 174. E. Lebelii Jord. — Sables maritimes. Mai-octobre. ® et (§). — Tout le littoral. AC. — Pédoncules longs, à 4-7 fleurs; pétales ovales , assez grands, blancs , quelquefois un peu rosés à l'extré- mité; anthères rosées à pollen rouge-orange ; feuilles d'un vert cendré, souvent blanchâtre, à lobes ovales, aigus, rapprochés; au printemps , la plante forme des rosettes d'un vert grisâtre avec deux ou trois pédoncules multiflores ; dans le courant de l'été , la rosette se déforme , émet plusieurs rameaux assez longs qui se couvrent de fleurs et de fruits. Les feuilles centrales sont alors détruites (Cf. Jordan Pug., p. 48). 175. E. moschatum Lin. — Pied des murs, rochers, etc. © et Lebon , etc. AC. 255. R. piletostachys Godr. et Gren. FI. fr. — Bois de la Garaye. R. 256. R. piiyllostachys Genev. Ess. — Haies des vallées 7 des Mis. Juin- juillet. G. 257. R. îiamosus Genev. Ess. — Coteaux de la Rance; roule è® Rennes,. - Paraît C. C. M9igcolov*<£iï. 258. R. dîscolor W. et N. Bor. 759.— Haies sur la roule de Rennes. R» 259. R. tiiyrsoideus "Wïmro. Bor. 773. — MISel. — La Garaye; foré! de Coëtquen , etc. AC. 260. R. TiiuiLLiERîi Poir. M. lomenlosm Th. — Haies auteur de Dinare où il est AC. Je ne l'ai pas vu ailleurs. 261. R. arduennensîs Lib. — Jùil Ici-août. — G. h Maligum et à Sais*t~ Jacut, puis çà et là. AC, ( 543 ) 1). ÇJêftÊtitidimi. 262. R. carpinifolius W. et N. Bor. 767. — 5-20 Juin. — C. lout au- tour de Dinari. — C. à Tinleniac sur la route de Rennes , etc. C. 263. R. umbraticus Mull. Gen. Ess. — Vallée de la Rance, forêt de Coëlquen dans les bois ombragés. PC. 264. Genevierii Bor. 745. — Lieux frais des bois de la Garaye. R. Juil- let-août. 265. R. Lejeunii W. et N., Bor. 748. — Vallées et bois autour de Dinan. PC. 266. R. Chaboiss.ei Gen. 211. Arrond. in lilt. — Coteaux ombragés de la vallée de Grillemont ; espèce bien procbe du R. umbrosus. 267. R. mutabilis Genev. — Coteaux du Chêne à Dinan, dans les lieux ombragés; espèce très-robuste; paraît AC. 268. R. fusco-ater Weich., Bor. 753. — C. dans les haies du littoral à Matignon, Porl-à-la-Duc , Saint-Cast; plus rare à Dinard, etc. Magnifique et robuste espèce , facile à distinguer. 269. R. rusticanus AView. — Vallée de la Rance, à Taden. Juillet. AR. 270. R. cinerascens Bor. 758. — Bois tourbeux humides de la Garaye en Juillet avec R. Genevierii et frulicosus. R. FRAGÀRIA C. Bauii., Lin. 271 . F. VËSCA L. — Bois , etc. Mai-juin. % . C. COMARUM Lin. (Gêner 638) 272. C. palustre Lin. — Marais. Juin-juillet. — Forêt de Coëlquen ; oseraies de Lehon; Treverien , Le Menez. AR. POTENTILLA. Lin. (Gêner 634). 273. P. ANSERiNALin. — Lieux frais. Mai-septembre. % . C. 274. P. argentea Lin. — Rochers , vieux murs. Mai-juillet. % . — C. autour de Dinan et sur le littoral; manque sur certains points. — Plusieurs espèces sont confondues sous ce nom, je n'ai pu ramasser toutes celles qui croissent dans l'arrondissement; celle des murs de Dinan et des rochers de la Courbure est la P. tenui- loba Jord. 275. P. reptans Lin. — Lieux incultes, etc. Juin-septembre. %: C. 276. P. verna Lin. — Pelouses maritimes. Avril-mai. if. — Saint- Briac , près du télégraphe ; Saint-Lunaire ; Paramé , près de Saint-Malo. R. 277. P. FRAGARiASTRini Ehi'li.— - Talus, pelouses, etc. Mars-mai %. CC. ( m ) T0RMLNT1LLA Lin. (Gcner 635). 278. T. erecta Lin. — Pelouses, landes, bois. Juin-septembre. X- . CC. AGRIMOMA Lin. (Gêner G07). 270. À. eupatoria Lin. — Bois, lieux pierreux. Juin- septembre. %. — C. sur le littoral. AC. J». SAXGUISOB&ISEJS. ALCIILMILLA Toùrnf., Lin. 280. A. aphaxes Lin , Aph. arvensis Scop. — Cbamps, talus, etc. Mai- septembre. ®. C. POTERIUM C. B.uii., Lin. 281. P. dictyocarpum Spacb. — Murs, rochers, sables. Mai-juillet. % . — G. sur le littoral. R. à l'intérieur : Dinan , Saint-Juval , le Chêne-Vert. 282. P. muricatum Spach. — Sables maritimes. Mai-juillet. %. — Ça et là sur le littoral. ROSA C. Bach, et Vêler, omn., Lin. — Pooov Diosc. 283. R. SPiNosissiMA Lin., Déségl. monogr. — Sables maritimes Mai- juin. — C. sur le littoral. — ■. Le vrai R. pimpineîlifolia Lin. doit avoir la fleur rouge. Je ne l'ai point vu. Mt. SÏSTYl.f; RirsEr.L. Monogr. 284-, R. repens Scop., Iî. ctwensfis auct. Gall. non Lin. — Bois, haies. Mai-juillet. C. 2-85. R. bibracteata Bast. , Bor. 8 14-. — Lieux frais. Juillet-août. — Vallée de Bobilal , forêt de Coëtquen et environs ; Rolheneuf et Saint-Malo. PC. 280. R. systvla Bast., Bor. 816. — Haies, bois. Juin-juillet. — Forêt de Coëtquen , bois de l'étang du Rouvre, vallée^de Bobilal. AR. 287. R. leucociiroa Desv., Bor. 817. — Haies. Juin. — Saint-Jacul. R. C. CATSIXJE D:secl. Monogr. 288. R.CAKiNA Lin., Bor. 840. — Haies, bois, coteaux. Mai-juin. C. /3. M. niions Desv. — Lieux secs. AC. y. R. glaucescens Desv. — Haies, rochers. PC. — Quelquefois les feuilles sont petites, raides, coriaces, pliées, très-glauques. 280. R. dumalis Beci.isl., Bor. 847 : — Haies, buissons, Mai-juin. C. ( 515 ) 290. II. corymbifera Boi'kii. , Bor. 8-49. — Haies -fraîches , quelquefois sur les coteaux. Juiu-juillet. — Vallée de la Rance. — Proba- blement AC. 291. Pi. du.metorum Thuii. — Haies , bois, coteaux. Juin. — Çà et là. AR. 292. R. drbica Lem., Bor. 853. — Bois. Mai-juin. — Lehon, Tréve- rien, etc. AC. 293. R. andegavensis Bast. , Bor. 856. — Côleaux , etc. Juin. — AC. autour de Dinan. JB. EÎIL'BafiB^'OS.E Desegl. Monogr. 294. R. tomentella Lem , Bor. 865. — Coteaux du littoral. Juin. R. 295. R. s.EPimr Thuil , Bor. 870. — Haies, etc. Juin-juillet. AC. 296. R. agrestis Savi., Bor. 871. — Lieux arides. Juin-juillet. — Le littoral et les coteaux exposés au Midi , tout autour de Dinan. AC. 297. R. nemorosa Lib., Bor. 872. — Bois, vallées. Juin. — Jugon , Dinan à Lehon. R. 298. R. umbellata Leers. , Bor. 874. — Haies, etc. Juin- juillet. — Presque tout le littoral. AC. 299. R. Lemanii Bor., 875. — Coteaux. Juin. — Saint-Jacut et Da- houet. R. Obs. — Je n'ai pas rencontre le vrai R. rubiginosa L. C'est peut-être un arbrisseau des terrains calcaires. Les trois précédents qui en sont très-proclie le remplacent; encore sonî-ils rares à l'intérieur. E. VEfc,S.»S»/E Dksegl. Monogr. 300. R. ji/iNDZilliana Bess., Bor. 868. — Haies. Juin-juillet. — AC. à Sainl-Jacul; puis çà et là sur le littoral. 301 R. fcetida Bast., Bor. 878. — Bois frais. Juin-juillet. — Forêt de Coëtquen près de la Chesnaye et sur le chemin qui y conduit. RR. ■ — J'ai rapproché ces deux espèces du R. subglobosa Sm. ; elles ont tous les caractères des villosœ. 302. R. subglobosa Smith , Bor. 882. — Bois. Juin-juillet. — Bobital, Aucaleuc à l'intérieur. — AC. sur le littoral. — Je n'ai pas ren- contré la R. lomenlosa Sm. 303. R. molissdia Fries., Bor. 884. — Haies. Juin-juillet. — Dinard sur le chemin de Saint-Lunaire. R. Obs. — Il doit exister bien d'autres espèces; j'en ai encore quelques-unes, mais (me des échantillons incomplets rendent incertaines. ( 546 )■ E. POSBACKiE. CRÀT/EGUS Lin. (Gêner 022;. 304. C. monogyna Jac. — Haies, bois. Mai. CC. MESPILUS C. Bauii. pin. Lin. 305. M. germanica C. Bauh. pin. — Haies. Mai. AG. PYRUS C. Bauii., Lin. [Pyrus et Sorbus Lin.). 300. P. communis Lin. — Haies, bois. Avril-mai. AG. 307. P. malus Lin. — Mêmes lieux. Avril-mai. PC. 308. P. tormikalis Lin. — Haies, bois. Juin. — Forêts de Coëïquen , de Boquien; le Guildo, elc. — AG. Fleurit peu. 309. P. aucuparia Lin. — Bois. Juin-juillet. — C. à Boquien ; puis çà et là. AG. ONAGRARIËJE Juss. (Ann. Mus. 315). EPILOBIIHM Lin. (Gêner 472. I. dysenterica Lin. — Lieux humides. Juillet-août, if . CC. 453. I. puucARiALin. — Lieux mouillés l'hiver. Juillet-septembre. (©. — Vallée de la Rance, Saint-Malo , Sainl-Juvat. R. — Plante des terrains calcaires. BIDENS Lin. (Gêner. 632). 454. B. tripartita Lin. — Marécages. Juillet-septembre. ® — AC partout. ( 559 ) 455. B. cernua Lin. — Marais. Juillet-septembre, (f). — Fo-ntperriB-^. forêt de Coëtquen. R. F1LAG0 Touhnef. (Inst. 259). 456. F. germanica Lin., canescens Jord. — Champs, etc. Juin-septem- bre. ®. CC. — Les repousses de cette espèce sont lout-à-fail blanches , et fleurissent en septembre-octobre dans les années où l'hiver est doux. 457. F. lutescens Jord., fr. 3. — Talus, etc. Juin-juiiîet. ®. — Binais dans les carrières. AR. 458. F. spathulata Presl. , Jord.; F. Jussiœi Coss. — Sables. Juin- octobre. — Sables maritimes de Saint -Malo et de Saint- Lunaire. AR 459. F. montana Lin. — Coteaux. Juillet-août. ®. CC. 460. F. gallica Lin. — Champs cultivés. Juin-août. ®. G. GNAPHALIUM Lin. (Gêner. 946). 461. G. siLVATicujiLin. — Landes, bois. Juin-octobre %. — Commu- nes de Saint-Carné et de Léhon ; bois de la Garaye, Jugon, Plenée- Jugon. PC. 462. G. uliginosum Lin. — Lieux inondés l'hiver, etc. Juin-octobre. ®. CC. 463. G. luteo-alrum Lin. — Lieux humides. Juillet-août. ©.—Carrière du Hinglé et de Vildé près Dinan; Lavarde près Saint-Malo. AR. Obs. — VUelichrysum slœchas m'a été indiqué à l'île des Ebiens et près de Saint-Brieuc. Je n'ai pu le trouver et, je n'ai pas vu d'échantillons. ARTEMIS1A Lin. (Gêner. 945). 464. A. vulgaris Lin. — Haies, taillis. Juillet-septembre. %'. CC. 465. A. gallica Wild. — Coteaux, rochers. Septembre-octobre. IL. — Rochers des falaises à Dahouet ; Erquy et au cap Fréhel ; rochers de l'écluse de Livet près Dinan. R. — Espèce bien distincte par les fleurs dressées; les anthodes plus gros que dans VA. mari- lima Willd. ; sa couleur plus verte ; ses feuilles crépues et plus courtes : la culture ne la modifie nullement. 466. A. arsinthium Lin. — Lieux pierreux. Juillet-septembre. %. — Brusvily, près des hameaux sur le littoral , où il semble échappé des jardins. R. ( 5G0 ) TANACETUM Lin. (Gêner. 944)'. 467. T. vùlgare Lin. — Bords des chemins. Juin-octobre. % . — Abon- dant à Lauvallay où il est presque détruit par une carrière. — Plélan. — Spontané? RR. ACHILL.EA Lin. (Gêner. 971). 468. À. ptarmica L. — Prés humides. Juin-août. if. A.G. 469. À. millefolium L. — Bords des chemins, prés. Juillet-septembre. if. CC. p. floribus roseis. — Lieux secs. AC. ANTHEMIS Lin. (Gêner. 970). 470. A. kocilis Lin. — Chemins, pelouses. Juin-septembre. $f.\ C. 471. A. cotula Lin. — Moissons, etc. Juin-août, d), CC. MATRICARIA Lin. (Gêner. 967). 472. M. chamomilla Lin. — Moissons. Juin-juillet. (§). — Lancieux et toute la côte jusqu'à Saint-Briac, Saint-Lunaire. R. CHRYSANTHEMUM Lin. 473. C. inodorum Lin. — Moissons, friches. Juillet-octobre. (î).. CC. 474. C. jiaritimum L. Smith. — Sables, rochers. Juillet-septembre. r i).— AC. le littoral. — Je ne l'ai semé qu'une année, et n'ai obtenu qu'une plante à liges nombreuses, couchées en cercle; les feuilles s'étaient un peu allongées, et la plupart des tiges étaient devenues vertes. M. Lloyd, FI. 0., p. 243, en fait une simple forme de la précédente. 475. C. partheniùm Lin. sub Malr. — Rochers, etc. Juin-juillet. if. — C. à Dinan , puis çà et là. 476. C. LEUCANTHEMmiLin. — Près, coteaux, etc. Juin-septembre.^ CC. 477. C. segetum Lin. — Champs, moissons. Juin-août. ®. — C. surtout sur le littoral. DORONICUM Lin. (Goner. 939). 478. D. PLANTAGiNEUJiLin. — Bois. Avril-mai. if. — C. tous les coteaux de la vallée de la Rance. Plancouët. R. CINERARIA Lin v 479. C. spathul.efolia Gmel. — Bois marécageux. Mai-juin. if. — Forêt de Coëtquen sur la roule et au bois de la Rouvraye; bois de Coron (H. de Ferron). R. ( 561 ) SEiNECtQ C. Bauii., Lin. -480. S. vulgaris Lin. — Partout. . — C. région maritime.— R. à l'intérieur; Dinan, Saint-Juvat, Trévérien. ( 562 ) LAPPA C. Bauh., Tournef. — A'rclium L. 490. L. minor DC. — Chemins, décombres. Juin-seplembre. (§). C. 497. L. major Gœrt. — Lieux frais. Juillet-août. ©. — Pleudihen , le Gareau sur la Rance. R. CARLINA Tournef. (Insjt. 228). 498. C. vulgaris Lin. — Lieux secs. Juillet-septembre. @. C. SERRATULA Lin. (Gêner. 924). 499. S. tinctoria Lin. — Rois frais. Août-septembre, if . AC. — Plus C. au Menez. KENTROPHYLLUM Neck. (Elem.) 500. K. lanattjm Lin. sub Carlh. — Sables. Juillet-septembre. ®. AC. — Le littoral. R. CENTAUREA Lin. (Gêner. 985). 501. C. pratensis Thuil. — Prés, bois, elc. Juin-septembre. %. CC. 502. C. serotina Ror. 4330. — Sables. Juillet-septembre. %-. ■ — Le littoral ça et là. PC. 503. C. decipiens Thuill., Ror. 1331. — Champs incultes. Août-septem- bre. %. —Landes de Saint-Juvat, Saint-Malo. R. — Akènes tous aigrettes ; appendices recourbés en dehors. 504. C. nigra Lin. — Rois humides, buissons. Juillet-septembre. %. C. — Plusieurs formes difficiles à déterminer croissent sur le lit- toral et dans les prés du Menez. Celle de Saint-Malo, à liges couchées, ascendantes, est peut-être la C. Duhosii Ror. 1328; mais les folioles de Pinvolucre sont en dents de peigne , du moins les supérieures; celle du Menez à feuilles toutes pinnatifides, à involucre petit, allongé, d'un noir brun, n'est peut-être qu'une forme du C. nigra L. ; l'aigrette est presque nulle ou très-courte. 505. Cyanus Lin. — Moissons. Juin-juillet. ®. AC. — Plus C. sur le littoral. 506. C. scariosa Lin. — Champs sablonneux. Juin-août. ty. — La Courbure à Dinan, région maritime. C. — De Saint-Rriac à Saint-Coulomb. AR. 507. C. solstitialis. Lin. — Lieux sablonneux. Juillet-septembre. ®. — Saint-Lunaire; abondante dans les champs de luzerne en 1861 et surtout en 1862. RR. ( 563 ) 508. C. calcitrapa Lin. — Chemins. Juillet-octobre. d). — R. à l'in- térieur. — AC. région maritime. 509. C. aspera Lin. — Lieux sablonneux. Juin-septembre. % . — Abon- dante à Dinard au-dessus de la plage des bains; quelques pieds à Saint-Lunaire. RR. C. CHICHOBACE^. LAMPSANA Lin. (Gêner. 919). 510. L. communis Lin. — Terres cultivées, etc. Juin-octobre. (î). CC. ARNOSERIS G/est. 511. A. pusilla Ga?.rt. — Champs secs. Juin-août.®. ■ — Vallée de l'Echapt, en Lehon ; Brusvily, Beaulieu , forêt d'Yvignac, Bobi- tal; répandue, mais PC. C1CI10RIUM Lin. (Gêner. 921). 512. C. intybus Lin. — Haies, etc. Juillet-septembre, if. — La Cour- bure à Dinan, Sainl-Jacut et île des Ebiens , Saint-Malo. R. — Nul à l'intérieur. THRINCIA Roth. (Cat. Bot.). 513. T. hirta Roth. — Lieux sablonneux. Juin-septembre. % . C. — Plus C. sur le littoral. /3. hispida Pesn. G. et G., T. arenaria DC? — Sables maritimes. LEONTODON Lin. (Gêner. 912). 514. L. autumnalis Lin. — Prés, etc. Juillet-septembre. %■. /3. simplex Dub., Breb. — ■ Tige uniilore. — Sables maritimes. PICRIS Juss. (Gencr. 470). 515. P. hieracioides Lin. — Haies, buissons, etc. Juillet-août. % . — Région maritime, Saint-Juvat, bords de la Rance à Plouer, la Richardais. PC. HELMINTHIA Juss. (Gêner. 470). 516. H. echioides L. sub Picr. — Champs incultes. Juillet-août. ®. — Région maritime à Saint-Jacut, Saint-Lunaire et Saint-Malo. AR. TRAGOPOGON C. Bauh. et Veter. 517. T. porrifolius Lin. — Prés. Juin-juillet. (D. — Vallée de la Rance. — Nul ailleurs. R. 518. T. pratensis L. — Sables. Mai-septembre. d>. — Saint-Jacut à Biorre ; Lancieux et Saint-Briac. R. ( 564 ) SCORZON.ERA C. Bauh et Vet., Lin. 519. S. plantaginea Schl., Se. humiUs L. ex part. — Landes humides. Mai-juillet %. CC. /S. linearifolia Breb. (excl. syn. Lin.). — Feuilles toutes linéaires, étroites. — Bois. AR. y. ramosa Breb. — Tiges de 2-3 décim., à 1-3 fleurs. — Forêt de Coètquen. R. — S. hispanica Lin. se trouve quelquefois sur les vieux murs, Dinan , Saint-Juvat. — Il aura été cultivé en grand dans les environs de la ville. H1POCILERIS Lin. (Gêner. 918). 520. H. glabra Lin. — Coteaux du granit. Mai-août. 0. — C. dans ses localités. p. IL Balbisii Lois. — Sables maritimes. Mai-juillet. AR. 521. II. radicata Lin. — Mai-novembre. — GC. presque partout. % . TARAXACUM Hall., Juss. 522. T. officinale \Yigg. — Prés, pelouses, champs. Mars-octobre. %. C. 523. T. maculatum Jord., pug. 117. — Prairies, Dinan, Saint-Juvat. AR. — Feuilles tachées de brun; akènes cendrés; pédicelle de l'aigrette trois fois plus long que l'akène. 524. T. rubrinerve Jord., pug. p. 115. — Région maritime. — Feuilles à côte rougeâtre ; pédicelle de l'aigrette deux fois plus long que l'akène gris-verdâtre. 525. T. affine Jord., p. 113. — Champs, prés. — AC. et très-variabbe. —Plante assez grêle ; pédicelle de l'aigrette plus long que l'akène petit, olivâtre. 526. T. erythrospermum Andrz. — Pierrailles, sables maritimes. AC. — Le T. lœvigatum à feuilles très-découpées , à akènes gris- perle , n'en est qu'une variété ; les akènes des plantes semée? sont rougeâtres et les feuilles assez larges. C'est aussi l'opinion de M. Jordan, Pug., p. 118, qui réunit le T. erythrospermum Andrz. au T. lœvigatum Wil'ïd. 527. T. palustre DC — Marais. Mai-juillet. %. PC— AC. Châteauneuf. LACTUCA C. Bauh. Lin. 528. L. virosa Lin. — Murs, décombres. Juillet-septembre. (D. C. 520. L. scariola Lin. — Sables. Juin-août. ®. — Saint-Malo et région maritime. PC. ( 5G5 ) 530. L. DiiBiA Jord., p. 119, L. scariola, V. inlegrifolia Aucl. — Sables. Juillet-août. @. — Sables maritimes de Saint-Biïac. C. — Com- mune de Lébon aux environs de l'Echapt , d'où elle s'est échap- pée et répandue. R. 531. L. saligna. Lin. — Lieux pierreux. Juillet-septembre. (D. — De Saint-Servan à Sainl-Malo. R. 532. L. muralis. Lin. sub Prenanth. — Bois. Juin-août. (D. — Forêt de la Hunaudaie. RR. SONCHUS. C. Dauii. Lin. 533. S. oleraceus Lin. — Champs cultivés. ®. Juin-août. CC. 534. S. lacerus Willd. — Mêmes lieux; çà et là. — AC. région ma- ritime. 535. S. asper Vill. — Lieux secs, etc. Juin-novembre, d). AC. 536. S. arvensis. Lin. — Moissons, etc. Juillet-septembre. %. AC. — Plus C. le littoral. CREPIS Lin. ex part. 537. C. f.etida Lin. — Décombres, chemins. Juin-septembre. ®. AC. — Plus C. le littoral. 538. C. taraxacifolia Thuill. — Champs, coteaux. Mai-juillet. (2). AC. — C. le littoral. p. Tige basse, rameuse; feuilles épaisses, luisantes. — Falaises de Dahouet. 539. C. virens Vill. DC. — Prés, champs. Juin-octobre. ®. CC. 540. C. diffusa DC. — Talus, lieux secs. Juin-août. ® et (D. C. p. pinnatifula Willd. — Murs, lieux frais. Aussi C. — La C. diffusa, semée, reproduit la C . pinnalifida , forme des lieux plus frais, mais jamais la C. virens. HIERACIUM Touunef. (lnst. 267). Genre inextricable depuis les derniers travaux. Fiat lux ! 541. H. pilosella Lin. — Prés, pelouses. Mai-septembre. % . CC. — M. Schullz en a fait 42 espèces. 542. H. auricula Lin. — Prés argileux. Juin-septembre. % AC. 543. H. murorum. Lin. — Coteaux, murs. Juin-Juillet et automne. %■. — Murs de Dinan et de Lehon ; bois et rochers de la vallée de la Rance et des vallées secondaires. AR. — La plante de la vallée aux Moines en Lehon est l'if, adscilum Jord. ( 560 ) 544. H. silvaticum Smilh et Auct. —Bois. Juillet-août. %. — Vallée de la Rance, bois de Plancouet et coteaux de l'Arguenon. PC. 545. H. tridentatum Fries. — Bois. Juillet-août. 'if. AC. — C. vallée de la Rance. — Plante très-variable. Celle des coteaux de l'é- cluse de Livet a la tige simple; les fleurs paniculées, et fleurit un mois plus tôt , en juin. 546. H. tjmbellatum L. — Bois. Juin-août, if . CC. p. Feuilles larges, dentées, luisantes; fleurs en épi compacte. — Falaises de la région maritime. AC. — Toutes ces espèces ont été coupées en une foule d'autres : il y en a 149 dans la Flore du Centre. AMBROSÎACEM Link. XANTHIUM Lin. (Gêner. 1056). 547. X. spinosum Lin. — Sables. Août-octobre. ®. — La Courbure à Dinan, où il a apparu en 1862. RR. — J'en ai un échantillon de Saint-Malo (1859). LOBELIACEM Juss. (Ann. mus.). LOBELI Lin. (Gêner. 4066). 548. L. urens Lin. — Landes, bois. Juin-août. (î). C. CAMPANULACEsE Juss. (Gêner. 163). JASIONE Lin. (Gêner. 1005). 549. J. montana Lin. — Coteaux, etc. Juin-août. d). C. p. maritima. — Rochers de la région maritime. AC. y. floribus albîs. — Çà et là. — R. Dinan, Saint-Malo, etc. CAMPANULA Lin. (Gêner. 218). 550. C. rapunculus Lin. — Haies, etc. Juin-septembre. @. CC. 551. C. trachelium Lin. — Bois frais. Juin-août. %. — C. toute la vallée de laPiance; puis moins C. dans tout l'arrondissement. WAHLENBERGIA Scrad. 552. W. hederacea Lin. (sub Camp.). — Coteaux frais. Juin-août. if.CC. VACC1NIEJE DC. (Théor. élu). VACC1NUM Lin. (Gêner. 483). 553. V. myrtillus Lin. — Bois. Mai-juin. — Commence a paraître dans la forêt d'Yvignac (16 kilom. S.-O. de Dinan). — Puis. C. forêt de Boquien, de Plédéliac, où il atteint 1 mètre. — C. dans l'O. ( 567 ) ERICACEJE R. Br. (Prodr.). ERICA Lin. (Gêner. 484). 554. E. tetralix Lin. — Bois, etc. Juin-septembre. CC. 555. E. ciliaris Lin. — Bois , landes. Juillet-septembre. CC. 556. E. cinerea Lin. — Bois , coteaux. Juin-septembre. C. CALLUiNA Salisb. 557. C. vulgaris Sal. — Bois, landes. Juin-septembre. C. p. pubescens. — Landes d'Yvignac, falaises de Saint-Briac. R. MONOTROPEjE Nutt. (Gêner, amer.) MONOTROPA Lin. 558. M. hypopitys Lin. — Bois. Juin-Juillet. % . —Parasite sur les racines du châtaignier et des conifères ; landes Gimbert en Ples- der; Coëllan, près de Caulnes. R. Sect. III. — CORQSiEiIF&OUJE UACINEM Brong. (Ann. Se. nat., 329). ILEX Lin. (Gêner. 472). 559. I. aquifolium Lin. — Bois. Mai. C. OLEACEJE Hoffm. et Link. FRAX1NUS C. Bauh. et Vet. 560. F. excelsior C. Bauh., Lin. — Haies , bois. Mars-avril. AC. LIGUSTRUM C. Bauh., Lin. 561. L. vulgare Lin. — Haies, buissons , etc. Mai-juillet. C. — Plus C. sur le littoral. A POC YNE.E Juss. (Gêner. 443). VINCA Lin. (Gêner. 295). 562. V. minor Lin., V. pervinca omn. Vet. — Bois. Mars-avril. l£. — Coteaux boisés de presque toute la vallée de la Rance ; Forêt de Coëtquen, bois de Coëllan, etc. AC. 563. V. major L. — Murs, haies. Mai-juillet. Autour des villes et villa- a;es. — Naturalisée. ( 5G8 ) GENTIANES Juss. (Gêner. 141). MENYANTIIES Lin. (Gêner. 202). 564. M. trifoliata Lin. — Marais anciens. Mai. %. — AC. Ne fleurit pas partout, LIMNAiNTHEMUM Gmel. (Syst. nat.). 505. L. nymphoides Lin. — Rivières. Juin-septembre. — C. La Rance , étangs de l'arrondissement; mais plus R. à Ilédé, Comboorg, le Rouvre, etc. PC. CHLORA Lin. (Gêner. 4250). 566. C. perfoliata Lin. — Coteaux sablonneux. Juillet-août. — C. région maritime à Saint-Briac, Saint-Jacut, Lancieux, cap Fréhel , Rotheneuf. A l'intérieur, la Courbure. R. GENTIANA Lin. (Gêner. 322). 567. G. pneumonanthe Lin. — Landes, bois. Août-septembre. If. C. 568. G. amarella Lin., Bréb. — Pelouses. Août-septembre ®. — Cap Fréhel, du côté de la garenne d'Erquo (oct. 1862, H. de Fer- ron). RR. EHYTIUEA Rich. (App. pers. Lys.). 560. E. centaurium Pers., Lin. sub Gent. — Prés, coteaux, etc. Juin- août. ©. ce. ! p. E. capitata R. et Schullz. — Feuilles inférieures très-larges en rosette ; tige très-courte , très-rameuse dès la base ; rameaux presque égaux, formant un corymbe compacte, serré avant et après la floraison ; fleurs grandes, d'un rose vif. — Malgré sa grande ressemblance avec YE. centaurium , je la croirais une espèce distincte et propre aux terrains maritimes. — AC. sur les graviers des falaises, de Saint-Malo et environs à Dahouet. 570. E. pulchella Fries. — Lieux mouillés l'hiver. Juin-septembre. — C. région maritime. — R. à l'intérieur. p. ramosissima (Pers?). — Plante courte, très-rameuse. — On la trouve aussi dans les terres salées à tige naine et à 1-3 fleurs. CICENDIÀ Gris., Adam. 571. C filiformis Lin. sub Gent. — Lieux sablonneux bumides l'hiver. Mai-septembre. AC. — Je n'ai pas rencontré YEx. pusillum DC, qui doit évidemment se trouver sur les bords des grands étangs. ( 509 ) CONVOLVULACEjE ( Juss. emend.). CONVOLVULUS C. Bauii., Lin. 572. C. s.-epium Lin. — Haies fraîches. Juin-septembre. if . C. 573. C. soldanella Lin. — Sables maritimes. Mai-juin. if. — C. tout le littoral. 574. C. arvensis Lin. — Champs, etc. Mai-septembre. CC. CUSCUTA C. Bauh., Lin. 575. C. minor C. Bauh., DC. — Landes , etc. — C. sur les légumineu- ses et la bruyère. C. 576. C. epilinum Weihe., C. densîflora S. Wil. — ®. Juin. — Abon- dante à Chàteauneuf en 4863. BORRAGWEM Juss. (Gêner. 128). ECHIUM C. Bauh., Tournef., Lin. 577. E. vulgare C. Bauh., Lin. — Lieux pierreux, murs. Juin-juil- let. (D. C. p Wierzbecchii Habrl. — Mêmes lieux. — Corolles petites, un peu velues; étamines incluses. — Çà et là sur le littoral. R. LITHOSPERMUM C. Bauh. et Vet. 578. L. officinale Lin. — Haies, etc. Mai-juin. if. — Saint-Jacut et île des Ebiens; vallée de la Rance à Tatlen. R. 579. L. arvense Lin. — Moissons. Juin-juillet. ®. — AC. à l'intérieur. — C. le littoral. PULMONARIA Tournef., Lin. 580. P. affinis Jord. Bor. 1733. — Bois. Mars-juin, if . — ■ Vallée de la Rance , puis çà et là dans les bois. — ■ R. dans les bois non montueux. PC. 581. P. ovalis Bast. Bor. 1734. — Avril-juin, if . — Vallée de la Rance; forêts d'Yvignac et de Coëtquen, Saint-Malo. R. 582. P. longifolia Bast. Bor. 1735. — Avril-juin, if . — Abondant dans la vallée de la Rance ; bois de l'étang du Rouvre. R. — Le P. an- gustifolia Lin. comprenait toutes ces espèces , et se rapporte plus particulièrement au P. azurea Bess. (Voir C. Bauh. et la Flore de France de MM. Grenier et Godron). Tome XXVI. 40 ( 570) SYMPI1YTILM C. Bauh., TburvNEF. 583. S. consolida C. Bauh., S. officinale Lin. — Lieux frais. Mai- juillet. % . C. — Fleurs blanches ou violacées. — Le 5. tube- rosûm L., indiqué près de nos limites à Saint-Michel-en-Grève, se trouvera peut-être dans la région maritime. ANCIIUSA C. Cauii., Lin. 584. A. sempervirens L. — Haies, etc. Mai-juin. %• — C. autour de Dinan ; plus R. à Sainl-Malo , Ploubalay, etc. AR. LYCOPSIS Lin. (Gêner. 190). 585. L. arvensis Lin. — Lieux sablonneux. Juin-septembre. ®. AC. — Plus C. le littoral. BORRAGO Tournef., Lin. 580. B. officinalis Lin.— Terres cultivées, etc. Juin-septembre.®. AC. /3. alba. — Feuilles d'un vert blanchâtre; poils et fleurs blancs; plante ordinairement très-robuste. — Dinard, le Poulichot à Dinan. R. MYOSOTIS Lin. (Gêner. 4 80). 587. M. palustris With. L. ex part. — Prés humides. Mai-septembre. y. c. 588. M. repens Don, Reich. — Tourbières. Mai-juillet, d). — AC. tous les lieux spongieux des vallées; Yvignac, Languenan, Château- neuf, etc. AC. 589. M. strigulosa Reich. — Mai-septembre. @. — AC. surtout les grands étangs et les prés marécageux du littoral. 590. M. lingulata. L-ehm., M. cœspilosa Schullz, M. uliginosa Scrad.— Mêmes lieux. Juin-septembre, d). AC. 591. M. interjiedia Link. — Moissons, coteaux, etc. Mai-juillet, d). C. 592. M. iiispiDA Schlecht. — Lieux secs, sablonneux. Avril-septembre. ®. CC. 593. M. versicolor Pers. — Lieux sablonneux, talus. Avril-septembre. ®. AC. p. Fleurs toutes jaunes. — Çcà et là. — N'est pas le M. Balbisianà Jord. CYNOGLOSSUM Lin. (Gêner. 183). 594. C. officinale Lin. — Sables. Mai-juillet, d). — Dahouet, et Saint- Jacut sur le littoral, Cancale. RR. — J'ai vu un échantillon du ( 571 ) C. pictum Ait., dont l'étiquette porlail : « La Courbure à Dinan ; juin 1857. » — Je n'ai trouvé celte plante ni à sa localité, ni ailleurs dans tout l'arrondissement. Je pense qu'il y aura eu erreur. A rechercher cependant. SOLANEJE Juss. (Gêner. 124). SOLANUM C. Bauh., Lix. 595. S. nigrum Lin. — Décombres, sables. ®. Juillet-septembre. C. 596. S. dulcamara Lin. — Lieux frais, bois. Juin-septembre. %. C. ATROPA Lin. (Gêner. 249). 597. A. BELLx^DONA Lin. — Bois. Mai-juillet. ïL . — Vallée et coteaux de la Rance à Lehon , Grilmont et Landboulon ; Lamballe, Saint- Cast. R. LYCIUM Lin. (Gêner. 262). 598. L. yijlgare Dun. , L. barbarum L. ex part. — Juin-octobre. — C. aux environs de Saint-Malo , où il est planté en haies, et s'est répandu de là dans les sables maritimes ; remparts de Dinan. HYOSCYAMUS C. Bauh., Lin. 599. H. niger L. — Décombres , sables. Juin-août. (D. — Dinan. — C. le littoral. AR. DATURA Lin. (Gêner. 246). C00. D. stramonium. Lin. — Terres cultivées. Juillet-août. ©. — Jar- dins de l'Echapt en Lehon ; décombres et jardins du Poulichot près Dinan; jardins du littoral. R. 601 D. tatula Lin., Bor. 1774. — Jardins de l'Echapt en 1863. RR.— Probablement importé. VERBASCE.E Bartl. (Ord. nat.). 602. V. Thapsus L., F. Schraderi Meg. — Coteaux, talus. Juin-juillet. (D.C. |3. nigro-lhapsus Fries. — Vallée de Bobital. — Feuilles du V. ni- grumj fleurs du V. thapsus, mais bien plus petites. Peut-être vaudrait-il mieux rapporter cette plante au V. nigro-pulperu- lenlum Sm., V. nigro-floccosum Koch. (Voir Flore de France ^ Gren., Godr., page 557.) — S'il est certain que ces formes sin- gulières soient des hybrides , loin de les considérer comme espè- ces , il faut tout au plus les admettre comme des aberrations, et ( 572 ) ne pas charger la nomenclarure de tous ces noms barbares et burlesques forgés en Allemagne, et qu'on est tout surpris de lire dans un ouvrage Français. G03. V. thapsiforme Scrad. — Mêmes lieux. Juin-juillet. (f). — Vallée de Bobital et roule de Coulcre. RR. 604. V. floccosum Waldst. , V. pulvërulenlum Vill. — Coteaux, etc. Juin-août. C. 605. V. nigrum Lin. — Sables, lieux secs. Juillet-août. If. — Dinan Bobital. C. — Sur le littoral. G. B. V. parisiense Th. — Fleur en panicule ample, rameuse. — Région maritime. AC. y. Floribus albi aut subroseis. — Saint-Jacut. R. 606. V. blattaria Lin. — Lieux pierreux. Juillet-août. @. — Sainl- Juvat, à Saint- André. R. 607. V. virgatum With.j, V. blallarioides Lam . — Talus, champs. Juin- août. (D. C. — Le nom de Lamarck à l'antériorité sur celui de Wilhering , il me semble. SCROPHULARJACEjE Bekth. (DG. prodr.). SCROPHULAR1A C. Bauh. , Lin. 608. S. nodosa Lin. — Taillis, etc. Juin-juillet. %. C. 609. S. aquatica Lin. — Bords des eaux. Mai-septembre. %. C. 610. S. scorodonia Lin. — Haies fraîches. Mai-juillet, 'if . — Vallée de la Rance, de l'écluse de Livet à la mer. — C. le littoral, — Re- monte tous les cours d'eau. AC. 611. S. peregrina Lin. — Rochers humides. Juin-septembre. @ et ®. — Rochers du viaduc à Dinan sur les deux rives. RR. GR.ATIOLA C. Bauii., Lin. 612. G. offjcinalis Lin. — Etangs, rivières, etc. Juin-juillet. % . — C. la haute Rance. — Descend jusqu'à Dinan; étangs de Beau- lieu, de Jugon , etc. AC. ■ — C'est la Gral. cenlmiroides de C. Bauhin. DIG1ÏALIS C. Bauii., Lin. 613. D. purpurea C. Bauh.— Lieux pierreux, coteaux. Juin-août. if. C. B. Floribus albis, aut pallide roseis. — Çà et là , coteaux de la vallée de la Rance. R. — Gelte forme est signalée par C. Bauhin , pin., p. 244. ( 573 ) ANTIRRIIINUM C. Bauh., pin. 614. A. majus C. Bauh., pin.— Murs, rochers. Juin-août. — C. à Dinan et dans les vieux murs des châteaux en ruines. Il a les fleurs rouges , blanches ou pourpres. 015. A. orontium L. — Moissons. Juin-août. ®. AC. LIN A RI A C. Bauh. pin. 616. L. cymbalaria Lin. — Murs, puits, etc. Juin-septembre, If . — Abondant à Dinan , Lehon. R. 617. L. elatine Mil. — Juin-septembre. ®. — Champs cultivés, etc. C. 618. L. spuria Mil. — Sables. Juin-juillet, (g). — Saint-Malo et envi- rons de Saint-Briac à Saint-Jacut, Saint-Juvat. AR. 610. L. striata L. — Coteaux, haies. Mai-juillet, if. CC. 620. L. vulgaris Lin. — Haies, etc. Juin-septembre, if: C. VERONICA C. Bauh. 621. V. scutellata. Lin. — Landes et bords des marais. Mai-septembre. if. — PC, mais répandue à-peu-près partout : le Hinglé, forêt, de Coëlquen, Languenan, la Garaye , etc. PC. 622. V. anagallis Lin. — Marais. Juin-septembre, if. — AC. le lit- toral. — R. à l'intérieur, Dinan. 623. V. beccabunga Lin. — Sources , ruisseaux. Mai-août. if. C. 624. V. ch.'m.edris Lin. — Haies, bois, talus. Avril-mai. if. CC. 625. V. offiginalis Lin. — Bois. Mai-juillet, 'if. AC. jS. minor G. Godr.? — Feuilles petites, étroites, vert foncé, luisan- tes, presque glabres; épis courts, pauciflores, denses, bleu foncé. — Coteaux frais. CC. 626. V. montana Lin. — Bois. Mai-juin. if. — Bois de Coron près Lamballe (H. de Ferron). R. 627. V. serpyllifolia Lin. — Talus, pelouses. Mai-septembre^ if. C. 628. V. arvensis Lin. — Champs, talus, etc. Avril-juillet, if. C. 629. V. agrestis Lin. — Champs, jardins. Mars-juin. ®. PC. 630. V. polita Pries. — Cultures , murs, etc. Mars-octobre. ®. CC. 631. V. hederifolia Lin. — Cultures. — Murs, etc. Mars-septembre. ®. CC. LIMOSELLA Lin. 632. L. aquatica Lin. ■ — Vases des étangs. Juillet-septembre. ®. — Petit étang de Jugon , où elle couv étang du Rouvre. Probablement C, Petit étang de Jugon , où elle couvre les vases aux basses eaux ( 574 ) MELAMPYRUM G. Bàuh. Lin. Ce nom n'indique-t-il pas que les Grecs croyaient ces plantes des parasites du blé? G. Bauhin dit : « Quod ex trilici mulalione generari censetur. » 633. M. pratense L. — Bois. Juillet-août CC. — Fleurs jaunes et roses. PEDICULAR1S G. Bauit., Tounef. 634. P. silvatica Lin. — Pelouses humides. Mai-juillet. @>. CC. p. Floribus albis. AC. G35. P. palustris Lin. — Mai-juin. If . — Marais des environs de Dinan ; abonde au Menez , etc. AC. RHINANTHUS Lin. ( Gêner. 740 ). 636. R. glabra Lam., R. major Ehrh. — Prairies. Mai-juin. ®. CC. EUFRAG1À Bentii. 637. E. viscosa Lin. , sub Barlsia. — Marais , prés humides. Juin-sep- tembre. — PC. à l'intérieur. — C. le littoral. 638. E. latifolia. Lin., sab Euphras. — Pelouses entre les rochers. Mai.®. — Rochers de la rivière de Morieux ; falaises du village de la Cotentin près de Dahouet , où il forme une vraie prairie (8 juin 4861, H. de Ferron et moi). RR. ODONT1TES Reich. — Euphrasia Lin. 639. 0. verna Reich., Eûp. odonlites , «. Lin., Bor. n° 1862. Mai- juillet. — Champs, etc. C. 640. 0. serotina Reich., Bor. 1863.— Champs, prés. Août-octobre. C. 641. 0. divergens Jord. — Pâturages. Août-septembre. — Port-à-la- Duc. R. EUPHRASIA Lin. (Gêner. 742). 642. E. officinalis Lin., Bor. 1868. — Prés, pelouses, forêt de Coè't- quen, étang du Rouvre, prairies du littoral. AC. — Plante bien distincte. 643. E. campestris Jord. , pug. p. 131. —Pelouses, etc. Juillet-août. ®. — Forêt de Coêlquen , landes d'Yvignac, etc. AR. — Elle s'éloigne de la vraie campestris en quelques points ; c'est peut- être elle qui vient d'être publiée sous le nom à'agreslis. 644. E. rigidula Jord. , pug. p. 134. — Pelouses. Juillet-septembre. — C. tout le littoral. — Plus R, à l'intérieur; pentes du Menez, coteaux de la Rance. ( 575 ) 645. E. tetraquetra Arrondeau , Soc. Phil. du Morbihan, 1862 ! — Pelouses. Juillet-septembre. — Saint-Malo et presque toute la région maritime. AC. 646. E. ericetorum Jord. — Pelouses. Juillet-septembre. — Coteaux , granit de la Piance. R. 647. E. gracilis Fries, Bor. in lit. ! — Falaises. — Juillet-août.— Nous avons découvert cette plante intéressante à Morieux en 1861, et le 14 juillet 1863 , dans les landes du cap Fréhel , M. H. de Fer- ron et moi; elle est très-abondante dans cette dernière localité et vient sur la terre nue entre les touffes d'ajoncs et de bruyères. — C. dans les landes de Fréhel. E. foliis oblongis, lanceolatis ulrinque tricrenatis (interdum 4 cre- nalis), bracteis basi cunealis , corollœ fauce glabra , tubo labium cons- pictte superante , galea porruta , capsula lineari, truncata ; corolla exi- gua Iota vulgo amelhyslina , sed variai albida ; tubo gracili bracteas superat. Planta elongala, gracilis, stricto \, autumnalis , exeunle julio primum florens (è Fries exe). SIBTHORPIA Lin. 648. S. Europe.ea L. — Fontaines, murs humides. Avril-juin. IL. — Coteaux de la Rance h Landboulou ; vallées de l'Échapt, aux Moines , du Saint-Esprit h Dinan ; tout le village de Saint-Carné , le Menez. Saint-^\Ialo, etc. AC. OROBANCHEjE Juss. (Ann. mus. 442). OROBRANCIIE C. Bauh., Lin. 649. 0. RAPDii Th. — Mai-juin. op.. — Sur le Sar. scoparius. C. 650. 0. ulicis Des M. — Mai-juin. if. — Sur VU, curopœus. AC. — Il n'y a que le port à séparer cette plante de la précédente. 651 . 0. galii Dub. , 0. vulgaris DC. , 0. caryophyllacea Sm. — Sur les galium. Mai-juin. %. — Sables maritimes sur le G. verum. 652. 0. jiinor Sutt., Koch. Juin-juillet. r ç . — AC. autour de Dinan et sur le littoral. Je l'ai cueillie sur le trèfle cultivé; elle en infeste quelquefois les champs à la Courbure : sur Trif. arvense , Medicago saliva à Saint-Briac ; Trif. sublerraneum à Languenan, et VErijngium marilimum à Saint-Malo et Lavarde, à Ploucr. Je l'ai trouvé sur Picris Jiieracioides L. 653. 0. heder.e Vauch. — Juin-juillet. — Sur le lierre. C. — Sur le littoral et dans presque tout l'arrondissement. C. ( 576) j3. ? albula. — Je rapporte à VO. hederœ, comme forme, la plante suivante que j'ai recueillie à Lavarde, près de Saint-Malo, sur le lierre et la luzerne cultivée, le 4 juillet 1863. — Tiges en touf- fes, 8 à 10 ensemble, d'un jaune pâle presque blanc, ainsi que les fleurs ; élamines insérées un peu plus haut que dans VO. hederœ; fleurs un peu plus grandes; stigmates à 2 lobes jaune terne : pour le reste elle est tout-à-fait semblable à la plante du lierre. Je ne l'ai pas rapportée à VO. unicolor Bor. 1901, parce qu'elle en diffère par les filets de ses étamines qui sont glabres. Le même caractère l'éloigné de la variété jaune de VO. cmenta. Bert. 654. 0. c.'Erulea Vill. — Sur VAchillœa mille foliutn. AC. — Littoral. CC. Juin-juillet. LATIIR/EÀ Lin. 655. L. clandestina Lin. — Lieux humides. Mars-mai. % . — Toute la vallée de Caulnes et de Saint-Jouan-de-1'Isle. — Cette plante me semble parasite sur les racines du peuplier, du hêtre et du noisettier. R. LABIATEM Juss. (Gêner. 110). MENTIIA C. Bauh., Lin. 656. M. rotundifola Lin. — Bois, fossés, routes. Juillet-septembre. %. C. 657. M. silvestris Lin. — Murs, lieux frais. Juillet-septembre. % — Pleudihen, Dinan, la Ville-Pichard, Montcontour etCollinée. AU. 658. M. aquatica Lin. — Lieux humides. Juillet-septembre. % . CG. p. hirsula L. — Marécages du littoral. Juillet-septembre. AC. 659. M. crenata Beck. — Bord des eaux. Juin-août. — Bords de la Rance, de Dinan à Trévérien. R. — Prend des proportions gigantesques. 660. M. sativa Lin. — Marais. Juillet-septembre. ^ . — Dinan, Saint- Malo, etc. AR. — Beaucoup d'espèces doivent être confondues sous ce nom. 661. M. arvensis Lin. — Lieux humides. Juillet-septembre. 1£ . C. — La plante de notre contrée comprend : M. arvensis L., B. 1958 ; M. silvatica Host., B. 1955, et M. agreslis Sole , B. 1957. 662. M. parietari/efolia Beck., Bor. 1963. — Bords d'un ruisseau dans les bois de Ponlual près de Saint-Briac. RR. — Plante très- remarquable. 663. M. i'Ulegium Lin. — Champs, pelouses humides. Juillet-octobre. %. CC. ( 577 ) LYCOPÎJS Lin. (Gêner. 15). G64. L europ.eus Lin.— Fossés, bords des eaux. Juillet-septembre. ip.C. SALVIA C. Bauh. Lin. GG5. S. sclarea Lin. — Lieux pierreux. Juin-août. %. — La Ville- Pichard près de Dahouet, où il est très-abondant (juin 1862). RR. GG6. S. verbenaga Lin. — Coteaux, près, etc. Mai-Juillet et septembre. %. — AC. vallée de la Rance à Dinan,"le Cbêne-Vert , etc. — C. tout le littoral par localités. ORIGANUM C. Bauh., Lin. 667. 0. vulgare C. Bauh et Vet.— Lieux secs. Juillet-septembre."^. CC. p. Floribus albis, foliis pallescentibus. — La Courbure. AR. THYMUS C. Bauh. ex part Lin. 668. T. serpyllum Lin. — Prés, pelouses. Juillet-septembre. % . CC. p. citriodorus Lloyd, FI. 0. — AC. le littoral. y. chamœdrys Fries. — Coteaux secs. AR. CLINOPODIUM Tournef. (Inst., t. 92). 669. C. vulgare L. — Landes, haies. Juillet-août. ip. CC. NEPETA Lin. (Gêner. 110). 670. N. cataria Lin. — Décombres. Juillet-septembre. %. — Village de Lauvallay sur la route de Rennes. — Me semble introduite. GLECIIOMA Lin. (Gêner. 714). 671. G. hederaceum Lin. — Haies, bois. Mars-avril, if'. CC. MELITTIS Lin. (Gêner. 713) 672. M. melissophyllum Lin. — Coteaux boisés. Mai-juin. %\ — Vallée de la Rance, etc. PC. p. grandiflora Smith. — Feuilles à base non cordées , ovales , oblon- gues, fleurs plus allongées, souvent blanches. — Mêmes lieux et pas plus R. — M. Boreau regarde cette forme comme une es- pèce distincte. LAMIUM C. Bauh. et Veter. 673. L. amplexicaule Lin. — Cultures, murs. Juillet-septembre. ®.— C. le littoral. — R. à l'intérieur. p. Fleurs très-grandes ^ d'un rouge fonce. — Sables maritimes. PC. ( 578 ) 674. L. purpureum Lin. — Pied des murs, décombres. Février-mai. %. CC. 675. L. album L. — Haies, etc. Avril-mai. if . — Dinan , Saint- Malo, etc. PC. GALEOBDOLON IIuds. (FI. Angl.). 676. G. luteum Lin. — Bois pierreux,, etc. Mai-juillet. % . — Envi- rons de Dinan, vallée de la Rance , le Guildo , l'Arguenon , Plouer, etc. PC. GALEOPSIS Lin. (Gêner. 717) 677. G. dubia Leers, G. ochroleuca Lam.— Moissons. Juillet-août.©. G. 6. Fleurs pourprées. — Çà et là. R. 678. G. tetrahit Lin. — Décombres, champs. Août-octobre. ®. C. 679. G. pubescens Bess., Bor. 2009. — Moissons. Juin. — AC. autour de Dinan. — Plante facile à reconnaître et se conservant par la culture. — Plus répandue qu'on ne croit. — Probablement C. STACÏIYS C. Bauiiin. 680. S. siLVATiCA Lin. — Lieux frais, pied des murs. Mai-août. -if. C. 681. S. palustris G. Bauh., L. — Moissons, lieux frais. Juin-septem- bre, if . C. 682. S. arvensis L. — Champs incultes, etc. Juin-septembre CD. C. BETONICA Lin., C. Bauii. 683. B. officinalis Lin. — Taillis, landes. Juin-septembre. if. C. MARRUBIUM C. Bauh., Lin. 684. M. vulgare Lin. — Lieux pierreux. Juin-août. if. AC. — A l'in- térieur. PC. BALLOTA Tournef. (Inst. 85). 685. B. F/etida Lam. — Bords des chemins, etc. Juin-août. if. C. — Dans la région maritime toute la plante est d'un rouge noir. SCUTELLARIA Lin. (Gêner. 734). 686. S. galericulata Lin. — Bords des eaux. Juin-septembre. if. AC. 687. S. minor Lin. — Bois frais , bord des mares. Juin-septembre. % . G. BRUNELLA C. Bauii., Tournef. — Prunella Lin. 688. B. vulgaris L. — Très, pelouses. Mai-juillet. % . CC. ( 579 ) 680. B. alba Pal!., ap. Bieb. — Coteaux secs. Mai-juillet, if . — Saint- Jacut et île des Ebiens; écluse de Bouteron près de Dinan (H. de Ferron). R. — J'écris Brunella avec G. Bauliin, qui donne l'é- tymologie suivante : « Brunella ab effeclu nomcn accepit eo qnod faucium et linguœ affeclilms seu polius malo castrensi, Ger- manis die Brune , dicto , medealur. » AJUGA Lin. (Gêner. 705). 090. A. reptans Lin. — Prés et bois. Mai-Juin. if. CC. p. Floribus roseis. — Forêt de Coëtquen. AR. 691. A. cham/epitys Lin., sub Teucrio. — Sables. — Mai-septembre. ®. — Paramé près Saint-Malo. R. TEUCRIUM C. Bauii., Lin. 692. T. scorodonia Lin. — Coteaux, talus. Juin-septembre, if. CC. VERBENACEjE Juss. (Ann. mus.). VERBENA C. Bauii., Tournef., Lin. 693. V. officinalis L. — Lieux incultes. Juillet-septembre, if. CC. LENTIBULARIEjE C. Rien. (InPoit. et Turp.). PINGUICULA Lin. 694. P. lusitanica Lin. — Landes tourbeuses. Mai-juillet, if. — C. les landes Gimbert en Plesder; landes du Hinglé , Yvignac , etc. — C. le Menez. — C. par localités. UTR1CULARIA Lin. (Gêner. 31). 695. U. vulgaris Lin. — Marais. Juin-juillet. — Vallée de la haute- Rance , forêt de Coëtquen , étang du Rouvre, etc. AC. 696. U. minor Lin.— Marais des landes. Mai-juillet, if. — Forêt de Lou- déac. (Rapportée par M. H. de Ferron.) RR. PRIMULAGEsE Ventenat. LYSIMACHIA Lin. (Gêner. 285). 697. L. vulgaris Lin. — Bords des eaux. Juillet-août. CC. — Varie à feuilles tomenteuses. 698. L. nummularia Lin. — Bois frais, prés. Mai-juillet. — Environs de Dinan. PC. ( 580 ) G99. L. nemôrum. Lin. — Bois frais. Juin-juillet. X- • — ÂG. partout, sans être C. ANAGALLIS C. DAun., ex part. Lin. 700. A. arvensis Lin. — Terres cultivées. Juin-septembre. D. CC. 701. A. CtERULea. Lam. — Sables. Juin-juillet et octobre. ®. — Saint- Malo à Saint-Ideuc. RR, 704. A. tenella Lin. — Landes humides. Juin-août. If. — CC. PRIMULA Lin. (Gêner. 197). 703. P. officinalis Jac, P. veris, a. Lin. Mars-mai. — Prairies de la Courbure. RR. 704. P. acaulis Jacq., P. veris, y. Lin. — Mars-juin CC. p. Fleurs violâtres ou d'un blanc sale lavées de violet; bien spontané dans les bois de la Garaye et au bois du Chêne. R. HOTTONIA Lin. (Gêner.). 705. H. palustris Lin. — Eaux tranquilles. Mai-juin. If. C. SAMOLUS Lin. (Gêner. 222). 706. S. valerandi Lin. — Marais et rochers maritimes. Juin-septembre. (D. — C. sur le littoral. — Remonte jusqu'à Dinan. GLAUX C. Bauii., Lin. 707. G. maritima C. Bauh. , Lin. — Bords des eaux saumâtres. Juin- Juillet, if. — CC. le littoral. PLUMBAGINEjE Endl. (Gêner., p. 348-9). STATICE Lin. 708. S. ÀRMERIÀ Lin. — Falaises. Mai-juin et juillet-septembre. If: — CC. région maritime. 709. S. limonium Lin. — Vases salées, etc. Juin-septembre. % — Sainl- Jacul, Lancieux, Saint-Malo, etc. 710. S. ovalifolia. Poir. — Rochers maritimes. — AC. à l'embouchure de tous les ruisseaux. — Remonte jusqu'à l'écluse de Livet. AC. 711. S. lychnidifolia De Gir. — Vases salées. Juillet-août. If — De Saint-Servan à Pleudihen sur îa Rance, la Ville-ès-Nonais. R. 712. S. occidentalis Llloyd , FI. O., p. 374. — Rochers et vases. — AC. tout le littoral. C. — Les vases maritimes de la basse Rance. Juillet-août. il. ( 581 ) PLANTAGINEjE Juss. (Gêner. 89). L1TT0RELLA Lin. (Gêner. 1328). 713. L. lacustris L. — Bords des étangs. Juin-août. If . — C. le grand étang du Jugon, étang du Rouvre en Pleugueneuc; couvre les bords des étangs du Val à Brusvilly; landes de Saint-Solin, etc. AC. PLANTAGO C Bauii. , Lin. et omn., 'açvàyXaMiaov. 714. P. lanceolata Lin. — Prés, etc. Avril-septembre. % . CC. 715. P. eriophora Hoffm. — Sables. Juin-septembre.,^. — Sables du littoral. AG. 716. P. major Lin. — Prés, chemins. Juillet-octobre. if. CC. 717. P. rNTERMEDiA Gilib. — Prés secs ou maritimes, sables. Juin- juillet, if. — La Courbure à Dinan, Saint-Malo., etc. AC. 718. P. maritima Lin. — Terres salées. Juin-septembre, if. C. — Feuilles plus ou moins larges , dentées. p. Feuilles linéaires, entières. — Mêmes lieux. AC. Aberr. P. longibracleata. — Feuilles larges, épaisses, très-dentées; tous les épis resserrés, courts, ovales; bractées cinq fois aussi longues que les fleurs, large et formant une grosse tête ovoïde, foliacée. Juillet. — Bords de la Fiance de la Piichardais à la mer. 719. P. coronopus. Lin. — Pelouses, rochers. Juin-septembre, if. CC. p. lalifolia DC. — Feuilles très-velues, larges, dentées. — Lieux secs des coteaux. y. marilima Gren., Godr. — Feuilles charnues, dentées; pédoncules droits. o. hitegrala Gren., Godr. — Feuilles linéaires, lisses, charnues. — Le littoral. — Nous n'avons rencontré aucune espèce de la fa- mille des Amaranlhacées. Le 2 juillet 1862, j'ai vu un pied de YAm. relroflexus sur des délestages à Saint-Malo. Je n'ai pas rencontré la plante depuis. SALSOLACEvE Juss., Moq. Tand. SALICORMA Lin. 720. S. herbacea Lin. — Terres salées. Juillet-septembre. ®. CC. fj. procumbens Lloyd. — Tiges couchées. — Mêmes lieux. C. 721. S. radicaks. Smith. — Vases salées. Août-septembre, if. — Lit de la Rance et des ruisseaux qui vont à la mer. AC. — Semble une espèce séparée, et ne ressemble guère à la S. frulicosa L. du Midi. ( 582 ) SALSOLA Lin. 722. S. kali. Lin. — Sables maritimes. G). Juillet-août. C SILEDA Forsk. 723. S. maritima Lin. sub Chen. — Vases salées des rivières et du lit- toral. Juillet. C. CIIENOPODIUM Lin. (Gêner. 309). 724. C. murale Lin. — Pied des murs, décombres, partout. Juin- septembre. ®. CC. 725. C. album Lin. Lieux cultivés , etc., partout. Juin-août. CC. 726. C. paganum Reich., C. viride Th. non L., Bor. 2079. — Lieux in- cultes, quelquefois moissons, etc. Juin-septembre. il. — M'a paru AR. 727. C. virïde Lin., C. concalenatum Th.— Lieux cultivés et décombres. Juin-septembre. — Partout. CC. — Ces trois plantes sont bien distinctes; jamais la graine du C. album ne donne des C. paga- num ou viride. 728. C. glaugum L. — Terres salées, étangs, etc. Juillet-septembre. (ï). — CC. surtout sur le litttoral. 729. C. bonus-henricus L. — Décombres. Juillet-septembre. if. — Village de Lehon près Dinan ; cimetière de Pleurtuit. AR. 730. C. polyspermum Lin. — Champs, routes. Août-septembre. ©. PC. p. aculifolium Smith, Chevall., FI. Par. — Mêmes lieux. 731. C. vulvaria Lin. — Pied des murs, etc. Juin-octobre. ®'. CC. Obs. — J'ai trouvé une fois, en 1859, le C. iniermedium M. et K. au pont à Dinan; il n'a pas reparu. Je n'ai jamais vu le C. rubrum L. BETA C. Bauh. et Vet., Lin. 732. B. maritima Lin. — Rochers et vases du littoral et des rivières. Juillet-septembre, if. — C. ATRIPLEX Lin. C. Bauu. et Vet. 733. A. halimus. Lin. — Falaises. Octobre. — De Paramc à Dahouet. — Cet arbrisseau , qui ne mûrit pas toujours ses graines , s'est ré- pandu dans toutes les falaises. 734. A. portulacoides Lin. — Terres salées, rochers. Juillet-septem- bre. C. 735. A. crassifolia C. A. Mey. , .4. rosea Mult. Auct. — Sables ma- ritimes de tout le littoral. Juillet-septembre. ; D. C. ( 583 ) 73G. A. hastata Lin. — Décombres, rochers et cultures. Juin-août.®. — Plante polymorphe. «. genuina Godr., A. palula Smith. — C. dans les champs et les jardins. (3. micranlha DC, A. helerosperma Godr. —Bords des chemins, etc. AC. y. salina Wallr. , A. opposiïifolia DC. — Vases salées, bords des ri- vières. C. — Cette forme pourrait bien être une espèce distincte. Cf. Bor. n° 2094. o. mîcrospermaVÏ. K. — Terres cultivées après la récolte. AC. — M. Boreau, FI. Centr., n° 2095, la considère comme espèce dis- tincte. 737. A. patula Lin., A. anguslifolia Smith. — Champs cultivés. Juillet- août. ®. C. a. genuina Godr. — C'est la forme la plus commune. p. muricala Ledeb. (non A. macrodira Guss.). — Sables ou cultures sablonneuses de Saint- Mal o , de Saint-Jacnt. AR. y. angustissima Wallr. — Champs cultivés. C. POLYGONES Juss. (Gêner. 82). RUMEX Lin. — Lapalhum Veter. omn. 738. R. palustris Smith. — Marais tourbeux. Juin-septembre. (D. — Ancien marais de Saint-Briac , avec R. marilimus ; Château- neuf. RR. 739. R. maritimus Lin. — Marais. Juin-septembre, (D. — Saint-Briac , Châteauneuf. R. 740. R. conglomérâtes Schreb.— Haies, lieux frais. Juillet-août."^ . AC. 741. R. rupestris Le Gall. — • Rochers maritimes. Juillet-août. %. — Rochers de la pointe de Saint-Briac, de Saint-Jacut et de l'île des Ebiens. R. 742. R. nemorosus Schrad. — Bois, lieux couverts. Juin-juillet. l£ . AC. 743. R. pulcher Lin. — Bords des chemins. Juin-juillet. (D. C. 744. Pi. obtusifolids Lin. — Prés, champs. Juin-juillet. %. C. • — Plante polymorphe. 745. R. crispus Lin. — Prés, champs, etc. Juin-septembre. If. CC. 746. R. hydrolapathum Huds. — Bords des eaux. Juin-septembre. %. — Toute la vallée de la Piance.— C. à Saint-Juvat.— R. ailleurs, et localisé. PC. 747. R. acetosa Lin. — Prés, cultures. Juin-juillet. %, CC. 748. R. acetosella Lin.— Pentes des Coteaux , talus. Mai-juillet, % CC. ( 584 ) POLYGOiNUM C. Bauii., Lin. 749. P. bistorta L. — Prés frais. Mai-juin, ip . — Au Pont Gand sur le Lié (H. de Ferron, 18G0). RR. 750. P. amphibium Lin. — Eaux tranquilles. Juin-juillet. %. C. /3. P. terrestre Lin. — Bords des eaux, lieux desséchés. PC. 751. P. lapathifolium L. — Champs , lieux frais. Juillet-septembre. ®. C. — Varie à fleurs blanches ou blanc rosé. 752. P. nodosum Pers. — Lieux frais , bords des eaux. Juin-septem- bre. ®. C. 753 P. persicaria L. — Fossés, lieux humides. Août-septembre. AC. —Bien moins C. que dans les contrées calcaires ou sablonneuses. 754. P. hydropiper Lin. — Lieux humides, etc. Juin-septembre. ®. C. 755. P. minus. Huds. — Mares des landes. Juillet-septembre. ®. — AC. toutes les landes marécageuses. 756. P. aviculare Lin. — Champs, chemins. Juillet-septembre. CC. 757. P. monspeliense. Pers.— Cultures de Châteauneuf, Dinan; semble rare. — J'ai vu des feuilles qui avaient 2 cent, et demi de large. 758. P. agrestinum Jord., Bor. 2142. — Pied des murs. PC. 759. P. arenastrum Bor. 2143. — Lieux pierreux ou sablonneux, etc. Juillet-septembre. — C'est le plus répandu. — Fleurs presque toujours rouges. C. 760. P. humifusum Jord. Bor. n° 2146. — Terres remuées, etc. AC. 761. P. rarivagum Jord. — Champs après la moisson. C. 762. P. convolvulus Lin. — Champs, etc. Juin-septembre. ®. CC. — Contrée maritime. AR. 763. P. dumetorum Lin. — Haies , coteaux. Juin-septembre. — Contrée maritime. AR. 764. P. fagopyrum Lin. — Juillet-août. ®. — Cultivé en grand. 765. P. tataricum Lin. — N'est pas cultivé et se trouve fréquemment sur les décombres. DAPHNOIDEJE Vent. DAPHNE Lin. (Gêner. 485). 766. D. LAUREOLALin. — Haies, bois. Février-avril. C. LAURINEjE DC. (FI. Fr., 3, p. 361). LAURUS Toubnef. 767. L. nobilis Lin. — Jardins mars-avril. — Cultivé partout. ( 585 ) SANTALACE/E R. Crown. THES1UM Lin. (Gcner. 292). 768. Tn. hdmifusum DC. — Pelouses sèches. Juin-août. if. — AC. de Saint-Coulomb à Dahouet. Obs. — IJippophœ rhamnoidcs L. est planté en haies à Saint-Cast. — Non spontané. EUPHOPxBIACEM Juss. (Gêner. 384). BUXUS C. Bach, et Vet. 769. B. sèmfervirens Lin. — Haies , côleaux. — planté souvent. — Sub- spontané sur les coteaux de laRance à Taden et de Bobital. Avril. EUPHORBIA Lin. — Tilhymalus C. Bauh. 770. E. helioscopia Lin. — Terres cultivées. Avril-octobre. CC. 771. E. platyphyllos Lin. — Lieux pierreux ou frais. Juin-juillet. ®. — Chàteauneuf, Dol. R. 772. E. paralias Lin. — Sables maritimes, rochers. Juin-septembre. AC. de Saint-Coulomb à Dahouet. 773. E. por.TLANDiCA Lin. — Sables et rochers. Mai-juillet, août-octo- bre. (D. — C. Tout le littoral. 774. E. peplus Lin. — Lieux cultivés, etc. Mars-octobre CC. 775. E. exigua Lin. — Champs sablonneux. Juin-septembre. ®. — Saint-Juvat, Yvignac, Plesder, etc. — PC. à l'intérieur. — C. moissons du littoral. 776. E. lathyris Lin. — Lieux pierreux , frais. (§>. Juin-août. — Coteaux de la vallée de la Piance à Grilmont, Landboulou, etc. PC. 777. E. amygdaloid-es Lin. — Bords des chemins, haies. Avril-juillet. H* m Li Li • MERCURIAL1S Lin. 778. M. pereanis Lin. — Bois. Avril-mai. — C. dans la vallée de Fa Rance. — C. ou abondant à Bobital; forêts de Coè'lquen, d'Yvr- gnac, de la Hunaudaie, etc. 77$. M. annua Lin. — Août-septembre. — Partout. CC. URT1CEM DC. (FI. Fr., 3, 517) URTICA C. Bauh., Lin. 780. IL urens Lin. —Pied des murs , décombres. Juin-septembre. % . C. 781. U. dioica Lin. — Partout. Juin-septembre, ip. CC. Tome XXV. M ( 586 ) PARIETAR1A Tournef. (Inst. 289). 782. P. erecta M. K. , Koch, Gren. et Godr. — Juin-octobre. %.. — Chantiers de Saint-Malo. R. 783. P. diffusa M. K., Gren. et Godr.— Juin-novembre.— Murs, etc. CC. /3. fallax Gren. et Godr. — Pieds des murs au nord; lieux frais; çà et là. AR. HUMULUS Lin. (Gêner. 1116). 784. H. lupulus Lin. — Bois, haies. Juillet-août. if. — Vallée de la Rance et les bois. AC. ULMUS Lin. (Gêner. 316). 785. U. major Smith. — Mars-avril. — Planté sur les routes et les promenades. ? 786. U. campestris Lin. — Mars-avril. — Bois , routes , plantations. — Non. indigène. 787. U. suberosa Ehrh. — Mars-avril. — Bois et coteaux. AC. — C'est le seul qui existe dans les bois de l'arrondissement. U. effusa L. — Souvent planté. — Ne semble pas se propager. AMENTACEjE Juss. (Gêner. 406). A. CIIPILIFERE/E A. Rich. FAGUS C. Bauh. et Vet. 788. F. silvatiga Lin. — Forêts, coteaux. Avril-mai. CC. CASTANEA C. Bauh. et Vet. 789 C. vulgaris Lam. — Bois, plantations. Juin-juillet. CC. QUERCUS C. Bach, et Vet. 790. Q. pedunculata Ehrh. — Haies, bois. Avril-mai. CC. 791. Q. sessiliflora Smith. — Forêts. Avril-juin. AC. 792. Q. ilex Lin. — Bois. Juin. — Bois de la Garaye; le Chêne-Vert, etc. — Ne forme jamais des bois. — R. et non spontané. CORYLUS Tournef. (Inst. 347). 793-. C. avellana Lin. — Bois, haies. Janvier-février.— Haies, bois. CC. CARPINUS Lin. (Gêner. 1073). 794. C. betulus Lin. — Avril-mai. — Forêt d'Yvignac, de Coëtquen, et planté. AC. ( 587 ) Mi. «AïJCIXK.ï': A. Uir.H. SALIX C. Bauik et Vêler. 795. S. alba Lin. Bords des eaux, plantations. Avril-mai. AC. 796. S. vitellina Lin. — Planté sur quelques points du littoral. Mai. R. 797. S. fragilis Lin. — Haies, Bords des ruisseaux. Mai. AR. 798. S russelliana Sm. — Oseraies de la région maritime; Morieux. R. 799. S. undulata Ehrh. — Haies fraîches, roule de Gaulnes au 6 e kilo- mètre; environs de Collinée. — R. nous n'avons que la femelle. 800. S. purpurea Lin. — Bout de lande marécageuse au sud de la plaine de Paramé , près de Saint-Malo. — Les 8 ou 10 touffes m'ont bien l'air d'avoir été plantées. — Cultivé à Trévérien. RR, 801. S. viminalis Lin. — Haies, etc. Avril-mai. C. 802. S. cinerea Lin. — Haies, bois. Mars-avril. CC. 803. S. aurita Lin. Marais et landes marécageuses. Avril-mai. AC. 804. S. CAPRiEA Lin. — Bois frais. Avril-mai. — Forêt de Coëtquen près de la Chesnaye; forêt de Boquien dans le Menez; bords de la Rance à la Courbure ;bois de Coron près de Lamballe. RR. 805. S. repens Lin. — Landes humides. Avril-juin. — C. varie à feuilles linéaires (S. rosmarinifolia L.?), ovales lancéolées et ovales oblongues. POPULUS TouasEF. (Inst. 365). 806. P. tremula Lin. — Bois, haies. Mars. AC. S07. P. canescens Smith. — Planté ; mais il se répand. — Les autres peupliers, P. alba L. , P. virginianu Desf. , P. fastigiala P ; , P. angulata Mien., sont plantés ou cultivés; quelques-uns sont C. dans les prés de Saint-Juvat. BETULA C. Bauii. 808. B. alba Lin. — Bois , landes. Avril-mai. C. — H y a une plaisante remarque dans C. Bauhin : lerribilis, dit-il d'après Pline, ma- gistraluum virgis ; ideirco arborem Sapienliœ appellare consiie- vimus. ALNUS C. Bauh., Lin. 809. A. glutinosa Lin. — Lieux frais , etc. Mars. C. MYR1CA Lin. 810. M. gale Lin. — Tourbières. Avril. — C. à Chàteauneuf. — Seule localité. R. ( 588 ) CONIFERES Juss. (Gêner. 411). A. A.BÏEV-IHME C. Rich. Comf. PliNUS Lin. Gêner. — Pcuce C. Bauii. 811. P. silvestris Lin. — Cultivé ou planté dans les bois de Coe'llan , Bobital ; dans les landes de Pleugueneuc , etc. Mai. 812. P. maritima Lam., P. pinaster Sol. — Bois de la Garaye , de Pon- tuel, etc. — Cette espèce se resème d'elle-même. ABIES C. Bauii., Lin. 813. A. picea Lin., A. pectinala DC. — Planté partout. 81-4. A. excelsa Lam. sub pin. — Généralement planté. — Spontané. 815. A. larix Lin. sub pin. Aùpi* Théophr. — Planté sur les coteaux humides, au nord, et souvent spontané. B. CMPBtESSItfEJG C- Rich. Conif. JUN1PERUS Lin. Sp. C. Bauh. 816. J. commums Lin. — Cultivé dans beaucoup de parcs. TAXUS Tournf., Lin. 817. T. baccata Lin. — Planté dans tous les cimetières, quelquefois dans les haies. Avril. — J'ai mentionné les Conii'ères, dont au- cune espèce ne paraît indigène , parce qu'elles sont très-répan- dues et trop agrestes pour compter désormais comme arbres de culture. J'ai remarqué que la plupart d'entre elles se reprodui- saient spontanément; et il y a tel taillis, comme à Coëllan , par exemple, où les Pinus et les Abies détruisent la végétation pri- mitive. CLASS. II a — MONOGOTYLEDONEiE HYDROCHARIDEjE C. Rich. HYDROCHARIS Lin. (Gêner.). 818. H. morsus-ran.e Lin. — Étangs, fossés. Juillet-août, if. C. ALISMAŒJE R. Bnowff. Prodr. ALISMA Lin. (Gêner. 460). 819. A. plantago Lin.— Fossés, bords des eaux. Juin-septembre. 'if .CC. 820. A. isatans Lin. — Mares des landes, fossés. Mai-septembre, if . C. ( 589 ) 821. A. r.ANUNCULOiDES Lin. — Marais, landes. Juin-septembre. %-. C. p. repens DC — Landes se desséchant l'été.— Aussi C. et jamais seul. 822. A. damasonium Lin. — Vases des étangs, fossés. Mai-juillet.®. — Fossés de la route de la Jugon , environs de Lamballe, étang du Rouvre. R. SAGITTARIA Lin. (Gêner. 1067). 823. S. sagitt.^folia Lin. — Rivières, ruisseaux. Juin-septembre.^. C. p. Vallisneriifolia C. et G. — Feuilles toutes linéaires, submergées; enileurit qu'à la retraite des eaux, et alors l'extrémité des feuilles se dilate. J'ai vu à Saint-Juvat une feuille sagiltée, petite, placée au bout d'une lanière qui avait l m 20 de longueur. BUTOMUS Lin. (Gêner. 507). 824. B. umbellatus Lin. — Bords des eaux. Juin-août. if. — C. toute la haute Rance. — R. à Dinan. — Taden dans un marais sau- mâtre. AR. TIUGLOCHIN Lin. 825. T. maritimum Lin. — Lieux humides des terres salées. Mai-juin. %. CC. 826. T. palustre Lin. — Lieux marécageux, bords de la Rance à la Courbure. — Très-abondant dans le marais de Saint-Jacut de la mer. Juin-septembre. if . AR. — J'ai en vain cherché le T. Bar- relieri Lois. POTAMEjE Juss. (Diçl. Se. nat.). PQTAMOGEITON C. Bauh. Lin. D'après les règles du langage, il faut écrire potamogilon ou potamo- geilon, mais non potamogelon. 827. P. natans Lin. — Eaux tranquilles. Juin-août. if. CC. /3. P. plantago Bast. — Mares des landes ; çà et là. 828. P. fluitans DC. — Eaux vives. Juin-septembre, if . — Mares et ruisseaux de Tréverien près d'Evran. R. 829. P. polygonifolius Pouit. 1788, P. oblongusYïx. 1808. — Mares tourbeuses. Juillet-août. if. — Forêt de Coëtquen, Château- neuf, le Menez. AC. 830. P. lucens Lin. — Rivières, canaux. Mai-juin. if.. — CC. dans la Rance, au-dessus de Dinan jusqu'au Menez. — Je ne l'ai pas vu ailleurs. ( 590 ) 831. P heterophyllus Schreb. — Rivières , étangs. Juin-septembre. T£ . C. la Rance, étangs de Jugon et du Rouvre. AC. p. graminem Lloyd, FI. 0., p. 424. Feuilles flottantes, nulles — Saint-André-des-Eaux , Trévérien, etc. — Plante polymorpbe et pouvant faire croire à l'existence de beaucoup d'espèces, si l'on ne considérait que ses feuilles. 832. P. perfoliatus Tin. — Rivières, étangs. Juin-août. — C. tous les cours d'eau. (L 833. P. crispus Lin. — Fossés, étangs. Juin-septembre. C. — Nous n'avons qne la forme du granit à feuilles, d'un vert foncé, très- luisantes, transparentes, ondulées. S3'i. P. densus Lin. — Fossés Juin-juillet. ~lf . — A mi-chemin de Dinan à Rennes; tourbières de Châteauneuf. RR. — Je l'ai reçu aussi de Rennes. 835. P. pusillus Lin.— Etangs, mares. Mai-juillet. ^ . — La Rance et ses fossés à Saint-André-des-Eaux; Saint-Juvat, Trévérien, etc. AR. 836. P. pectinattis Lin. — Rivières et eaux saumâtres. Juin-juillet. If . C. — La forme de nos contrées, à feuilles et rameaux très- nombreux , serrés et pressés au sommet de longues liges presque nues, n'est pas la même que celle des terrains calcaires. RUPPIA Lin. 837. R. maritima Lin. — Eaux saumâtres, Juin-septembre. % . — Saint- Jacut de la mer, Lancieux et Saint-Briac. R. 838. R. rostellata Koch. — Mêmes lieux et époque; Saint-Jacut, Lan- cieux, etc. C. — Le caractère tiré de la forme du fruit n'est pas constant. Il est quelquefois ovoïde et pas du tout semi-lunaire, ni oblique; la brièveté du pédicelle commun (2-5 cent.) ne for- mant presque jamais plus de deux tours de spirale, et les tiges plus fines, feront mieux distinguer la plante. ZANNICHELLIA Lin. (Gêner. 1034). 839. Z. palustris Lin. — Eaux tranquillles; Saint-Juvat où il est assez abondant; Saint-Jacut dans les eaux saumâtres, etc. AR. 840. Z. dentata Willd., Lloyd. — Eaux saumâtres. Mai-juillet, if. — AC. le littoral. 841 . Z. pedicellata Fries. herb.! Gren. et Godr. sub var. j3. — Même station; Saint-Jacut de la mer. R. — Stigmates orbiculaires ou suborbiculaires, à quelques crénclures, et paraissant à peine rugueux à une forte loupe. ( 501 ) ZOSTÉRA Lin. 842. Z. marina Lin. — Côtes vaseuses de la Mer. Juin. C. 843. Z. nana. Rolh. , Z. pumila Légal. — Yases maritimes. — CC. sur les bas-fonds de la Richardaie dans la Rance ; elle occupe un espace de près de 2 kilomètres. — Je n'ai jamais pu la trouver en fruit, ce qui jette une certaine obscurité sur elle. Ne serait-ce pas la Z. angiisiifolia H., Rchb. ic, Durieu? — Les feuilles sont très-étroites, très-longues et à peine échancrées à l'extrémité.— J'ai revu la même plante à Port-la-Duc en 1863, avec une zos- tera plus petite , plus courte , d'un vert un peu plus pâle , et qui est bien, je crois, la Z. nana Roth. Les fleurs étaient au nombre de 9-12; ses feuilles de 10-15 centimètres , et larges de 2 cenli- mères environ et toutes tronquées ou échancrées. L'autre forme était encore stérile. LEMNACEJE Duby (Bot. 1). LEMNA Lin. — Lenlicula C. Bauh. 844. L. trisulca Lin. — Eaux tranquilles. Juin-juillet. — Saint-Malo et environs, Saint-Jacut. — Abondante à Morieux. — Nulle ou à-peu-près à l'intérieur. 845. L. polyrrhiza Lin. — Ruisseaux, étangs. Mai-juin. — AC. par localités. 846. L. minor Lin. — Eaux tranquilles. Mai-juillet. CC. 847. L. gibba Lin. — Eaux tranquilles , mares. Mai-juin. C. — Plus C. dans la région maritime. L. arrhiza Lin. — Étangs. — C. à l'étang de la Bellière près de Pleudihen. R. — Un botaniste distingué vient de démontrer (1864) que cette plante est une cryptogame; elle doit donc être chan- gée de place. Il l'a décrite sous le nom Bruniera invipara Fr. ; mais elle en a déjà reçu un autre. TYPHM Juss. (Gêner. 25). TYPHA C. Bauh et Veter. 848. T. latifolia L. — Étangs , marais. Mai-juillet. y. AC. 849. T. angustifolia L. — Mai-juin. IL. — Sainl-Juvat , Château- neuf. AR. ( w ) SPARGAN1UM C. 13a lu ., Lin. 850. S. ramosum C. et J. Bauh., S. erectum c. L. — Juin-septembre. % . — Étangs, fossés. C. 851. S. simplex Huds., S. erectum p. L. — Marais, etc. Juin-septem- bre, if.. AC. ABOIDE/E Juss. (Gêner. 23). ARUM C. Bai h., Lin. 852. A. vulgare Lam. — Bois, haies. Avril-mai. % ■ AC. — Feuilles sans taches. p. A. maculatum Lin. — Aussi C. — Feuilles maculées de noir. 853. A. italicum Mill. — Haies, bois. — Avril-mai. — C. vallée de la Rance. — R. ailleurs. — Les feuilles sont quelquefois tachées de noir, mais très-rarement veinées de blanc. — Ces deux plantes sont décrites par les Bauhin. ORCHIDEjE Juss. (Gêner. 64). SPIRANTHES Rien. — Oplirys Lin. 854. S. .-estjvalis Lam. — Bords des étangs. Juillet-août. ^ . — Bords du grand étang de Jugon, marais de Languenan, Planguenouel. R. 855. S. spiralis Lin. , aulumnalis Auct. — Prés secs; çà et là. — Ré- pandu, mais non C. EP1PACTIS Rien., S\v., — Serapias Lin. 850. E. latifolia Lin. — Bois, prés. Juillet-août. $ . — Évran , Di- nan , etc. AC. 857. E. palustris Cranlz. — Prés humides. Juin-juillet. %. — Forêt de Coëlquen. — Abondant dans les prés marécageux de Sainl- Briac. R. NEOTTIA Rien. — Ophrys Lin. — Ei>ipaclis All. 858. N. ovata Lin. — Bois frais. Mais-juillet. n S . C. — Tous les grands bois. C. 85$. N. nidus-avis Lin. — Bois. Mai-juin. %. — Forêt de Coctquen sur la roule de Combourg (mai 1862^ IL de Ferron et moi). RR. ACERAS R. BiiovvN. — Sfllyrium et Orchis Lin. 860. A. iiiRCLNA Lin. '— Haies, coteaux. Juillet. % ■ ~ Abondant au Qiou et à Saint-Juvat. R, ( 503 ) 861 . A. pyramidales Lin. — Coteaux. Juin-juillet. If . — La Courbure à Dinan , rive droite ; Saint-Jacut et île des Ebiens. RR. ORC11I3 Lin. (Gêner. 1809). 862. 0. morio Lin. — Prés secs, etc. Avril-mai. %. C. Ç. flore albo. — Fleurs grandes , blanches ; périgone externe veiné de vert pâle. 8G3. 0. ustulata Lin. — Prés secs; Hédé sur la route de Rennes à Dinan; Lamballe. — Il est AG. à Rennes. R. 864. 0. coriophora Lin. — Prés humides. Juillet-août. % . — CC. dans les landes du marais de Briantais jusqu'à Lancieux. — Sur 50 échantillons de cette plante que je recueillis le 25 juillet 1 862, il yen avait 11 fout-à-fait inodores; 7 à odeur douce, un peu miel- leuse, et le reste exhalait une assez forte odeur de punaise. — La variété 0. fragrans Poil, ne me paraît donc qu'un accident. 865. 0. mascula Lin. — Prés, coteaux. Mai-juin. % • CC. p. flore albo — Çà et là. R. — Les fleurs sentent souvent une forte, odeur qui rappelle celle de VA. hircina L. 866. 0. lax.iflora Lam. — Prés humides. Mai-juin. %. C. 867. 0. incarnata Lin. — Prés spongieux. Juin-juillet. IL . — Le Menez. R. 868. 0. latifolia Lin. — Prés humides. Mai-juillet. %. — Forêt de Coëtquen, prairies d'Yvignac , le Menez. AR. 869. 0. maculata Lin. — Prés, landes. Mai-juillet. %. CC. Pj. flore albo. — La Garaye. R. 870. 0. biflora Lin. — Landes . prés. Mai-juin. % . CC. 871. 0. conopseà Lin. — Prés, landes humides. Juin-Juillet. X. — Forêt de Coëtquen à Sainl-Helien ; la Garaye , Bobital , Yvignac , le Menez, Saint-Briac. AC. 872. 0. viridis Lin. sub Satyr. — Prés. Juin-juillet. — Saint-Juvat où il était CC. en 1861 . — Coteau de Saint-Lunaire, Lancieux. AR. OPIIRYS Lin. (Gêner. 101 1). 873. 0. âranifera Huds. — Région maritime de Saint-Malo à Sainl- Jacut. Mai-juin. % . R.. IBIDEM Juss. (Gêner. 57) RQMULEA Marattï. 874. R. columxje Seb. et Maur. — Pelouses des coteaux. Avril. %■ . — Vieux châteaux de Lchon ; écluse de Livet. rive droite ; falaises ( 504 ) du littoral par localités à Piolheneuf, Paramé , Pinard, Sainl- Briac, etc. AR. IRIS Lin. (Gêner. 59). 875. I. pseudo-acorus Lin. — Marais, fossés. Avril-juillet. %- . CC. 876. I. germanica Lin. — Murs, toits. Juin. — Environs de Dinan. — Fréquent sur les toits des maisons et des fours àPleudihen; Saint-Ginoux. R. 877. I. FJETiDissiMA Lin. — Haies, bois secs. Juin-juillet. If. — C. val- lées du littoral. — AR. à l'intérieur. — Vallée de la Rance, Saint- Juvat. AC. AMARYLLIDEJE R. Browx. (Prodr.). NARCISSUS Bauh., Lin. 878. N. pseudo-narcissus Lin. — Bois, coteaux. Avril-mai. — Forêt de Coëtquen, coteaux de la Rance.— G. à Bobital, à Plancoët. AR. 879. N. biflorus Curt. Haies, landes. Avril-mai. %. — Champs entre Lavarde et Rotheneuf , prés de Saint-Malo. — Il est impossible que cette plante ait été introduite; elle couvre une lande qu'on défriche maintenant (1863), et où l'on peut compter les pieds par centaines. Chassée par la culture, elle s'est réfugiée dans les talus où elle est C. sur un grand espace. GALANTHCS Lin. (Gêner. 401). 880. G. nivalis Lin. — Prés, coteaux. Mars. %. — C. autrefois sur le rocher de Dinan. — Délruit par les constructions, il n'est plus que sur la pente N.-E. enfermée dans la propriété de M. Flaud , maire de Dinan. Il y est très-abondant entre les rochers. SMILACEJï R. Brown. (Prodr.). ASPARAGUS Lin. (Gêner. 424). 881. A. officinalis L. — Prés. Juin-août. — Le littoral où il n'est pas indigène. CONVALLARIA Lin. (Gêner. 425). 882. G. maialisL.— Bois. Avril-mai.^.— La Hunaudais, Lamballe. RR. POLYGONATUM C. Bauh., Tournef. 883. P. vulgare Desf. — Bois. Juin. %. — Trouvé une fois au bois du Chêne à Dinan. 884. P. multiflorum Lin. — Bois. Juin-juillet. % . C. ( 505) PARIS Lin. (Gêner. ëOO). 885. P. quadrifolia L. — Mai-juin. %. — Bois de Coron près de Lam- balle. RR. RUSCUS. C. Bauh. 886. R. aculeatus L. — Bois. Décembre-mars. — Forêts. Juin-août. G. DIOSCOREJE R. Brown. TAMUS Lin. (Gêner. 1H9). 887. T. communis Lin. — Bois, haies. Mai-juin. if . C. LUI ACE JE DC. (Th. él.). ASPIIODELUS C. Bauh. pin. 888. A. albus G. Bauh., Wild. — Landes. l er -15 mai. if. — Promon- toire du Chène-Vert en Plouer, où ii est très-abondant. — Je ne crois pas que notre espèce soit VA. sphœrocarpos de MM. Grenier et Godron. ANTHERICUM Lin. 889. A. planifolium Lin. — Mai-juin if . — Landes; forêt de Coëtquen au bois de la Rouvraye; landes du cap Fréhel. R. SC1LLA Lin. (Gêner. 119). 890. Se. autumnalis L. — Landes , coteaux. Juin-septembre. If. — CG. région maritime. — PC. sommet des coteaux de la Rance. — Presque nulle à l'intérieur. ENDYMION Dumobx, 891. E. NQNrSÇRiPTUS Lin., milans Dum. — Bois, coteaux. Avril-juin. if CC. p. flore albo , foliis pallidis. — Çà et là. AR. ALL1UM C. Bauh., Lin. 892. A. ursinum Lin. — Bois frais. Mai. if. — Trop abondant à Gril- mon , près de Dinan ; Lamballe (H. de Ferron). R. 893. A. sph.erocephalum L. — Coteaux secs. Juin-juillet. %. — C. le littoral , vallée de la Rance. 894. A. vineale Lin. — Coteaux, champs secs. Juin-juillet. %-. — C. tout le littoral. AC. MUSCARI Tournef. (Inst.). 895. M. racemosum Mil. — Lieux sablonneux. Avril-mai. if. — Tours de Dinan. — Il doit avoir été importé. ( 590 ) NAR'TIIECIUM Mjsuring. 896. N. ossifragum L. sub Anther. — Lieux spongieux. Juillet. if. — Loudéae (H. de Ferron). — CC. dans toutes les vallées du Me- nez à Montcontour, Collinée, Boquien. — Je n'ai pas rencontré le Colchicum aulumnale L. — Peut-être se trouvera- 1— Il dans les montagnes. Je l'ai vu à Gevezé et à Saint-Jacques , près de Rennes. JUNCEM DC. (FI. Fi\). JUNCUS Lin. (Gêner. 437). — ^yjal'-joç Diosc. 897. J. màritijius Lin. — Lieux humides où se fait sentir l'influence de la mer. if. Juillet. CC. 898. J. conglomérats L. — Lieux humides. Juin-juillet. 'IL. C. 899. J. effusus L. — Lieux humides. Juin-août. if. CC. 900. J. glaucus Ehrh. — Lieux humides. Juin-juillet, if . C. — Plus C. tout le littoral. 901. J. squarrosus L. — Tourbières. Juin-juillet, if. — Le Menez à Collinée. RR. 902. J. ACUTiFLORUS Ehrh. — Bords des eaux , etc. Juillet-août, if . — CC. varie beaucoup. 903. J. lamprocarpus Ehrh. — Marais. Juin-juillet, if. C. p. Chaumes flottants. 904. J. obtusiflorus Ehrh. — Tourbières. Juillet-août. if. — Tour- bières de Châteauneuf où il suit le Myrica gale L. — Abondant, mais très-localisé. RR. — Plante presque nulle en Bretagne. Je l'ai reçue des environs de Dol ; mais sans localité précise. 905. J. supinus Mœnch., /. uliginosus Mey. Juin-septembre, if. C. p. fluilans. — Chaume longuement flottant. AC. y. repens Gren., Godr. — Tiges radicantes aux nœuds, et très- feuillées. AC. 6. viviparus. — Toutes les panicules longuement feuillées. — Fon- taines. AC. 906. J. PYGMiEUS Lam. — Lieux humides. Août-septembre. ®. Mai- septembre. — Grand étang de Jugon ; étang du Rouvre en Pleu- gueneuc. R. — M. H. de Ferron me l'a donné de Rennes. 907. J. Gerardi Lois. — Lieux humides du bord de la mer. Juin-août. if. — CC. le littoral. — Remonte très-haut dans les rivières; la Rahce jusqu'au-delà de Dinan. ( oTi ) 908. J. tenageia Ehrh. — Lieux sablonneux. Juin-août. ®. — C. forêt de Goëtquen, etc. AC. 909. J. bufonius Lin. — Lieux fangeux. Juin-août. ®. — CC varie beaucoup. 910. J. hybridus Brot., FI. lus.; J. fasciculalus Bertol. et Auct. sub J. bufon., v. p. ; /. insulanns Viv. ? — Lieux humides , surtout du littoral. Juillet-août. ®. — C. à la Courbure. — AC. région maritime. — R. ou nul à l'intérieur. ■ — Plante très-distincte de J. bufonius L. — Je l'ai semée deux ans, et n'ai jamais obtenu que lui. M. Boreau , 3 e éd. , p. 607, l'indique en mai-juin; j'ai remarqué qu'il est plus tardif que le bufonius, et ne l'ai jamais pris qu'en Juillet-août. LUZULA DC. — Juncus Lin. , et Auct. plurim. 911. L. pilosa Lin. , L. vernalis DC. — Avril-mai. % . — Bois. C. — Je ne connais pas de bois qui ne la possède. 912. L. forsteri Smith. — Bois. Avril-mai. IL. — Forêt de Coè'tquen et de la Hunaudais ; bois du val de l'Arguenon , près du Guildo. — Forêt de Boquien. R. 913. L. maxima DC. — Bois et coteaux. Avril-mai. IL.. — C. tous les bois des coteaux de la Rance, d'Evran à Saint-Malo ; falaise du Guildo, coteaux de l'Arguenon, bois de Coëllan , vallée de Bobi- tal, bois et vallées de Dombriant, de Beaulieu, etc. — Peut être considéré au moins comme AC, et peut-être C. 914. L. campestris DC. — Pelouses, talus. Février-avril. ®. CC. 915. L. multiflora Lej. — Bois, clairières. Mai-juin. %. AC. p. congesla Lej. — Landes humides. AC. CYPERACEjE — Cyperowem Juss. CYPERUS C. Bauii. et seq. — Rûmipoç Diose. 916. C. flavescens Lin. — Marais. Juin-août. ®. — Vallée de l'E- chapl. RR. 917. C. fuscus Lin. — Marais. Juillet-août. @.— Prairies de la Richar- dais, Dinard. AR. 918. C. longus Lin. — Lieux humides. Août-septembre. IL. — Sainl- Juvat à l'intérieur. — AC. le littoral à Saint-Malo, Dinard , Saint- Jacut, etc. AC. ( 598 ) SCHOENUS Lin. (Gêner. 65). 919. S. nigricans Lin. — Marais. Mai-juillet, ïf . -- Abonde aux tour- bières de Châteauneuf; Planguenouel , près de Lamballe (IL de Ferron). R. 920. S. albus Lin. — Marais tourbeux. Juillet-août. %. —Abonde dans le Menez autour de Collinée et à Boquien ; le Ponlgant , près de Loudéac (H. de Ferron). R. CLADIUM P. Brown. 921. C. mariscus Lin. — Tourbières. Juillet-août. %. — Abondant à l'étang de la Garaye. — C. dans les tourbières de Châteauneuf. — R. plante très-localisée, mais abondante. SCIRPUS Lin. (Gêner. 67). 922. S. silvaticus Lin.— Bois humides. Juin-juillet. % . AC. — Manque dans certaines vallées. 923. S. maritîmus Lin. — Bords des eaux. Juillet-août. Tf.. CC. /3. gracilis Mihi. — Plante vert clair, élevée, ordinairement en touffes; feuilles linéaires étroites, moitié moins larges que dans le S. ma- rilimus; épis sessiles ou pédoncules , peu nombreux , 2-5, allon- gés, très-aigus.— C. Port-à-la-Duc, Dahouet, Saint-Briac. Juillet. y. monostachys. — Tige assez courte , presque toujours solitaire; un seul épi terminal, quelquefois avec le rudiment d'un second. AG. 924. S. lacustris Lin. — Marais, rivières. Juin-juillet. %'. CC. 925. S. Tabern/EMONTani Gmel. — Marais maritimes. Juin-août. %. — AC. sur le littoral. — Remonte la Rance et les autres rivières ou ruisseaux. — Malgré l'opinion de MM. Grenier et Godron, FI. de France, III, page 373, je crois qu'il est difficile de réunir cette plante à la précédente; il est impossible d'obtenir des 5. lacus- tris du S. Tabernœmontani. 926. S. setaceus Lin. sp. ! — Lieux sablonneux , humides. Juillet- août. ®. C. 927. S. Savii Seb. et Maur. — Sources et ruisseaux du littoral. Mai- août. ®. AC. 928. S. fluitans L. — Mares et marais des landes. Juillet-septem- bre. % . CC. 929. S. pauciflorus Lightf., S. bœolhryon Ehr. — Marais. Juin-juillet. ïf. — Abondant au marais de Briantais, près de Lancieux. R. ( 599 ) HELEOCIIARIS R. Dr. — Scirpus Lin. et Auct. piur. 930. IL palustris Lin. — Marais. Juin-juillet. if. — CC. variable pour la taille. p. planicaulis Mihi. — Chaumes assez grêles , aplatis , comprimés de- puis leur base jusqu'aux deux tiers; intérieur spongieux, à cel- lules bien plus grandes que dans H . palustris ; épi plus petit, ovoïde; akènes peu comprimés et presque granuleux; racine rampante, subcespiteuse. Juillet-août. — Marais maritimes. — C. à Saint-Lunaire à l'embouchure du ruisseau; Saint-Jacut. — Forme propre aux terrains salés ; facile à distinguer au premier coup-d'œil à ses tiges minces et nombreuses. — Je l'ai recueilli trop tôt. Doit être une espèce. 931. H. multicaulis Sm. — Marais du granit. Juin-août. if . — C. à l'intérieur. 932. H. acicularis Lin. — Marais , etc. Juin-asût. ®. AC. — C. à Saint- Juvat. ERIOPHORUM Lin. (Gêner. 6S). 933. E. angustifolium Rolh. , E. polystachyon k. L. — Marais spon- gieux. Avril-mai. 'if . — C. couvre les pentes du Menez. u. Capitules tous longuement pédoncules, excepté celui du centre. C. /3. Vailluntii Poit. et T. — Capitules tous plus ou moins sessiles. AC. 934. E. gracile Koch. — Marais tourbeux. Mai-juin. if. — Marais de la forêt de Coëtquen , près de Saint-Solin. R. CAREX Mich. Gramen cyperoides ejasque species C. Bauh. A. PS1LLOPUORD Lois. 935. C. pulicaris Lin. — Prés spongieux. Mai-juin. if. C. JB. SCIRPOIDES Mont. 936. C. divisa Huds., C. splendens Pers., C. cuspidaia Bertol.? C. schœ- noides Desf. — Marais et prés salés. Mai-juin. if. — Abondant à la Courbure, Saint-Malo, etc. AR. 937. C. DisucHA Huds., C. inlermedia Good., C. multiformis Th., C. arenaria Vill. — Prés spongieux. Mai-juin. if. — Oseraies de Lehon , vallée du Saint-Esprit. AR. 938. C. arenaria Lin. — Sables. Mai-juillet, if . — Tout le littoral. C. ( GOO ) 939. C. yulpina L., C. spicakiTh. — Fossés, marais. Mai-juillet. ^ . C. 940. C. muricata Lin., C. canescèns Leers. — Prairies, haies. Mai- juin. %. C. k. C.loliaceaTh., C. conligua Rop.— Épi compacte; écailles brunes. C. p. C. virens Lam., C. divulsa Gaud. — Épi interrompu ; écailles ver- tes. — Bois, vallée de la Rance, forêt de Boquien. — R. pour- rait être séparé. 941. C. divulsa. Good., C. canescèns Th. — Bois frais, fossés. Mai-juin. %. PC. — C. à Saint-Juvat. 942. C. panicdlata Lin. — Prés spongieux, marais. Mai-juin. ty. CC. p. canescèns Breb. — Épis serrés, blancs scarieux. — Prés secs. ÀC. ■y, subsimplex Breb. — Épi rameux , brun ou blanchâtre. AC. 943. C. elongata Lin. — Bords des eaux. Mai-juin. %■* — Bords de l'Ille à Rennes. — Descendra probablement par le Canal. 944. C. leporina L., C. ovalis Good.— Marais, prés. Juin-juillet.^.. C. p. C. argyroglochin Hornem. — Épis cendrés. — Landes du moulin Bonnier. R. 945. C. echinata Murr. (1700), C. stèllulata Good. (1794). —Prés, etc. Mai-juillet. Pf . CC. 94G. C. canescèns Lin., C. curla Good., C. cinerea Poil. — Marais tourbeux. Mai-juin. %■ — Forêt de Coëtquen , près de Saint- Solin. RR. 947. C. REMOTALin. — Ruisseaux, prés. Mai-juillet. %. CC. C. CAESEX. — JEHJCASllCES Gren. God. 948. C. vulgaris Fries. , C. Goodnovii Gay. , C. cœspilosa Good. , C. acula et nigra L. — Marais , prairies. Avril-mai. % . — Marais de Saint-Briac; près de la Rance à Lehon. — Couvre tous les prés du Menez. p. elalior — Chaume et feuilles de 4-5 décimètres ; épillets longs et gros; souche cespiteuse. — Oseraies de Lehon. R. Aberr. Épillets femelies longs de 5-7 centimètres, à fleurs alternes , filiformes. — Cette déformation se produit après la coupe des prés , en août. 949. C. stricta Good., C. cœspilosa Gay., C. melanochloros Th.— Avril- mai. % . — Marais de la forêt de Coëtquen , près de Saint-Solin ; étang du Rouvre. — C. aux tourbières de Châleauneuf. — R. plante très-localisée et n'apparaissant en Bretagne que dans les terrains tourbeux ou spongieux profonds. ( 00 1 ) 950. C. aguta Pries., C. gracilis Gurt., C. virons Th. — Marais. Mai- juin, if . — Planle polymorphe. — Les écailles des épis femelles peuvent ôlre un tiers plus courtes que le fruit ou un tiers plus longues. La forme des marais a les feuilles très-larges, les épis allongés Celle des rivières est plus grêle. 951. C. glauca. Scop. , C. recurva Huds. — Prés humides. Mai- juin. CC. 952. C. maxima. Scop. , C. pendula Huds. , C. agasiachys Erh. — Bois humides. Mai-juin. IL . — Ahondant au hois du Chêne à Dinan; le Meurtel entre la Saudraie et Port-à-la-Duc. Pi. 953. C. strigosa. Huds., C. leploslachys Ehrh., C. Godefrini Willm.— Bois humides, hords des eaux. Mai-juin. % . — Bois du Chêne à Dinan ; toutes les oseraies de Lehon ; Saint-Juvat et environs, Sainl-Sulliac. AR. 954. C. pallescens Lin. — Bois frais. Mai-juin. — Coëtquen. Dinan, etc. AC. 955. C. panicea Lin., C. mucronata Less. — Prés humides. Mai-juin. 95G. C. pr.ecox Jacq. — Prés, pelouses. Mai-juin. % . CC. p umbrosa Host. — Feuilles larges, longues, dépassant le chaume. — Bois. AC. y. C. sicyocarpa Leh. — fruit en gourde, étranglé au milieu. — Bois du moulin de la Roche en Plouer. R. 957. C. pilulifera Lin., C. filiformis Poil, non L. — Bois secs, talus. Mars-mai. % . C. p. Tiges dressées, feuilles très-longues dépassant les épis. — Coteaux de la Rance à l'écluse de Livet. 958. C. silvatica. Huds., C. palula Scop., C. drimeya Ehrh., C. capil- laris Th. — Bois frais. Mai-juillet. AC. 959. C. depauperata Good., C monilifero, Th., C. ventricosa Curt. — Bois couverts. Mai -juin. %\ — La Courbure à Dinan, rive droite. R. 900. G. œderi Ehrh. — Lieux humides sablonneux. Mai-septembre. %. CC. — Plante très-variable. Voici ses principales formes ici : x. OEderi Ehrh. — Bec de l'utricule droit, court; chaumes raides dé- passant les feuilles qui sont raides, droites, d'un vert pâle ; épis femelles courls, réunis 2-3 sous l'épis mâle, avec un 4 e à la base de la lige. — Mares des landes, hois, bords des étangs, etc. C. Tome XXV. 42 ( 602;) Aberr. Épis femelles géminés,, rameûx, ou réunis 6-7 au sommet du chaume. R. — Bords des grands étangs. 6. pumila C. etGerm. -- Feuilles courtes; chaumes très-courts sor- tant à peine de la souche ; épis femelles 2-4 réunis ; hec très- court, droit. — Bords de l'étang du Bouvra. AB. y. Chaumes très-longs, tombants; feuilles plus larges que les chaumes ainsi que les bractées, molles, d'un beau vert; bec droit, très- long ; utricules inférieurs divariqués. — Prairies fraîches à La Noë en Evran, Coëtquen, Yvignac, etc. AR. > — Il y a des passages entre toutes ces formes. 961. C. xanthocarpa Degl., C. fulva Good ? — Lieux humides, bords des mares. Mai-juin. ï£ . — Ivignac, Coëlquen le Menez. AB. — Feuillage d'un vert pâle; souche puissante à 4-5 rejets portant une grosse touffe de feuilles ; lige scabre au sommet. 962. C. hornsciiuchiana Hoppe — Landes, bois marécageux. Mai-juin. — Forêt de Coëtquen , landes de Plelan, du Menez, etc. AC. — Feuilles étroites d'un vert glauque, ou foncé; souche grêle; chaume presque lisse, grêle. Obs. — Si ces deux planles sont des formes d'une môme espèce, la première n'est certes pas un hybride; ses utricules ne sont pas toujours stériles; ses stations ne sont pas semblables; enfin la culture ne les fait pas changer. Reste à les semer. 963. C. distans Lin. — Prés humides. Mai-Juillet, if. — C. en appro- chant du littoral. — Nul ou très-rare à l'intérieur. — Varie à feuilles très-étroites; à chaumes grêles ou très-courts, ou filiformes. 964. C. bineiwis Sm. — Landes humides. Juin-juillet. %. — C. à Ivi- gnac; plus rare à Coëlquen et au Menez; ne sort pas des grandes landes. R. 965. C. extensa Good. — Sources des falaises ; marais maritimes. — C. varie pour la taille. 966. C. punctata Gaud.— Sources des falaises. Juin-juillet, if-— Saint- Briac; falaises de la Bance à la Bichardais et en face de Saint- Servan. B. 967. C. L/EVIGata Sm., C. biligularis De. — ■ Lieux marécageux des vallées et des bois. Mai-juin. %. — C. presque partout. 968. C. pseudocyperus Lin. — Marais, étangs. Juin-juillet. %. — Vallée de la Bance ; bois de la Garaye , Saint-Juval , etc. — AC. mais peu abondant. ( 603 ) 969. C. ampullacea Good., C. oblusangula Ehrh., C. longifoUa Th., C. bifurca Schrck. — Lieux tourbeux. Mai-juin, if . — Yvignac ; entre Sainl-Briac et Lancieux. — C. à Chàteauneuf où il atteint des proportions considérables (1 met.) R. 970. C. vesicaria L. — Bord des eaux, etc. Mai-juin. %. — CC. c'est le plus répandu. 971. C. paludosa Good., C. acuïiformis Ehrh., C. rigens Th. — Marais. Mai-juin, ip • — Oseraies de Lehon; Saint-Juvat; vallée de Qua- tre-Vaux à l'embouchure de l'Arguenon. — R. je l'ai aussi cueilli à Rennes. 972. C. riparia Curt. — Marais, etc. Mai-Juin. %. — AC. par localités. 973. G. filiformis Lin. — Marais tourbeux. Juin-juillet. %. — Tour- bières de Chàteauneuf où il est très-C. , mais où il fleurit peu. RR. 974. C. hirta Lin. — Lieux frais, humides. Mai-juillet. C. /3. hirlœformis Per. — Mêmes lieux. R. — Ce beau genre est bien représenté dans les Côtes-du-Nord; et je crois que l'on pourra y découvrir encore quelques espèces soit à Chàteauneuf, soit à Trévérien et dans le Menez. Un Carex presque sec que j'ai vu près de Saint-Guinoux, dans une plantation d'aulnes m'a paru pouvoir se rapporter au C. Mairii Coss.; enfin les C. dioica Lin, lereliascula Good., limosa Lin., qui croissent à Brest ou en Ille- et-Villaine dans un terrain semblable à celui de notre arrondis- sement, pourront se trouver dans nos limites. GRAMINE/E Juss. (Gêner.). .a. ossaKivfi'; Kpnth. enum. LEERSIA Sol. 975. L. orizoides Lin. sub Phal. — Bords des eaux. Août-septembre. if. — La Rance de Dinan à Treverien , étangs de Jugon. R. Ml. PHALARIVEf: Kunth. ibid. PIIALARIS Lin., ex part., Pal. Beauv. 976. Pu. canariensis L. — Champs. Juillet-août. ®. — Naturalisé au- tour de Saint-Malo. 977. Ph. arunmnacea L. , Calam. colorata DC. — Bords des eaux. Juin-juillet. % . C. ( 004 ) ANTHOXANTHUM Lin. (Gêner. 42). 978. A. ODORATUM L. — Prés, coteaux, bois. Mai-juin. if. — CC. en avril sur les coteaux secs. 979. .iA. puelii Lee. et Lara. , «. odoralum , /3. auct. plur. — Moissons, lieux secs. Juin-juillet. ®. AC. % minimum i\'û\\., cœspilosum, gracile, culmis numerosis, brevibus, 2-4 cent, longis , exilibus , procumbentibus , supihis ; spica minima, pauciflora ; arisla florum longiore. Juin-juillet. — Coteaux granitiques secs de la vallée de Bobital. Malgré son singulier mode de végétation, cette plante ne me paraît qu'une forme de l'A. puellii Lee. Ses chaumes grêles et couchés ne se sont cependant pas relevés par la culture. PHLEUM Lin. (Gêner. 77). 980. P. arenarium Lin. — Mai-juin. (t). — Sables du littoral. G. 981. P. pratense Lin. — Prés. Mai-juillet. If. C. 982. P. iNTERMEDiu.M Jord., Bor. 2032. — Lisières des bois. Mai-juillei. if. — AG. sur le littoral. 983. P. pr.egox Jord,, Bor. 2034. — Pelouses clairières. Avril -août. ^..AC. 984. P. serotfnum Jord., Bor. 2033. — Coteaux. Juillet-septembre. % . AB. — Environs de Dinan; coteaux de la Bance à Sainl-Malo, Bolheneuf ; moissons de Plesder. ALOPECURUS Lin. (Gêner. 76). 985. A. pratensis Lin. — Prairies, landes fraîches. Mai-juin. %. C. 986. A. agrestis Lin. — Champs. Juin-juillet. ®. — Calcaire de Saint- Juvat, le littoral, Dinan. AR. 987. A. geniculatus. L. — Lieux fangeux, marais. — Mai-août. ®. C. 988. A. fulyus Sm. — Mêmes lieux. Mai-août. (T). — Les grands étangs, landes marécageuses. AC. 989. A. bulbosus Lin. — Terres salées, prairies. Mai-juillet. — Vallée de la Rance; cà et là sur le littoral. AC. C. B'ASICE.œ: Konth. ibid. SETARIA P. Deauv. (Agrost. M). 990. S. yiridis Lin. — Sables. Juillet -septembre. X. — Miellés et champs de Sainl-Malo. AB. ( 005 ) PAMCUM Lin. (76 part.). 991. P. crus-galli Lin. — Lieux frais. Juin-seplembre. (J). • — Lelion et environs de Dinan; Saint-Malo. AR. 992. P. glabrum Gautl., P. filiforme Kccl., P. humifusum Pers. — Sa- bles. Juillet-octobre. %. — Sables du littoral; coteaux de la Rance , etc. PC. U. «PAttTISEJS Gren. Godr. SPART1NA Schueb. 993. S. stricta Rotli. — Vases salées des rivières. Août-septembre. %. — Lit de la Rance à la Richardais et surtout à la Ville-ès- Nonais. R. E. AH&BJSESflJiAï^.flC KuNTII. ibid. PIIRAGMITES Thin. — Arundo Lin. 994. P. vulgaris Trin. — Rords des eaux, étangs. Juillet-septembre. if.. C. /3. P. variegalus Lloyd.— Feuilles à rubans verts et blancs. — Marais à Saint-Rriac , où il y en a six ou huit touffes. E'\ A«BîO«TBB>BvB': KlINTH. ibjd. CALAMAGROSTÎS Adans. — Arundo Lin. 995. C. epigeios Lin. — Lieux humides. Juin-août. %. — Coteaux et falaises de la Rance, en face de Saint-Servan, rive gauche. R. — Je ne connais que celte localité où la plante est, du reste, abon- dante sur un grand espace. PSAMMÀ P. Beauv. (agr.) 996. P. arenaria Lin. — Sables. Juin-juillet. % . — Tous les sables maritimes. C. — Une de nos plus belles graminées. AGROSTISLin. (Gêner. 80). 997. A. alba Lin. — Prés, champs. Juin-juillet. %•'. C. jS- slolonifera Lin,? Auct. Gall. — C. dans les blés. 7- giganlea Gaud. — Prés humides. Juillet-août. Atteint deux mètres. — Il est bien difficile d'admettre l'identité de cette plante avec la première. Cultivée dans un terrain sec, elle devient plus petite, mais garde toujours un port différent. 998; A. maritima Lam. DC. — Marais maritimes. Juillet. %• . C. ( 006 ) 099. A. vulgaris Willi., «. capillaris Vill., «. stolonifera L.? ex Grcn., God. — Coteaux, champs, etc. Juin-août. CC. S. A. duhia DC. — Glumelle aristée. — Moissons sèches. AIL y. A. pumila aucl. — Landes humides. — Feuilles filiformes. Les fleurs ne sont pas toujours piquées par un insecte ou déformées par un Uredo comme on l'a dit. ô. A. glqucina Bast. — Feuilles raides, glauques, panicule étroite. — Landes. AC. 1000. A. canina Lin. — Bois frais, lieux où l'eau a séjourné. Juillet. If.. — Bien moins C. que la précédente. — Abondante sur les grès à Caulnes, cap Fréhel , etc. 1001. A. setacea Cart., A. ftliformis Bast. — Landes. Juillet-août. %. — Versant S.-O. du Menez ; forêt de Loudéac. — N'existe pas autour de Dinan. R. 1002. A. interrupta L. — Sables. Juin -juillet. ®. — Abondante à Saint-Jacut. R. CASTRID1UM P. Beauy. — Milium L. 1003. G. lendigerum Lin., Agr. venlricosa Gou., A. panicea Lam. — Moissons. Juin-juillet. ©. C. POLYPOGOiN Desf. —Alopecurus L. 1004. P. monspeliensis L. — Prés humides, sables. Mai -juin. D. — C. à Saint-Jacut, Saint -Malo, Lancieux; écluse de Livet à Dinan. AC. 1005. P. littoralis Smith., P. rtongatus Lag. — Mêmes lieux. Mai-juin. %. — De Saint-Jacut à Lancieux. R. Obs. — Le nom de polypogon, formé de deux mots grecs masculins, doit être masculin et non pas neutre. De même polamogeiton et tous les autres où entre la terminaison àr). Je n'ai pas trouié à Cancale le P. màrilimus W. G. AVEŒACE/E. Kunlli., Grcn., Godr. AIROPSIS P. Deauv. 1006. A. agrostidea. — Juin-juillet. — Bords des marais. Juin-juillet. %. . — Couvre tous les bords de l'étang du Rouvre pendant plus d'un kilomètre. R. AIRA Lin (Gêner. 81). 1007. A, CAïuoniïLLEA Lin. — Lieux sablonneux. Juin-juillet. 'D. AC. ( 607 ) 1008. A. multiculmis Duiiiorl (agr.). — Champs cultivés , jardins, etc. Juin-juillet. ®. — AC. autour de Dinan, jardins de 1 Echapt, etc. 1009. A. aggregata Timer. — Pelouses, bords des chemins, etc. Mai- juillet. — AC. répandue sur le littoral. jS. Sabulosa. — Je lui rapporte comme variété la plante qui croît en abondance sur les talus du littoral. Les fleurs sont nombreuses, plus petites, plus serrées; les chaumes courts, en touffes épaisses, quelquefois couchés ou courbés ; l'arête très-fine et assez lon- gue. — Elle est C. sur tous les sables, dans les chemins, etc. Mai-juillet. 1010. A. pr.ecox Lin. — Coteaux, pelouses. Avril-mai. (î). CC. 1011. A. c.espitosa Lin. — Prés, bois, landes. Juin-juillet. %. — CC. n'atteint qu'un décimètre dans les landes sèches. 1015. A. uliginosa Weihe., A. discolor Th. ? — Landes humides, prés tourbeux. Juillet-septembre. %. — C. dans les landes de Saint- Solin, landes de l'étang de la Ville-neuve à Yvignac , landes de Plélin. AR. — M. Boreau, 3 e éd., p. 701, distingue VA. discolor Th., A. monlana Lois, de VA. uliginosa Weihe, par la 2 e fleur de l'épillet dépourvue de support, et ses proportions plus grandes. Notre plante semblerait se rapporter malgré ses grandes propor- tions à VA. uliginosa et non à la discolor Th.; dans la plante d'Yvignac le support de la °2 e fleur est peu sensible. Obs. — L'A. /lexuosa manque dans nos régions. AVEN A Lin. (Gêner. 91). 1013. A. sativa Lin. — Généralement cultivée et subspontanée. — C. Juin-juillet. 1014. A. orientalis Schrb. — Cultivée à Plouer et sur le littoral. R. 1015. A. strigosa Schrb. — Moissons. Juin-juillet. ®. — AC. dans les moissons; quelquefois plus C. dans les avoines que VA. sativa elle-même. 1016. A. barbata Brot. (1804)., hirsuta Rolh.ùrt. B. 1806.- Falaises, coteaux. Juin-juillet. ®. — Falaises du littoral à Saint-Coulomb, Rotheneuf, Dinard. — C. à Saint-Jacut. AC. 1017. A. fatua Lin. — Moissons. Juin-juillet. ®. CC. — Connue sous le nom de hâvron ou hannevron; elle détruit parfois des champs de blé entiers. Elle porte le même nom et produit les mêmes ravages que VArrli. hulbosiïm. ( 008 ) 1018. A; ruDESCEis's Lin, — Sables. Mai-juin. %. — C. à Dinard; miellés et falaises de Saint-Malo où il est plus lî. —G. à Saint-Jacul et à l'île des Ëbiêris ; Dahouel. AR. ARRIIENATERUM P. Bea'uv. - Avenu Lin. 1019. A. elatius Lin. — Champs, moissons. Juin-juillet. if. — Saint™ Juvat, parc du Ilourmelin près de Lamballe. Celle plante me semble étrangère au granit; je crois qu'elle a été importée aux localités où je la signale. Beaucoup d'auteurs, surtout ceux qui ont étudié sur le sec, la réunissent à VA. bulbosum Willd. 1020. A. bulbosum Willd. — Moissons, etc. Juin-juillet, if, CC. TRISETUM Pr.r.s. 1021. T. flavescens Lin. — Champs secs, prés. Juin-juillet. if: C. — plus C. dans la région maritime. HOLCIISL. (Gencr. '1 146). 1022. IL lanatus L. — Prés, bois. Juin-août. if. CC. 1023. H, mollis L. — Prés, pelouses, etc. Juin-août. if. — Moins C. — Très-abondant en Lehon, Saint-Carné, Saint-Juvat. — Manque dans le granit ancien. ÎŒLERIA Pers (Syn. 97). 1024. K. albëscens De. — Sables. Juin. if. — Sables maritimes AC. 1025. K. gracilis Pers. — Sables. Juin-juillet, if. — Sables maritimes. — Quelquefois mélangée à la précédente. — Dans les petits in- dividus il n'est pas toujours facile de distinguer ces deux plantes, qui ont la même station. — La K. crislala L. , qui les compre- nait jadis, n'existe pas dans nos contrées ; elle diffère des deux nôtres par les glumes rudes, ponctuées et ciliées sur la carène- (Y. Bor. p. 717). CATABROSA P. Beauv. (Agr.) 102G, C. aquatica L. sub. Aira. — Marcs, marais. Juin-juillet. %. — C. ruisseaux et marais du littoral. — R. à l'intérieur ; Etangs de Bcaulieu, de Jugon et du Rouvre. AC. BB. FESTUCACE/E Kunth. ibid. GLYCERIA R. Brown. — Fesluca L. 1027. G, eluitaiss Lin. — Mares, fossés,, etc. Mai-septembre, if. CC. ( 609 ) 1028. G. aquatica Lin., G. speclabilis Mert. et K. — Bord des eaux. Juillet-août; 3p. G. 1029. G. maritima Huds. — Vases maritimes. Juillet. — G. partout où la mer atteint. 1030. G. distans Lin. — Marais et vases salées. Juin-juillet. %. . C 1031. G. procumbens — Sables humides. Mai-juillet, if. — C. à Di- nan. — AC. sur le littoral et par localités seulement ; Saint-Jacut, Saint-Malo, etc. AC. POA Lin. (Gêner. 33). 1032. P. annua Lin. — Partout et toujours — Une des rares plantes qui n'ont pas de synonymie. 1033. P. nemoralis Lin. — Juin-août. if. G. — Plante polymorphe. x. P. debilis Thuillier. — Quand elle vient sous bois. — AG. dans les lieux frais. p. rigidula., P. formula Gaud. ? — Gaînes très-rudes. — Murs, ro- cailles, etc. C. 1034. P. bulbosa Lin. — Lieux secs, prés, murs. Mai-juin. %. AC. /5. vioipara. Auct. — Murs, talus, sables. CC. 1035. P. pratensis Lin — Prés, bords des chemins Mai-juin. %. C. §. P. anguslifolia L. — Sables. — Le littoral. PC. 1030 P. trivialis Lin. — Champs, bords des eaux. Juin-juillet. % ■ C. 13RIZA Lin. (Gêner. 84). 1037. B. média Lin. — Champs, prés, etc. Juin-juillet, %. AC. J3. pallescens. — Epillets blancs. — Prés humides de Saint-Juvat et du Menez. 1038. B. minor Lin. — Moissons, sables. Mai-juillet. ®. C. — Plus G. sur le littoral où elle habite aussi les prés humides. MELIGA Lin. (Gêner. 82). 1039. M. uniflora Retz. — Bois couverts, surtout dans le granité. Mai- juin. % . C. SCLEROPOA Gris. 1040. S. loliacea Huds. sub. Poa, Trit. rotlbolla DC. — Sables mari- times. Mai -juin. ®. AC. DACTYLIS Lin. (Gencr. 86). 1041 D. glomerata. Lin. — Prés, champs. Juin-août. ^ . C. /3. hispanica. Auct. plur. non Roth. — Falaises du littoral, C. ( 610 ) iMOLlNIÀ Schranck. — Melica Lin. 10-42. M. c.-erulea Lin. sub Melic. — Bois et landes humides. Juin- seplembre. if. C. DANTIIOMA FI. Fr. 1043. D. decumbens Lin. Subi fesl. — Prés secs, pelouses. Juin-juillet. CYNOSURUS Lin. (Gêner. 87). 1044. C. cristatus L. — Prés secs, sables. Juin-juillet. CC. 1045 C. echinatus L. — Falaises du littoral. Mai-juin ®. — C. par localités de Dahouet à Saint-Coulomb. — Abondant à Lavarde près de Saint-Malo. AC. VULP1A Gmel. 1046. V. pseudo-myuros Soy. Wil.— Lieux sablonneux. Mai-juin.®. CC. 1047. V. sciunoiDES Rolh., Fr. Bromoides Sm. — Murs, talus , sables. ®. Mai-juin. C. 1048. V, myuros Lin., F. ciliata Pers. et Auct. — Sables. Mai. ®. — Sables maritimes de Saint-Lunaire ; digue et sables de Saint- Jacut. R. 1049. V. bromoides Lin. ? F. uniglumis Sol., in Ait. et Auct. rec. , F. membranacea Link. — Sables. Mai-juin. ®. — C. de Saint-Cou- lomb à Dahouet. FESTUCA Lin. (Gêner. 88). 1050. F. tenuifolia Sibth., F. capillata Lam. , F. ovina Auct. Gall. plur. non L. — Bois , coteaux. Mai-juillet. % . — CC. Varie beaucoup pour la forme de la panicule. 1051 F. duriuscula Lin., F. stricto, Host, — Sables, coteaux. Mai- juillet. 2£;. — C. sur le littoral, surtout, «. genuina. Gren. Godr. — Feuilles vertes, lisses; épillets glabres. p. hirsuta Gren., Godr. — Epillets velus. y. marina Mihi. — Feuilles d'un glauque bleuâtre, fermes, rai des , lisses, épaisses, courtes et contournées; épillets bleuâtres ou violâlres, glabres ou pubescents. Forme des rochers maritimes et des falaises. 1052. F. rubra Lin., F. heteromalla Pourr. — Prés, bois, sables. Mai- juin, if . C. «. genuina G. God. — Epillets glabres. p. pubasxcrts G. Godr. — Epillets pubescents. ■ ( OH ) 1053. F. halmyris Alibi. — Sables marilimes que la mer atleint. Juin- août IL- — Sainl-Jacut, Dinard , Rolheneuf, et puis ça et là sur les plages. AC. — Cette plante me semble bien distincte de la F. rubra. Je l'ai cultivée trois ans dans un terrain qui n'est pas le sien; ses caractères se sont exagérés, mais n'ont pas changé. Je l'ai semée, mais je n'ai pas obtenu le résultat que j'attendais, ayant été obligé de changer de résidence. Elle croît aussi dans les roches et alors elle ressemble un peu à la F. duriuscula., F. 7. marina. Cœspiles laxi, slolonibus brevibus, radicibus nigris numerosis ; folia inferiora linearia cylindrico-sulcala vel subulata, superiora sabulata, cuspideobtusa, truncata, eviridi obscur a velglauscescentia, lucida, lœvia. Culmi rigidi nodo nigro, sulcali œquè ac vaginœ, foliis duobus brevibus quorum superius paniculam fere tangilvelab ea3-4 centim. remolum est. Vagina superior 2-3-plo folio longior. Ligula brevissima, in duas auri- culas latérales dilatala, panicula recta, extremitalibus altenuala; axis, pedicelli floresque asperi. Verlicilli inferiores pedicellis duobus quorum aller brevis et 1-2 spiculas ferens ; superiores pedicello unico ; spiculœ 4-7 florœ ; flores glabri, arisla brevi lerliam partent floris œquante ; glumœ glumellœqae glabrœ, lucidœ violaceo-virides vel e cœruleo glaucescentcs. Diffère de la F. rubra L. par ses chaumes feuilles, plus courts, par son port, sa couleur ; par ses fleurs plus petites, plus longues ; ses ra- cines noires, ses touffes lâches et non épaisses gazonnantes ; ses feuilles carénées, subulées, etc. 1054. F. arenaria Osbeck., F. sabulicola L. Duf. , F. juncifoliaSt.-k., F. dmnelorumM. — Sables maritimes de Dahouet à Saint-Cou- lomb. Juin-avril. %. C. 1055. F. arundwacea Schreb. F. phœnix Vil 1 . — Prés humides. Juin- juillet, if.—h'd Courbure àDinan; la Rance à Lehon; marais de Saint-Jacut et les falaises humides ; Rotheneuf ; Châreuneuf. AR. 1056. F. pratensis Huds., F. claliorh. — Prairies, landes. Juin-juillet. AC. — C. à Saint-Juvat. BROMUSLin. (Gêner. 89). 1057. B. tectorum Lin. — Sables. ®. — Lehon, prairies artificielles. — Celte plante a du être importée avec les graines des fourrcges, elle pourra peut-être se répandre ; mais je ne l'ai pas vue ailleurs que dans sa localité. ( 612 ) 1058. B. sterilis L. — Lieux incultes, murs. Juin-juillet. 'T. CC. 1059. B. maximus Desf. , non B. Gussonii Pari. — Talus , sables. Mai- Juillet. ®. — C. sur tout le littoral , où il est quelquefois nain , à tiges de 1-3 ceniim., à 1-3 épillels de 2-5 fleurs. — Moins C. à l'intérieur : Dinan, etc. AC. 1060. B. diandrus Curt., B. pohjslachyus DC, B. madritensis Lin. ?? — Sables, murs. Mai-juin. ®. — C. sur tout le littoral.— R. à l'inté- rieur ; murs de Dinan, etc. 1061 B. Giganteus Lin. — Bois ombragés. Juin-juillet, if. — Bois du Chêne et la Courbure à Dinan ; Saint-Jacut près du moulin ; forêt de Boquien. R. 1062. B. asper L., B. nemoràsus Will. — Bois. Juin-juillet. % . — AC. dans les bois des coteaux de la Rance ; bois de la Garaye ; bois de Rougéà Saint-Juvat. AR.— (Serrafalcas Pari., Gren., Godr.). 1063. B. SECALiNusLin. — Moissons. Juin-juillet. ®. AC — Plante variable. pvelulinus. — Trouvé une fois à Saint-Jacut. R. 1064. B. arvensis Lin. — Moissons. Juin-juillet. Cl. — Dinan, Bords de la Rance — C. à Saint-Juvat et au Quiou; Saint-Malo. AR. — Celte plante semble bien mieux placée à côté des B. asper et gi- ganteus. Dans les travaux récents le B. giganteus est devenu une fesluca, et le B. arvensis un serrafaleus. 1065. B. commutatus Scbrad., B. racemosus Auct. Gai., non L. — Prés humides. Juin-juillet. ©. — AC. dans les prés du littoral. — Plus R. à l'intérieur dans les prés humides ou inondés ; à Morieux dans la prairie inondée de l'étang ii offre une forme remarquable : ses tiges ont l m -l m 20 de hauteur, et les verticilles inférieurs de la panicule sont fortement réfléchis. Je n'ai rien vu qui pût se rapporter au B. racemosus de Suède; le B. racemosus des auteurs français n'est autre que le B. commutatus Sch. — Voir Frics herbar. nom. et Gren., Godr., p. 590, III. 1060. B. hordeaceus Lin. non Gmel., B. Thominii Bréb., B. arenarius Thom. — Mai-juin.® et®. — C. par localités sur les plages de Dahouet à Saint-Coulomb. — Cette espèce, établie par Linné, acceptée par MM. Grenier et Godron, a été laissée de côté par les botanistes ; elle est cependant lout-à-ïait distincte; je l'ai semée trois ans de suite et elle n'a pas changé. Voici sa description : Bromus panicula ovali , compacta, rigicla, inlcrdum basiinterrupta, pcdicdlis brevissimis, incrassalis, rigidis, inferioribus gemjnutis inœqua- ( 613 ) libus ; spiculis ellipticis mU ovatis, aculis, glaberrimis, lucidis, coriaceis, margine membranaceis , dorso aliquando, sed rarissime, pubescenlibus , ex albo virescentibus , glumis ovatis nervalis ; arista flexuosa glumella breviore , denlibus lucidis prœdila. Foliis mollibus, lalis, pubescenlibus , fere villosis; culmis vaginisque villosissimis , inferioribus rubescenlibus ; culmis pluribus cœspilem effor- mantibus non adhœrenlibus, basi prostralis dein subito ascendenlibus. Planta si serilur februario mense, lantum sequenle an no; si seplembri vel oclobri , junio etjulio sequentibus , ut in marilimis plagis, floret. 1007. B. mollis L. — Prés, sables, elc. Mai-juillet. ®. CC. — Varie beaucoup. /3. conferlus Mihi., /3. compactas Bréb. ex parte? — Panicule ovale, droite, resserrée; épillels à rameaux plus courts qu'eux. — Sables du littoral et terrains très-secs. Il faut ranger sous ce nom tous les appauvrissements du B. mollis. On le trouve quel- quefois à panicule réduite à 1-3 épillels. On remarque la même chose pour le précédent. J'ai semé toutes ces formes. 1008. B. ferronii Mihi. — Sables. Juin. ® et (fj. — Saint-Malo , La- varde, Dinard, Saint-Jacul. — AR. Quelquefois sur les falaises , Dinard , Dahouet. — J'ai cultivé cette espèce pendant cinq ans consécutifs et ne l'ai vue varier que de taille ; aucun de ses ca- ractères ne s'est affaibli ou transformé. Dans l'état sauvage il est parfois très-petit et sa panicule très-appauvrie l'a fait confondre avec les formes du B. mollis; peut-être M. de Brébisson en a-t-il vu quelques échantillons, quand il a fait sa variété p. com- pactas du B. mollis. Les épillels, quelle que soit la taille de la planle , conservent toujours leur grosseur; ils sont le double de ceux des espèces voisines , ovales allongés , obtus. — Le B. fer- ronii croît sur le sable, mais il préfère les pentes des falaises où les eaux de l'hiver ont amassé du gravier, les fentes des rochers où il y a de la terre, elc. Bromus culmis vaginisqne mollibus , lanalis, basi violaceis, foliis in- ferioribus latis, crassis, velulinis, villosissimis, e viridi griseis su- perioribus latis, brevibus. Culmis cylindricis, robuslis, rigidis. Pani- culaper anlhesini laxa, recta, deinde contracta, rigida; verlicillis parum dislantibus ita ut rarissime spatium quod primum inler et secundum est, longiludinem spiculœ œquel. Pedicellis crassis, rigidis, brevissimis , semper fere simpliribus. Spiculœ ex ovalo-lanceolahe , longœ, tumentes , ( 614 ) aculœ, villosœ, lactu mollissimœ , dimidio quam in B. molli majores. Si colilur, major el maximus evadit, panicula ampla, compacta, ovali , cinerea, spiculis maximis , culmo semper recto. Ligula sat longa, la- ciniala longe ciliata ; arisla snbflexuosa glumella breviore , non ut in B. molli dentibus lucidis titrinque prœdila, sedpilis sat longis basi den- sioribus. Species a vicinis longe diversa foliorum vestimenlo , admis velulinis vaginisque, arislœpilis el florum villosilate. Radix annua, et biennis, si plantœ serins germinant. M. TaSïT3€R.a<; Codr., Gren. IIORDEUM Lin. (Gêner. 98). 1069. H. vulgare L. — Mai-juin. ® et (§). — Cultivé assez rarement. 1070. H. distichum L. — Mai-juillet. ®. — Généralement cultivé sous le nom de paumelle. 1071. H. murinum Lin. — Lieux incultes. Mai-juin. ®. CC. 1072. H. pratense Huds. — Prés. Juin-juillet, d). — C. par localités, le littoral; vallée de la Rance, Saint-Juvat. — Plus R. ailleurs. 1073. H. MARiriMUM With. — Lieux humides des sables maritimes. Mai- juin. ®. — C. par localités. C. à Saint-Jacut. — R. à Dahouet et au cap Frehel; Rothéneuf, Saint-Colomb AR. ELYMUS Lin. (Gêner. 06). 1074. E. arenarius L. — Sables. Juillet-août. % . — Naturalisé sur un grand espace en avant de la plage de Saint-Lunaire. — Fleurit rarement. SECALE Lin. (Gêner. 97). 1075. S. céréale L. — Cultivé en grand. — R. à l'intérieur. — Fré- quent sur le littoral. TRITICUM P. Beauv., Lin. 1076. T. vulgare Vill. — Cultivé en grand. — Les autres espèces ne sont cultivées qu'accidentellement. AGROPYRUM P. Deauv. (Agr.). 1077. A. junceum Lin. — Sables. Juin. if. — Sables du littoral. C. 1078. A. acutum Rem. et Sch., DC. — Sables maritimes. Juin-juillet. IL. — AC. sur les sables de tout le littoral; manque sur quel- ques plages. ( 615 ) 1079. A. pungens Pers. — Sables maritimes. — Plus C. que le précé- dent; couvre tous les talus des défrichements à Saint-Lunaire. Juin-juillet. %. 1080. A. pycnanthum Godr. et Gren. — Sables maritimes. — C. à Saint-Malo; puis çà et là; quelquefois remplacé par l'un des deux précédents, comme à Biorre, près de Saint-Jacut. 1081 A. campestre Godr., Gren. — Sables maritimes. Mai-octobre. C. — Il doit y avoir au moins deux espèces confondues sous ce nom. 1082. A. repens. Lin. — Sables, talus, etc. Mai-juin. IL. — CC. varie beaucoup. «. subulatum Schr. — Glumelles mucronées. /3. VaiUantianum Bor. — Arêtes longues. 7. Feuilles et chaumes glauques ; épi grêle, allongé, à fleurs sur deux rangs, arislées ou mutiques. — C. dans les vallées qui vont à la mer. — Presque nul sur le littoral ; nul à l'intérieur. 1083. A. caninum L. sub Ebjm. — Fossés, haies fraîches. Juin. %. — Saint-Juvat. R. BRACIIVPODIUM P. Beauv. (Agr.). 1084. B. Silvaticum DC. — Bois, haies, etc. Juin-août. % . CC. 1085. B. pinnatum L. sub Brom. —Bois, coteaux. Juin-août. %. — Saint-Juvat et environs ; le littoral, de Saint-Cast à Erquy , La- varde, etc. AR. S. comiculalum. — Épillets longs courbés en faux. — Saint-Juvat R. LOLIUM Lin. (Gêner. 95.). 108G. L. perenne Lin. — Prés chemins. Juin-octobre. IL. CC. /3. cristalum Pers. — Epi ramassé, et devenant scorpioide «u en éventail. — La Courbure à Dinan ; Saint-Malo. AR. 7. furcalum Billot. — Epilets arqués en dehors. — La Courbure à Dinan. — Celte forme répond à la forme /3. comiculalum du B. pinnatum L. 1087. L. italicum Braun., L. Boucheanum Kunth. — Juin-octobre. % . — Prairies de Lehon ; vallée de la Rance ; Saint-Malo, etc. — A dû être introduit avec les prairies artificielles. 1088. L. multiflorum Lam. — Moissons , etc. Mai-juillet. ®. — AC. sur tout le littoral ; un peu moins C. à l'intérieur, ou par localités : Plesder, Saint-Juvat et Trévérien ; Dinan . Beaulieu, etc. AC. ( 010 ) 1089. L. tenue L. — Champs, chemins des bois. Mai-juin. D. — Forêt de Coëlquen et environs. R. 1090. L. rigidum Gaud. — Moissons el champs de lin. Mai-juin. 2). — Champs de lin à Bobilal ; moissons du Iïinglé. R. 1091 . L. linicola Sond. — Champs de lin. Juin-juillet. ®. — C. à Châteauneuf. R. 1092. L. temulentum Lin. — Moissons. Juin-juillet. ® — AC. sur le littoral. — Beaucoup plus R. dans l'intérieur. AR. 1093. L. arvense "Willi., L. speciosum Bieb. — Moissons. Juin-juillet. (î). — AC. çà et là. — Plus abondant dans la contrée maritime. NARDURUS Reicii. 1094. N. tenuiflorus Schrad., Koch. — Coteaux secs. Mai-juin. d). — Coteaux de la Rance à Taden et à la Courbure. RR. 1095. N. poa DC, sub Tril. — Coteaux schisteux ou granitiques. Mai- juin. X. — AC. toute la vallée de la Rance de Dinan à la mer ; Caulnes, Bobital. AC. 1096. N. tenuiculus Lois., sub Tri tic. — Coteaux, rochers. Mai. ®. — Coteaux de la Rance et à l'écluse de Livet. R. — MM. Grenier et Godron,Fl. de Fr. , pag. 616-617, réunissent ces deux der- nières plantes ; en outre ils prennent l'occasion de la création d'un nouveau genre pour changer tous les noms reçus et sur lesquels les auteurs s'entendent parfaitement. Que devient la loi de priorité ? J. ROTTÏSOKLLIAi'E.i: Kunth. LEPTURUS R., Dr. 1097. L. incurvatus. Tr., L. lil. — Sables et vases maritimes humides. Mai-juillet. ®. — AC. en approchant de la mer ou dans les val- lées qui y mènent. 4098. L. filiformis Trin. — Mêmes lieux. Mai-juin. ®. — C. à Saint- Jacut, port à la Duc, etc. AC — Cette espèce paraît bien distincte. NARDUS Lin. (Gcner. 69). 1099. N. stricta Lin. — Landes, coteaux. Juin-juillet.^. — AC. dans les landes humides; couvre les landes de la forêt de Pontual, et y forme quelquefois la seule végétation. C. ( 017 ) CLASS. III' - CRYPTOGAME VASGULARES. FELICINjE Juss. (Emend. ) OPH10GLOS1M Lin. 1100. 0. vulgatum Lin. — J'ai vu des échantillons secs, cueillis dans l'île de Pontperrin ; mais je ne l'ai jamais trouvé moi-même. RR. OSMUNDA Lin. 1101. 0. p.egalis Lin. — Bois humides, spongieux. — Loudéac (II. de Ferron 18G0), forêt de Boquien près de Collinée au Cas des Noës. R. CETERACII G. Bauii., pin. 1102. C. officinarum DC. , Asp. celer ach L. — Vieux murs, rochers. Juillet-octohre. ^ . — Remparts de Dinan ; rochers de la Cour- bure, du Chêne-Vert, Sainl-Juvat, etc. PC. — Le Grammitis leplo- pkyllah., croît dans le Finistère; il se rencontrera peut-être dans l'O. de l'arrondissement. POLYPOD1UM C. Bach, pin., Lin. 1003. P. vulgare Lin. — Murs, souches, rochers. Juillet-janvier, if. .CC. p. serralum DC. — Segments, longs, lancéolés, dentés. — Vallée de la Rance. R. — J'ai en vain cherché dans les environs de Saint- Malo et de Cancale , le Pol. dryopleris L. , trouvé jadis par MM. Delise et Gpdefroi. La plante a-t-elle disparu ou a-t-elle été indiquée par erreur ? V. Lloyd, FI. 0., p. 554. M. de Brébisson la signale dans la Manche. ASP1DIUM Swartz. 1104 A. angulare Kit. — Bois , coteaux. Juin-septembre. %. — ÇC. atteint jusqu'à 1 mètre. POLYSTICIIUM Rotii. (Gcrm. Ml;. 1105. P. oreopteris DC. — Coteaux. Juin-septembre. %. — Abondant dans la vallée de l'Échapt, près de la Nourraie. — C. à Collinée et dans le Menez. R. 1106. P. thelypteris Lin. — Marais. Juillet-septembre. %, —Bois de la Garaye, près du ruisseau. R. Tome XXV. 43 ( 018 ) 1107. P. filix-mas. — Bois, haies. Août-septembre. % . Variable. — G. partout. — La monstruosité suivante mérite d'être décrite. Aberr. Quercifolium Mihi. — Fronde simplement ailée , à segments assez longs, 8-12 cent., les inférieurs presque pinnatifides, les supérieurs sinués, tous à base très-large. C'est exactement la forme du P. crislalum Roth. — Cette monstruosité se rencontre çà et là dans les vallées humides. J'ai planté la souche et obtenu le fdix-mas ordinaire. 1108. P. spinulosum DC. — Marais, bois humides. Juin-octobre. If. — CC. plante très-variable atteignant jusqu'à l m 50. Voici ses prin- cipales formes. «. Forme des marais et lieux découverts. — Fronde de 20 à 40 cen- timètres. ; triangulaire ; lobes distincts réunis seulement à la base, fortement arislés; la plante est très-souvent d'un vert jaune. Ce n'est pas, je crois, le P. dilataium S\v. S. Forme des bois humides, couverts. — Hauteur, m 50 à l ra 50; vert foncé, lobes élargis, mutiques ou fortement arristés, quelquefois sur le même pied ; segments inférieurs égaux aux moyens et donnant à la fronde une circonscription laucéolée. — Est-ce la Var. p. mulicum A. Braun ? y. Forme des marais ombragés , des grands bois. Fronde très-ample donnant un grand triangle assez régulier de m 50 c à m 80 c . Molle, très-verte, à segments très-longs, à dents mutiques. Vient sur les vieilles souches. — Cultivé, le P. spiûdlos'ém prend une bail- leur moyenne de m 50 e à m 60 e et se rapproche de la forme B. ATIIYRIUM Roth., (Germ.). 1109. A. filix-fœmina L. — Lieux frais. Juillet-septembre. % . CC. ]3. trifidum Roth. — Lobes à trois dents seulement ; plante peu élevée. — Coteaux ombragés. AC. y. molle Roth. — Fronde très-grande, vert pâle , lobes sinués. C. S- A. fdix-fœmina Leseblii, Mér. .4. acroslichoideum Bory? Fronde lancéolée étroite, à segments espacés, contournés sur le pé- tiole, jaune pâle; pétiole presque nu, cylindrique, luisant. Lobes à dents obtuses, plies, crispés même avant la fructification et lout-à-fait recouverts à la maturité par les sores qui sont confluents. — Fructifie un mois avant le type et se flétrit dès le mois de juillet. — Vallée de l'Echapt, de Bobilal ; route deDinard, étang de Beaulieu. — AR. semble une espèce bien séparée. ( 649 ) ASPLE^rUiVI Lin. (Gêner. 1178). 11 10. A. adiantiium-nigrum Lin. — Haies , rochers, etc. Juin-sep- tembre. % . C. 1111. A. lanceolatum Smith. — Rochers. Juillet-octobre. 2£ . — Toute la vallée de la Rance, dans le granité; Lehon dans le quartz; Jugon AC. Deux formes : 1° Frondes de m 2O à m 50 c ; droites, verticales, d'un beau vert à lobes réguliers , larges. — Rochers , bois, etc. 2° A. obovaium\i\. ? — Pétiole épais, court, contourné, très-fragile. Lobes enroulés, crispés. — Vieux murs. — Lanvallay, écluse de Livet; Landboulou AR. 1112. A. marinum Lin. — Rochers des falaises. Juillet-septembre, if. — Dahouet, cap Fréhel , Saint-Briac, Lancieux, Lavarde R. 1113. A. ruta muraria Lin. — Murs , rochers. — Tout l'été, if. AC. 4114. A. trigiiomanes Lin. — Murs, rochers, talus. Juin-janvier. CC. SCOLOPENDRIUM Smittt. , (Act. Taur.). 1115. Se. officinale Sui. — Roches humides, vallées fraîches, puits. Juillet-octobre. if . AC. /3. crispam. — Bords de la fronde ondulés , crispés. — R. Les jardi- niers ont exagéré cette forme et elle finit par ressembler à une feuille de chou. y. furcatum. — Fronde terminée par deux lobes divergents; les sores sont disposés sur deux lignes , qui suivent le bord de la feuille et se bifurquent au sommet. Ceux de l'extrémité forment un angle dont le sommet est tourné vers le point de bifurcation. On repro- duit cette forme avec les sores de l'angle supérieur. — Land- boulou , Taden, etc. R. BLECHNUM Rom. 1116. B. spicant Lin. — Coteaux, bois du granité. Juillet-septembre. ^.CC. PTERIS Lin. [Gêner. H 74). il 17. P. aquilina Lin. — Landes, baies, bois. Juillet-septembre, if .C. /S. ligulala de Bréb. — Segments à 4 ou 5 dents à la base, terminés par une longue languette entière. AC. y. imdidala Breb. — Segments larges, sinués , dentés. — Çà et là. R. On peut espérer de trouver Y H. luudbridgense Sm. Il existe dans le Finistère. Je le chercherai dans le Menez. ( 620 ) EQMSETACEJE Rien. DC. FI. fr, EQUISETBM Lin. (Gencr. 1109). H 18. E. arvense Lin. — Lieux sablonneux. — Tige fertile. Mars-avril. If. — PC. à l'intérieur. — C. sur les dunes. 1110. E. telmateja Ehrh., E. eburneum R., E. fluviatilc Dub. —Ma- rais. — Tige fertile. Avril, if. — Abondant dans les landes hu- mides, près de Languenan. RR. — E. fluviatilc Lin. semble bien cette espèce , et l'on devrait préférer ce nom. 1120. E. limosum Lin. — Marais. Juin-juillet. if. — C. Ses tiges finis- sent par combler les étangs. /3. polystachion Breb. — La Chesnaye. R. 1121. E. palustre Lin. — Marécages. Juin-juillet, if. p. polystachion Ray. — Çà et là. AC. MARS1LEACE/E Rob., Brown. PILULARIA Vail. 1122. P. globulifera Lin. — Fond des étangs, mares des landes. Mai- septembre. if. C. /3. Jialans Mér. — C'est la forme des eaux dont le niveau ne baisse pas. — Le M. quadrifolia L. croît cà Redon ; on pourrait peut-être le trouver dans le midi de l'arrondissement. — Je n'ai pas ren- contré non plus iVYsoetes. LYCOPODIACEjE Ricii. DC. FI. fr. LYCOPOD1UM Lin. (Goner. 9G?)„ 1123. L. clavatum Lin. — Coteaux, bruyères. Juillet-octobre, if. — La Chesnaye, dans la forêt de Coétquen. — Vallée de l'Échapt, RR. — Il y a une tradition populaire sur cette plante, que les paysans appellent herbe de retourne ; d'après cela on la croirait plus commune. Peut-être prennent-ils une mousse pour elle. 1124. L. inundatum Lin. — Marais, bruyères humides. Avril -septembre. ■if . C. — La chaîne du Menez , de Boquien à Montcontour. R. 1125. L. selago Lin. — Landes humides. Mai-août. if. — Bruyères marécageuses du Cas des Noes, près- de Coflinée. CHARACE/E Ricii. CIIARA Lin. (Part.). 1 120. Cn. inspiDALin. — Eaux stagnantes des tourbières de Château- neuf. Juillet. — Nulle dans le granité. R. ( 621 ) 1127. Gn. f.etida A. Braun., C. vulgaris L. ex parle. — Eaux tran- quilles des mares, des étangs, etc. Juillet-août. AC. /3. subhispida A. Braun., C. decipiens Desv. — Tiges munies de pa- pilles et d'aiguillons nombreux. — Marais saumàlres à Ploubaloy, Saint-Briac. 7. longibracleala A. Braun. — Eaux claires AC. 5. condensala A. Braun. — Marais sablonneux du littoral. 1128. Ch. fragilis Desv., C. pukhclla Walh. — Marais, mares, etc. Juin-juillet. PC. p. capillacea ThuiU. — Forêt de Coëtquen; mares des landes. PC. 1129. Ch. alopecuroides Delile. — Fond sablonneux des marais salés; toutes les salines de Saint-Sulliac , où il est abondant. — Celle belle espèce, qui n'a encore été trouvée qu'en Corse et à Mar- seille, a une organisation toul-à-fait remarquable. Ses rameaux fructifères ressemblent à des épis, et lui donnent un aspect par- ticulier. Ses feuilles inférieures sont d'un vert-noirâtre, mais les supérieures ainsi que les épis sont d'un vert doré translucide, Irès-brillant. Elle noircit par la dessiccation. ÏSITELLA Agardh. 1130. N. translucens Pers., sub Chavu. — Tourbières de Châleauneuf, où elle est assez abondante. — R. à l'intérieur; Tréverien, Ali. 1131. N. flexilis Lin., sub Chara. — Eaux claires, tranquilles; forêt de Coëtquen , bois de la Garaye, etc. — Semble AC. — La forme à rameaux courts et raides , qui remplit les ornières de la forêt d'Yvignac, pourrait être C. Brongnarliana C. et G. — Prise trop jeune. 1132. N. capitata Agard. — Eaux claires tranquilles; étang de Jugon, étang de Beaulieu. — Diffère de la N. opaca, à laquelle on l'a réunie quelquefois par la structure de ses liges : leur tissu est plus lâche et presque transparent. AR. 1133. N. gracilis Smith., sub Chara. — Mares des landes, forêt de Coëtquen. Juillet. R. 1134. N. opaca Agardh. — Tiges longues, fortes, épaisses, d'un vert terne, opaque, mais non incrustées. — Queue de l'étang de Doin- briant, ruisseau de là vallée de Bobilal , clc, Juillet-août AR, ( 6^2) CLASS. IV 3 — CRYPTOGAME GELLULARES. musa Ordo I. — Musci cleistocarpi. Trib. I. — Pltascacese Schimp. Syn. Fam. I. — EPHEMERES Schpr. EPHEMERUM Hampe. 1135. E. serratum Schrb. — Terres grasses, humides. — Fructif. Oc- tobre-mars. — Jardins de l'Échapt, talus des bois. — Répandu, mais peu abondant. Fam. II. — PH ASCESE Schpr. SPHOERANGIUM Schpr. H36. S. muticum Schreb. — Terres humides des coteaux, des chemins etc. — Coteaux de la vallée de la Rance, etc. — Fructif. Mars- avril. C. PHASCUM Lin. 1137. P. cuspidatum Schreb. — Terre battue des chemins et des talus. Fructif. Mars-avril. — C. dans les allées des bois, sur le bord des roules, etc. C. ç piliferum Schreb., Schpr. — Coteaux de la Rance. — Moins C. que la forme cuspidatum, et ne venant pas dans les mêmes stations, du moins ici. Oh$. — Je n'ai rencontré, comme on voit, que fort peu d'espèces de cette famille; beaucoup sans doute m'auront échappé. J'ai des raisons de croire que P. rectum Sm., qui croît en Angleterre, en Normandie et à Nantes, n'est pas rare autour de Saint-Malo, du côté de Paramé. Tri». II. — Brucliiaeese Schpr. Fam. I. — PLEURIDIEjE Schpr. PLEURIDIUM Brid. 1 138. P. nitidum Hedwg. — Talus humides, bords des étangs desséchés. — Fructif. Novembre-décembre. — Forêt de Goëlquen ; clam: du Rouvre en Pleimueneuc PC, (023) 1139. P. subulatum Lin. — Terres sablonneuses humides. — Fruelif. Mars-mai. — CG. partout, et jusqu'en été. 1140. P. alternifolium Brid., Schpr. — Lieux humides inondés l'hiver, etc. — Presque toutes les forêts ; toutes les landes. — Fruelif. Mai-Juin C. Tiub. III. — Ai'cBfii&Siat'eïc Schpr. Fam. I. - ABC H I DIE M Schpr. ARCH1D1UM Brid. 1141. A. alternifolium Dicks sub Phase. — Lieux humides; pelouses des bois des routes, etc. — C. mais stérile. Orclo II. — .4. Musci stegocarpi. Trib. 1. — Weisàaceaa Schpr. Fam. I. - W El SI E JE Schpr. GYMNOSTOMUM Br. et Schpr. 1142. G. microstomum Hedw. — Parois des fossés, des talus — Fruelif. Mars. — Forêt de Coëtquen, falaises du littoral. AR. WEISIA Hedw. 1143. W. viriduda Brid. — Talus, fossés, etc. — Fruelif. Avril- mai. CC.- 1144. W. fugax Hedw. — Fissures des rochers granitiques. — Fruelif. Mai-juin. — Rochers de la Courbure, à Dinan. R. 1145. W. cirrhata Hedw. — Roches de granit et de quartz. — Fruelif. Mars-avril. —Vallée de Bobilal; vallée de la Rance ; cimes du Menez. AR. Fam. H. — DICRANEJE Schpr. CYNODONTIUM Shrh. 1146. C. bruntoiM Smith. — Roches granitiques. — Fructif. Avril-mai. La Courbure, rochers du Viaduc , à Dinan. R. DICRANELLA Schpr., Sym. 1147. D. varia Hedw. — Talus, chemins. — Fructif. Septembre-no- vembre. — Bois, talus des champs. — Ça et là, mais peu commun. 1148. D. hetehomalla Lin. — Fossés , talus des bois, des coteaux. — Fructif. Mars-avril. — CC. partout. ( fi2-i ) DICRANUM Ilunw. 1 149. D. scoparium Lin. — Rochers, bois, etc. — Fruclif. Juillet-août. — CC. partout. p. orlhophyllum Sehpr. — Pelouses des bois. AR. S. pahidosum Schpr., Syn. — Marais. AR. — Plante polymorphe, pré- sentant d'innombrables variétés de couleurs et de formes, sui- vant les terrains. 1150. D. MÀ.IUS Turn. — Coteaux frais, bois. — Fructif. Juin-août. — C. vallée de la Rance ; falaises du littoral. AC. 1151. D. palustre de la Pyl. — Bois marécageux. — Forêts de Coël- quen, d'Yvignac, de la Hunaudaîe ; C. au Menez. — Stérile. AC. 1152. D. undulatum Brid. — Rochers et bois ombragés. — Fructif. Juillet-août. — Vallée de la Rance , forêt de Coëtqucn et de Bo- quien. AC. DICRANODONTIIM Dr. et Scm-u. 1153. D. sericeum Schpr. in UlLl — Granit, rochers de la vallée de l'Echapt en Lehon. — RR. et stérile. CAMPYLOPUS Buid. 1154. C. ilexuosus Lin. — Souches pourries du châtaignier à la forêt d'Yvignac, où il est abondant. Forêt de Boquien. — Fructif. Avril-mai. 1155. C. fragilis Dick. — Roches granitiques. — Abondant par loca- lités dans presque toutes les vallées. — Stérile. AC. 11 50. C. torfaceusBi". et Schpr. — Lieux marécageux. — Forêt de Bo- quien, marais de Troerne et du cas des Noës à Collinée. — AR. Stérile. 1157. C. longipilus Brid. — Lieux pierreux, rochers. — Abondant sur les rochers du Chêne-Vert et du Cap Fréhel ; granité et grès. — R. Stérile. Trib. III. — IieiBcobryacerc Schpr. Fam. — LEUCOBRYEM Schpr. LEUCOBRYUM IIamp. 1158. L. glaucum Lin. — Bois, etc. — Fructif. Novembre-avril. — - Ci- dans tous les bois, mais souvent stérile. ( 625 ) Trib. IV. — Fissi«leBi4ncr2tt Schpr. Fam. I. - FISSIDENTEjE Schpr. FISSIDENS Hedw. 1159. F. bryoides Hèdw. — Lieux frais ombragés, pierres et terre. — C. Fruclif. Novembre-Janvier. 1160. F. exilis Hedw. — Mêmes lieux. — Novembre-janvier. — Vallée de la Rance. R. 1161. F. taxifolius Lin. — Bois, bord des ruisseaux , etc. — Fructif. Octobre-décembre. AC. 1162. F. adianthoides Dill., Lin. — Bois, pelouses fraîches, roches. — Fruclif. Novembre-février. CC. CONOMITR1UM Montagn. 1163. C. julianum Savi. — Fontaines; toutes les fontaines du granit. Ne vient ni dans les mares ni dans les ruisseaux. — Fruclif. Mai-juin. Ne fructifie pas en liberté. Trib. V. — Seligeriaeese Schpr. Fam. I. — SELIGERI/E Schpr. SELIGERIA Bu. el Schpr, 1164. S. pusilla Hedw — Rochers calcaires du Ouiou à Sainl-Juvat, où il abonde. — Fructif. Juillet-août. R. TniB. VI. — Pottiacesc. Schpr. Fam. I. — POTTIEJ! Schpr. POTTIA Eiiru., Gymnosloimim et AnacahjpLa auc. plurim. 1165. P. minutula Schwg. — Terre argileuse. — Fructif. Novembre- décembre. G. 1166. P. truncata Lin. — Champs, talus, sur la terre. — Fruclif. Janvier- Avril. C. 1167. P. c.'Espitosa Bruch., Schpr. sub Anacalypta. — Trouvé une seule fois, le 6 mars 1862, sur la terre; entre les rochers au promontoire de Lavarde , près de Saint-Malo. RR. 1168. P. lanceolata Dicks. — Talus, champs, etc. — Fruclif. Mars- avril. C. DIDYMODON Hedw. 1169. D. rubellus Rolh. — Rochers, etc. — Falaises de la Rance au Chaslcllier, à Taden et le long de la plaine, — Stérile R. ( 626 ) EUCLADIUM Bhucu. et Scap. 1170. E. verticillatum Lin. — Rochers humides; rochers calcaires du Quiou; falaises du littoral àSaint-Malo, Dinard , Saint-Briac et Saint-Jacut. — R. Stérile. Fam. III. — CERATODONTEJE Schpr. CERATODON. Brid. 1171. G. purptjreus Lin. — Rruyères, carrières, etc. — Fruclif. Mars- avril. CC. Fam. IV. — TRICHOSTOMEJ2 Sciipr. LEPTOTRICIIUM Hamp. 1172. L. tortile Schrad. — Sables maritimes ; miellés de Saint-Malo. — Fructif. Décembre-janvier. R. 1173. L. flexicaule Schwgr. — Sables; tous les sables du littoral. — Stérile. AC. 1174. L. pallidum Schreb. — Talus, bois ; forêt de Coëtquèn. — Fruc- lif. Mars-avril. R. TRICUOSTOMUM Heow. 1175. T. tophaceum Brid. — Rochers humides; falaises du littoral à Saint-Malo , Dinard , Saint-Jacut , etc. — Fruclif. Novembre- mars. AR. 1176. T. mutabile Br. et Schpr. — Sables humides du littoral à Dinard. — Fruclif. Mars. — AR. mais abondant dans ses localités. 1177. T. crisptjlum Bruch. — Sables, miellés de Dinard. — R. stérile. DARBULA IIedw. Emencl. 1178. B. rigida Schultz., L. enervis Hook. — Parois des fossés, etc., sur la terre. — Fructif. Novembre-mars. C. 1179. B. ambigua Br. et Schpr. — Mêmes lieux et rochers. — Fruclif. Novembre-mars. — Vallées autour de Dinan, région mari- lime. R. 1180. B. cavifolia Ehrh., sub Polia. — Champs, talus. — Fruclif. Mars. — Cà et là sur le littoral. R. 1181. B. unguiculata Dill. — Murs , rochers, talus. — Fructif. Mars- avril. — C. et très-variable. 1182. B. fallax IIedw. — Terre argileuse humide. — Fruclif. Novem- bre-janvier. — Dinan, Saint-Malo. R. ( 0-27 ) 1183. B. gracilis Schw. — Talus de la forci de Goèlquénu — Fruclif. Mars-avril. RR. 1 1 84. B. revoluta Schw. — Murs, rochers, etc. — Fruclif. Mars- Mai. AC. 1185. B. convoluta Hedw. — Talus, murs couverts de terre. — Fruc- lif. Mai-juin. C. 1186. B. tortuosa Lin. — Sables , miellés de Dinard et de Sainl-Malo. — Stérile. AH. 1187. B. squarrosa de Notar. — Sables, miellés de Saint-Jacul et de Saint-Briac. — Stérile. R. 1188. B. cuneifolia Dicks. — Talus, murailles couvertes de terre. — Fructif. Mai. — Tous les environs de Dinan , à Lehon , Saint- Carné, Taden, etc. — Moins C. sur le littoral. AC. 1189. B. mlralis Lin. — Murs, roches, lerre des lalus. — Fructif. Oc- tobre-avril. CC. — Varie beaucoup , surtout pour la longueur du poil des feuilles. — Elle croît sur la terre à Taden , où je l'y ai recueillie plusieurs années de suite. 1190. B. surulata Lin. — Terre fraîche des lalus, des rochers. — Fructif. Mars -avril. C. 1 191. B. l.evipila Brid. — Troncs d'arbres. — Gâ et là ; souvenl peu répandue. AC. — Fructif. Avril. 119:2. B. RURALisLin. — Murs, sables, talus. — Fructif. Mars-mai. ■ — C, souvenl stérile. Couvre les sables maritimes d'immenses tapis d'un vert ferrugineux. Trib. Vil. — Grimmiaeese Schpr. Fam. II. — GRIMM1EM Schpr. La l re famille n'est pas représentée. Cependant je crois avoir rapporté des ruisseaux du Menez le Cinclidotus riparius Host., mais j'en ai perdu les échantillons. GRIMMIA Eiirh. 1193. G. apocarpa Lin. — Rochers, pierres. — Fruclif. Février- avril. CC. 1194. G. maritdia Turn. — Rochers des falaises. — Fruclif. Mars-avril. — Saint-Malo et environs, sur les rochers. — C'est la plus mari- lime de toutes nos espèces ; on la trouve souvent couverte du sable que déposent sur les roches les vagues des grandes ma- rées, AC. ( 628 ) 1195. G. orbiculauis Br. et Schpr. — Murs et rochers. — Fructif. Avril. — Murs de la roule de Sainl-Malo à Paramé; exposil. S. S.-O. — Rochers quarlzeux de Rotheneuf, exposil. S. E. 119G. G. fulvinata Lin. — Murs, rochers, etc. — Fructif. Avril-mai. CC. (3. obiusa Schpr., F. africanus Iledw. — Sur les rochers PC. y. longipila Sch. — Murs des vieilles églises, des vieux châteaux, etc. AR. ff. viridis. Sch. — Toutes les feuilles, verles et quelquefois sans au- cune apparence de bord hyalin. — Vallée de la Rance, sur les pierres, les murs et les rochers aux lieux un peu frais. — Forme très-répandue sur les roches de la plaine de Taden. AC. 1197. G. Schultzii Brid. — Rochers. — Fructif. Mars-avril. — Tous les rochers de formation granitique, tant dans les plaines que sur les hauteurs. Se retrouve également sur les falaises. CC. 4198. G. TRiciiopiiYLLA Grev. — Se rencontre assez fréquemment sur quelques hauts rochers à l'exposit. S.-O. dans la vallée de la Rance, sur les pentes du Menez. — Stérile. AR. 4199. G. ovata Web. et Mohr. — Rochers. — Fruclif. Mai-juin et juillet. — Presque tous les rochers granitiques de la Rance exposés au S. ou au S.-O., etc. AC. 4200. G. leucoph.ea Grev. — Rochers. — Fruclif. Mars-avril. — Couvre quelques rochers granitiques au Chaslellier, à Pleudihen, dans le Menez. AR. 1201. G. motana Br. Schpr. — Rochers. — Rochers granitiques du Chêne-Vert en Plouer. — Stérile. RR. RACOMITRIUM Ciud. ex part. 1202. R. aciculaue Lin. — Roches des ruisseaux. — Fructif. Mars- mai. — Ruisseau de la Chesnaye à la forêt de Coëlquen ; rochers humides de la vallée de Bobital, où il est C. — Vallée de la Rance, etc. AR. 4203. R. protensum Al. Braun. — Roches humides l'hiver. — Fruclif. Mars-avril. — C. dans les vallées de la Rance, de Bobital , et quelques autres. — Se retrouve sur les pentes du Menez AC. 1204. R. heteuosticiiuiU Hedw. — Rochers et pierres. — Fruclif. Mars- mai. — C. sur tous les rochers C. (3, alpestre Schpr. , in litl. — Forme des grand? rochers dans les côleaux élevés ; — m'a semblé AC. ( 029 ) 1205. R. lanuginosum Dill. — Roches granitiques. — La vallée de là Rance à Plouer ; le Menez. — AR. stérile 1200. R. canescens Lin. — Graviers, pierrailles. — C. mais stérile. 3. ericoides Schpr. — Lieux plus secs, bruyères, etc. — Plus C. stérile. Fam III. —HEDWIGIEM Schpr. IIEDWIG1A Ehrii. 1207. H. ciliata Dicks. — Rochers granitiques. — Celle belle espèce est très-commune sur toutes nos roches. — Fructifie toujours, Mars-avril. 3. viridis Schpr. — Mêlée à la première , surtout sur les roches humi- des l'hiver. Fam. IV. - PTYCHOMITRIEsE Schpr. PTYCIIOMITRICM Bit. et Schpr. 1208. P. polypiiyllum Dick. — Pierres et rochers ombragés. — Fructif, abondamment. Février-mars. — C. dans la vallée de l'Echapt; puis çà et là, mais plus R. AC. Fam. V. - ZYGODONTEJE Schpr. ZYGODON IIook. 1200. Z. viRiDissiMUS Dicks. — Talus, rochers, corps d'arbres. — C. mais très-R. en fructif. Avril-mai. — Je l'ai trouvé une fois en fruits sur le corps d'un chêne, dans la vallée de Robital. Fam. VI. — ORTHOTRICHEsE Schpr. ULOTA Mohr. , Schpr. 1210. U. Rruciiii Horns. — Corps d'arbres. — Fructif. Juin-juillet. R. à Dinan. — Un peu plus répandu à Yvignac et Coè'tquen. — CC à Roquien. AC. 1211. U. crispa Hedw. — Corps d'arbres. Mai-juillet. — Répandu par- tout, mais non C. 1212 U. phyllantiia Rrid. — Rochers de la Rance, àTaden et à l'écluse de Livet. — Stérile. RR. ORTIIOTRICIIUM Hedw. 1213. 0. Sturmii Hopp. — Rochers granitiques. Mai. — C. autour de Dinan. — Je l'ai pris aussi, mais plus rarement , à Bobilal, le Chêne-Vert, le Menez, etc. AC. ( G 30 ) 1214. 0. ÂNOMALUM Hedw. — Rochers, etc. — Avril-mai. C. 1215. 0. pumïlum Swarlz. — Fruclif. Mai-juin. — Corps des peupliers de la Rance. AR. 1216. 0. affine Schrad. — Fructif. Juin-août. — C. sur les corps des arbres. 1217. — 0. diaphanum Schrad. — Fructif. Mars-avril. — Corps des peupliers; ormes des promenades, etc. AC. 1218. 0. leiocarpum Br. et Schpr. — Piochers, pierres, troncs, etc. — Fructifie. Mars-avril. C. 1219. 0. Lyellii Hook. — Corps des chênes. — Fructif. Juin-juillet. — Assez répandu. — Je ne l'ai vu qu'une fois en fruits à la forêt d'Yvignac, où il croît sur le hêtre. Fam. VII. — TETRAPHIDEjE Schpr. TETRAPHIS IIedn. 1220. T. Pellucida Dill. — Souches pourries, etc. — Fruclif. Mars- avril. C. Fam. VIII. — ENCALYPTEJE Schpr. EiNCALYPTA Schreb. 1221. E. vulgaris Hedw. — Murs, roches. — Fructif. Février-avril. — Murs du pont à Dinan ; rochers du Quiou à Saint-Juvat, etc. AR. 1222. E. streptogarpa Hedw. — Falaises de Saint-Malo - et de Sainl- Briac. — Stérile. R. Obs.— J'ai longtemps et en vain cherché le Schislolega osmundacea , assez répandu de l'autre côté du détroit. Il devra se trouver dans le Finistère dont le terrain et la flore rappellent en tant de points le pays de Galles. Trib. IX. — Splacîaïaacesttî Schpr. Fam. IL — SPLACHNEJE Schpr. SPLACIINUJU Lin. 1223. S. ampullaceûm Dill. — Marais, sur les vieilles fientes de bestiaux et sur la tourbe. — Fruclif. Juin-juillet. — Marais d'Yvignac près de l'étang. — C au Menez, notamment au Cas des Noës, près Çollinéë. R. ( 031 ) fiiÏB. X. — F'QBianràiiceœ Sch | . argentenm Mérat. — Tiges appliquées, feuilles d'un blanc argenté, capsule petite. — Fructif. très-rarement. — Coteaux humides, rochers. C. 1315. H. molluscum Hedvv. — Rochers, bois couverts. — Fructif. Avril- juin. — C. dans les vallées. 1316. H. cordifolium Hedw. — Prés marécageux . — Fructif. Juin- Juillet. — Lehon, Yvignac où il est fructif, etc. AC. 1317. P. cuspidatum Lin. — Lieux frais et humides. — Fructif. Juin. CC. mais R. en fruits. 1318. H. Schreberi Willd. — Bois, prés, etc. — Fructif. Août-octobre. — C. partout et R. en fruits. 1319. H. purum Lin. — Bois, vergers, etc. CC. — Fructif. Avril-mai. — Fructification AR. fi. pinicola. — Tiges exactement pennées, courtes, fortes; feuilles grandes, très-concaves ; touffes épaisses, d'un vert foncé intense. — C. dans les bois de pin, à la Chesnaye, et au Menez. — Stérile. 1320. H. scorpioides Dill. — Marais, mares. — C. à l'étang du Rouvre; aux landes de Saint-Solin, Plélan, etc. AC. — Stérile. IIYLOCOMIUM Schpr. 1321. H. spi.ENDENsDill. — Bois, vergers, etc. — Fructif. Mars-avril. — CC. mais R. en fruit. 1322. H. brevirostrum Ehrh. — Pierres, roches des bois. — Fructif. Mars-avril. — C. au bois du Chêne à Dinan ; forêt de Coëtquen, etc. — fruits abondants. 1323. H. squarrosum Lin. — Bois, landes, près. — C. presque partout; mais stérile. 1324. H. triquetrum Lin. — Bois, coteaux boisés. — Fructif. Mars. — C. fruits abondants à Coëtquen. 1325. H. loreum Dill. — Coteaux frais. — Fructif. Novembre-mars. — C. sur tous les sommets de la vallée de la Rance. — Fruits abondants. AC SPHAGNA. SPIIAGNUM Dill., Lin. 1326. S. acutifolium Ehrh. — Marais, etc. — Fructif. Juin-juillet. — CC. varie pour la couleur. ( 040 ) 1327. S. cuspidatum Ëhrli. — Marais spongieux. — Fructif. juillet. C. p. submersum Sch. — Marais profonds. 1328. S. rigidum Schpr. — Landes humides. — Fruclif. Juillet-août. — Forêt de Coetquen et d'Yvignac ; couvre les landes de l'étang du Rouvre et le Menez. AC. 1329. S. molluscum Bruch. — Marais spongieux. — Fruclif. Mai. — Le Cas des Noe's, près de Collinée, où il abonde. R. 1330. S. subsecendum Naes. — Marais. — AC. au Menez et probable- ment ailleurs. — Fructif. Juin. 1331. S. CYMBiFOLiUM. Dill. — Marais. — Fruclif. Juin-juillet. — Le plus beau et le plus répandu des Sphagnum avec Vacutifolkim. BEPAT1CAL Trir.I. — «DoBiBgea*sBaaBBni{e N. ab. E. SARCOSCYPHUS Corda. 1332. S. Ehrharti Cord., J. emarginalaHùh. — Février-mai. — Sur la terre et les rochers dans toute la vallée de la Rance. AC. 1333. S. Funkii N. ab. E. — Mars-mai. — Vallée aux Moines en Lehon, sur la terre. — R. fructifie rarement. — Forêt de Coëtquen ; stérile. — Notre plante paraît se rapporter à la forme B. minor du Synops. Hepat. AL1CULAIUA Corda. 1334. A. scalaris Schrad. — Sur la terre en avril. — Coteaux de Lehon. R. PLAGIOCH1LA Nées, ci Mont. 1335. P. spinulosa Dicks. — Rochers ombragés. — Mars-avril. — Sté- rile. RR. — Plante très-rare, assez C. en Angleterre , et connue en France à Mortain seulement. — Je l'ai cueillie en abondance dans les chemins rocheux qui sont au-dessous du Chàtelier , à kil. de Dinan, le 14 février 1862. 1336 P. asplenioides L. — Bois, rochers ombragés, etc. AC. — Stérile. j3. htimilis Nées. — Vert sombre, fronde de 1-2 pouces. — AC. sur les talus ombragés des coteaux. SC A PAMA N. 1337. S, compacta Roth. — Rochers granitiques humides. — Mars- mai. C. 1338. umbrosa Schrad. — Rochers frais - Vallée de Bobital ; forêt de Boquien ; Lehon. — RR. et jamais abondante. ( 641 ) 1330. S. undulata Lin., EL, t. 2, fig. 14. — Coteaux humides, rochers. Avril. — R. et localisée. — Vallée aux Moines; vallée de l'Echapt. 4340. S. nemorosa Lin.— Lieux humides des bois, etc. — Avril-mai. CC. JUNGERMANiNIA Lin. 1341. J. exsecta Schrad. — Mars-mai. — Bois de Pontual, près de Saint-Briac. R.— Cette Jongermanne, C. dans les calcaires, sem- ble étrangère au granit. 1342. S. albicans Lin. — Talus humides, rochers. — Mars-avril. CC. 1343. J. crenulyta Smith. — Talus, chemins des bois. — Mars-mai. — AC. par localité. — Environs de Dinan ; forêt de Coëtquen, d'Yvignac, etc. AC. — J'ai trouvé à l'écluse de Livet , en 1861 , une Jongermanne stérile qui se rapportait bien à la fig. 26, tab. III. d'Ekart, J. cordifolia Hook. ; ayant perdu mes échantillons et n'ayant jamais repris la plante, je ne l'indique qu'avec doute. 1344. J. excisa Lin. — Parois sablonneuses des chemins, des fossés. — Mars-avril. — Stérile. — Vallée autour de Dinan. AC. — Le synopsis hepalic, rapporte cette plante en citant la fig. d'Ekart, à la porphyroleuca N. ab E., et en fait la variété /3. 3, tenaior. 1345. J. incisa Schrd. — Parois des fossés, etc. — Avril-mai. Stérile. — AC. tout autour de Dinan à la fin d'avril. p. elongala N. ab E. — Vallée aux Moines parmi les mousses. R. y. granulifera N. ab E. — AC. Ekart, lab. X., fig. 77, semble don- ner cette forme, mais sans ses propagules. 4346. J. barrata Schreb. — Piochers humides. — Mars-avril. Stérile. — Coteaux de la Courbure, du Chàtelier, de l'Echapt. R. doit exister ailleurs. — Je n'ai jamais trouvé que la forme A. aile- nuata Mart., Synops., Hepalic, p. 122. 1347. J. byssacea Lindg. — Terre argileuse. — Mars-avril. — Coët- quen, etc. AC. 1348. J. bicuspidata Lin. — Terres battues et pelouses moussues. — Mars. C. — Vallée aux Moines, etc., surtout sous les châtaîgners et les hêtres. 1340. J. connivens Dicks. — Sphagna des marais spongieux. — Avril. AR. — C. sur les Sphagnum et Y Auîacomnium à Yvignac. Puis R. à Jugon , landes du Plélan, du Menez. 1350. J. curvifolia Dicks. — Troncs d'arbres pourris. — • Mars-mai. R. Stérile. — Vallée de la Rancc à Taden. ( 642 ) 1351. J/setacea Web. — Marais. — Mars-mai. R. Stérile. — Forêts de Goëtquen et de Boquien , dans les Sphagnum et le Leucobryum. SPHAGNAC.ETIS N. ab E. 1352. S. sphagni Dicks. — Dans les Sphagnum. — Mars-mai. Stérile. — Très-abondant à Yvignac, à Boquien et dans le Menez. — AR. lo- calisée, mais abondante à ses stations. LOPHOCOLEA. N. ab E. 1353. L. bideatata Lin. — Lieux frais, etc. — Février-juin. — CC. Stérile. 1354. L. heterophylla Schrad. — Troncs pourris. — Mars-avril. AC. — Toute la vallée de la Rance, sur les souches duchâtaigner. AC. CHILOSCYPIIUS N. ab E. 1355. C. polyanthos Lin. — Bords des ruisseaux. — Octobre-avril. Stérile. — Vallée de la Rance, Coëtquen, Boquien, tout le Menez. AC. CALYPOGEIA Raddi. 1355. C. trichomanis Spr. — Sur la terre argileuse. — Mars-mai. Fructif. — R. Forêt de Coëtquen, d'Yvignac, etc. — Environs de Dinan, etc., AC. LEPIDOZIA N. ab E. 1357. L. reptans L. — Troncs pourris. — Avril-mai. — C. Souvent stérile. MASTIGOBRYUM N. ab E. 1358. M. trilobatum L. — Rochers humides.— Mars-mai. — Rochers du bois de Chêne au-dessus de la source, près Dinan.— RR. Stérile. TRICHOCOLEA Dum. 1359. T. tomentella Ehrh. — Marais herbus. — Mars-avril. — Vallée de Bobital, le Menez à Collinée. — R. Stérile. RADULA N. ab E. 1360. B. complanata Lin. — Troncs d'arbres. — Février-mai. C. — Je l'ai trouvé aussi sur les rochers à la Courbure et à la vallée douce, et sa couleur est alors bien plus jaune. MADOTHECA. Dum. 1361. M. l.evigata Lin. — Troncs d'arbres. — Octobre-mars. — Forêt d'Yvignac sur le hêtre. — RR. Stérile. ( 643 ) 1462. M. platyphylla Lin. — Pierres, ro'ehers, troncs d'arbres, elc. — Octobre-mai. — CC. Stérile. LEJEUNIA Lib. Gottsche. 4363. L. serpyllifolia Dicks. — Rochers humides. — Octobre-mai. — Vallée de la Rance, forêt de Coëtquen , elc. AC. FRÙLLANlA Raddi. 1364. F. DiLATATALin. — Troncs d'arbres, rochers. — Mars-mai. CC. p. microphylla. — Troncs humides. 1365. F. tamarisci Lin. — Rochers, pied des arbres. — Octobre-juillet. — Fructif. très-rare. C. Fam. II. — FRONDOSEjE. FOSSOMBROMA Raddi. 1366. F. pusilla Lin. — Terre argileuse, humide. — Octobre-novembre et Juillet-août. AC. PELL1A Raddi. 1367. P. epiphylla. Lin. Bords das eaux sur la terre. — Mars-avril. CC. «. Nées Lin. — Ruisseaux. — CC. Fructifie toujours. p. S. crispa Nées, Scop. — Marais à Sphagnum , le Menez, etc.— AC. Stérile. p. v. lorea Nées. — Parmi les Sphagnum. — AC. Stérile. ANEURA Dun. 1368. A. pinguis Lin. — Murs et rochers humides. — Octobre-janvier. — Vallée de la Fontaine-des-Eaux, parois des fontaines, etc. AC. 1369. A. multifida. Lin. — Bords des marais. — Octobre-avril. — Sou- vent stérile. — AR. Oseraies de Lehon, etc. METZGERIA Raddi. 1370. M. furcata Lin. — Rochers, troncs humides. — Octobre-mars. — Fructif. Rare. AC. Trib. II. — ITfarchantiese Nées ab E. MARCHANTIA Lin. 1371. M. polymorpha Lin. — Fructif. — Avril-Juin. — C. mais ordi- nairement stérile. — Toujours en pleine fructif. sur les charbon- nières de Boquien, ( 6-44 ) FEGATELLA Uad. 1372. F. conica Lin. — Parois humides des routes, etc. — Mai. — Souvent stérile. C. TARGIOMA. Mich. 1373. T. hypophylla Lin., T. Michelii Corda. — Avril. — C sur les murs , les rochers où il y a un peu de terre, surtout au N. et à l'O. C. Trib. III. — Antliocerotese N. ab E. ANTHOCEROS Mich., Lin. 1374 A. punctatus L. — Terre argileuse des bois. — Mai-juillet. — C. à la forêt de Goëtquen, vallée del'Echapt; Yvignac , Bo- bital. AR. 1375. A. l.evis Lin. — Mêmes lieux. Octobre-janvier. — Forêt de Coè't- quen; vallée de l'Echapt. AR. — Bien moins abondant que le précédent. Tuib. V. — Riceieie Lindenbg. 1376. R. glauca L. — Terres humides ; fond des étangs desséchés. Juin- juillet. C. — Une Ricie à fronde orbiculaire très-grande se trouve çà et là dans les anfractuosités des rochers de laRance ; elle ap- paraît de février à mars. Elle passe promptement aux premiers rayons de soleil. Je la rapporte à la jR. glauca, quoiqu'elle soit d'un vert clair et bien plus grande. 1377. R. natans Lin. — Eaux tourbeuses. Juin-juillet. — CC. à Château- neuf, où elle couvre toutes les eaux à la manière des Lemna R. 1378. R. fluitans L. — Eaux claires et tranquilles. Juillet-octobre. R. — Lehon ; landes de Saint-Solin. — Abondant à Morieux et Lamballe. — Je n'ai trouvé que la forme A. fluitans N. ab E. , R. eudichotoma Bisch. PERSONNEL DE LA SOCIÉTÉ A^^ 1er juin 1S66. Fondateur-directeur : J.-F. LATERRADE, directeur pendant quarante ans et cinq mois (mort le 30 octobre 1858), maintenu à perpétuité en tète de la liste des membres titulaires, par décision du 30 novembre 1859. BUREAU. MM. Charles Des MOULINS, président à vie, rue de Gourgues, 5. Le comte de KERCADO (0. # >5), officier supérieur de cavalerie en retraite, vice-président , rue Judaïque, 159. V. RAULIN, professeur à la Faculté des Sciences, secrétaire-général , rue du Colisée, 18. T. B1LLIOT, licencié ès-sciences, professeur aux classes d'Adultes de la Société Philomatique, secrétaire du Conseil, rue Saint-Genès, 12. II. TRIMOULET, entomologiste, archiviste, rue Jouannet, 3. II. BERT, négociant, trésorier, rue de la Croix-Blanche, 29. COIÏÏSEIE. D'ADMINISTRATION. MM. S l -M. SOUVERBIE, D.-M., conservateur du Musée de la Ville, cours du XXX Juillet, 29. G. LESP1NASSE, botaniste, rue de la Croix-Blanche, 25. J.-B. GASS1ES, conchyliologiste, allées de Tourny, Vv. 0. LINDER 2ft, ingénieur ordinaire des mines, rue Fondaudége, 22. MEMBRES TITULAIRES. MM. COMME fils, chef des cultures du Jardin des Plantes de la Ville, rue d'Ares, 4. F. LADEVI fils, licencié ès-sciences, rue Villedieu, 13. Eue. LAFARGUE, D.-M., rue des Remparts, 73. Al. LAFONT, botaniste, rue Michel, 3. Ed. LEGRAND $î, commissaire de marine en retraite, rue des Faussets, 12. Oct. LE ROY, juge d'instruction, rue Huguerie, 8. Paul MÉTADIER, D.-M., licencié ès-sciences, rue Lafayelte. 10. Léonce MOTELAY, botaniste, rue de l'Intendance, 7. ( 640 ) AI M. DURIEU de MAISONNEUVE $t%', capitaine d'infanterie en retraite, mem- bre de la Commission scientifique de l'Algérie, directeur du Jardin des Plantes de la Ville, hôtel et place Bardineau. J.-L. SAMY, préparateur à la Faculté des Sciences, r. d'Ornano, 17. AUDITEUR. M. H. DELFORTRIE fils, étudiant, cours d'Albret, 79. HONORAIRES RESIDANTS. S. Ém. Ms r le Cardinal DONNET (G. 0. &), archevêque de Bordeaux, sénateur. MM. L'abbé BLATAIROU, chanoine honoraire, doyen honoraire de la Faculté de Théologie, rue du Hâ, 41. Adolphe CHARROPPJN, ancien adjoint de maire, rue de Condé, 6. W. MANES ifi!, ingénieur en chef des mines, en retraite, membre dn Conseil municipal, chemin des Cossus, 10 (au Bouscat). E. GAUTIER (0. & C. %); ancien maire de Bordeaux, rue Blanc-Du- trouilh, 14. HONORAIRES NON RÉSIDANTS. S. G. Mb* de LANGALERIE#, évêque de Belley. MM. MILLET de LA TURTAUDIÈRE, naturaliste, à Angers. Le baron de MENTQUE (G. 0. &), sénateur, ancien préfet de la Gironde, à Paris. G. -P. DESHAYES, D.-M. , membre de la Commission scientifique de l'Algérie, place Royale, 18, à Paris. ADMISSIONS ET MUTATIONS Du fer Mars 1863 an 1er Juin 1S6G. ( Voir le tableau qui termine t à la première de ces dates, le tome XXIII.) Ont été admis comme membres TITULAIRES résidants : M\I. Odon DEBEAUX # i pharmacien, aide-major h l'Hôpital militaire de Bor- deaux, correspondant, devenu titulaire le 19 novembre 1862. François LADEVI, licencié ès-sciences naturelles, nommé membre titu- laire le 7 décembre 1864. Alexandre LAFONT, botaniste, nommé membre titulaire le 7 décembre 1864. ( 647 ) MM. T. BILLIOT, licencié ès-sciences mathématiques et physiques, professeur de physique à la Société Philomathique, nommé membre titulaire le 4 5 février 1865. 0. LINDER # , ingénieur des mines, nommé membre titulaire le 22 mars 4865. J.-L. SAMY, préparateur à la Faculté des Sciences, nommé membre titu- laire le 17 mars 1865. Le D r Paul MÉTADIER, licencié ès-sciences naturelles, nommé membre titulaire le 22 juin 4 865. Octave LE ROY, juge d'instruction à Bordeaux, nommé membre titulaire le 7 mars 4 866. Ont été nommés membres HONORAIRES : MM. le baron de MENTQUE (G. 0. #), sénateur, ancien préfet de la Gironde, maintenu à titre personnel sur la liste des membres honoraires , le 19 août 4 863, Le D r G. -P. DESHAYES, 4 8, place Royale, à Paris, nommé membre hono- raire le 5 avril 4 865. A été admis comme membre AUDITEUR : M. Henri DELF0RÏR1E fils, étudiant, le 29 Juin 4 865. Ont perdu la qualité de membres TITULAIRES : MM. Ernest LAPORTE et Ernest BARBET, démissionnaires. Jules GOSSELET, Odon DEBEAUX et Eugène JACQUOT, devenus eorre^ pondants (voir ci-après) par changement de résidence. CORRESPONDANTS anciens , omis dans les dernières listes : MM. le D r C.-H. SCHULTZ Bipontinus, président de la Société Pollichia, à Diedesheim (Bavière, Palatinat), nommé correspondant en 4 859. J. CAMBESSÈDES, auteur de la Flore des Baléares, nommé correspon- dant vers 1823. BRAGU1ER, naturaliste, à Satnt-Geniez, par Lancloitre (Vienne), nommé correspondant vers 4 826. Ont été admis comme membres CORRESPONDANTS : MM. J.-B. MAIN, ancien magistrat, botaniste, habitant le département des- Deux-Sèvres, nommé correspondant le 3 décembre 4 862. Raoul TOURNOUËR, géologue, à Paris, nommé correspondant te 3 dé~- cembre 4 863. ( 048 ) MM. Elias DURAND, officier français en retraite, membre résidant de l'Aca- démie des Sciences naturelles de Philadelphie (États-Unis), nommé correspondant le 3 décembre 1862. Johann LANGE, conservateur de la Bibliothèque royale botanique, à Copenhague, nommé correspondant le 7 janvier 1863. Philippe MATHERON, ingénieur civil, géologue, à Marseille, nommé correspondant le 18 mars 1863. P.-J. Léon PÉRIEU, pharmacien, à Pauillac (Gironde), nommé corres- pondant le 1 er avril 1863. L'abbé Eugène COEMANS, membre de l'Académie royale des Sciences de Belgique, cryptogamiste, nommé correspondant le 22 juillet 1863. Léon BESNOU îfë, pharmacien en chef de la marine, à Cherbourg (Man- che), nommé correspondant le 22 juillet 1863. Le D r Alexandre SAVATIER, médecin, à Beauvais-sur-Malha, par Matha (Charente-Inférieure), botaniste, nommé correspondant le 22 juillet 1863. Henry JOUÀN $t, capitaine de frégate, chef d'état-major de l'escadre de Cochinchine, nommé correspondant le 22 juillet 1863. Jules GOSSELET, secrétaire-général delà Société, devenu correspon- dant le 9 décembre 1663, par sa promotion à la chaire de géologie de la Faculté des Sciences de Poitiers, et actuellement de Lille (Nord). L'abbé Ludovic BARD1N, professeur d'histoire naturelle au séminaire de Mongazon, près Angers (Maine-et-Loire), nommé correspondant le 17 février 1864. Armand CLAVAUD, botaniste, nommé correspondant le 9 novembre 1864. Odon DEBEAUX &, titulaire, devenu correspondant, le 9 novembre 1864, par sa promotion au grade de pharmacien-major, à Bastia (Corse). Le marquis Léopold de FOL1N, commandant du port de Pauillac (Gironde), conchyliologiste, nommé correspondant le 23 novembre 1864. Paul MABILLE, professeur de deuxième au Lycée impérial de Bastia (Corse), botaniste, nommé correspondant le 7 décembre 1864. Le D r J.-L. PLONQUET, médecin, à Ay (Marne), nommé correspondant le 4 janvier 1865. BONNISSENT, géologue, aux Perques, par Briquobec (Manche), nommé correspondant le 3 mai 1865. Eugène JACQUOT (0. #), ingénieur en chef des mines, vice-président de la Société, devenu correspondant par sa nomination à l'inspec- tion générale des machines à vapeur, à Paris. le 2 août 186a. ( G 19 ) CORRESPONDANTS anciens et qui, ayant rempli les obligations atta- chées à ce titre par les diverses décisions de la Société, sont aptes à figurer au nombre des membres actifs .* NATIONAUX. MM. ARRONDEAU, membre de l'Institut des Provinces, inspecteur d'Académie, à Vannes (Morbihan). BAUDON, D'-M., à Mouy-de-1'Oise (Oise). CAILLIAUD (FiîÉDÉKicifc), conservateur du Musée, à Nantes. L'abbé CAUDÉRAN, à Libourne, et au Cartillon, par Cussac-Médoc (Gironde). L'abbé T. CHABOISSEAU, à Paris. E. COSSON, membre de la Commission scientifique de l'Algérie, 12, rue du Grand-Chantier, à Paris. Gustave COTTEAU, juge, à Auxerre (Yonne). Gustave CURÉ &, député, ancien maire de Bordeaux. DEBEAUX père, conservateur du Musée, à Agen. Le baron DELESSERT (F ois ), membre de l'Institut, '145, rue Montmartre, à Paris. DÉSÉGLISE (Alfred), à Lamothe-d'lnsay, par Mehun-sur-Yèvre (Cher). A. de GUEYDON de DIVES, à Manzac, par Saint-Astier (Dordogne). Al. JULLIEN-CROSNIER, rue d'IUiers, 54 Ois, à Orléans. A. LEYMER1E >&, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse. Eug. LEMARIÉ, imprimeur, à Saint-Jean-d'Angély (Charente-Inférieure). Auguste LE JOLIS, archiviste perpétuel de la Société impériale des Sciences naturelles, à Cherbourg. L'abbé Edmond LAMBERT, vicaire de N.-D. -des-Victoires, 24, rue des Bons-Enfants, à Paris. MAUDUYT père, ancien conservateur du Musée, rue des Minimes, à Poitiers. NOGUÈS, professeur d'Histoire naturelle à l'École Saint-Thomas-d'Aquin, à Oullins, près Lyon (Rhône). NORMAND, directeur de l'École mutuelle, à Valenciennes (Nord). De POMMARET, au château de Pommaret, près Agon. T. PUEL, D r ~M., 72, Boulevard Beaumarchais, à Paris. C. RECLUZ, pharmacien, à Vaugirard , lit), rue de Sèvres, près de la barrière de Sèvres, à Paris. L'abbé .1. REVEL, chanoine honoraire, curé de Mondalazac. par Rodez et Salles-la-Sonrce (Aveyron). Le D> F. SCHULTZ, à Wissembourg-( Bas-Rhin;. Tome XXY. Vo ( 650 ) ÉTRANGERS. MM. Louis BELLÂRDI, membre dé l'Académie royale des Sciences de Turin. BERTOL A (le Docteur), id. ici. ici. Ami BOUE, géologue, à Vienne en Autriche. DUBY (le pasteur J.-E. ) , à Genève. GRAELLS (le Docteur), Conservateur du Musée royal, à Madrid. Joseph HENRY, Secrétaire-général de l'Institut Smitlisonien , à Washing- ton (États-Unis). Georges JAIS', professeur de botanique à l'Université de Parme. Isaac LEA père, membre de plusieurs Académies, à Philadelphie. L. LEA fils, commissaire des affaires de l'Inde, aux États-Unis, id. MARISSAL, administrateur du Jardin-des-plantes de Tournay (Belgique). Ms r de MEDICI-SPADA, prélat romain , minéralogiste, à Rome. Chaules ME1SNER, directeur du Jardin-des-plantes de Bâle. Louis M1CHELOTTI , membre de l'Académie royale des Sciences de Turin. Édouabd MORREN , professeur à l'Université de Liège (Belgique). NORDL1NGER, professeur à en Wurtemberg. Le l> William NYLANDER, à en Suède. Le D r PONZI , professeur au collège de la Sapience, à Rome. SAGRA (don Ramon de la) ancien député aux Cortès espagnoles, à Paris. Eugène S1SMONDÀ, membre de l'Académie royale des Sciences de Turin. WALLA'YS , vétérinaire du gouvernement, à Courtrai ( Belgique). WESTENDORP, professeur de botanique à Courtraif Belgique). ZANTEDESC1II (l'abbé), professeur de physiqueà l'Université de Padoue. NEOROLOGE E»n l'T mars B**Wi au i»r juia fls«« (Tôt'/' Je tableau qui termine, à la première de ces claies, le lome XXIII.) MM. Ernest MONTEAL'D &, pharmàcien-majôr on retraite, ancien vice-pré- sident et membre honoraire, mort à Bordeaux, dans sa 84 e année, le 25 juin 1862. Marcel de SERRES (0. %<), conseiller honoraire à la Cour impériale de Montpellier, professeur (I) à la Faculté des Sciences de la même ville, correspondant, mort dans sa 82 e année, le 22 juillet 1862. Hippolyte COUDERT, conchyliologiste-ainateur, membre titulaire, m rot le 19 novembre 1862. Le D r B.-J.-L. GATEL, premier médecin en chef de la marine, corres- pondant, à Don ville, près Gran ville (Manche), mort le 12 novem- bre 1862. Le D r D. ESGI1RIGUT, professeur à l'Université royale de Copenhague, correspondant, mort le 22 février 1863. Adolphe BORCIIARD, chirurgien de marine, ancien membre titulaire, devenu correspondant, mort à Marseille, le 23 mars 1 £63. Alfred MOQUIN-TANDON #, membre de l'Institut (Acad. des Sciences), correspondant, mort le 15 avril 1863. Le commandant LOCHE îfc, directeur du Musée d'Alger, correspondant, mort à Alger, en août 1863. Le baron BERTRAND-GESLIN ty, géologue, correspondant, à Nantes, mort à Clissou (Loire-Inférieure), le 12 octobrç.1863. .I. CAMBESSEDES, auteur de la Flore des Baléares, correspondant (2), à Férussac (Lozère), mort le 20 octobre 1863. Le Ch er BERNARD!, ancien directeur du Journal de Conchyliologie , correspondant , à Paris, mort pendant le 4 e trimestre de 1863. Jacques GAY, ancien vice-président de la Société Botanique de France, correspondant, à Paris, mort le 16 janvier 1864. Oscar ROLLAND du ROQUAN, conchyliologiste, correspondant, à Car- cassonne (Aude), mort le 17 février 1864. (1) Il avait dix-huit mois de plus que son ami, notre vénéré et aimé collègue le docteur de Grateloup. Ses obsèques ont eu lieu le 25 juillet, cinquante-troisième anniversaire de sa nomination à une chaire de professeur; et en tant que professeur il est mort en activité de service. (2) Il aimait à rappeler que c'était le premier litre scientifique qu'il eût reçu. ( 652 ) MM. HALLIÉ, constructeur de machines agricoles, ancien vice-président de la Société, devenu membre honoraire, mort à Cordeaux, le 19 no- vembre 1864. L'abbé Sostiiènes de LACROIX, botaniste, correspondant, à Poitiers (Vienne), mort le 20 novembre 1864. BOUCHARD-CHANTEREALX, malacologiste, correspondant, à Boulogne- sur-Mer (Pas-de-Calais), mort le 22 novembre 1864. Le D r Léon DUFOUR, ( 0. &) correspondant de l'institut (Acad. des Sciences), correspondant, à Saint-Sever-sur-1'Adour (Landes), mort le 18 avril 1865. Alfred MALHERBE, conseiller honoraire à la Cour impériale de Metz (Moselle), entomologiste, mort le 14 août 1863. MAYRAN $*, capitaine d'infanterie en retraite, ornithologiste, membre honoraire, mort à Bordeaux, le 7 septembre 1865. Le D r A. BAZIN &, professeur à la Faculté des Sciences, membre titu- laire, ancien président, devenu président honoraire de la Société, mort le 17 octobre 1865. Le D r Camille MONTAGNE &, membre de l'Institut (Acad. des Sciences), correspondant , mort le 4 janvier 1866. PHILIPPE, auteur de la Flore des Pyrénées, correspondant, à Bagnères- de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), mort le février 1866. LISTE DES SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE BORDEAUS (Par échange de publication) A\i 1" Juin 1866. Deux exemplaires sont adressés à. S. Exe. M. le Ministre de l'Instruction publique. FRANCE , Académie des Sciences de l'Institut de France. — impériale des Sciences, Délies- lettres et Arts de Bordeaux. — — — etc., de Lille. — — — etc., de Metz. — — — Inscriptions et Belles-lettres de Toulouse, Société impériale et centrale d'Agriculture. — — — d'Horticulture. — — d'Émulation d'Abbeville. — — des Sciences naturelles de Cherbourg. — d'Histoire naturelle de la Moselle, à Metz. — des Sciences naturelles de Strasbourg. — — — de l'Yonne , à Auxerre. — — physiques et naturelles de Bordeaux. — Philomatique de Bordeaux. — de Médecine de Bordeaux. — de Pharmacie de Bordeaux. — d'Agriculture de la Gironde. — Linnéenne de Normandie, à Caen. — — de Maine-et-Loire, à Angers. — Académique d'Angers. Bibliothèque du Muséum, à Paris. — de la ville de Bordeaux. Journal de Conchyliologie, à Paris. ( 654 ) AUTRICHE. Académie impériale cl royale des Sciences de Vienne. Institut impérial et royal géologique de Vienne. — — géographique de Vienne. Société impériale et royale zoologico-botanique de Vienne. — — d'Histoire naturelle de Brïinn, en Moravie. Ami Boue, à Vienne (pour la Revue annuelle des Sciences naturelles). ÉTATS d'aLLE3IAGNE. Académie royale des Sciences de Munich (Bavière). D r C. Schultz Biponl. (Pour la Société Pollichia, à Diedesheim , Palalinat bavarois). Société des Sciences naturelles de la Haute-liesse, à Giessen. — — — de Kônisberg (Prusse). ÉTATS DU NORD DE LEUROPE. Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg (Bussie). Société impériale des Naturalistes de Moscou (Russie). — royale des Sciences de Copenhague (Danemarck). Académie royale des Sciences de Stockholm (Suède). Société des Sciences naturelles d'Helsingfors, en Finlande (Suède). AUTRES ÉTATS DELROPE. Société géologique de Londres (Angleterre). } Académie royale des Sciences de Madrid (Espagne). Société de Physique et d'Histoire naturelle de Genève ( Suisse). — royale botanique de Belgique, à Bruxelles. — des Sciences naturelles de Liège (Belgique). ÉTATS-UNIS D' AMÉRIQUE. Institut Smithsonien, à Washington. Académie des sciences naturelles de Philadelphie. — — — de Saint-Louis (Missouri). j Lyceum d'Histoire naturelle de New-York. Société d'Histoire naturelle de Boston (Massachusetts). £5 «diitu 4»»© TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUME GEOLOGIE. Pngos. Description géologique des falaises de Biarritz, Bidart, Giiétary et Saint-Jean- de-Luz; par M. E. Jacquot 5 Le Bassin hydrographique du Couzeau ; par M. Charles Des Moulins 67 Sur quelques affleurements des marnes nummulitiques de Bos-d'Arros; par M. Tournouer 245 Note sur une formation d'eau douce au Vieux-Soulac (Gironde); par M. l'abbé Hippolyte Caudéran 465 Excursion de la Société Linnéenne à Monségur (Gironde). — Extrait du Procès- Verbal de la Fête Linnéenne de 1865 475 BOTANIQUE JÂchenes in Mgyplo à cel. Ehrenberg collecli; par M. le D 1 ' W. Nylander. . . 59 Sur le Nilella slelligcra des auteurs; par M. Armand Ci.avaud 548 Recherches botaniques faites dans le S.-O. de la France; par M. l'abbé Revel. 555 Appendice au Procès-Verbal de la Fête Linnéenne de 1865 ; par M. Od. Debeaux, correspondant, à Bastia 481 Élymologie du nom de l'Aconit; par M. le Ch er de Paravey 486 Catalogue des plantes de Dinan et de Saint-Malo , avec notes et descriptions pour les espèces critiques ou nouvelles; par M. Paul Mabh.ie 489 MALACOLOGIE Addition à la Faune conchyliologique de la Nouvelle-Calédonie ; par M. Gassies. (Ce feuillet est destiné à être placé à la page 501 du tome XXIV.) Note sur l'animal du Succinea longiscala Morelet; par M. J.-B. Gassies. . . . 252 Faune conchyliologique marine du département de la Gironde et du sud-ouest de la France; par M. le D r P. Fischer ; 257 ( 650 ) Des perforations de la Pintadine- Mère-Perle [Mcleagrina margarilifera Lamk.) ; par M. le marquis Léopold de Folin 339 Note sur l'animal du Bulimm Cantagallanus Rang. ; par M. G. -P. Desyayes , membre honoraire 483 ENTOMOLOGIE État actuel de la Sériciculture et Description du nid d'un Bombyx exotique ; par M. Henry Trimoul-eï 415 Tableau du personnel de la Société Linnéenne de Bordeaux, au 1 er juin 1866. . 645 — des admissions et mutations depuis le 1 er mars 1862 646 — des Correspondants au 1 er juin 1866. 64-9 Nécrologe [de la Société, du 1er mars 1862 au 1« juin 1866 651 Tableau des Sociétés correspondantes , 653 FIN DU TOME XXV. Kordeaux, - imp. de F. Deg,rétë4u fit Gie. AMNH LIBRARY 100137382 _j (Jb w — m